La page sombre de l’épopée napoléonienne.

.

 Les soldats oubliés de Napoléon..

Mais aussi et surtout de la mémoire collective.

 

Ceci est le récit d’un épisode oublié, d’un des événements les moins connus, tel qu’il fut noté dans les journaux de certains prisonniers ou consigné dans les documents de leurs geôliers. Les prisonniers étaient tous de simples soldats ou des sous-officiers; ils se contentèrent de raconter ce qu’ils avaient vu et vécu, ils n’avaient que leur propre histoire à raconter. Ceux qui survécurent y parvinrent grâce à leur ténacité, à leur ingéniosité, à leur bonne fortune et à la générosité occasionnelle de leurs gardiens.

Au large de l’Espagne, à moins de dix kilomètres de l’île de Majorque, se trouve l’île désertique de Cabrera (ou l’île de la chèvre), cet endroit fut le théâtre d’un des épisodes les plus tragiques des conquêtes de Napoleon, un épisode si tragique, qu’à Palma on ne l’évoquait qu’à voix basse tant la peur des démons endormis y restait grande.

bale.jpg

 Pendant cinq ans, de mai 1809 à mai 1814, cette île servit de prison, à près de 12000 soldats de l’empire, les meilleurs soldats de Napoleon, après la défaite de la bataille de Bailén.

Oubliés des autorités espagnoles qui les laissèrent croupir dans les pires conditions, ces soldats vaincus, déshonorés, furent totalement et volontairement oubliés par la France et surtout par Napoleon, qui, par son ambition démesurée excusait pas la défaite.

Cependant, Cabrera, ne fut qu’un désastre mineur parmi toutes les atrocités et horreurs de la guerre d’Espagne.

Le sort des prisonniers de Bailén, est né de quelques événements clés:

- La manière totalement inadaptée dont le général Dupont, commanda ses armées sur le champ de bataille.

- La décision cynique des Espagnols et des Anglais de violer les termes de la capitulation et de garder les Français sur le sol espagnol.

Ponton Bateau Prison

- Le transfert des prisonniers des pontons (ces bateaux prison) de Cadix, vers les Baléares, où les conditions de détention auraient en théorie dû être meilleures, et surtout le refus des habitants de Majorque et de Minorque de recevoir les prisonniers sur les deux îles principales.

- Le veto opposé par les britanniques à un échange de prisonniers lors des premiers temps de leur détention.

Dans l’épopée napoléonienne, jusqu’en 1812, la victoire est toujours au rendez-vous et les perdants n’ont pas de place, ils sont rejetés au ban de la nation, mieux vaut pour eux mourir au combat. Mais lorsque la défaite est suivie d’une capitulation, l’opprobre atteint le maximum. C’est ce qui advint en Espagne, suite à la défaite de Bailén où l’armée du général Dupont de l’Etang fut contraint de capituler devant les troupes du général Espagnol Javier de Castanos.

bailenrendicion.jpg

Pour la première fois, une armée française était vaincue, qui de plus sans avoir véritablement combattu, Dupont s’est laissé pièger par mépris de l’adverssaire. Sa capitulation, livre 17000 hommes aux Espagnols. A cette nouvelle la colère de Napoléon fut à son comble. Mais les soldats que Dupont, avait entraînés dans cette capitulation en furent les principales victimes.

Leur sort devait être réglé par une convention qui prévoyait leur rapatriement dans un port français. Mais cette convention ne fut pas respectée et la plupart d’entre eux croupirent sur les pontons devant Cadix.  “Sur ces bâtimens, où l’on nous avait entassés par cinq ou six cents, on n’osait pas nous faire mourir de faim, mais on nous distribuait des vivres empoisonnés, c’était du pain de munition, noir et rempli de substances terreuses, du biscuit plein de vers, des viandes salées qui se décomposaient par vétusté, du lard rance et jauni, de la morue gâtée, du riz, des pois et des fèves avariés, point de vin, point de vinaigre; aucun moyen de préparer nos alimens  et pour comble de malheur, par une chaleur excessive et avec une nourriture si propre à exciter la soif, on nous refusait l’eau, ou du moins on nous en donnait en si petite quantité, qu’elle s’absorbait telle que des gouttelettes qui tomberaient sur un fer ardent”,  avant d’être envoyés dans les Baléares, sur l’île déserte de Cabrera, où allait se poursuivre leur terrible détention.

baleariccabreraconils.jpg

C’est l’enfer qu’allaient découvrir les prisonniers français en arrivant sur cet îlot rocheux situé au sud de Majorque, Cabrera, fut le lieu de détention de plus de 6000 soldats français capturés en Espagne au cours de combats de 1808.

Les Espagnols, en guerre contre Napoleon, étaient très embarrassés par ces prisonniers, s’ils les renvoyaient en France, ils risquaient de les voir revenir combattre sur leur sol, mais en même temps, ils ne souhaitaient pas les garder sur le continent, où l’armée française pouvait intervenir à tout moment. On décida donc de les transférer dans les îles de Baléares, mais devant les protestations des habitants de Majorque, ne voulant pas être envahis par des soldats que l’on disait atteints de maladies, ils furent finalement débarqués à Cabrera, l’île inhospitalière où ils vécurent dans des conditions inhumaines.

Les soldats enfermés à Cabrera et surveillés par des navires croisant au large, furent les oubliés de l’Histoire, oubliés des autorités espagnoles qui les laissèrent croupir dans des conditions difficiles, leur assurant à peine un ravitaillement minimal, oubliés aussi par la France, qui n’avait que faire de ces soldats déshonnorés, oubliés aussi par la postérité, qui se désintéressa totalement des conditions de vie de ces hommes.

Cabrera

L’île de Cabrera, réserve aux survivants toutes les variétés de la souffrance humaine. Un désert presque entiè­rement dépourvu de terre végétale, pas une habitation, ni animaux, des rochers, des grottes, des précipices, des arbustes épineux et rabougris, un petit bois de pins, une seule source pour toute l’île. C’est là que le gouvernement espagnol abandonne 6000 soldats français qu’il condamne à se tirer d’affaire tout seuls.  On ne leur fournit rien, pas une pioche, pas une bêche, pas un outil. On les laisse  nus sur cette terre aride. C’est à eux de se débrouiller pour se construire des abris, pour s’entretenir le peu de lambeaux de vêtements qu’ils possèdent. On ne leur livre que quelques onces de pain et de légumes, apportés, tous les quatre jours, par une barque qui vient de Palma. Tant pis si la nourriture est insuffisante, si le gros temps retarde la barque, si l’on reste quelquefois jusqu’à neuf jours sans vivres, si les uniformes usés tombent en lambeaux, si la source unique tarit presque en été, s’il faut attendre pendant vingt-quatre heures son tour pour boire une gorgée d’eau ! Le gouvernement espagnol n’en a cure.

A Cabrera, les prisonniers n’ont pas de geôlier, leur gardien, c’est la mer et lorsque quelques-uns d’entre eux s’avisent de s’échapper, les autorités espagnoles réagissent en réduisant l’approvisionnement en eau. L’île de Cabrera, devient rapidement pour beaucoup un tombeau.

Affaiblis par plusieurs mois de captivité et de navigation depuis Cadix, malades, privés d’eau et de nourriture, beaucoup de soldats meurent en arrivant. Les survivants tentent de s’organiser, sous l’autorité de quelques officiers et sous-officiers détenus aussi, essayant de reproduire un semblant de discipline en reformant une unité.

prisioneros-franceses

Dessin de  Louis, François Gille,sergent fourrier.

Ces hommes construisent de petites maisons près du port, bâtissant ainsi une véritable ville, d’autres se réfugient dans des grottes de la montagne et vivent en ermites. Une distribution de vivres, tous les quatre jours, leur permet de survivre , mais ils doivent faire face au problème de l’eau, rare sur cet îlot.

      «Une fois en haut de la montagne, on pouvait, par un temps clair, distinguer l’entrée du port de Palma. Là, les yeux tendus, en proie à la plus grande anxiété, on voyait s’écouler les heures. Le premier qui apercevait une voile se dirigeant vers l’île, donnait le signal par un cri de joie. Voilà la barque au pain, la voilà !  Et ce cri, descen­dant de peloton en peloton, arrivait au camp, qui y répon­dait en masse par une longue exclamation, et quand elle entrait, cette barque, on se pressait pour la saluer, on dan­sait, on sautait, on chantait, on se livrait à mille folies, c’était du délire. On courait à la distribution, et chacun en recevant sa part ne manquait pas de dire avec un soupir, moitié contentement, moitié tristesse, car dans ce qu’il si­gnifiait, il y avait du lendemain : — Allons, nous ne mour­rons pas encore aujourd’hui !»

plan

 Une mini société s’organisa.

Président : sous lieutenant de Maussac, 4° légion de réserve.

Membres : lieutenants Avril, Carbonnel d’Hierville, Degain de Montagnac, Deschamps.

Chirurgiens : Cruzel, Fouque, Joly, Lepeltier, Thillaye, Vallin.

Très majoritairement masculine, elle compte tout de même une vingtaine de femmes et aussi des enfants, conçus par ces cantinières ou vivandières et filles à soldats, qui suivent les armées et en partagent les déboires de leurs compagnons.

Deux lettres fournissent l’unique liste des noms de ces femmes.

La petite Maria MURVIOSA, de Versailles.

Madame BELA, qui se prétend l’épouse de Monsieur de Guimé.

MARIA, qui se prétend l’épouse de Martin, sergent.

CRISTINA, qui se prétend l’épouse de Cosin, sergent.

CRISTIANA, allemande, qui se prétend l’épouse de Carvet, sergent grenadier

SOFIA, veuve allemande.

MARIA, qui se prétend l’épouse de Galiaco, sergent.

MARIA, qui se prétend l’épouse de Dionisio, sergent.

La GROSSE MARIA , qui se prétend l’épouse du sergent-major.

ROSA LA POLONAISE, concubine d’Antonio Bordange ( qu’elle abandonna pour s’unir à un autre prisonnier ).

LA JACQUETA, d’après un certain Jacquet ( qui fit de même et abandonna son mari pour vivre avec son premier amant).

La MARIE, une vendeuse d’eau de vie, vivait avec un sous-officier, tout en offrant ses attentions amoureuses à ses clients en échange de meilleurs vêtements. Mais elle était vieille et forte, et ne pouvait s’attacher aucun cœur, elle opta alors pour un travail dur et ingrat de blanchisseuse.

La JACQUETTE, était plus chanceuse, elle était jeune et jolie, vendait du vin et du café tout en étant également couturière. Elle distribuait généreusement ses affections à travers le camp.

La MARIE CULOTTES,  pas contente,  car son compagnon, un caporal, lui faisait porter des culottes de toile rêche, tandis que les autres femmes portaient des robes de coton. Elle quitta son caporal, pour un beau lieutenant des dragons Vidal, mais son caporal la désirait toujours et se rendait chaque jour aux quartiers de son amant pour accabler le dragon d’injures.

LA DENISE, une jolie brune qui vendait du vin et que son mari, le sergent Denis, gardait sous surveillance. Mais ses ventes de vin exigeaient parfois qu’elle sortit seule lorsqu’on lui faisait des propositions et elle finit par répondre à leurs avances, et à la suite de quoi elle fut régulièrement battue par son mari, elle dut en certaine occasion rester cachée durant deux semaines car elle était couverte de bleus.  » Ce qu’il y eut de plus beau dans son histoire, nous raconte Frossard avec mordant, c’est que le mari ne sut jamais ni le nom ni le nombre des amants de sa femme. »

Enfin et toujours selon le témoin Frossard, la plus belle négociante en vin de Cabrera, était ANGELIQUE, veuve d’un soldat d’infanterie qui avait péri sur les pontons de Cadix. Un sergent de l’artillerie, la prit sous sa protection et qui la traita bien, et considéra aussitôt comme sa femme. Le sergent ayant de l’argent alors la cantine d’Angélique, devient la plus populaire de Palais- Royal.

Finalement Angélique, fut vendue à Monsieur, le Baron de Schaunburg pour la somme de trois cents francs, payée comptant, plus une obligation de trois mille francs, payable à leur retour en France, moyennant quoi il pourrait épouser Angélique. Frossard ne sut jamais ce qu’il advint d’Angélique.

Cette société va se doter de règles, cherche à s’acclimater, à domestiquer la nature, contrôler les éléments à la manière de Robinson Crusoé, tel cet âne (Martin) découvert sur ce caillou et qui est ainsi nommé.

Les soldats lettrés apprennent à lire aux analphabètes, tandis que d’autres lancent un journal ou font du théâtre. Mais leur quotidien, c’est aussi la faim lorsque le ravitaillement n’arrive pas, l’enfermement, la chaleur et le froid, beaucoup n’ont plus de vêtements, certains que des guenilles,  mais enfin, quelques prisonniers parviennent a s’échapper de cet enfer.

Les oubliés de Cabrera furent au total près de 12000, l’île recevant régulièrement de nouveaux convois de prisonniers. Quelques centaines, principalement des officiers, furent transférés en Angleterre en 1810, mais la plupart restèrent sur place jusqu’en 1814, tout au moins ceux qui avaient survécu, car la mort frappa entre un tiers et 40 % de ces détenus. Par la suite, se posa pour eux, le problème de réinsertion dans la société, à cela près qu’ils n’obtinrent jamais la reconnaissance qu’ils attendaient de la France.

Il n’y avait pas de reporters de guerre à la bataille de Bailén, ni de journalistes sur les pontons de Cadix ou sur l’île prison de Cabrera, mais des documents militaires et des rapports parlementaires et surtout des témoins de première main.

Henri Ducor, s’enrôla comme cadet dans la marine en 1801, à l’age de 12 ans. Marin à bord du vaisseau français l’Argonaute, bloqué après la bataille de Trafalgar par la Royal Navy dans la rade de Cadix de 1805 à 1808, il fut fait prisonnier par les espagnols à Cadix en juin 1805.

Charles Frossard, fut enrôlé en 1798 à l’âge de 19 ans, vétéran des batailles de Marengo, d’Austerlitz, d’Eylau, de Friedland, sous-lieutenant dans le train d’artillerie de la garde impériale, il reçut la Légion d’honneur, il fut capturé à Bailèn en juillet 1808.

Louis Gille, étudiant, fut enrôlé à Paris en 1807 à l’âge de 17 ans et fit ses classes à Lille. Fourrier dans le 3° bataillon de la 1° légion de réserve, il entra en Espagne en décembre 1807 et fut capturé à Bailén en juillet 1808.

Robert Guillemard, fut enrôlé dans un régiment de ligne à Perpignan en 1805, à l’âge de 19 ans et participa à la bataille de Trafalgar à bord du vaisseau français Le Redoutable. Fait prisonnier, il fut rapatrié en France. Après avoir servi en Prusse et en Autriche, il rejoignit les armées d’Espagne en tant que fourrier et fut capturé par des irréguliers espagnols avant d’être transféré à Majorque, puis à Cabrera, en mars 1810.

Bernard Masson, sergent, se porta volontaire en juillet 1807 à l’âge de 18 ans et fut attaché au 67) régiment de ligne, qui entra en Espagne en Août 1808. Capturé en Catalogne, il fut transféré à Cabrera en mars 1811.

R.K.Amédée de Muralt, soldat de carrière et capitaine du 1° bataillon du 3° régiment suisse, fut fait prisonnier à Bailén en juillet 1808.

Louis-Joseph Wagré, apprenti dans la boulangerie de son père près de Compiègne, fut enrolé en 1807 à l’âge de 17 ans. Caporal dans la 1° légion de réserve, il suivit son unité en Espagne et fut capturé à Bailén en juillet 1808. Conseil des prisonniers, Cabrera, 1809-1810.

Jean Baptiste Calen,  marin, originaire de Hyères.

Des ouvrages relatant la vie des prisonniers furent écrits et publiés après leur libération par une poignée de ces captifs. Vu à travers les yeux de ces vétérans, le gouvernement espagnol, avec la complicité des anglais, pratiquait une politique cynique et inhumaine envers les détenus. En revanche les prisonniers regardaient leurs gardes britanniques avec plus de considération car les équipages de la Royal Navy se laissaient parfois aller à des actes de compassion à l’égard de ces malheureux.

Pourtant ceux-ci ne pouvaient se douter que la décision qui avait empêché leur rapatriement et donc leur internement à Majorque venait de Londres.

Même si l’histoire a souvent considéré l’Espagne comme seule fautive dans la tragédie de Cabrera, il faut rappeler que les réticences britanniques au rapatriement ont largement influencé la situation. Les militaires sont donc victimes à la fois de l’indifférence napoléonienne et de l’hostilité anglo- espagnole. Pourtant, les troupes du général Junot, victimes de l’offensive britannique du 21 août, parviennent quant à elles à bénéficier d’un rapatriement négocié de l’intégralité des vaincus grâce à la convention de Cintra du 31 août 1808, certes humiliante pour les Britanniques, mais qui privilégie les Français.

Le traitement des prisonniers de Bailén par les espagnols ne fut pas foncièrement différent de celui que les alliés de l’Espagne ou l’ennemi français faisaient subir aux leurs.

Au mois de mai 1814, plusieurs transports bat­tant pavillon blanc et commandés par un capitaine de frégate, arrivèrent à Cabrera pour ramener en France les survivants des prisonniers de guerre, qui débarquèrent peu de temps après à Marseille, où ils reçurent de la population l’accueil le plus fraternel.

 

Que les martyrs de Cabrera reposent en paix !

En 1847, écrit le colonel Titeux, le prince de Joinviile, passant à Palma avec l’escadre française d’évolutions, apprit que les ossements des soldats morts à Cabrera restaient sans sépulture. Il les fit réunir dans une même tombe sur laquelle on plaça cette inscription : A la mémoire des Français morts à Cabrera – L’escadre d’évolutions  de 1847. L’abbé Coquereau célébra avec toute la pompe possible un service funèbre auquel assis­tèrent le prince, son état-major et de nombreux détachements de matelots.

Cérémonie en hommage aux prisonniers de Cabrera.

Les brillantes campagnes de 1805 à 1807 avaient électrisé tous les cœurs. Austerlitz, Eylau, Iéna, victoires immortelles qui semblaient avoir à jamais fixé la fortune sous nos drapeaux, environnaient l’état militaire d’une auréole de gloire et de plaisir. La jeunesse se portait dans les camps avec la seule crainte de ne plus trouver assez de lauriers à cueillir, je cédai, comme tant d’autres, à ces pressantes aspirations et sans attendre l’âge auquel la loi devait m’appeler, je me fis soldats à dix-huit ans. Que d’illusions dans la tête d’un jeune homme! Gloire, plaisir, fortune, je voyais tout dans la carrière que j’allais parcourir, tout excepté les épines dont elle devait être semée. Mais aussi quelle nouvelle Cassandre aurait pu prévoir que l’étoile de ma patrie allait bientôt perdre de son éclat ! 

   Bernard Masson,  sergent, 67 ° régiment de ligne.

.

Quelques prisonniers originaires du Nord et du Pas-de-Calais :

BARBAGE Henry, batellier d’Armentières
BREMOND Alexis, maréchal ferrand d’Avesnes
COMBET, maître charron de Lille
FROMENT Pierre Joseph, de Landrecies
GUITELLE, maître serrurier, de Lille
JOURNET, Joseph Marie, maître menuisier, de Douai
PIERRE Victor, cordonnier, de Maintenay
GUITELLE de Saint-Omer
PEUVRELLE C.A. Joseph, de Saint Omer
QUENTIN Jean Baptiste Joseph, de Saint Omer
PRUVOTT, de Saint Omer 

La triste histoire de l’âne Martin.

Dès les premiers jours de leur arrivée à Cabrera, les prisonniers y avaient trouvé, paissant en liberté et abandonné , un âne étique dont ils avaient pris possession , et qui bientôt, par son bon naturel et ses services, avait acquis toute l’affection de ces hommes privés de toute communication avec la société de leurs semblables. Ils l’avaient baptisé du nom de Martin , et s’en servaient pour transporter les vivres du lieu de débarquement au camp , aux diverses barraques, et les bois et les feuillages qui devaient servir à la construction des cabannes.

Martin élail l’ami de tous les prisonniers, et malheur à celui qui l’eut maltraité ; de nombreux vengeurs se fussent présentés pour sa défense. Mais on était dans un de ces moments de crise el de calamité où tous les sentiments , tous les liens même d’affection ou de parenté., disparaissent pour faire place à l’égoïste souci de la conservation personnelle.

l'anemartin

Le conseil s’assembla pour aviser aux moyens de porter quelque remède à cette affreuse situation , car la moitié des prisonniers étaient couchés dans leurs barraques, attendant la mort, d’autres erraient comme des spectres sur le rivage , regardant au large s’ils n’apercevaient pas une voile, et maudissant de grand coeur les anglais et les espagnols. Mais on était généralement convaincu que les prisonnniers avaient été condamnés à mort, et qu’il avait été décidé de les laisser mourir de faim.

Une voix se fit entendre dans le conseil , pour proposer un moyen extrême et affreux qui fut repoussé avec horreur, presque à l’unanimité ; mais au lieu d’un sacrifice homicide, pour prolonger de quelques instants encore l’existence de la colonie , un aulre membre proposa le sacrifice de Martin. Ce ne fut pas sans peine et sans une vive discussion que cette proposition fut acceptée. Martin trouva de chaleureux défenseurs dans le conseil. 11 était le serviteur et l’ami de tous les prisonniers. Mais de sa mort dépendait le salut de la colonie , et sa mort fut arrêtée.

On alla prendre le pauvre Martin sur les roches où il broutait quelques brins secs d’herbes aromatiques. Il crut qu’on venait lui demander sa corvée habituelle, le transport de quelques vivres ou de quelques broussailles. Il s’avança de lui-même et sans défiance, au devant des prisonniers, qu’il connaissait tous , et dont il recevait chaque jour les caresses, et tout-à-coup, frappé d’un coup de couteau à la gorge, il tomba, et fut à l’instant même, écorché et dépecé.

Dix minutes ne s’étaient pas écoulées depuis sa condamnation, que déjà sa chair distribuée aux prisonniers, qui préparait pour les uns un triste bouillon , et pour d’autres plus pressés , grillait sur des charbons. Il était revenu , à chaque prisonnier, après une distribution aussi scupuleusement faite que si on eut pesé de l’or , deux onces pour trois hommes , les os et les intestins compris.

 

Publié dans : IL Y A DEUX SIECLES. | le 10 novembre, 2007 |6 Commentaires »

C’était dans le journal…

.

En 1788, les français pouvaient lire une dizaine de journaux parisiens ou provinciaux.

En 1789, il y en eut plus de deux cents.

En 1790 leur nombre dépassa quatre cents.

En l’an II  on vendit plus de cent trente titres à travers la France.

 presseetpolitique1.jpg

L’abominable crime de l’épouse qui voulait se « démarier ».

Le courrier extraordinaire, 3 mars 1792. 

Pontoise, vendredi 24 février, une dame de cette ville ennuyée des noeuds qui l’attachaient à un époux a été chez le curé de sa paroisse, pour le prier de la démarier, en allèguant pour raison que le caractère de son mari et le sien étaient incompatibles, qu’elle ne voulait plus être malheureuse. Le pasteur a tenté de ramener l’esprit exalté de cette femme à des considérations de douceur, d’honnêteté publique et de décence particulière. Elle n’a point goûté ces représentations, et s’en est allée chez elle. Pour se démarier toute seule, elle s’est saisie d’une hache et en a porté un grand coup sur la tête de son mari qui est tombé baigné dans son sang. Aussitôt, elle est retournée chez le curé et lui a dit: « Ce matin vous n’avez pas voulu me démarier; eh bien, je me suis débarrassée de mon mari demain vous le porterez en terre. » Puis quittant le curé très étourdi de l’aventure, elle a été chez un menuisier, lui a dit de la suivre pour prendre la mesure d’une bière, et l’a conduit chez elle. En entrant, l’ouvrier a apercu le malheureux époux se débattant contre la mort; il a fui avec horreur, s’est rendu chez un officier public qui, sur sa déposition, a donné un mandat d’arrêt contre la coupable, dont les démarches semblent prouver une âme aliénée. 

.

Gare aux engelures!

Proposée dans le n°53 des affiches de Lyon,

Il faisait froid, et il était temps de songer à se munir de sirop bronchique et d’onguents contre les engelures. Les affiches de toulouse et de Haut Languedoc prévenaient leurs lecteurs:

Manière de servir de l’eau pour les engelures, proposée dans le n°53 des affiches de Lyon, par M.Marcors, Maitre en pharmacie, rue Saint-Jean à Lyon.

« Pour les angelures qui ne sont point ouvertes, il ne s’agit que de les frotter avec un linge ou un plumasseau imbibé de cette liqueur et d’approcher la partie frottée du feu pour la faire sécher, ce qu’il faut répéter dans le moment, deux ou trois fois de suite. Si l’on a soin de s’en servir de cette manière, deux fois le jour, ces engelures sont dissipées dans l’espace de quarante-huit heures. » ..         

                                     

L’hiver est là et les boulevards sont difficiles à marcher!

La chronique de Paris.

Voilà l’hiver, pendant cette saison les boulevards sont difficiles à marcher, on y glisse souvent et pour éviter d’y glisser plus souvent encore , on y pratique un sentier le long des grilles de fer qui les bordent parce que la pente du terrain y est à peu près insensible. Là,les chutes sont moins fréquentes mais elles sont plus dangereuses puisque l’on peut tomber sur des pointes de fer. Cet ecueil menace à chaque pas les vieillards, les étourdis, les hommes ivres, ceux qui,comme moi, portent eux-mêmes  et habituellement leurs enfants, ces chers créatures, espoirs de la république, nés parmi les orages et destinés à récolter d’abondantes moissons de bonheur. N’a-t-on pas assez de l’inquiètude que causent les carrosses dans les rues de Paris, où il n’y a pas encore de trottoirs, où la plus légère distraction fait courrir un danger, sans être obligé de porter encore une sollicitude conservatrice sur les routes que ne nous disputent pas les chevaux! 

.

lamidelaconstitution.jpg

 Les petites annonces.

Les Annales ou Affiches du 15 juillet.

Demandes:

- On désirerait trouver une place dans une voiture pour aller en poste, la fin de ce mois, en Auvergne. S’adr. à M.Martin de Gibergues, rue et hotel de Moussy. 

- On voudrait trouver pour accompagner un jeune homme dans ses voyages un paticulier honnête et d’un âge mûr qui sût le latin, l’Allemand, l’Anglais, l’Italien, la Géographie et les Mathématiques. S’adr. à M.Delamotte, rue de la Verrerie.

- On voudrait emprunter 6000 liv. avec priv. sur environ 80000 liv. de bien-fonds et caution. S’adr. à M. le Sieur. Proc, rue St. Eustache, n°35.

- Un homme âgé de 45 ans qui sait bien écrire, servir, faire la cuisine, panser un cheval et mener cabriolet, voudrait être placé. S’adr. à M.de Mauroy, huissier, rue de la vieille Monnaie, n°28.

- Une jeune femme mariée et sans enfant qui sait bien coiffer, blanchir, travailler le linge et faire la cuissine, voudrait être placée chez une personne seule. S’adr. à M.le Chev.d’Igneaucourt, rue de l’Hirondelle, n°28.

- Un homme de 25 ans sachant coiffer, raser, écrire, faire l’office, parler Franc. Ital.et Allem, voudrait être placé. S’adr. à M. le Chevalier huiss. à la Cour des Aides, rue Croix des Petits Champs, n°14.

- Un jeune homme qui a une belle main et qui est au fait de la tenue des livres, de la comptabilité et de la correspondance, n’étant employé que dès matin, voudrait trouver de l’occupation pour l’après-midi. S’adr. à M. DE Breuil, Controleur gén. de l’Administration des Domaines et Bois, rue Mélé, n°70.

- La garde bourgeoise, après avoir conduit dans le jardin du Palais-Royal, le particulier qui, le 15, a eu l’avantage d’apporter le premier les nouvelles de Versailles et qui a descendu à la grande entrée de ce Palais n’ayant pu retrouver le cheval qu’il montait, prie les personnesz qui pourront en donner des nouvelles, de s’adresser à M. Fontaine, Palais-Royal n°82.

.marat.jpg..  

La pomme de terre, ce précieux végétal.

Les soirées de la campagne, 17 brumaire an II.

- La pomme de terre, ce précieux végétal, qui se plante après toutes les semailles, qui se récolte après toute les moissons, et dont le rapport est dix fois plus considérable que celui du blé, a souffert beaucoup de la sécheresse de l’été dernier, une grande quantité de ces tubercules, arrétés dans leur croissance, sont restés d’une telle petitesse que la plupart des cultivateurs négligent  de les récolter, ou les abandonnent, sans profit marqué, à leurs porcs ou bestiaux.Ne perdons pas de vue,en outre, qu’à la saison prochaine nous devons faire les plus grands efforts pour en cultiver le plus qu’il nous sera possible. Citoyens, pensez que la pomme de terre est un de vos moyens de subsistance le plus indépendant de tous les évènements.

                 lecture du journal. 

 

Condamnations.

Le journal de Paris.

- Monthoson, âgé de 36 ans, ci-devant officier du régiment de Bassigny, originaire de Bordeaux, demeurant rue du Mail à Paris, a été condamné à 8 ans de fers et préalablement exposé pendant 4 heures à un poteau sur la place de la Révolution, convaincu d’avoir favorisé la demeure d’un émigré sur le territoire de la République, en lui prêtant son certificat de civisme.

- Olympe de Gouges, femme de lettres, se disant veuve Aubry, âgée de 38 ans, native de Montauban, convaincue d’être l’auteur d’écrits tendant à l’établissement d’un pouvoir attentatoire à la souveraineté du peuple, a été condamnée à la peine de mort. Elle s’est déclarée enceinte. On a sursis à son éxécution jusqu’au rapport des gens de l’art.  

 

La mort de la Reine.       par le père Duchesne d’Hébert

Les journaux ne rapportaient guère que les éxécutions des personnages les plus importants comme les députés girondins ou le général Custine. L’éxécution de la reine Marie-Antoinette donna lieu à ceci; « J’ai vu tomber dans le sac la tête de veto femelle. Je voudrais,foutre, pouvoir vous exprimer la satisfaction des sans-culottes,quand l’architigresse a traversé Paris dans la voiture à 36 portières. Ses beaux chevaux blancs, si bien panachés, si bien enharnachés, ne la conduisaient pas, mais deux rossinantes étaient attelées au vis-à-vis de maître Samson, et elles paraissaient si satisfaites de contribuer à la délivrance de la république qu’elles semblaient avoir envie de galoper pour arriver plus tôt au lieu fatal. La garce au surplus, a été audacieuse et insolente jusqu’au bout. Cependant les jambes lui ont manqué au moment de faire la bascule pour jouer à la main chaude, dans la crainte, sans doute de trouver après sa mort un supplice plus terrible que celui qu’elle allait subir. Sa tête maudite fut enfin séparée de son col de grue et l’aie retentissait des cris de vive la république! » 

 

 

L’été de tous les dangers.

Astronomie.

Demain 21, l’été commencera à 1h29’30″ du matin. Le soleil aura atteint sa plus grande déclinaison Nord, le jour sera le plus long de l’année et la nuit la plus courte. Tout ce mois n’a point de nuit fermée, c’est à dire que le crépuscule n’est pas encore fini, que l’aurore commence. La lune alors sera éloignée de la terre de 84.525 lieues, de 25 au degré, ayant une déclinaison de 13° 10′ Sud. Jupiter, la planète la plus brillante après Vénus, passera au méridien vers 9h 30′ du soir. Sa grosseur est de 1479 fois celle de la Terre, son diamètre est de 11 fois 1/3 celui de la Terre, qui est de 1500 lieues à peu près, on la voit sous un angle de 3′ 18″, tandis que Vénus n’est vue que sous l’angle de 17″. Si cette planète nous paraît plus brillante, c’est qu’elle n’est éloignée du Soleil  que de 25.144.250 lieues, tandis que Jupiter l’est de 180.794.791. Or l’effet de la lumière diminue comme le carré de la distance augmente, donc Jupiter doit paraître moins brillant que Vénus. L a vitesse de cette planète autour de son axe est énorme puisqu’elle tourne en 9 heures à peu près. Ainsi les habitants de Jupiter, s’ils ne dorment que la nuit, ne sont couchés que 4h1/2. Les belles de cette planète ne doivent pas rester aussi longtemps au lit que nos  petites maîtresses, ou bien elles n’en sortent pas. Quant aux visites du nouvel an, elles ne doivent pas fatiguer les gens cérémonieux, car l’année ne se renouvelle que tous les 11 ans et 315 jours. 

. 

 Le démoniaque père Duchesne.

Le journaliste Dusaulchoy exulte de joie dans le Sapeur sans-culotte.

C’est ce démoniaque Père Duchesne, qui est surtout un grand fripon, nom d’un bonnet rouge! la guillotine est trop douce pour un pareil gredin!. C e braillard maudit  que j’ai vu avec un vieil habit noir, plus ras et plus déchiré, un claque en lambeaux sous son bras, m’emprunter douze sous pour aller dîner, qui après s’être fait chasser du théâtre de la République, où il était ouvreue de loges, parce qu’il ne laissait rien perdre et qu’ilfaisait son profit du bien des autres, a été trop heureux de trouver l’imprimeur Tremblay qui lui a donné du pain.

C’est ce sacré marchand de fourneaux, ce Père Duchesne qui me fout le plus d’indignation dans l’âme! je le disais toujours et l’on ne me croyait pas!. Quand on gueule si haut,  n’est qu’un imposteur, le vrai patriote, foutre, ne crie que quand il le faut, et quand il voit des traîtres à dénoncer, mais il ne parle jamais sans preuves.

Hébert et ses amis, croyaient que nous nous fouterions le tour les uns aux autres, et pour y parvenir, ils voulaient nous affamer, ils violaient la déclaration des droits de l’homme, ils prêchaient comme des énergumènes l’insurrection, mais bernique! nous n’avons jamais été plus unis que depuis que leur conspiration est découverte.

En fait, les sans-culottes furent atterrés par l’arrestation du Père Duchesne et de ses amis puis par leur exécution le 4 germinal (24 mars). Ce drame de germinal glaça le mouvement populaire. Après Hébert, ce fut le tour de Danton, un autre héros de la révolution que le peuple vit marcher à la guillotine avec Camille Desmoulin, le 16 germinal (5 avril).  .

lalibertdelapresse.jpg

. L’hygiène ou l’art de conserver la santé.

Les soirées de campagnes N°4 du 23 vendémiaire an II.

Notre corps est un assemblage de divers organes qui ont chacun leurs fonctions particulières, leur degré d’énergie propre. On dit que le corps est sain quand toutes les fonctions se font de manières que l’une n’empiète pas sur l’autre et qu’il règne entre elles une sorte d’équilibre ou d’harmonie. L’état contraire a lieu quand une ou plusieurs de ces fonctions sont dérangées, affaiblies ou suspendues.

L’hygiène dont j’ai promis de donner quelques notions, est l’art de conserver la santé ou, si l’on aime mieux, d’écarter les maladies. Elle embrassze tout ce qui peut influer sur notre machine et y apporter du changement, comme les qualités de l’air celles des eaux et du terrain, la nature des aliments, le genre et la durée de l’exercice et du repos, le sexe, l’âge, les passions, le tempérament personnel, etc… Il y a sur chacun de ces objets une foule de vérités qui ne sont pas assez répandues, et un plus grand nombre d’erreurs qui le sont trop.

Sous l’ancien régime, le soin de publier les unes et de combattre les autres était abandonné à ce qu’on nommait les supports de la faculté, c’est à dire aux hommes qui avaient le plus d’intérêt à entretenir notre ignorance et nos préjugés. Il en était des lois de l’hygiène comme des lois civiles. Le gouvernement s’inquiétait peu qu’elles fussent connues ou non de ceux qui devaient les observer, il croyait avoir assez fait en établissant des hommes pour punir les infracteurs. Aussi ces deux objets de première necessité n’entraient-ils pour rien dans l’éducation des collèges, après dix ans, on en sortait aussi avancé à cet égard que si l’on n’y eût jamais mis le pied, tant on était jaloux de nous plonger, ou plutôt de nous retenir dans tous les genres de dépendances.

Aujourd’hui il n’en doit plus être ainsi. Il faut que chacun soit lui même son médecin et son avocat, et qu’il n’ait plus besoin de payer un homme pour lui dire si telle nourriture lui convient, si telle action est conforme aux lois de son pays. La Convention en organisant l’éducation publique nous délivrera de cette dépendance humiliante, mais ses bienfaits seront bien plus pour la génération naissante que pour les pères. C’est à ceux-ci que seront plus particulièrement consacrés les articles d’hygiène de cette feuille.

..               marchand.jpg

Publié dans : IL Y A DEUX SIECLES. | le 9 novembre, 2007 |Commentaires fermés

La Justice Révolutionnaire….

Pour la Convention, l’année 1793 est celle de tous les dangers. Le 31 janvier, elle déclare la guerre à l’Angleterre et à la Hollande. Bientôt, elle doit se battre sur tous les fronts à la fois. Dans le même temps, plusieurs régions entrent en état d’insurrection : l’Ouest, et surtout la Vendée, mais aussi Toulon, que les royalistes livrent aux Anglais, Lyon également, sans compter les zones que l’on qualifie de fédéralistes. Aux yeux des inconditionnels de la Révolution, toutes ces menaces justifient le recours à la Terreur, et même l’excusent. C’est alors, dans un tel contexte que, le 21 Janvier, la Convention fait guillotiner le roi....

victimes.jpg

 .

Chronique de la Terreur..

On tue pour confisquer les biens, on tue le soldat mutilé sur le front qui mendie parce qu’il n’a pas de pain, on tue les victimes de la famine, on est tué parcequ’on appel son chien « citoyen ».

Les sommets de l’abject sont atteints dans le procès de Marie-Antoinette, le calvaire du dauphin et Madame Elisabeth, les carmélites de Compiègne, d’Arras, de Valenciennes, d’Orange, (immortalisées par le film de Philippe Agostini « Le dialogue des Carmélites ».)

 ursulines4.jpg

.

 

Dans l’horreur, il est rare que nous ayons été dépassés.

Ce qui étonne, c’est cette montée en puissance des tarés et des médiocres. Qui étaient-ils, ces bourreaux, pour le tribunal révolutionnaire, les juges, les substituts, l’accusateur public sont des hommes de loi professionnels. Les jurés sont des artisans et des commerçants pour l’essentiel.

Hommes de loi aussi, l’écrasante majorité des députés, du tiers état, grands meneurs de la Révolution,

Les avocats: Amar, Barbaroux, Barère, Barnave, Billaud-Varenne, Brissot, Buzot, Couthon, Danton, Desmoulin, Hérault de Séchelles, Pétion, Philippeaux, Robespierre, Vergniaud.

Les anciens procureurs ou notaires: Carrier, Coffinhal, Fouquier-Tinville, Hanriot, Herman, Vadier.

La mort était devenue leur métier, ces purs sont des voleurs, on le savait pour Danton, pour presque tous les Conventionnels, on le sais pour Fouquier-Tinville.

Fouquier Tinville, accusateur public du tribunal révolutionnaire, eut à trancher 5343 cas. Des grandes affaires politiques, Marie-Antoinette, les Girondins, Danton, Hébert , Robespierre. Les affaires relevant d’actes contre-révolutionnaires, elles ne furent pas plus de 580.

Et les autres?.  Dans la plupart des cas à Paris comme en province, ce qui est jugé ce sont des « propos » ou « attitudes » estimés hostiles à la révolution, surtout le plus souvent sur délation, et là n’importe qui peut-être condamné. Le tiers état fournit 71% des condamnés, 20% la noblesse et 9% le clergé. 

 debuterreur.jpg

Mais la fin justifiant les moyens,(les jacobins étant à leur tour massacrés par milliers après Thermidor) tiendra, toute entière, dans la célèbre formule de Saint-Just: « Ce qui constitue la République, c’est la destruction totale de tout ce qui lui est opposé. »

.

Quelques exemples de condamnation…

18 avril 1793

Catherine Clère, domestique à valenciennes est menée au tribunal. Elle est accusée d’avoir, en état d’ébriété, crié « vive le Roi », chanté des chansons dans le sens inverse de la révolution, déclamé contre la convention «  disant qu’il fallait l’envoyer au devant de nos ennemis à la tête de nos armées… qu’il fallait massacrer cette canaille qui dictait la loi aux honnêtes gens… que notre numéraire passait en Suisse…qu’on ne souffrira pas que l’on coupe la tête au fils comme au père (Louis XVI et l’enfant du temple). M. de Wailly, son employeur, eut beau affirmer qu’il ne l’avait toujours entendue tenir que des propos favorables à la révolution, rien n’y fit. Catherine Clère périt sur l’échafaud quelques heures plus tard.

11 septembre 93

Jean Charles Bain, huissier à Angers, est jugé et condamné à mort pour avoir daté une lettre de « l’an dernier de la république et de la liberté ».

15 septembre 93

A Dinan, 14 personnes sont fusillées en présence du conventionnel Prieur de la Marne.

. 

23 septembre 93

Antoine Massan, curé de Saint-Sernin (Saône et Loire), est condamné à mort pour avoir notamment refusé, lors d’une procession, l’escorte de quatre gardes nationaux complètement ivres, le fait étant pourtant reconnu par les témoins.

. 

4 octobre 93

Pierre Lebrun, accusé de ne pas avoir sauvé les chevaux qui étaient sous sa garde à Saumur, lors de l’attaque de l’armée vendéenne, il est condamné à mort.

Plusieurs condamnations, dont trois à mort pour « propos » « Charlotte Corday était une honnête femme qui a bien fait de tuer un gueux. »

. 

8 octobre 93

Condamnation à mort de Henri Dupin, directeur de la poste aux chevaux de Saumur. Il n’aimait pas la dictature jacobine et le faisais savoir.

. 

16 octobre 93

Condamnation et éxécution de Marie Antoinette reine de France…

Cela n’empêche pas l’un des jurés, Trinchard, d’écrire à son frère:

 » Je t’aprans, mon frerre, que je été un des jurés qui ont jugé la bête féroche qui a dévoré une grande partie de la république, celle que lon califiait cideven de Raine. »-

Le jour de l’exécution de Marie-Antoinette, le théatre des Boulevards, qui met en scène les amours contrariés de la fée Urgande et de l’enchanteur Merlin, refuse du monde. 

. 

4 novembre 93

Marie Madeleine Coutelet, 32 ans, fileuse, reçoit la visite du comité révolutionnaire de la section Beaurepaire, on vient sur dénonciation, chercher sa tante. Celle-ci est absente, qu’à cela ne tienne, on fouille dans ses affaires et qu’y trouve-t-on ? des lettres ou il est écrit : «  Nous n’avons plus qu’à nous réjouir, les parisiens ont tant d’esprit que toutes nos affaires vont aller tout droit, ils se fêtent et font des réjouissances, mais ils n’ont pas le talent d’avoir du pain. » Faute de la tante (destinataire des lettres), on arrête, juge et condamne à mort… la nièce.

. 

2 novembre 93

Deux condamnations à mort : Louis Henri Duchesne pour « rolandisme » et Marie Chasle pour avoir regretté de ne pas savoir ou se trouvait son fils émigré.

22 décembre 93

Un cordonnier est traduit pour « mauvaises fournitures » l’accusation est fausse, elle émanait de l’un de ses ouvriers avec lequel il se trouvait en conflit: la mort pour le cordonnier.

24 décembre 93

Etienne Teyssier, 55 ans, condamné à mort pour de prétendues correspondances avec un fils qui « se serait enrôlé à l’étranger »; on se rendra compte plus tard de l’erreur, en fait le fils était en Vendée, aux cotés des « bleus ».

-

Le même jour, cinq artisans de la banlieue de Thionville sont accusés « d’intelligences avec l’ennemi ». L’affirmation n’a pas pu être prouvée, la mort tout de même.

31 décembre 93

Le général de Biron, Armand-Louis de Gontaut Biron, duc de Lauzun.

 biron.jpg

Son modérantisme à l’égard des Vendéens en est la cause. Il reçut son arrêt de mort avec un calme stoïque. Non sans avoir vertement apostrophé le tribunal révolutionnaire: « Vous ne savez pas ce que vous dites. Vous êtes des ignorants qui n’entendez rien à la guerre. Finissez vos questions, Obéissez (au comité du salut public) et ne perdons pas de temps.» De retour à la prison il demanda des huitres et du vin blanc. L’exécuteur entra pendant qu’il faisait ce dernier repas  » mon ami lui dit Biron, je suis à vous, mais laissez-moi finir mes huîtres, je ne vous ferai pas attendre longtemps. Vous devez avoir besoin de forces au métier que vous faîtes, vous allez boire un verre de vin avec moi ». Biron rempli le verre de l’exécuteur, celui du guichetier et le sien, et se rendit sur la place de l’exécution, où il a subi la mort avec le courage qui a illustré presque toutes les victimes de cette affreuse époque. 

5 janvier 1794

Le citoyen Hébrard, fabricant de savons, mais lié à une mauvaise fourniture de hampes de lances, est exécuté sur-le-champ.

. 

24 janvier 94

Nicolas Rouard et Laurent Migot n’ont aucune sympathie pour les « clubistes », ils le clament un peu trop bruyamment: la guillotine.

28 janvier 94

Le général de Marcé, excellent soldat, homme d’une loyauté exemplaire mais victime de dénonciations calomnieuses, est condamné à l’échafaud.

. 

31 janvier 94

La « fournée » des habitants de Coulommiers, quinze personnes accusées de fanatisme et fédéralisme.

3 février 94

Claude Jacques Ogier, 73 ans, est condamné à mort sur dénonciation : ont été trouvés chez lui des écrits proroyalistes.

. 

15 février 94

Condamné à mort, Gabriel Planchut la Cassaigne, ivre mort, il hurlait sous les arcades du palais Egalité:  » Vive Bourbon! Vive Monsieur! ». Arrêté par la section de la montagne, il affirme ne pas se souvenir.

23 février 94

Joseph Canel, perruquier, ivre, il a crié, le 18 juin précédent, sur les Champs-Elysées « Vive le Roi! j’aime la noblesse, je n’en veux qu’au clergé ». Ce subtil distinguo ne lui sauvera pas la vie.

Le général Dartaman est également condamné à mort, motif : un officier de la république ne recule pas!.

Durant le seul mois de février, outre les massacres de Vendée, 302 personnes sont guillotinées ou fusillés à Lyon et des centaines d’autres dans toute la France.

A Paris, les prisons sont bondées, plus de 5000 détenus ; 481 à la Conciergerie, 606 à la Grande Force, 290 à la Petite Force, 225 à Sainte-Pélégie, 233 aux Madelonnettes, 134 à l’Abbaye, 790 à Bicêtre, 342 à la Salpêtrière,456 au Luxembourg, 428 à la Bourbe, 194 aux Carmes.

5 mars 94

Condamnation à mort de Louis Robin, 74 ans, marchand à Troyes, il a affiché ce placard :

« A la dernière décade on a sélébré laniverser du soi-disan dernier tiran et la prochaine décade on célèbrera la nessance de cent mille tiran. Vive la république, au diable le clube ! Ces en qui fou tous le mal. Peuple naban donne jamai la loy de Dieu.« 

. 

12 mars 94

Une religieuse de 27 ans, Sophie Adélaïde Leclerc-Glatigny, est envoyée à l’échafaud: « il sera impossible, précise l’acte d’accusation, avec ces propos inciviques de ne pas reconnaître en elle un de ces êtres dans le cœur desquels le fanatisme est tellement invétéré qu’ils ne respirent que pour saper sourdement l’empire auguste de la liberté » (il s’agit de lettres envoyées à sa famille où elle fait état d’une fois ardente) elle était l’objet d’une dénonciation anonyme au comité révolutionnaire de Saint-Denis.-

Le même jour Marin Blanchet et Pierre Cauchoix sont jugés, Blanchet est accusé d’avoir refusé de marcher contre les Tuileries le 10 Août 1792, pourtant il sauve sa tête. Cauchoix, jeune architecte de 28 ans est accusé lui d’avoir dit  »qu’un tyran en valait mieux que cinq cents » ( il visait la Convention) il sera guillotiné pour ces propos.

15 mars 94

Un ci-devant noble est condamné pour être soupçonné d’avoir fait apprendre à l’une de ses filles une comédie, dont la postérité n’a pas cru bon de retenir le titre, mais qui aurait aux yeux de certains des allusions désobligeantes à l’égard de la représentation nationale.

. 

17 mars 94

Quatre accusés (dont deux femmes) sont envoyés à l’échafaud pour « propos », l’un d’eux avait été arrêté sous l’accusation d’avoir dit qu’il « préférait être chien que républicain » une autre, Marie Lavechain, que « ceux qui gouvernaient la France étaient des brigands et des égorgeurs de Roi » réels ou pas ! ces faits mènent leurs auteurs à la mort.

-

La mort également, pour propos, pour deux fonctionnaires parisiens accusés  »de fomenter des plans pour assassiner le peuple »… Nulle preuve, ils ont été l’objet d’une dénonciation mensongère.

. 

20 mars 94

Le général Hoche, est arrêté, il devra sa libération qu’à la disparition de Robespierre.

. 

25 mars 94

Plusieurs accusés, dont trois d’une même famille, (Rougane) pour propos contre-révolutionnaire, la dénonciation mensongère est évidente (le délateur sera d’ailleurs arrêté) mais quatre des accusés sont, malgré tout, envoyés à la guillotine.

-

Un évêque constitutionnel de Saône et Loire, Jean-Louis Goutte, et cinq autres personnes sont condamnés; le chef d’accusation: parents d’émigrés.

12 avril 94

Claude Souchon, dit « Chanson », général de brigade âgé de 66 ans, accusé de fédéralisme, il est condamné sans aucune preuve.

22 avril 94

Guillaume Lamoignon de Malesherbes, ancien ministre, homme d’une probité rare, il se contenta de dire, à la lecture de son acte d’accusation: «  mais si cela avait au moins le sens commun ». Et faisant un faux pas sur une des marches de la guillotine, de commenter narquois; « C’est de mauvais augure, un Romain serait rentré chez lui ».

. 

26 avril 94

Affaire d’intelligence avec l’ennemi, dont sont accusés plusieurs habitants du département du Mont-Blanc. La mort pour tous. Avec eux des personnes soupçonnées de correspondre avec les émigrés, ou de « propos » ainsi que; « s’est permis de dire en parlant d’un fonctionnaire public que, s’il ne pouvait pas venir, il enverrait son cheval à sa place!. «  … « . C’est une plaisanterie, répond l’accusé (un vigneron), que je me suis permise à l’égard de mon neveu ».  La guillotine.

5 mai 94

Une trentaine d’accusé, parmi ceux-ci de nombreuses femmes ayant fait part de leur horreur face à la guillotine: La mort pour toutes et tous, à l’exception de la plus jeune, tenue pour aliénée.

. 

8 mai 94

Parmi les accusés se trouvait le savant Lavoisier qui déclara: « J’ai besoin de ce temps (quinze jours) pour terminer des expériences nécessaires à un travail important dont je m’occupe depuis plusieurs années. Je ne regretterai point alors la vie. J’en ferai le sacrifice à ma patrie. »

antoinelouislavoisierchimiste.jpg

 La réponse de Coffinhal est bien connue: « La république n’a pas besoin de savants ni de chimistes, le cours de la justice ne peut être suspendu. » la mort pour lui aussi.

. 

12 mai 94

Une dizaine de personnes inconnues les une des autres, mais accusées, en bloc, d’être des  »ennemis du peuple » la mort pour sept d’entre elles.

17 mai 94

Onze accusés d’avoir « calomnié la révolution » et de « correspondances avec les émigrés ». La mort pour tous.

Dix-sept accusés : dix condamnés à mort pour « correspondances » et « attitudes révolutionnaires », ainsi l’un d’eux dont la femme voulait divorcer lui avait répondu: « La loi du divorce est une loi contraire à celle de Dieu. » Sa femme le dénonce, il nie les propos : l’échafaud….

. 

20 mai 94

Une fournée composée d’habitants de Cahors, Nîmes et Provins, « les plus cruels fléaux dont l’existence ait jamais souillé la nature humaine »! « Ecrits royalistes…Propos et écrits suspects ». Les faits remontent pour l’un des accusés à 1789, époque à laquelle Jean Filsac, âgé alors de 76 ans, avait écrit à un ami ayant depuis émigré : la mort.

Le même sort pour un autre, qui a dit que « le bonnet rouge (phrygien) n’était fait que pour les galériens ».

. 

26 mai 94

Sept condamnations, des actes d’accusations stéréotypés regroupant des faits similaires:  »Autrefois il y avait un tyran, aujourd’hui il y en a sept cents ».

-

Un enfant de huit ans, Jean Merle, est accusé de « conspirations »;  il avait, pour jouer, brisé des scellés: ordonnance de non-lieu.

. 

28 mai 94

Condamnation à mort : Pour « propos ». Sylvain Dumazet, verrier de 25 ans, qui avait servi en Vendée dans les armées de la république, y avait perdu une jambe au combat. Devenu mendiant au faubourg de Temple, il a expliqué que la nation ne lui donnait pas de quoi vivre: « Coupable de propos tendant à empêcher le recrutement… »

. 

5 juin 94

Exécution sans motif de 25 personnes, fournée destinée à libérer quelques places dans les prisons parisiennes.

Pour faits d’attroupements leur ayant été imputés à tort, trois Bretons qui avaient été acquittés par le Tribunal de Quimper. Or, sur requête du comité révolutionnaire local, la Convention avait cassé l’arrêt de la juridiction bretonne. Ne parlant pas un mot de français, ils ne comprendront même pas qu’ils viennent d’être condamnés et à se rendre, sur le champ, à l’échafaud!

. 

14 juin 94

Huit  »conspirateurs ». L’un d’eux avait sur lui une image représentant la tête tranchée de Louis XVI avec, écrits au dos ces mots:  »Je meurs pour toi et ta famille. » Effectivement.

. 

16 juin 94

Louise de Montmorency, 72 ans atteinte de surdité et qui ne pouvait donc répondre aux questions du tribunal, le président Dumas s’adressant au greffier: « C’est bon; ecris qu’elle a conspiré sourdement… » 

Tout ceci relèverait de l’absurdité s’il n’y avait au final, la mort d’hommes et de femmes coupables d’êtres nés nobles, riches ou pauvres, haîs de leurs voisins, de leur conjoint, ou victimes de dénonciateurs. 

. 

21 juin 94

Vingt-sept accusés, dont seize habitants de Caussade (près de Montauban); à l’annonce de la mort du roi, ils s’étaient réunis dans les rues du village en disant: « A bas les cocardes nationales! le Roi est mort, il faut prendre des noires. » Ils sont ennemis du peuple, la guillotine pour tous.

. 

22 juin 94

Dix autres accusés d’avoir mutilé un arbre de la liberté, à Verneuil, (en Normandie;  » Ledit arbre n’est pas celui de la liberté, mais un arbre ordinaire. » si l’arbre a été coupé, c’est parce qu’il était mort et fut remplacé par un autre… Peu importe, à la guillotine !

Quatre autres condamnés à mort; l’un d’eux est accusé d’avoir « baisé avec culte le portrait du tyran » :renseignements pris, il portait serré à bras-le-corps, lors d’une perquisition, un tableau où figurait le Roi;  »Propos »  pour les autres.

. 

7 juillet 94

Germaine Quetier, femme Charbonnier :

-Il lui est demandé:

si, le 9 de ce mois, en présence de plusieurs citoyens, elle n’a pas dit qu’il fallait un Roi ?

-A répondu:

qu’elle n’a pas parlé de Roi, tel qu’était Capet ou tout autre, mais d’un rouet… l’instrument à filer.

(La prononciation très semblable de ces deux mots pouvait effectivement induire en erreur).

Quoi qu’il en soit, le système des fournées fit qu’elle est condamnée sous le même chef d’accusation qu’un certain Sauvage, enseigne de vaisseau, c’est à dire: « Abandon des drapeaux de la liberté pour servir dans l’armée anglaise à Toulon ».

. 

15 juillet 94

Condamné à mort, Yves-Louis Rollat qui avait appelé son chien « citoyen »!

. 

16 juillet 94

Trente et un condamnés à mort… procès-verbal d’accusation signé en blanc…

. 

17 juillet 94

Fournée de cinquante et une personnes. De nombreux prêtres ou quidams pour  »propos » et « correspondances ». Quarante condamnés à mort dont les seize religieuses « carmélites » de Compiègne. 

valenciennes.jpg

19 juillet 94

 Trente-quatre accusés, trente-quatre condamnation à mort. Acte d’accusation signé en blanc par les membres du tribunal. Les dossiers d’instruction sont vides, soit bâclés. Un seul objectif: l’élimination du plus grand nombre dans le minimum de temps.

Ainsi ce jour là, le jeune Saint-Pern comparait à la place de son père. Il proteste de son jeune âge. Dumas s’exclame alors: « Citoyens jurés, vous voyez bien que dans ce moment il conspire, car il a plus de dix-sept ans. »

.

25 JUILLET 94

On trouve une certaine veuve Mayet qui sera condamnée à la place de la vicomtesse de Maillé. De toute façon il faut du sang! alors on la consolera à la sortie du tribunal, par ces mots, « Ce n’est pas vous qu’on voulait juger, mais c’est autant de fait, autant vaut aujourd’hui que demain. »

-

André Chénier, le poète, c’est en fait son frère, le militaire, Marie-Joseph, qui était vivement recherché, qu’à cela ne tienne quand on a décrié contre la république avec une telle virulence.

chenier.jpg

« Mourir sans vider mon carquois! Sans percer, sans fouler, sans pétrir dans leur fange. Ces bourreaux barbouilleurs de lois! »    André Chénier.

.

26 juillet 94

Vingt-cinq personnes traduites; vingt-trois guillotinées…. Toutes précision étant dorénavant surabondante.

-

La princesse de Monaco, 26 ans, qui ,de peur de montrer « quelque pâleur face au supplice », demandera à se passer du fard sur les joues. Celle que Fouquier nomma: la « femme Grimaldi », monte le lendemain à l’échafaud au moment même où Dumas est arrêté en pleine audience du tribunal.

27 JUILLET 94 ……(9 THERMIDOR AN II)

Robespierre est renversé.  

. 

28 juillet 94. (10 THERMIDOR AN II)

excutionrobespierre.jpg

Exécutions de : Robespierre, Dumas, Saint-Just, Couthon, Hanriot, Fleuriot-Lescot.

29 juillet 94

Le tribunal révolutionnaire condamne à mort soixante-dix personnes liées, de près ou de loin, à Robespierre et à l’administration de la Commune.

. 

5 mai 1795

Fouquier-Tinville, l’homme de la justice révolutionnaire, sera lui aussi condamné à mort, la veille de son exécution (6 mai 1795), il écrit un message débutant par ces quelques lignes: « je n’ai rien à me reprocher, je me suis toujours conformé aux lois.« 

Fouquier Tinville, l’homme du tribunal, (le seul qui restera constamment en fonctions,) dans sa démence meurtrière, mérite quelques attentions. Installé,avec sa famille, à la conciergerie, il travaille selon tous les témoignages, jusqu’à dix-huit heures par jour!. Est-il cet assoiffé de sang, ce monstre alcoolique, amateur de filles publiques. Peu importe, c’est un fanatique, il prends au sérieux sa propre étroitesse d’esprit.

Plusieurs témoins le confirmeront lors de son procès: lorsqu’il avait beaucoup travaillé, et s’était un peu enivré, il faisait quelques pas le long du quai de l’Horloge, s’accoudait à un rebord du pont au Change ou du pont neuf et gémissait sur son sort: « Comment cela va-t-il finir? « …. »Que ne suis-je resté laboureur! » et les pièces de son propre procès prouvent qu’il se constituait, par anticipation, les dossiers devant lui servir de défense le jour où…

Le soir venu, Fouquier, accompagne parfois les huissiers allant lire ce qu’il appelle « le journal du soir » aux détenus de la Conciergerie, c’est à dire la liste de ceux montants au tribunal le lendemain, pour dire bonjour à Sanson.

Il réunit les jurés, leur indique la conduite à tenir, les blâmant ou les complimentant, plaisante avec eux. Dans certains cas, il aime à se vanter de la manière dont il a congédié les importuns. « Tu vois cette femme qui sort de chez moi! elle ne cesse depuis longtemps de me tourmenter avec son mari: eh bien! il sera dans la fournée d’aujourd’hui. » Dans d’autres circonstances, il fait libérer des détenus, parfois pour les faveurs d’une femme, mais pour de l’argent il lui arrivait d’oublier certains prévenus.

.

Ainsi, comme l’a fort bien écrit François Furet:

« Il n’y a pas de circonstance révolutionnaire, il y a une révolution qui se nourrit de circonstances. ».

« Donne le pouvoir aux médiocres, tu en feras des tyrans.»  (La Rochefoucauld.)

Publié dans : IL Y A DEUX SIECLES. | le 9 novembre, 2007 |1 Commentaire »

Profanation des tombes royales.

..

laviolationdescaveauxdesroisdanslabasiliquesaintdenisenoctobre1793.jpg

Profanation des tombes Royales.

Basilique de Saint-Denis.

ou

Le vandalisme révolutionnaire.

.. 

« Il y a dans la Révolution française un caractère satanique qui la distingue de tout ce qu’on a vu et peut-être de tout ce qu’on verra…il n’y a plus de prêtres, on les a chassés, égorgés, avilis; on les a dépouillés. Et ceux qui ont échappé à la guillotine, aux buchers, aux poignards, aux fusillades, aux noyades, à la déportation, reçoivent aujourd’hui l’aumône qu’ils donnaient jadis. Les autels sont renversés, on a promené dans les rues des animaux immondes sous des vêtements des pontifes. Les coupes sacrées ont servi à d’abominables orgies. Et sur ces autels que la foi antique environne de chérubins éblouis, on a fait monter des prostituées nues.»  (Joseph de Maistre. Considérations sur la France.1796.)

Afin de fêter la prise des Tuileries du 10 août 1792, le conventionnel, Barère, propose au nom du Comité de Salut Public, de détruire les tombes royales. Dom Poirier (ancien bénédictin de l’abbaye de Saint-Denis, est nommé commissaire de l’Institut, et à ce titre, chargé d’assister à l’exhumation)  a été le principal témoin oculaire de l’exhumation et de la profanationdes tombeaux royaux (ainsi qu’ Alexandre Lenoir). Il a assisté à l’exhumation, une première fois le 6 le 7 et 8 août 1793. Mais, c’est lors de la seconde vague de profanation en octobre 1793, qu’ont été véritablement réalisées les exhumations.

.Un témoin:

Parmi les profanateurs des sépulcres on reconnaissait un grand nombre d’ouvriers des Carmes, de la Force, et de l’abbaye, mais ici il manquait une grande joie aux septembriseurs, ils n’avaient à frapper que des rois, que des reines, que des princes et princesses de pierres, ici point de douleur, point de cris, pas d’agonie et surtout pas de sang. Le bruit que l’on entendait dans les souterrains de la mort, n’était que celui des pics de fer contre le granit et le marbre des tombes, mais les cris des victimes manquaient, ceux qu’on immolaient restaient muets dans leur cercueils. Si des voix s’élevaient c’étaient celles des profanateurs, les éclats de rire, les jurements,les blasphèmes étaient hideux à entendre sous ces voûtes consacrées au repos de la mort.

.

Journal d’extraction des cercueils Royaux..

henriivroidefrancelecorpsdanssoncercueilaprslaprofanation.jpg.

..Cliquez sur les dossiers pour les agrandir.

plan0001.jpg.

 plan0002.jpg

00001.jpg

00002.jpg

00003.jpg

00004.jpg

00005.jpg

00006.jpg

00007.jpg

00008.jpg

00009.jpg

00010.jpg

00011.jpg

00012.jpg

00013.jpg

00014.jpg

00015.jpg

00016.jpg

00017.jpg

00018.jpg

00019.jpg

.

 

 .alexandrelenoirdfendantlesmonumentsdelabbayedesaintdenis.jpg

Alexandre Lenoir, défendant les monuments de l’abbaye de Saint-Denis.,

 Quand les témoins se copient les uns les autres.

Publié dans : IL Y A DEUX SIECLES. | le 9 novembre, 2007 |3 Commentaires »

Un métier d’autrefois.

Les marchands de rêves.

.

marchanddimages.jpg

Nous sommes fascinés par cet inconnu, sans âge, buriné par l’air des grands chemins, qui sortait de sa hotte ou de son grand sac les menues merveilles. Patriarche d’un autre temps déjà, presque sorcier. Son air rustique, son langage imagé et direct, fait de formules mi-savantes, mi-paysannes, lui attirait auprès des campagnards un certain respect.

.

Les colporteurs.

 

Le marchand de jouets - David Henry Friston

Le marchand de jouets et de rêves.

L’histoire du colportage est liée à la difficulté de vivre dans les pays de montagnes, les colporteurs viennent le plus souvent des Alpes, (Savoie, val d’Aoste, etc )…les plus célèbres de ces personnages venaient des hauts pays de l’Oisans où le colportage a été pendant des siècles un phénomène typique de cette région montagneuse. Mais dans leur grande majorité ils sont montagnards et souvent frontaliers. Qu’ils soient vosgiens, savoyards ou gascons, ils sont tous issus de cantons peu alphabétisés.

. 

colporteurssavoyard.jpg

Ces pittoresques personnages qui sillonnaient les villages et les hameaux, la « balle au dos ».

On trouve des colporteurs oeuvrant un peu dans toutes les contrées du pays, Vosgiens, Savoyards, Bretons, Alsaciens, Picards, Normands, Gascons, il y en avait aussi en Suisse et en Italie.

Colporteur_Patente

Gerard Portielje The Itinerant Vendor

Ces errants sont aussi issus du petit commerce, souvent essence rurale. Il s’agit de très petits commerçants mal achalandés et à la merci de défaut de clientèle. Mais alors, le hasard ou la malchance transforme alors le colporteur en vagabond.

colporteur de volailles

Le colporteur d’oiseaux et de volailles.

Ces colporteurs tombent parfois dans la mendicité et le vagabondage, du fait d’accidents de toute sorte, maladies, vols, qui conduisent à la perte de leur cargaison. Le colportage ne serait-il donc finalement qu’un avant-vagabondage, notamment en ce qui concerne les merciers vendant des objets de menue valeur, telles que des images saintes.  

.

lemarchanddoublies.jpg

 Le marchand d’oublies. (petite pâtisserie) 

Ces petits marchands au détail ont un travail particulièrement pénible puisqu’ils transportent fréquemment, à dos d’homme, des balles de plusieurs dizaines de kilos. 

Charles Robert Leslie  le colporteur de bijoux

Le colporteur de bijoux.

Les colporteurs partaient à pied, ou en charrette pour les plus fortunés, pendant la période hivernale. Le colporteur parcourait énormement de kilomètres, se rendant même dans les fermes les plus isolées. Il préférait aller directement chez le client, plutôt que s’installer sur la place des villages. Peu à peu, il arrivait ainsi à avoir une clientèle fidèle, y retournant chaque année à la même époque.

reposdecolporteurs.jpg

Le repos du colporteur.

Il dormait à la belle étoile ou dans des granges. Les colporteurs étaient donc des marchands ambulants,  ils transportaient leurs marchandises dans des « balles en bois », dans ces « balles », ils rangeaient leur marchandise achetée chez un marchand en gros ou en règle générale, la marchandise se payait au retour, grâce à l’argent gagné lors du voyage. .

marchand.jpg

Le colporteur marchand d’images..

Le colportage de librairie.

La presse écrite est d’abord apparue sous différentes formes, les nouvelles qui étaient manuscrites, les occasionnels, les libelles, les placards, les almanachs. Souvent il s’agissait de simples feuilles volantes. Cette presse plus ou moins clandestine était vendue en librairie et par colportage. En plus des almanachs, les images et les recueils de chansons, apparaissent de façon régulière dans les balles des marchands ambulants. 

lecolporteur.jpg

Le libraire ambulant.

En 1602, Jacques Oudot, imprimeur à Troyes, lance une série de livrets  imprimés sur du papier bon marché, avec des caractères usagés et illustrés d’anciennes gravures sur bois  qu’il fait vendre par des colporteurs (merciers ou crieurs) dans toute la France. De petits formats (14 x 7 ou 21 x 15 cm), ils étaient présentés sous une couverture de papier bleu qui servait habituellement à emballer les pains de sucre.

. 

lamarchandededentelles.jpg

La marchande de dentelles.

. Les colporteurs étaient aussi des marchands ambulants qui vendaient un large éventail de produits, dont du fil, des boutons,

Le colporteur

des lunettes, des tissus, des livres, des bulletins, des journaux, des toiles, des estampes, des objets de fer, de bois ou de verre, encre, plumes, enfin presque de tout, car l’on manquait de tout dans les zones rurales les plus reculées..

lepetitcolporteur.jpg

 La mercerie sont les produits préférés du colporteur.

Le colporteur diffuse d’abord des produits de l’industrie locale, puis il offre un assortiment de tissus nécessaire à la famille, à la maison, toutes sortes de coton, du coutil, du droguet, de la serge, de la flanelle, de la toile, de la moleskine. Il propose aussi quelques vêtements de travail et du linge de maison.

 

lemarchanddepltresambulantcolporteurdefigurines.jpg

Le marchand de plâtres ambulant, colporteur de figurines napoléoniennes.

Ils sont des personnages connus et attendus qui, toute à la fois, amènent les outils de la distraction et les nouvelles de la ville.

.

marchanddechansons.jpg

Le marchand de chansons.

Je suis le vagabond, le marchand d’oublies,
je n’ai que des chansons à mettre dans les cœurs.

 Ils étaient des marchands ambulants qui parcouraient les chemins en annonçant à voix haute leurs marchandises ou leurs services pour attirer la clientèle. 

.

colporteuravecuneboiteobscure.jpg

Colporteur avec une boite obscure.

 ..Le grand nombre de colporteurs voyageant à travers la France et les pays étrangers, n’était pas sans inquiéter les autorités, le colportage est très sévèrement réglementé car le Directoire craint qu’il ne propage une propagande contre-révolutionnaire. C’est ainsi que le 15 décembre 1815, une circulaire du ministre de la Police obligea chaque colporteur ou marchand ambulant à se munir d’un livret délivré dans l’arrondissement de son domicile habituel. Ce livret devait être visé par chacune des autorités locales où le colporteur passait.

assiette.jpg

Un métier d'autrefois. dans IL Y A DEUX SIECLES. affich2-199x300

affich

Le colportage a aujourd’hui disparu de nos vallées, sa mémoire subsiste encore auprès des derniers marchands ambulants.

.

 

Publié dans : IL Y A DEUX SIECLES. | le 9 novembre, 2007 |14 Commentaires »

Rapport Ismert, chef d’escadron, au 11e régiment de hussards.

Rapport fait par le citoyen Ismert, chef d’escadron, au 11e régiment de hussards.

Le 25 (14 juin), le général Victor nous a envoyés sur la gauche, pour couvrir nos flancs entre la Lemme et l’Orba, et inquiéter ceux de l’ennemi. J’ai manoeuvré dans cette partie en exécutant de petites charges de temps à autre,  jusqu’à 11 h. 1/2, où je fus contraint de repasser la Lemme . Là, j’ai trouvé un faible bataillon de la 43e commandé par son chef. Un aide de camp du général Victor est venu nous dire de nous maintenir dans cette position.

Vers les 2 heures, l’ennemi nous força, par sa supériorité, à la retraite. Son artillerie et son infanterie faisaient un grand ravage; nous étions sans canons et sans munitions. Nous la fîmes donc la retraite par 400 toises. Les ennemis nous assaillirent de tous côtés sans nous entamer. Leur cavalerie, qui avait coupé la retraite, exécuta une charge sur nous ; les obstacles qu’elle avait à traverser mirent un peu de désordre dans ses rangs. J’en profitai et exécutai une charge vigoureuse; je parvins à percer leur ligne et je ralliai ma troupe à 4 ou 500 toises de cette dernière action.

Pendant que l’ennemi était occupé de notre infanterie, que je ne pouvais plus secourir, je donnai des ordres pour faire ramasser tous les fuyards. Cette recherche m’a procuré une cinquantaine de fantassins, un capitaine du 2e de cavalerie et douze hommes qui menaient des vivres, lesquels m’ont servi très utilement. J’ai divisé mes hussards en trois parties: la droite commandée par le capitaine Sainte-Marie, la gauche par le capitaine Briche et le centre, où j’avais placé les cavaliers du 2e et l’infanterie, fut sous ma direction.

La cavalerie ennemie, devenue plus audacieuse par la petite capture qu’elle venait de faire, vint pour me charger. Mon infanterie embusquée fit une décharge sur elle et de mon côté je fis faire une légère charge et retirer mon infanterie. L’ennemi, devenu plus circonspect, m’a suivi, mais sans acharnement.

Le brave capitaine Briche a reconnu une colonne de cavalerie qui débouchait sur ma gauche, venant de San-Carlo. Cet officier intelligent s’est éloigné aussitôt de moi, afin d’attirer l’ennemi le long de la Lemme pour ne pas lui laisser le temps de se reconnaître. Cette petite manoeuvre a parfaitement réussi. De mon côté, j’ai profité de tous les avantages des positions et je me suis retiré jusqu’à San-Giuliano.

A deux milles de distance, j’ai jugé par la canonnade que l’ennemi était repoussé.

J’ai fait faire une charge par les cavaliers du 2e et l’ennemi s’est replié en ordre. Le capitaine Briche m’a fait sou rapport le lendemain, dans lequel il a porté la cavalerie ennemie à environ 400 hommes; de mon côté j’en ai compté 600 et plus.

Dans cette journée mémorable, j’ai eu beaucoup il me louer du courage et de la bravoure des officiers, sous-officiers et soldats qui étaient sous mon commandement et particulièrement du capitaine Noël, qui s’était déjà distingué à l’affaire de Romano et qui, dans cette journée du 25, a été blessé et a eu un cheval tué. Le capitaine Briche mérite également les plus grands éloges pour son sang-froid, son courage héroïque et ses talents militaires. Le capitaine Sainte-Marie s’est parfaitement conduit.

Je ne dois pas oublier de faire une mention honorable de l’intrépidité des citoyens Charpentier, Paton et Moreau, maréchaux des logis (ce dernier, le plus ancien de ce corps, s’est signalé antérieurement dans plusieurs autres reconnaissances et depuis il s’est encore illustré au dernier passage du Mincio en prenant une pièce de canon à l’ennemi) ; Patrin, brigadier; Truchot (ce cavalier a remonté son capitaine dont le cheval était tué et a continué à se battre à pied) ; Deshayes, Bitry et Morat, hussards, ont fait des prodiges de valeur et ont contribué, avec les braves ci-dessus désignés, aux succès que nous avons eus dans cette campagne.

ISMERT,

Chef d’escadrons au 11e hussards, actuellement au 2e carabiniers.

 

Publié dans : Desaix. Bataille de Marengo. les bulletins et rapports. | le 30 septembre, 2007 |Commentaires fermés

Bérézina. La bataille de Bolchoï-Stakhov.

.

         Où sont les grands, les intrépides soldats de la Grande Armée?… la neige des steppes russes a gardé le secret de leur mystérieuse sépulture… ils dorment!… leur lance gît à leur coté, leur bon cheval repose étendu à leurs pieds, la faim a tué le coursier comme le froid a saisi le cavalier. Tous ont subi patiemment leur destinée, tous sont tombés sur le chemin de la retraite comme une longue suite de victimes, tous ont subi la même destinée, la mort les a enveloppés à la fois.

Bérézina. La bataille de Bolchoï-Stakhov. dans IL Y A DEUX SIECLES. detai1l-213x300

       C’est l’histoire de tous les isolés, trainards, qui ont souffert un supplice de si longue durée, soit fugitifs et se cachant au fond des bois, soit prisonniers des Russes et livrés à la garde des Cosaques. 

      Ils étaient plus de quatre cent mille, leur marche ressemblait à la course sans frein d’un torrent, c’était une immense ligne d’acier éclatante aux rayons du soleil. Dans leurs rangs on eût entendu les dialectes de tous les peuples, c’était Babel en mouvement.

      Parmi ces courageux soldats prêts à courir au canon pour exécuter la pensée suprême d’un conquérant et ses rêves de civilisation par la guerre et qui les a conduit dans l’immense déroute de Moscou, il y avait des Espagnols, des Portugais, des Allemands, des Italiens, des Belges, des Suisses, des Croates, des Tyroliens, des Egyptiens (restes de la garde consulaire) des Prussiens, des Autrichiens, des Polonais, etc…

     On ignore encore le nombre immense de Français qui allèrent peupler la Sibérie. Marcher et ne pouvoir se roposer, souffrir et ne pouvoir expirer, voilà le résultat de cette pitoyable odyssée.

 

 

14 Décembre 1812.

La Grande Armée n’existe plus.

Cette désastreuse campagne de Russie, se ferme sur une page de gloire: 

Le passage de la Bérézina

 

1812.jpg.

De juin à décembre 1812, la Grande Armée compta jusqu’à 647 000 combattants, de ceux-ci, pas plus de 100 000 arrivèrent jusqu’à la Bérézina, dont seulement 36 000 sous les armes. Le reste n’étant plus qu’une foule sans organisation.

Pour Napoléon l’essentiel était de sauver les troupes régulières encore valides, le corps des officiers généraux, l’artillerie, la trésorerie, c’est-à-dire tout ce qui lui était indispensable pour continuer à se battre contre la coalition européenne.

TC30A

Il lui fallait ordonner que les troupes en parfait état traversent la Bérézina d’abord, ce qui nécessitait de faire préserver leur accès aux ponts et d’en tenir à l’écart la foule s’y amassant. Quand, dans son entourage, on se risqua à lui faire remarquer les blessés, les malades, les soldats sans affectation et les civils qui attendaient patiemment leur tour de traverser, Napoléon aurait répondu, dit-on;   « Qu’ai-je à faire de ces gueux, qu’ils se débrouillent ! » (Joseph de Maistre. Moscou. La défaite de Napoléon, dans Rodina/la Patrie, N°6-7/1992, p.163.)

Ferdinand-Boissard-300x214 dans IL Y A DEUX SIECLES.

Sur les blessés agonisant le long de la route, le magnétisme n’agissait plus, le contraire eût été surprenant. Peu avant Borissov, gisait sur la neige un employé de l’administration de l’armée qui venait d’avoir les deux jambes brisées par un chariot. Comme Napoléon passait à cheval à la tête de l’escadron sacré, cet homme se souleva sur ses bras: « Voilà, s’écria-t-il, ce misérable pantin qui nous mène depuis dix ans comme des automates! Camarades, il est fou, méfiez-vous de lui, il est devenu cannibale! Le monstre vous dévorera tous! »  L’Empereur passa sans paraître le voir ni l’entendre. 

 

La bataille de Bolchoï-Stakhov.

28 Novembre 1812

 

 Ney m’a pris à part et quand nous sommes sortis, m’a dit en allemand: «Notre position est inouïe, si Napoléon se débrouille aujourd’hui, c’est le diable qui vit en lui.» (Général Rapp)

 

  rivedroiteBolchoïStakhov-300x209

  .Pendant ce temps, dans les bois du village de Stakhov bordants la rive droite de la Bérézina, le 28 novembre, vont se réaliser les pires craintes, la bataille va faire rage, il faut protéger les abords des ponts lieu de passage des survivants l’armée française. 

brillrusse.jpg

Pour le 100ème anniversaire du passage le 29 novembre 1912 on a commencé la construction du monument près du village de Brili, où les cendres de deux mille combattants russes de l’armée du Danube reposent sous des tertres funéraires dans les fosses communes. Avec l’argent recueilli par la souscription des officiers et des soldats, la construction a été conduite et finie en six mois.

brillifranais.jpg

Les auteurs du monument sont le peintre I. Misko et l’architecte S.I. Samtsévitch. La solution est simple et expressive: une plaque commémorative est fixée sur un immense bloc de granit. Nous pouvons lire l’inscription en français et en biélorusse : « Ici l’Armée de Napoléon a franchi la Bérézina 26-29 novembre 1812. Hommage aux soldats qui disparurent alors ». Actuellement le mémorial est érigé sur les terres d’un kolkhoze portant le nom de Koutouzov, ex-champ de Brili. Il est surveillé par les pompiers du centre Républicain de formation cantonné dans le village de Svetlaya Rochtcha.  Il est consacré aux Français péris ici dans la région des villages de Stoudianka et de Brili en novembre 1812.   Au fond nous apercevons la Bérézina et le village de Stoudianka. . 

L’amiral Tchitchagov trompé par les manoeuvres des français, se tenait près de la ville de Borisov, il avait enfin compris la situation, Napoléon allait franchir la rivière au passage de Studianka.

Dés le matin il dépêche la 9ème et la 18ème division d’infanterie en renfort aux généraux Kornilov et Tchaplits, car ceux-ci avaient déjà commencé les hostilités avec les effectifs existant sans attendre l’arrivée de renforts. Les Russes vont attaquer simultanément sur les deux rives, à Brilli (rive droite), et à Studianka (rive gauche). Dès la pointe du jour, le canon annonça par son tonnerre que, sur la rive gauche, Wittgenstein, arrive par la route de Borisov avec ses 40.000 hommes, et sur la rive droite c’est Tchitchagov avec ses 27.000 hommes, marchant contre les entrées des ponts. Heureusement, le terrain boisé sur lequel se déroulent les combats, de la rive droite, sont peu propices au déploiement en ligne et les Français résistent désespérément, en de violents combats de tirailleurs.

combatstakhov.jpg

 Témoignage du soldat suisse Bussy :  « Nos rangs s’éclaircissent. On n’ose plus regarder à droite et à gauche, de crainte de ne plus voir son ami, son camarade. Nos rangs se resserrent, notre ligne se raccourcit et le courage redouble. Horrible carnage ! Pour arriver devant nos ponts, il faut qu’ils nous passent dessus, qu’ils nous écrasent tous jusqu’au dernier. On ne sent pas le froid. » 

Oudinot est blessé, Ney le remplace et repousse les Russes sur Borisov. 

 lesgrenadiershollandais1-300x195

Témoignage du Baron de Bausset :   »Le maréchal Oudinot, atteint d’une balle dans le côté, fut obligé de se retirer. Le général Legrand, l’un de nos plus habiles généraux, y fut aussi blessé. Alfred de Noailles y fut tué. ».

victorstoudianka.jpg

Sur la rive gauche, les troupes de Victor, qui a, depuis 9 heures du matin, toute l’armée de Wittgenstein a combattre, tiennent tête à un ennemi largement supérieur en nombre, continuant de protéger les ponts aux abords desquels se presse une horde de traînards et une masse de voitures et de bagages. Pendant des heures, cette foule va entendre siffler les boulets que l’on tire d’une rive à l’autre, par-dessus leurs têtes.   

chargevonlaroche.jpg

Sur la rive gauche en couverture de Studianka, dans une magnifique action, 800 cavaliers, conduits par le colonel von Laroche, repoussent ceux de Wittgenstein (34e chasseurs), qui sont pourtant cinq fois plus nombreux. Mais ils vont être bientôt contraints d’abandonner le terrain. 

dsolation.jpg

            La confusion est intense, Éblé et ses pontonniers essayant en vain de canaliser cette foule désespérée. 

Témoignage du général Rapp :  « Je vis des charges d’infanterie et de cavalerie très brillantes ; celles que conduisait le Général Fournier (en fait, le colonel Fournier promu général le 11 novembre 1812, a quitté le champ de bataille, blessé gravement à la jambe) surtout étaient remarquables par leur ensemble et leur impétuosité. »

L’amiral Tchitchagov, ne sachant pas commander des troupes sur terre, demanda au général Ivan Vasilievich Sabanéev de diriger les forces Russes sous son commandement, mais aussitôt celui-ci fit la faute de déployer plus de la moitié des ses tireurs en une large chaîne avant d’arriver jusqu’au lieu des combats. Le maréchal Ney ayant remarqué cette erreur avait déjà jeté de la cavalerie à l’attaque, les cavaliers français se sont frayé a coups de lances et de sabres un chemin à travers la première chaîne et ensuite ont visé la colonne trop étendue des tireurs de Sabanéev, alors la position des Russes s’est avérée critique. C’est à ce moment que Tchaplits a jeté à l’assaut les deux escadrons des hussards de Pavlodar et ont enfoncé les rangs de la cavalerie française. Sur la gauche des Russes existaient des petites plaines ou se trouvait une partie de la 18é division d’infanterie Russe en réserve et commandée par le général Sherbatov. C’est contre cette division Russe que le général Doumerc vint faire une charge avec ses deux régiments de cuirassiers, une charge tout à fait inattendue. Surprise par cette attaque furieuse qu’elle n’avait pas imaginée, car les cuirassiers de Doumerc débouchant entre les arbres et les broussailles avec rapidité, cette division Russe fut sabrée et enfoncée, malgré les dragons de Saint-Petersbourg qui survinrent en secours.  

1812chargedecuirassiersdoumerc.jpg

Charge des cuirassiers de Doumerc, le sabre haut levé, peut-être le colonel Dubois commandant le 7e cuirassiers.

« toute l’affaire fut glorieuse pour les Français qui étaient en nombre très inférieur. » (Langeron)

Toile du peintre Edouard Detaille, cette toile nous montre des cuirassiers très rutilants, aucune trace des stigmates de privations ni de souffrances enfin de vrais soldats de Napoléon bien repus et en pleine forme, la réalité est autre, ce sont des soldats en guenilles transis de froid, montés sur des chevaux mal nourris qui ont étés les héros de cette charge, pour cette raison les soldats de Detaille sont « faux ». 

 Ce qui est confirmé par un témoin nommé Labaume (Eugène, géographe et officier d’ordonnance d’Eugène de Beauharnais)  « Ces braves cuirassiers, exténués par l’excès des fatigues et des privations en tout genre, firent des prodiges de valeurs… »

Le général comte de Langeron, émigré français servant dans les rangs russes, écrira que la charge de la poignée de cavaliers français est  » un bien beau fait d’armes, qui fit un grand honneur au général Doumerc et à ses cuirassiers… »   venant d’un ennemi le compliment a son prix.

 La route de Stakhovo et de Borissov était un chemin forestier étroit qui ne permettait d’installer seulement deux pièces d’artillerie près de la sortie de la forêt avant le village de Brilli, mais chaque paire de canons était incapable de tenir sous le feu continu ennemi plus d’une heure, les gens et les chevaux tombaient, c’est pourquoi on tirait par équipe, en changeant les canons et les canonniers. Pendant six heures leur feu fut continuel et terrible. Les artilleurs du capitaine Arnoldi ont fait un exploit sans pareil, sans épargner leurs vies ils ont défendu ce chemin qui était la seule voie à travers les bois impénétrables de la rive droite de la Bérézina.

Langeron (émigré français au service de l’armée Russe) reconnaîtra que, pendant tout le temps du combat, jamais les batteries russes ne purent maîtriser celles des Français. Il reconnaît aussi que le 12e et 22e régiments de chasseurs Russes placés près de la Bérézina furent presque entièrement détruits. Les combats furent très sanglants, nous y perdîmes 7000 de nos meilleurs soldats. Il écrira au sujet de l’Amiral Tchitchagov; « il ne se donna pas la peine de venir donner des ordres ou des conseils et resta, très philosophiquement dans une maison du hameau (Stakhov) situé en arrière des bois et je l’y trouvai, le soir, prenant tranquillement le thé. » 

 bolchostackov.jpg

Rive droite, le village de Stakhov, la route qu’empruntèrent les soldats Russes, afin de stopper à Brilli la retraite des Français. C’est ici, que l’Amiral Tchitchakov avait son quarier général.. 

Les combats les plus sanglants ont eu lieu dans les bois de Stakhov, toute la journée du 28 novembre jusqu’à 11 heures du soir. La bataille fut chaude, malgré un froid très vif. La charge des cuirassiers du général Doumerc fut déterminante et la maitrise du champ de bataille resta aux Français, mais cependant la bataille de Bolchoï-Stakhov fut une victoire française chèrement acquise sur la route de la retraite.

Dans ce terrible affrontement du 28 novembre, les pertes des deux parties furent élevées, elles témoignent de l’acharnement de la bataille, cependant les pertes Russes furent plus importantes que celles des Français.

La route de Zembin, la route de la retraite était ouverte.

RouteZembim-300x142

A la nuit, entre neuf heures et minuit, Victor et ses hommes passèrent la rivière, profitant de l’inattention de l’ennemi. Aussitôt sur la rive droite Victor fait mettre en batterie les restes de son artillerie malgré des soldats épuisés de fatigue, il a perdu près de 3.000 hommes, les Russes le double. Héroïquement les Français ont pu conserver la rive gauche et l’accès aux ponts.

TF61 Eblé

Éblé et Victor, repassèrent la rivière et s’efforcèrent de faire bouger pour éviter qu’ils ne restent sur la rive gauche, cette foule inerte de milliers d’hommes abrutis par le froid et qui attendent, de façon incompréhensible la levée du jour, pour passer eux aussi les ponts, alors que la route est libre. Cette nuit là, les ponts sont encore présents, mais l’aube, apportera l’ordre donné par l’empereur, ils doivent être détruits!. 

 

D’Eblé, brûle les ponts.

Le 29 novembre à huit heures et demi, le général d’Eblé, apercevant les cosaques sur les talons de l’extrême arrière garde française (la division Girard), Éblé ne pouvant plus reculer, la mort dans l’âme, donna l’ordre fatidique, qu’il avait retardé d’une heure ou deux, sauvant ainsi encore quelques centaines de malheureux, de couper les ponts et d’y mettre le feu. C’est alors, l’ultime ruée, accompagnée d’une immense clameur, la foule stationnée sur la rive gauche de la Bérézina offrit un spectacle de désarroi, hommes, femmes, enfants, poussaient des cris de désespoir. Certains voulurent passer sur la rive droite en se jetant dans le pont enflammé, d’autres essayèrent de traverser la rivière à la nage au milieu des glaçons ou en se hasardant sur la glace qui céda sous leur poids et les engloutit.

berezinapass.jpg 

.Le sergent Bourgogne : «  Nous avions passé une mauvaise nuit. Beaucoup d’hommes de la Garde impériale avaient succombé. Il pouvait être 7 heures du matin. C’était le 29 novembre. J’allai encore auprès du pont, afin de voir si je rencontrerais des hommes du régiment. Ces malheureux, qui n’avaient pas voulu profiter de la nuit pour se sauver, venaient, depuis qu’il faisait jour, mais trop tard, se jeter en masse sur le pont. Déjà l’on préparait tout ce qu’il fallait pour le brûler. J’en vis plusieurs qui se jetèrent dans la Bérézina, espérant la passer à la nage sur les glaçons, mais aucun ne put aborder. On les voyait dans l’eau jusqu’aux épaules, et là, saisis par le froid, la figure rouge, ils périssaient misérablement. J’aperçus, sur le pont, un cantinier portant un enfant sur sa tête. Sa femme était devant lui, jetant des cris de désespoir. Je ne pus en voir davantage ; c’était au-dessus de mes forces. Au moment où je me retirais, une voiture dans laquelle était un officier blessé, tomba en bas du pont avec le cheval qui la conduisait, ainsi que plusieurs hommes qui accompagnaient. Enfin, je me retirai. On mit le feu au pont ; c’est alors, dit-on, que des scènes impossibles à peindre se sont passées. Les détails que je viens de raconter ne sont que l’esquisse de l’horrible tableau.  »

 debacle.jpg 

Des scènes horribles se déroulent.

Le comte de Ségur : «  Comme dans toutes les circonstances extrêmes, les cœurs se montrèrent à nu, et l’on vit des actions sublimes! et des actions infâmes. Suivant leurs différents caractères, les uns, décidés et furieux, s’ouvrirent le sabre à la main un horrible passage. Plusieurs frayèrent à leurs voitures un chemin plus cruel encore ; ils les faisaient rouler impitoyablement au travers de cette foule d’infortunée qu’elles écrasaient. Dans leur odieuse avarice, ils sacrifiaient leurs compagnons de malheur au salut de leurs bagages. D’autres, saisis d’une dégoûtante frayeur, pleurent, supplient et succombent, l’épouvante achevant d’épuiser leurs forces. On en vit, et c’étaient surtout les malades et les blessés, renoncer à la vie, s’écarter et s’asseoir résignés, regardant d’un oeil fixe cette neige qui allait devenir leur tombeau ! …

On aperçut des femmes au milieu des glaçons, avec leurs enfants dans leurs bras, les élevant à mesure qu’elles enfonçaient, déjà submergées, leurs bras roidis les tenaient encore au-dessus d’elles ! Ces flots de misérables roulaient les uns sur les autres, on n’entendait que des cris de douleur et de rage ! Parmi eux des femmes, des mères, appelèrent en vain d’une voix déchirante leurs maris, leurs enfants, dont un instant les avait séparées sans retour, elles leur tendirent les bras, elles supplièrent qu’on s’écartât pour qu’elles pussent s’en approcher, mais emportées çà et là par la foule, battues par ces flots d’hommes, elles succombèrent sans avoir été seulement remarquées. Dans cet épouvantable fracas d’un ouragan furieux, de coups de canon, du sifflement de la tempête, de celui des boulets, des explosions des obus, de vociférations, de gémissements, de jurements effroyables, cette foule désordonnée n’entendait pas les plaintes des victimes quelle engloutissait . » Aucune plume ne peut décrire la désolation qui s’offrit à nos yeux lorsque les Russes prirent possession de la rive gauche. »..

Les Cosaques massacrent un nombre de survivants estimé à entre 5000 et 10000. Beaucoup d’enfants, dont les parents avaient péri dans la traversée, furent recueillis par les villageois. Incapables de les nourrir, ils vendirent les orphelins aux hobereaux de la région qui payaient deux roubles pour une fillette de 6-7 ans et encore moins pour un garçon. En grandissant, les enfants oublièrent leur langue maternelle, leur famille et leur origine et se crurent biélorusses. Il y eut, d’ailleurs, des cas exceptionnels, tel celui de la petite Maria Sola, fille de l’Intendant principal de la pharmacie de l’armée française, que le juge L.Soutovitch, de Borisov, ramena à moitié gelée des bois de Stoudianka. Il la donna à la comtesse Sophie Tyszkiewicz, qui éleva l’orpheline avec ses filles puis l’aida à rechercher sa famille. En 1824, Maria, rentra en France où elle retrouva dans la société la place qui était la sienne.

Ce fut aussi une catastrophe pour les populations locales. Pour préparer la traversée, les sapeurs français détruisirent complètement les habitations des villages de Stoudianka et Bitcha et utilisèrent leurs rondins pour construire les ponts. Les paysans durent se réfugier dans les forêts, où ils devinrent vite des proies faciles pour les maraudeurs. Plus de la moitié de la population de ces villages périt et les survivants durent abandonner, pendant plusieurs années, ces lieux ravagés.

stoudianka.jpg

Ayant ramassé prisonniers et trophées, les armées Russes continuèrent à poursuivre l’ennemi. Elles n’eurent pas le temps d’enterrer les corps des soldats de la Grande Armée abandonnés autour des ponts et dans les forêts voisines. Les recherches à Stoudianka ont commencé sur les deux bords de la rivière. Les autorités locales ont ordonné de nettoyer les champs de bataille et la rivière. On a rassemblé les paysans de tout le district. On a découpé la glace. On a découvert des équipages entiers congelés. On tirait de la neige des biens jetés. On ramassait dans les bois aux environs une multitude de Français gelés. Des dizaines de milliers de cadavres français ont été enterrés dans les immenses fosses communes autour de Stoudianka. On a aussi recueilli beaucoup de biens pillés et récupérés de Moscou par les Français, des statues de marbre, des tableaux, des services de très belle qualité de porcelaine et de cristal, de l’argenterie de table, des objets en or. Ce n’est qu’en février-mars 1813 que le gouverneur civil de Minsk donna l’ordre d’enlever les cadavres. Pendant deux mois les paysans ramassèrent, enterrèrent ou brûlèrent 40 296 cadavres dans le seul district de Borisov, dont 8 052 à Stoudianka même. Les chiffres ne sont qu’approximatif car de nombreux cadavres avaient déjà été enterrés par les locaux qui redoutaient des épidémies. D’après des sources sérieuses, une énorme fosse commune ou plusieurs, fut construite à l’orée sud de Stoudianka. Là, des représentants de presque tous les pays d’Europe qui avaient participé à la campagne de 1812 trouvèrent leur dernière demeure. 

1812brilliossuaire.jpg

1812brilliossuaire2.jpg

On a encore ouvert un monument sur le Champ de Brili la veille du 150ème anniversaire de la Guerre nationale. C’est une stèle de fonte ornée d’un haut-relief aux sujets militaires et historiques (œuvre du lauréat du prix d’Etat N.A. Ryzhenkov ayant gagné le concours républicain en automne 1961). Les reliefs en fonte ont été coulés à Minsk à l’usine de construction de machines-outils. La construction du monument a commencé au milieu de 1962 et l’ouverture a eu lieu le 18 octobre 1962.  Après le meeting d’ouverture on a tiré des salves d’artillerie pour cet évènement. Le monument porte une inscription en relief: « Pendant le passage de l’armée napoléonienne à travers la Bérésina le 26-28 (14-16) novembre 1812 les troupes russes ont détruit les restes de l’armée des envahisseurs napoléoniens pendant les batailles prés de la ville de Borisov et des villages de Stoudianka et Stakhovo ».

courgan

 Dans le bois de la rive droite proche des monuments qui sont voisins, se trouvent plus d’une dizaine de Kourgans (tumulus), qui correspondent probablement à des ensevelissements en masse de février-mars 1813, des morts de la bataille de 28 novembre 1812, sur cette rive, dont beaucoup de soldats russes, car leurs pertes furent aussi très importantes.En 1813, on a entrepris le nettoyage du lit de la Bérésina près de Stoudianka sur l’ordre du gouvernement, des valises, des coffres remplis d’argenterie, des lingots d’argent et d’or, des pierres précieuses et beaucoup d’autres objets ont été retrouvés dans la rivière. Des recherches seront encore faites plus tard dans l’espoir de retrouver le trésor de Napoléon. L’imagination allait bon train. Tout avait été pillé et emporté de Moscou par les soldats Français, on pensait qu’ils avaient caché leur butin avant d’être achevé par le terrible hiver russe. Cette idée agite l’esprit des hommes encore de nos jours, de nombreuses publications à ce sujet continuent dans les journaux et les revues, mais le trésor reste introuvable. Le nombre de trouvailles à Stoudianka et ses environs diminuent rapidement avec le temps, il ne faut pas compter encore récupérer quelques restes, mais le lieu de ce désastre n’a pas encore entièrement ouvert tous ses secrets.

memo.jpg

Un grand groupe de Français dont les parents sont restés à jamais sur les bords de Bérésina est arrivé pour l’ouverture du monument. Le groupe français était présidé par M. Fernand-Emile Beaucour, Directeur du Centre d’Etudes Napoléoniennes à Paris. L’ambassadeur de France en Biélorussie monsieur Bernard Fassier dans l’intervention au sujet de l’ouverture du monument a déclaré: »Dans la conscience du peuple français la Bérésina s’associe à une série de malheurs qui poursuivaient la campagne de l’armée napoléonienne… J’incline la tête devant le souvenir des soldats français et russes qui ont fait la guerre ici. J’incline la tête devant la terre biélorusse, qui est devenue le refuge pour ces soldats. »

C’est sur le site de la bataille victorieuse de Bolchoï-Stakhov, où l’armée française, une armée de fantômes et quelques soldats valides, réussit à déjouer l’encerclement des trois armées russes a sa poursuite, celle de Koutouzov, de Tchitchagov, de Wittgenstein, que nous les Français, avons érigé notre monument à la traversée de la Bérézina par l’armée française, une armée en lambeaux.

. 

aigleimperial.jpg

.

Le misérable Amiral.

Qui a laissé Napoléon gagner la bataille et s’échapper de Russie.

Cependant Napoléon lui-même, et ses dix maréchaux, tous les généraux de corps d’armée et même divisionnaires, à l’exception de Partouneau, toute la garde, plus de deux mille officiers et presque sept mille soldats les plus combatifs ont échappé à l’encerclement et sont partis.  L’aigle français a été grièvement blessé mais pas tué et n’a pas été capturé, de plus il s’est sauvé. Ce fait a été reconnu par Koutouzov affligé.

Tchitchgagov-chassé-de-russie-copier-279x300

L’Amiral Tchitchagov, chassé de Russie

Le misérable Amiral, c’était le nom que donnaient les Russes à l’Amiral Tchitchagov, après le passage de la Bérézina, et la fuite des français. L’épouse même du Feld-Maréchal Koutouzov disait haut et fort a qui voulait l’entendre que « Wittgenstein avait sauvé Saint-Petersbourg, que son mari avait sauvé la Russie, mais que l’Amiral Tchitchagov avait sauvé Napoleon ».

On peut comprendre, pourquoi non seulement les Français, mais aussi un nombre des sommités de l’historiographie européenne, russe et soviétique (Karl von Clausewitz, M.Bogdanovitch, Е.Tarlé) en sont venus à la conclusion, que « le passage de Berezina représente le succès napoléonien remarquable », car « l’armée française a pleinement sauvé ici l’honneur et même s’est couvert d’une nouvelle gloire ».

smogorni

Le 5 décembre 22h, à Smorgoni, Napoléon quitte cette armée de vagabonds qui ne l’intéresse plus.

dpartnapo.jpg

« Eh bien, le brigand est donc parti! – Oui, il vient de partir à l’instant. Il nous a déjà fait le coup en Egypte. » Étonné de cette expression de brigand, j’appris avec surprise par la suite de la conversation qu’il s’agissait de Napoléon. Peu de temps après, l’armée fut instruite officiellement de ce départ.
(René Bourgeois, chirurgien-major du régiment Dauphin-Cuirassier)

Le 19 décembre 1812.

Murat, le major général Berthier et les maréchaux avaient atteint Koenigsberg, où ils établirent leur quartier général. La Vieille Garde les avait rejoint le même jour, et selon le rapport des effectifs que le maréchal Lefebvre remit à l’état major le lendemain, elle ne comportait plus que 1471 hommes debout, sur les 7000 du début de la campagne, 500 seulement pouvaient tenir une arme. Toute la Jeune Garde avait été détruite, 10000 malades ou blessés s’entassaient dans les hôpitaux de la ville. Parmi ces malades atteints d’une maladie contagieuse que les médecins appelaient la « fièvre de congélation » se trouvaient les généraux Lariboisière et Eblé. Le général Lariboisière, commandant en chef de l’artillerie, mourut de cette maladie le 21 décembre, il ne s’était pas consolé de la mort de son fils, tué à la bataille de la Moskowa.

bérézin

Le général Eblé, nommé à sa place, ne survécut que dix jours à son chef, la fatigue les eaux glacées de la Bérézina eurent raison de sa santé.

LawrenceAlmaTadema-300x159

Avec lui, pour les mêmes raisons, succombe la presque totalité de la centaine de pontonniers qui s’étaient mis à l’eau pour sauver l’armée. De ceux-là, il n’en restait que douze, quant aux trois cents autres pontonniers, un quart seulement avait survécu.

S4 Coucou

Le  «coucou » y a laissé des plumes, mais il n’est pas mort. (Aigle Impérial, Musée de Borisov) 

Pendant que les débris de la Grande Armée, superbe de puissance et d’orgueil six mois plus tôt arrivaient tant bien que mal, les uns à Koenigsberg, les autres sur la Vistule, Napoléon, lui, arrive à Paris, le 18 décembre,  le terrible 29e bulletin  l’avait précédé de deux jours. A onze heures trente du soir, il entrait aux Tuileries pour embrasser Marie-Louise et son fils, lui il était sauvé et indemne, tout au moins physiquement. 

armefranaisevilniuslituanie.jpg 

Armée française arrivant à Vilnius.

L’histoire de la campagne de Russie, commencée par des victoires à la « Pyrrhus » suivie d’une désastreuse retraite, avait une page de gloire, grâce au Général Elbé et à ses pontonniers qui, accompagnés d’un exceptionnel courage, allaient permettre d’être sauvé à ce qui restait de la Grande Armée.

Saluons aussi le courage et la bravoure des divisions des maréchaux Victor, Oudino, et Ney qui, sur les deux rives, repoussaient toutes les attaques de Wittgenstein et de Tchichagov.

Napoléon: « Au bout du compte, dit-il à Narbonne, qu’est-ce que tout ceci m’a couté? 300000 hommes et encore, il y avait beaucoup d’Allemands là dedans. »  

.

Larrey-à-la-Bérézina-300x227

chevaux gelés

Un spectacle horrible et surprenant, une vaste surface de marbre blanc  sur laquelle auraient été  déposées les têtes de centaines de chevaux.

berezinastoudianka.jpg

La Bérézina à Brili et Stoudianka, en aval de 300 mètres du lieu de passage. Aujourd’hui sur ses rives tout est calme, les clameurs de frayeur, de haine et de désespoir se sont tues. Ici la Bérézina était gorgée de corps raidis par la glace, d’hommes, de femmes, d’enfants et de chevaux, piétinés, écrasés, éventrés ou noyés.

.

Epilogue.  

Cette habitude du succès nous a couté bien cher en Russie. La glorieuse habitude d’aller toujours en avant avait fait de nous de vrais écoliers en fait de retraite. On n’a jamais plus mal combiné une retraite. Jamais convois ne marchèrent plus mal. La fortune lui avait si souvent souri qu’il ne put jamais la croire tout à fait infidèle. (Armand Augustin Louis de Caulaincourt)

 Amis-221x300

Napoléon et Alexande, les faux amis.

 Les événements de l’époque 1812 depuis longtemps appartiennent au passé. Mais le passage de la Bérézina, ne fût-il pas une nouvelle page glorieuse de l’histoire impériale?

Le général Major VAN VLIFMEN, membre de la Chambre des Pays-Bas, a écrit, en 1908 à ce sujet: « il fût un chef d’oeuvre de tactique, un exploit sans pareil dans les fastes militaires »..

Etrangement les habitants de Borisov ne connaissent pas ou ne veulent pas connaître le lieu de cette bataille pourtant célèbre autour de la Bérézina, ni les monuments commémorant cette affaire, ils sont seulement à une quinzaine de kilomètres de Brili, après de vaines demandes à différentes personnes, enfin,  un habitant nous a indiqué la route à prendre. Ayant demandé un jour à un ami Bielorusse la raison de cette lacune des gens de Borisov et en général du peuple Biélorusse, (à part quelques érudits d’histoire nationale), la réponse a été la suivante, « Vous les Français connaissez mieux l’histoire de notre pays que nous même », mais pour les Bielorusses cet affrontement n’est pas une victoire, du moment que Napoléon avait pu s’échapper, alors ils préfèrent occulter ces évènements de leur mémoire..

Mais cependant dans le fond de leur coeur, les Bielorusses se rappellent les batailles grondant ici en 1812 et qui ont été la cause de nombreux malheurs. Les réquisitions des troupes aussi bien russes que napoléoniennes ont ruiné des centaines de villages biélorusses. Les denrées alimentaires et le fourrage ont été saisis par les uns et les autres. Des dizaines de milliers d’hommes ont été recrutés aux armées russes et françaises. La guerre a emporté presque 1.000.000 de vies de la population civile biélorusse ce qui signifie, qu’un Biélorusse sur quatre est mort de la famine et des maladies. Certes, les couches de la population qui vivaient sur ces terres avaient une attitude différente par rapport à cette guerre. Les Polonais voyaient en Napoléon et dans sa campagne l’espoir de la renaissance de la République Polonaise. Ce qui explique la participation et le rôle dans cette guerre des détachements polonais. Ils ont, par tous les moyens, aidé Napoléon. . 

 

Quand les soldats de la Grande Armée deviennent des sujets du Tsar! 

 

anniversairestudianka.jpg

 Ecoutez ce chant Bielorusse.

Régulièrement, Bielorusses et Bielorusses d’origine française, viennent se recueillir sur le bord de la Bérésina. Ils déposent des couronnes dans le silence et la prière et les lancent dans la rivière en chantant des hymnes anciens. Depuis cette terrible époque, les cérémonies rappellent à la mémoire les pertes de tous ces hommes morts pour cette guerre inutile qui a contribuée à l’histoire commune de deux peuples.

 

 

 

Publié dans : IL Y A DEUX SIECLES. | le 30 septembre, 2007 |4 Commentaires »

NAPOLEON : MISE AU POINT

NAPOLEON EN ITALIE 

Le 21 septembre 1794 , un nouveau représentant, Turreau de Linières, avait été désigné pour les fonctions de commissaire auprès de l’armée d’Italie. Turreau vient de se marier et cette nomination lui permet d’offrir à sa jeune épouse (Félicité, 24 ans, la fille d’un chirurgien de Versailles ) un voyage de noces sur la Côte d’Azur. Il arrive, et Bonaparte entreprend aussitôt auprès de Mme Turreau la campagne séductrice « à l’intention du mari » qu’il a déjà menée auprès de Mmes Carteaux et Ricord et qu’il reprendra plus tard auprès de Mme Carnot.  On ne se battait plus, sur les Alpes, et la charmante jeune femme s’en désolait, elle qui s’était attendue, frétillante, à voir de loin « parler la poudre ».  Afin de calmer sa déception, Bonaparte organise pour elle un petit spectacle de massacre. « Il en coûta la vie à quatre ou cinq soldats »,pas plus, racontera-t-il, bonhomme, à Bertrand, au mois d’octobre 1818. Dans le Mémorial de Sainte-Hélène, Napoléon dit de Turreau: « Représentant à l’armée de Nice, assez insignifiant. »

A Pavie, se sont réfugiés dix mille paysans fuyant les horreurs de la conquête. Ils font mine de créer là une résistance, charges de cavalerie, le canon tire à mitraille dans les rues. La troupe demande qu’on lui livre la ville. Accordé ! Douze heures pour la mise à sac. Avis du 28 mai: «Tout village où sonnera le tocsin sera, sur-le-champ, incendié».  Massacres à Faenza, à Imola, à Vérone. Bien sûr que les envahisseurs trouvent des collaborations. Mais Bonaparte sait à quoi s’en tenir. Lettres à Paris des 26 septembre et 10 octobre 1797: «Ces peuples nous haïssent», «qu’on ne s’exagère pas l’influence des prétendus patriotes piémontais, cisalpins, gênois, si nous leur retirions, d’un coup de sifflet, notre appui militaire, ils seraient tous égorgés ».

NAPOLEON EN EGYPTE 

Il a maté les Egyptiens par les moyens usuels, bombardement de la mosquée du Caire, exécutions persuasives en série (parfois seulement pour avoir mal parlé des Français), répression foudroyante d’un mouvement de fellahs.

Il y a l’incident de route, près de Jaffa, des deux mille prisonniers que Bonaparte, plutôt que de les nourrir (on ne va surtout pas les relâcher !) trouve plus commode de les faire exterminer, dans les dunes, à l’arme blanche, afin d’économiser les munitions, et il y aura, au retour, encore à Jaffa, l’autre incident, les pestiférés. Les dévots de Napoléon ont longtemps maintenu la légende, et la peinture officielle s’en est mêlée, du général au grand coeur, touchant sans effroi les bubons de ses soldats mourants. Et que de cris pour protester contre l’infamie calomniatrice de la rumeur, mais non, Bonaparte n’a pas « touché les bubons », il les a fait tuer, ses malades!

 

NAPOLEON ET SES SOLDATS 

 Mais un million d’hommes, par sa grâce, mourront d’une autre manière, dans les carnages de sa ”gloire”. 

NAPOLEON : MISE AU POINT  dans IL Y A DEUX SIECLES. blesses

 L’épopée napoléonienne, gluante de sang, ne revêt toute sa dimension que si des chiffres l’accompagnent. Austerlitz! 23 000 morts, mais, quand on a le coeur bien placé, les cadavres d’Austerlitz disparaissent dans le soleil du même nom. Eylau! 50 000 hommes tombent. Wagram ! Napoléon y bat son propre record (55 000 tués), qu’il surpassera à Borodino, un gala qui coûte aux deux armées quelque 80 000 soldats. Sur les services sanitaires dans l’armée impériale, il faut lire le journal du chirurgien Percy, le matériel est dérisoire, le personnel presque inexistant, les amputations se pratiquent sans anesthésie, la gangrène s’installe, le blessé grave, dans la Grande Armée, est un condamné à mort. Napoléon a interdit, du reste, de relever, pendant l’action, les hommes qui s’écroulent, il se méfie des déserteurs, dont le nombre se multiplie.  La France, dit Napoléon Bonaparte, est  »un nid de soldats« , de soldats gratuits. Que pèse la vie de ces “c… » (encore un mot censuré, du vocabulaire de l’empereur)?  

(Georges Blond, La Grande Armée, 1804-1815, éd. Laffont)

 

NAPOLEON EN ESPAGNE 

Insurrection à Madrid à l’annonce de la tentative par les Français d’emmener l’infant don Francisco à Bayonne Murat dirige ses troupes depuis la porte San Vicente, dans le prolongement du palais royal. Quatre colonnes françaises venant des portes s’avancent en convergeant vers la Puerta del Sol. Des lanciers, des mameluks dévalent la calle de Alcala sous une pluie de tuiles, de pavés, on lance même des meubles, les insurgés tirent des fenêtres, des soupiraux au ras du sol.

L’ennemi le plus détesté, ce sont les mameluks, descendants des Maures, anciens maîtres de l’Espagne, ils ont de larges culottes rouges, un turban blanc, une ceinture chatoyante. Des grappes humaines s’accrochent a leurs étriers, a la queue des chevaux, crevant le ventre des montures, les cavaliers sont jetés à terre, poignardés. Ceux qui échappent a l’étreinte féroce chargent et chargent encore, manient avec une adresse incroyable leur cimeterre courbe, on voit voltiger des têtes. Les soldats français, exaspérés a la vue des cadavres de leurs camarades, ne font pas de quartier. Toute maison d’où l’on a tiré est envahie, saccagée, les habitants percés de baïonnettes, les moines d’un couvent devant lequel agonise un mameluk sont tous décapités, leurs têtes jetées par les fenêtres. 

 

 NAPOLEON EN RUSSIE 

C’est Ney, encore lui, qui, avec les survivants de la division Loison, encore eux, va défendre Kovno pour laisser à des bandes désespérées le temps de franchir le Niémen. Des 400 000 hommes qui l’ont traversé d’ouest en est entre le 24 et le 30 juin 1812, combien vont le repasser, partie sur les ponts, partie sur la glace? Les dénombrements précis faits plus tard dans des bureaux à quatre cents lieues du fleuve glacé sont illusoires. Disons que sur 400 000 hommes, il en revint 10 000, ou 20 000. Les Russes ont fait 100 000 prisonniers. Tout le reste est mort. La Grande Armée n’existe plus. Mais Napoléon est rentré en France pour chercher 300 000 soldats.

(Ref: Henri GUILLEMIN, Napoléon tel quel, 1969. Editions de Trévise, Paris.)  

18-juin-1815-PROTAIS-300x150 dans IL Y A DEUX SIECLES.

 Watterloo 18 juin 1815

 

Publié dans : IL Y A DEUX SIECLES. | le 30 septembre, 2007 |Commentaires fermés

Masha Bruskina.

 Symbole de la résistance Bielorusse!

Face à la fureur de l’envahisseur, des résistants se sont levés, et leur nom doit être honoré.

  Masha Bruskina (1924,  Octobre 1941, Minsk) était une jeune fille biélorusse de17 ans, partisane juive qui était infirmière bénévole. Elle a été arrêtée le 14 Octobre 1941, par les membres de la wehrmacht division d’infanterie 707 et les Schutzmannschaft 2e bataillon de troupes auxiliaires lituanienne sous le commandement du Major Antanas Impulyavichus.

Objectivement on sait très peu de choses sur elle, et ce n’est qu’à la fin des années 1960 qu’elle a été reconnue et identifiée par son oncle, le célèbre sculpteur biélorusse Zair Azgu, avant que son nom ne soit rendu public en 1996.

Elle a été la première fille adolescente à être pendue en Bielorussie.

Le jour de son exécution, elle est en compagnie de deux autres membres du réseau de résistance dont elle faisait partie, Volodia Shcherbatsevich 16 ans, et un vétéran de la Première Guerre mondiale Kiril Trus, tous ont été trahis et dénoncés comme étant des partisans de Minsk , en Octobre 1941.

Quand les troupes allemandes sont arrivées à Minsk en juin 1941, elle quitta le ghetto avec sa mère. Masha a alors rejoint la résistance de la région de Minsk, et travaillait comme volontaire dans une infirmerie allemande pour les prisonniers de guerre soviétiques. De là, elle participait à un trafic de documents et d’armes, afin de permettre aux francs-tireurs d’attaquer une patrouille allemande. Elle aidait également à s’évader les soldats soviétiques qui étaient remis sur pied.

Malheureusement en octobre 1941, un des évadés le nommé Boris Rudzyanko, fût repris par les nazis et la dénonça. Masha Bruskina n’avait que 17 ans, et elle allait devenir la première martyre assassinée en public en Bielorussie occupée par les nazis. Le 26 octobre 1941, Masha et ses camarades partisans furent pendus dans le centre de Minsk, par les soldats de la 707ème division d’infanterie de Gustav Freiherr Von Bechstolsheim, qui avait à son actif 19000 assassinats dont la plupart de personnes juives.

Mais avant la pendaison, une parade fut organisée. Une femme juive antifasciste, cela était insupportable pour les nazis qui s’imaginaient avoir affaire à des « sous-hommes ».

 

mashabruskina1.jpg

 La longueur du trajet de plusieurs kilomètres de la prison de la rue Valadarski aux portes de l’usine de levure sur Komarovka.

mashabruskina4.jpg

Masha fut la seule à porter une pancarte autour du cou  où il était inscrit : « Nous sommes des partisans et nous avons tiré sur des soldats allemands. »

mashabruskina3.jpg

  Masha dans ces images a été reconnue par son oncle, le célèbre sculpteur biélorusse Zair Azgu.

.

  Boris Rudzyanko, celui qui a dénoncé le groupe (né en 1913, région de Vitebsk, Belarus) a été, le 16 mai 1951 reconnu coupable de trahison par l’article 63-2 du Code pénal de la RSS de Biélorussie et condamné à la peine capitale.

Après avoir été arrêtée, Masha Bruskina, a écrit une lettre à sa mère le 20 Octobre 1941:  « Je suis tourmenté par la pensée que je vous ai fait grand souci. Ne vous inquiétez pas. Rien de mauvais ne m’est arrivé. Je vous jure que vous n’aurez pas de désagréments supplémentaires à cause de moi. Si vous pouvez, s’il vous plaît envoyez-moi ma robe, ma blouse verte, et des chaussettes blanches. Je veux être habillé décemment quand je partirai d’ici. »

Témoignage d’Antona Zhevzhik.  « Je voyais les soldats armés allemands et lithuaniens dans la rue. Ils escortaient 3 prisonniers qui avaient les mains enchaînées dans le dos. Au milieu, une fille avait une pancarte autour du cou. Ils étaient dirigés vers l’entrée de l’usine. Je remarquai comment ces gens avançaient calmement. La fille ne regardait pas. Quand ils s’arrêtèrent, l’un des fascistes commença à frapper contre la porte de ma voisine et exigea une chaise. Mais elle avait peur et n’ouvrit pas la porte. Un peu plus tard un soldat revenait avec un tabouret sous le bras de l’un des bâtiments de l’usine. Les portes de l’usine étaient grande ouvertes. L’officier jeta un câble sur une poutre transversale et fit un nœud coulant. La première dirigée vers le gibet était la fille. »

Elle et ses deux camarades ont été pendus en public le dimanche 26 Octobre 1941 devant le « Minsk Kristall » une brasserie de levure et de distillerie, (aujourd’hui 14 rue Oktyabrskaya).

mashabruskina6.jpg

Témoignage de Pyotr Pavlovich Borisenko.« Quand on la mettait sur le tabouret, la fille tournait la tête vers le mur. Les bourreaux voulaient qu’elle tourne le visage vers le groupe, mais elle se détournait toujours et restait ainsi. Peu importe combien de fois ils tentaient de la tourner vers eux, elle tournait toujours le dos au groupe. Enfin, ils abandonnèrent et donnèrent un coup de pied dans le tabouret afin de le pousser sous elle. »

mashabruskina7.jpg

mashabruskina8.jpeg

La tête anormalement inclinée par la pression de la corde sous le poids du corps tandis que l’on passe une autre corde au cou de son camarade, aussi jeune, au sourire en coin.

mashabruskina9.jpg

mashabruskina10.jpg

 mashabruskina11.jpg

 Les Allemands laissent les corps se balancer pendant trois jours avant de leur permettre d’être enlevés.

Jusqu’au dernier instant, Masha a eu une attitude héroïque qui méprisait la mort et les nazis.

Les photos prises par les bouchers fascistes sont restées célèbres: les nazis ont voulu assassiner Masha, ils l’ont rendue immortelle ! Quant à la mère de Masha, elle fut tuée par les nazis dans le ghetto de Minsk, seulement un mois après sa fille.

Olga Shcherbatsevich, la mère de Volodia Shcherbatsevich a été pendu le même jour que son fils avec deux autres membres de la résistance en face de la National Academy of Sciences du Bélarus .

Personne n’est oublié, rien n’est oublié.

Masha, l’histoire ne vous a pas fait de cadeau.

Déjà obligée à vous battre le dos au mur par la stupidité de la politique criminelle de Staline, celle-ci ne vous a pas lâchée après votre mort puisque votre nom, Masha Bruskina, et votre identité, furent dissimulés et seulement révélés en 1996. Alors que votre photo de suppliciée devenait un exemple de « patriotisme et de courage » en URSS dès la fin de la guerre, les campagnes et répressions antisémites s’amplifiaient. Vous, l’héroïne de Minsk,  l’exemple et le symbole, étiez juive. Ça faisait pour le moins désordre.

israël

 Kfar ha lumineux.

  – 7 mai 2006, un monument en Israël à Kfar ha lumineux.

Uri Lupolianski

   – 29 octobre 2007 dans le quartier de Pisgat Zeev à Jérusalem, une cérémonie officielle pour l’attribution d’un nom de rue Masha Bruskina.

En Biélorussie, après plus de cinquante années de lutte, le résultat.

  Masha Bruskina. dans LE SAVIEZ-VOUS ? mascha1

 Mémorial de Minsk.

      – Février 2008, la reconnaissance officielle en Biélorussie a eu lieu, quand un mémorial a été placé sur le site de l’exécution, et où est enfin apparu le nom de Marie Bruskina.

MB Bruskina

Un nouveau mémorial a été ouvert le 1er Juillet 2009.

       – Juillet 2009, le Comité exécutif de Minsk a décidé de modifier le texte de la plaque installée sur le n° 14  rue Octobre et décrit comme suit: «Ici, le 26 Octobre 1941, les nazis exécutèrent des patriotes soviétiques K. I. Coward, B. Shcherbatsevich I. et M. B. Bruskin » . La plaque mise à jour est apparu à l’entrée de l’usine de levure dans la rue Octobre.

MashaBruskina

Un cénotaphe a été érigé à Moscou Cimetière Donskoy à côté de la niche où est placée l’urne contenant les cendres de son père Boris Davidovich Bruskin.

Masha Bruskina parents

Le père et la mère de Macha Bruskina.

 

 Pourquoi avoir attendu si longtemps la reconnaissance de Masha Bruskina.

***

Echo de ’41 à Minsk : était-elle une héroïne Juive ?

Publié le 15 Septembre 1987

 

La séquence de photographies parmi les plus vives et célèbre de l’occupation nazie , reproduit dans les manuels soviétiques , des encyclopédies, des films et des musées . 26 octobre 1941 : SS impassibles mènent une adolescente , un garçon et un homme dans les rues de Minsk et les accrocher côte à côte aux portes d’une usine de levure .

Pour les guides qui escortent les touristes à travers le Musée de Minsk de l’ histoire de la Grande Guerre patriotique et de dirigeants du Parti communiste de Biélorussie , la jeune fille reste officiellement , résolument  » nyeizvestnaya  » –  » inconnu  » .

Mais un trésor d’ éléments de preuve rassemblés par les journalistes soviétiques , soutenus par le témoignage de survivants et approuvés par un éminent criminologue , soutient la revendication que la jeune fille est Masha Bruskina , un Juif du ghetto de Minsk qui a été actif dans la résistance partisane . Le Juif ultime Rejeté Beaucoup de Juifs de Minsk considèrent Partisan inconnu comme l’ultime  » refuzniks  » , a refusé sa place dans l’histoire parce qu’elle était un Juif et d’honorer ça serait pour honorer l’héroïsme des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale .

Maintenant il y a des promesses d’un livre , une nouvelle étude scientifique , et peut-être un procès visant à surmonter les objections officielles et de gagner la reconnaissance de Masha Bruskina dans sa ville natale .  » Ce n’est que bêtise et la méchanceté se sent dans la voie  », a déclaré Ada Dikhtyar , un journaliste de Moscou qui est devenu emporté dans l’histoire il ya 20 ans et reste hanté par elle .  » Les temps changent , et je suis convaincu que l’année prochaine nous allons enfin porter cette question à une conclusion appropriée .  »

La fille sur les photos est largement soupçonné d’avoir été la première personne exécutée publiquement pendant l’occupation nazie du territoire soviétique . Les deux compagnons pendus à ses côtés – Kirill Trus et Volodia Sherbatseyvich , Partisans Biélorussie – ont été identifiés par les membres de la famille dans quelques années de la guerre , et décorés à titre posthume . Oncle est douloureusement certains Il y a vingt ans Lev Arkadyev , un scénariste travaille sur un film sur la guerre , vu les photographies du Musée Minsk et résolu à identifier le Partisan inconnu . Il a sollicité Madame Dikhtyar , alors journaliste pour la station de radio de la jeunesse soviétique  » Yunost ,  » et ils ont commencé une enquête minutieuse .   Un journaliste local pour le journal du soir de Minsk aidé par la publication de la photo au début de 1968 , avec un plaidoyer pour plus d’informations . Il apporte des lettres indépendantes de plusieurs lecteurs qui ont dit qu’ils ont reconnu la fille comme étant Masha Bruskina . L’un des témoins les plus fiables était Zahir I. Azgur , l’oncle de Masha Bruskina , avec qui la jeune fille a vécu avant la guerre . M. Azgur est un sculpteur professionnel , un amateur de visages . Maintenant âgé de 80 ans, se souvient-il qu’il a reconnu la photo avec absolue , la certitude douloureuse . Sans Nom  » C’est pourquoi je vais rarement au musée de la guerre maintenant ,  » at-il dit lors d’une visite de son atelier , qui est bordé au haut plafond avec bustes idéalisés des dirigeants soviétiques et des personnalités culturelles .  » J’ai peur de rencontrer Mashinka . Là, elle est considérée comme une personne sans nom et sans parents – y compris moi  » . En tout, les enquêteurs étaient venus de plus de 20 témoins, y compris le père de Macha , principal et camarades de classe d’école , dont les déclarations signées et des entrevues enregistrées sur bande Mme Dikhtyar garde dans son appartement par la Moskova . À la fin, ils ont pris leur preuve à un expert de la police officielle à Moscou , un spécialiste dans l’identification de guerre et des victimes d’accidents . Il leur a présenté une déclaration signée que leur témoignage a été concluante .

Au début occupation , les témoins ont raconté , Masha Bruskina a travaillé comme assistante médicale dans un hôpital que les nazis avaient transformé en un camp de prison pour les soldats soviétiques blessés . Dans la ligue avec des groupes de partisans opérant près de la ville , elle en contrebande dans des vêtements civils et de faux documents à utiliser en échappant officiers . Vous n’avez pas rompre sous la torture Mme Dikhtyar voit son héroïsme en aucun exploits spectaculaires mais dans la fierté et l’équilibre de Masha . Elle allégé ses cheveux et utilisé le nom de sa mère , qui n’était pas typiquement juif . Elle aurait refusé d’ informer sous la torture , et se dirigea vers son exécution avec la tête droite . Elle était âgée de 17 ans.

Les résultats de l’enquête ont été publiés dans le journal officiel de l’union commerciale Trud en 1968 , et dans la soirée sur papier Minsk , et diffusés sur une émission de radio de la jeunesse en 1970 .

Les responsables locaux à Minsk ont refusé dès le départ de coopérer , Mme Dikhtyar dit . Le K.G.B. local a refusé de communiquer des documents sur un soldat soviétique qui a craqué sous la torture et trahi les partisans de Minsk .

L’agence de sécurité a demandé pourquoi les journalistes de Moscou ont été fouiller dans les affaires biélorusses . Peu de temps après les articles ont été publiés , le journaliste pour le journal de Minsk a été cité pour défauts indépendants dans son travail et a rejeté . Fonctionnaires de Minsk se sont plaints à la société de la radio d’Etat que Ada Dikhtyar n’avait pas autorisé sa diffusion avec le parti local, et lui a dit qu’elle ne semble pas encore à la radio .  Les recours ultérieurs – le plus récemment en 1986 par l’éditeur d’un journal juif de Moscou , Sovietish Heimland – ont été rejetés au motif que l’affaire a été fermé il y a 20 ans. A Minsk , c’est comme si l’enquête n’a jamais eu lieu .  » La vérité n’a jamais été retrouvé ,  » a déclaré Alla G. Vanekeyvitch , secrétaire scientifique du musée à Minsk .  »

Il y avait des rumeurs selon lesquelles elle était la nièce de Azgur , mais les experts du ministère biélorusse de l’Intérieur ont examiné les photographies, et ils disent que ce n’est pas  » . Autorités biélorusses n’ont jamais divulgué les détails de leur enquête, mais il ne semble pas inclure l’effort de parler aux témoins .

M. Azgur dit non chercheur biélorusse lui a interviewé . Nikolai Stashkeyvich , historien à l’Institut de l’Histoire du Parti communiste à Minsk , a déclaré un groupe à son institut de réexaminer la question plus tard cette année dans le cadre d’ une étude post- glasnost plus large de la guerre .

Le rôle de l’oncle reste une énigme, pour ceux qui espèrent voir Masha Bruskina reconnu , l’une des caractéristiques les plus décevants de l’affaire est le silence de Zahir Azgur . Comme l’un des plus éminents Juifs en Biélorussie , un sculpteur dont l’œuvre orne les monuments publics de Minsk – dont un buste de Feliks Dzerjinski , fondateur de la police secrète , dans le parc en face du KGB locale siège et en tant que délégué à l’Assemblée législative de Biélorussie et membre de plusieurs comités officiels , il était bien placé pour prendre la question avec les responsables du parti . Il n’a pas fait. Peut-être , comme il l’explique dans une interview, il a estimé qu’il serait prétentieux de faire beaucoup de bruit public sur elle quand elle était  » en fait une victime de la guerre , mais pas une héroïne  ».

Peut-être , comme certains Juifs prétendent , il avait peur de risquer d’être considéré comme un fauteur de troubles . L’instinct de M. Azgur pour éviter la confrontation est finement poli . Il professe à ce jour d’aimer à la fois Staline et l’homme qui l’ a dénoncé , Nikita Khrouchtchev , et lorsqu’il est pressé sur l’incongruité apparente , il répond que, bien que  » la vérité est la chose la plus précieuse dans le monde ,  » il ne doit pas être confondue avec  » une approche trop simple de l’histoire  » . M. Azgur rejette fermement l’idée que l’antisémitisme a joué un rôle en refusant la reconnaissance de sa nièce .   » Je nie cela,  » at-il dit .  » Dans notre pays , ce n’est pas possible . Je ne peux pas dire que nous n’avons pas des antisémites . Certes , nous avons . Mais ils n’excluent pas nos vies ici  » .

D’autres ne sont pas si sûr . Lev Ovsishcher , un vétéran de la Seconde Guerre mondiale abondamment décorés qui a aidé à organiser des manifestations annuelles commémoratives à Minsk pour rendre hommage aux victimes juives de la guerre , dit amèrement ,  » Cette histoire explique pourquoi les Juifs qui comprennent ce qui se passe dans ce pays se sentent la seule décision correcte est de partir.  » M. Ovsishcher a récemment reçu l’autorisation d’ émigrer en Israël . Ada Dikhtyar , qui est en partie juif, mais se considère russe , estime l’explication est plus complexe . C’est en partie l’antisémitisme , dit-elle , un sentiment qui a été particulièrement aiguë au cours de leur enquête en 1968 en raison de la propagande officielle lourde contre Israël au cours de la guerre au Moyen -Orient en 1967 . Mais elle met également en cause une répugnante bureaucratie locale tenace d’être dit par Moscou quoi faire . Et elle se sent partie de l’explication réside dans le chauvinisme et les jalousies qui courent encore profondement ici , en particulier sur le thème de la guerre .

Faire la douleur universelle  » Officiellement, nous n’avons jamais parlé du rôle des Biélorusses Juifs, ni le rôle des Juifs Ukrainiens , nous avons toujours parlé du rôle du peuple soviétique dans la guerre  » , dit-elle. Ainsi, le point de vue officiel de la guerre ne fait pas référence au génocide nazi infligés aux Juifs , sur le terrain qu’il est source de division pour élever la souffrance de un peuple sur les autres.

En Biélorussie , où selon les estimations officielles les 80 000 juifs qui sont morts ont été dépassés en nombre par environ 2,2 millions de non- juifs , il ya un sentiment de ressentiment que les Juifs ont essayé d’affirmer un monopole sur la douleur de la guerre . Ces derniers mois, les pages de la presse soviétique ont ouvert , un tant soit peu , à des discussions sur l’antisémitisme , la plupart du temps dans des articles condamnant des groupes nationalistes russes qui croient en un complot juif mondial . Mme Dikhtyar croit que c’est une ouverture qui va conduire à la reconnaissance de Masha Bruskina . Elle prévoit d’étendre son rapport initial dans un livre , y compris un compte de la Biélorussie refus d’accepter les résultats . Elle a dit qu’elle et d’autres envisagent de prendre les éléments de preuve au procureur fédéral et de déposer plainte .

Par Bill Keller , spécial pour le New York Times.

     

Publié dans : LE SAVIEZ-VOUS ? | le 25 septembre, 2007 |1 Commentaire »

Ignorance ou je m’en-foutisme militaire ?

 !

.

Incroyable !

Tous au premier rang, pour admirer ce spectacle grandiose, générateur de mort..

Des images qui font froid dans le dos. 

. 

Les tirs américains.

. 

Ignorance ou je m'en-foutisme militaire ? dans LE SAVIEZ-VOUS ? dbusterdogjangle1951

Octobre / Novembre 1951     Test : D, Buster Dog-Jangle    Lieu:  Nevada Test Site    Charge: 31 KT

 

.

.dbusterdogjangle.jpg 

 1 mai 1951     Test : Dog 2     Lieu : Nevada Test Site     Charge : 19 kT

A titre d’entraînement des troupes militaires assistent à l’explosion…. .

 

 

teapotwaspprime.jpgteapotmet.jpg

15 Avril 1955      Operation Teapot – Wasp Prime       Lieu : Nevada Test Site      charge: 22 KT

 

 

.tumblersnapper.jpg

25 May 1952    Operation Tumbler-Snapper, shot Dog,        Lieu: Nevada Test Site        Charge:19 kilotons .

 

..

upshot.jpg 

25 mai 1953, 15h30z   Opération : Upshot  Test : Grable  Lieu : Knothole, Nevada Test Site, Area 5Charge : 15 kT  Altitude : 157 m    

  Tiré par un canon Mark 9 de 280 mm !

..

Un épisode noir de l’histoire nucléaire française.

 

bryl2.jpgbryl.jpg

  1 mai 1962     Opération : Béryl      Lieu : In Ecker (sud de Reggane, Algérie)     Charge : ~30 kT

 

Ce tir souterrain fit écrouler la montagne et 195 soldats et deux ministres en visite furent contaminés. Sur les 17 militaires hospitalisés en France, plus d’une dizaine y laissèrent leur vie. La plupart ne furent pas indemnisés.

Incroyables négligeances criminelles pour un épisode peu glorieux !  L’accident de Béryl, un fait longtemps méconnu, l’histoire officielle ayant choisi de se taire, au nom de la fameuse raison d’Etat. 

Mai 1962. Alors que la France s’apprête à réaliser son second essai nucléaire, c’est l’effervescence dans la base militaire d’In Ecker, dans le désert algérien. Tout le monde se prépare à l’événement qui dotera la France de l’arme nucléaire. Mais le 1er mai au matin, c’est la catastrophe : la montagne Taourirt, où va s’effectuer le tir nucléaire souterrain, se fissure et un nuage radioactif s’échappe. Pour se déployer juste au-dessus d’un jeune lieutenant (Cyril Descours), et de trois appelés du contingent chargés d’assurer la sécurité autour de la montagne. Exposés tout l’après-midi aux radiations, ils attendent un ordre de repli qui ne vient pas, car le gouvernement français, trop sûr de lui, n’a pas prévu les terribles conséquences du tir..

..

Publié dans : LE SAVIEZ-VOUS ? | le 25 septembre, 2007 |1 Commentaire »
1...678910

validation des acquis |
St Etienne GAY |
JEM School ... ج... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Réflexions d'un voyant-astr...
| 5 ème Vitesse
| Palabre en Français