Marengo. Les rapports de l’armée.

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Rapports faits après la bataille de Marengo.

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Ils sont ici dans l’ordre suivant:

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- Journal de campagne de l’armée de réserve, par l’adjudant-commandant Brossier.

- Alex. Berthier, général en chef de l’armée de réserve, au Premier Consul.

- Marengo. Bulletin de l’armée de réserve.

- Dupont, général de division, chef de l’état-major général de l’armée de réserve

- Marengo. Rapport du général en chef Alex. Berthier.

- Journal de campagne l’adjudant-commandant Brossier.

- Bataille de Marengo, rapport du Général Boudet

- Rapport du 24 au 25. Le Général de brigade,CHAMPEAUX.

- Le général de division Lapoype, au lieutenant général Moncey..

- L’adjudant général Dampierre, au général Mathieu-Dumas.

- Rapport Ismert, chef d’escadron, au 11e régiment de hussards.

- Le général Rivaud, au général Dupont.

- Le général Watrin, au général Berthier.

- Rapport du général de division Monnier, au général en chef.

- Extrait du Rapport des marches et opérations de la division Boudet.

- Le lieutenant général Victor, au général en chef Berthier.

- Le général Lannes, au général Berthier.

- Le général de brigade Kellermann, au lieutenant général Victor.

- Le général Murat, au général Berthier.

- Extrait des mémoires de Marmont.

- Brevets donnés à des sous-officiers et soldats de la 9e légère.

Les relations autrichiennes, lues après les rapports français, permettront de connaître le jeu des deux adversaires, d’apprécier exactement les faits par la comparaison des deux récits et de porter un jugement impartial sur la bataille de Marengo.

- Rapport du maréchal Mélas, à l’archiduc Charles..

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Publié dans : Desaix. Bataille de Marengo. les bulletins et rapports. | le 30 novembre, 2007 |Commentaires fermés

Journal de campagne de l’armée de réserve, par l’adjudant-commandant Brossier.

Milan, le 30 prairial an 8 (19 juin 1800).

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C’est avec ces moyens qu’il (l’ennemi) se porta sur nous dès la pointe du jour. Il déboucha de sa position en déployant le feu de cinquante à soixante pièces d’artillerie. Nous n’en avions que sept à lui opposer, et nous ne pouvions avoir de munitions que pour cinq à six heures de combat.

L’ennemi recommença plusieurs attaques et fut sans cesse repoussé depuis le matin jusqu’à midi; mais, en le repoussant, il fallait toujours s’arrêter à la Bormida, et même se replier pour ne pas rester sous le feu des batteries placées de l’autre côté de la rivière. La continuité et la durée de ces attaques épuisaient nos moyens et les forces du soldat. Ce fut alors que la gauche plia et se mit même en déroute.

Le général Bonaparte s’était porté à 9 heures sur le champ de bataille. Nous étions au centre. La droite avait eu besoin de renforts. On y avait envoyé les grenadiers à pied. Ils ont soutenu, pendant plusieurs heures, le feu de l’artillerie, celui de plusieurs régiments et des charges de cavalerie, sans reculer d’un pas. Ils ont eu le tiers de leurs forces hors de combat. La gauche était découverte. Le feu de notre artillerie était éteint. Le centre et la droite furent obligés de se replier. Ils le firent en bon ordre. Ce fut alors que le général Bonaparte se porta sur la ligne. Les généraux s’étaient rassemblés autour de lui. Nous étions sous le feu du canon et de la mousqueterie de l’ennemi; les hommes tombaient dans les rangs derrière nous. Le général se plaça devant la 72e. Il voulait se porter en avant avec elle. Ce fut alors qu’on l’entoura et qu’on l’obligea de se retirer. Il est cependant toujours resté exposé aux boulets qui tombaient à chaque instant.

Le général Desaix arrivait, avec la division Boudet. En arrivant, le général Bonaparte lui dit en riant:  » Eh bien! Général Desaix, quelle échauffourée!  »  » Eh bien! Général, lui répond Desaix avec beaucoup de calme et d’intrépidité, j’arrive, nous sommes tous frais; et, s’il le faut, nous nous ferons tuer. « 

Il y eut une espèce de conseil au milieu du feu. Le centre et la droite étaient rangés en bon ordre. La 9e légère, qui faisait la tête de la colonne du général Desaix, se porta de suite à la gauche.

La même division amenait cinq à six bouches à feu qui furent placées au centre.  » Général, dit Desaix, il n’y a qu’à faire un feu d’artillerie bien nourri pendant un quart d’heure, et ensuite, nous nous ébranlerons.  » Ce moyen eut le plus heureux succès. L’artillerie donna à propos et fit le plus grand effet.

L’ennemi, animé par ses avantages, nous poussait vivement. Tous les généraux étaient derrière la ligne pour la faire avancer. Notre feu fut très meurtrier et le força de s’arrêter.

Le général Desaix s’était porté à sa colonne et s’était mis à la tête de la 9e.

Le général Bonaparte m’avait ordonné de l’accompagner.

Le général Boudet et Dalton faisaient notre gauche avec deux demi-brigades.

Je précédais le général Desaix. Nous marchions avec la 9e. Un régiment, placé dans des vignes, n’était qu’à dix pas, et nous recevait avec un feu très vif de mousqueterie ; derrière lui était le chef d’état-major de l’armée ennemie. C’est alors, et en commençant la charge, que le général Desaix fut frappé d’une balle qui était venue obliquement. Elle l’a frappé au-dessus du coeur et elle est sortie par l’épaule droite; si elle était venue directement, c’est moi qui l’aurait reçue, car j’étais devant lui, à cheval. Je me retourne, et je le vois tomber. Je m’approche; il était mort. Il n’avait eu que le temps de dire à Lefebvre, qui était auprès de lui:  » Mort 1 « . Comme il n’avait point d’uniforme, les soldats ne l’ont point remarqué. Lefebvre le fit emporter, et je continuai d’avancer avec la 9e.

Dans ce moment, le général Kellermann fit, par la gauche, une charge de cavalerie sur les troupes qui nous étaient opposées. Elle eut un plein succès. Il fit de 3 à 4,000 prisonniers. On prit le chef d’état-major, le général Zach et plusieurs drapeaux; dès lors, la bataille fut gagnée.

Toutes les colonnes s’avançaient et se déployaient en bon ordre. L’artillerie les suivait et les soutenait par son feu. L’ennemi cède et recule sur tous les points. Cependant, il s’arrêtait quelquefois; alors se déployait un feu de file presque à bout portant. La crainte d’occasionner quelque nouveau désordre faisait qu’on ne s’avançait sur tous les points qu’au pas mesuré. L’ennemi nous avait repoussés l’espace d’une lieue; on regagna tout le terrain en continuant de marcher ainsi jusqu’à la nuit. Vers la fin, il avait plusieurs escadrons qui voulurent faire un mouvement sur la droite pour nous mettre en désordre. L’infanterie, d’abord, les reçut bien. On appelle ensuite la garde à cheval qui était restée toute la journée en bataille. Bessières marche avec les grenadiers en très bon ordre, et, chargeant avec le reste de la cavalerie, ils ont haché tout ce qui était devant eux. Le combat finit alors avec le jour.

Vous jugez, d’après ces détails, que, de part et d’autre, on a beaucoup souffert. Au dire de tout le monde, il y a eu peu de batailles où l’on ait mis plus d’acharnement; celle-ci était décisive. J’évalue notre perte à 6 à 700 tués, 2,000 blessés et 1500 prisonniers. L’ennemi a eu probablement 1600 morts, 3 à 4,000 blessés et 4 à 5,000 prisonniers.

N’eût-il perdu personne, sa défaite était complète, par cela seul qu’il n’avait pu nous forcer; car il était sans vivres et cerné de toutes parts. Il a été obligé de demander, le lendemain, à capituler. Vous savez déjà tout ce qui a été fait, et comment nous nous trouvons, sans coup férir, maîtres de toute l’Italie. Ce sont là, sans doute, les préliminaires de la paix. Il n’est guère possible qu’après de pareilles leçons, l’Empereur ait envie de recommencer à se faire donner sur les oreilles.

Vous serez bien aise d’apprendre que la division Boudet a été regardée comme ayant sauvé l’armée; car, à vrai dire, à 2 heures, la bataille était perdue. Cette division est une de celles où il y a le plus d’ordre. On loue l’activité de son général ; on ne fait pas moins d’éloges de celle de Dalton, son chef d’état-major.

Je ne connaissais point personnellement le général Desaix; mais je lui payais le tribut d’estime que sa vue seule inspirait. Je l’ai vu tomber avec le plus vif regret. Je regrettais de n’être pas frappé à sa place. Il n’y a point de soldat qui n’ait exprimé les mêmes regrets. Son aide de camp Savary m’a chargé de le rappeler à votre souvenir.

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Alex. Berthier, général en chef de l’armée de réserve, au Premier Consul.

Alex. Berthier, général en chef de l’armée de réserve, au Premier Consul.

Sur le champ de bataille de Saint-Juliano, le 25 prairial an 8 (14 juin 1800), à 9 heures du soir.

J’ai à vous rendre compte, Citoyen Consul, de la bataille de Saint-Juliano, où vous avez déterminé la victoire indécise pendant treize heures du combat le plus opiniâtre.

Après la bataille de Montebello, près Casteggio, la division Gardanne, formant l’avant-garde, repoussa l’ennemi de Garofoli et Saint-Julien jusqu’à Marengo, où il prit position le 24 au soir.

Le général Gardanne, soutenu de la 24e légère, l’a attaqué dans cette position, a enlevé le village de Marengo, fait environ 200 prisonniers et pris deux pièces de canon.

Bataille de Saint-Juliano. – Le 25 au matin, le général Mélas, avec toutes ses forces, a débouché par ses ponts et par les gués de la Bormida, et a attaqué avec vigueur notre centre à Marengo, tandis que, profitant de sa nombreuse cavalerie, ses ailes se déployaient par notre droite et par notre gauche.

Le corps du général Victor tenait la gauche et le centre; celui du général.

Lannes, la droite; notre cavalerie couvrait les ailes et formait une réserve.

L’ennemi a démasqué plus de cent bouches à feu. L’attaque et la résistance de nos troupes ont été également opiniâtres.

Les ennemis se battaient comme des hommes qui voulaient se faire une trouée et qui n’avaient plus d’alternative entre la victoire ou leur perte entière; ils étaient parvenus à se rendre maîtres du village de Marengo. Notre gauche a fait un mouvement de retraite, soutenu par la cavalerie; le centre a suivi ce mouvement, et notre droite, combattant avec avantage, a arrêté les progrès que l’ennemi cherchait à faire pour tourner notre droite qui, soutenue par les grenadiers de la garde des Consuls, a maintenu sa position jusqu’au moment de l’arrivée de la division Boudet, aux ordres du général Desaix.

Cette division, que vous avez dirigée au combat, a attaqué le centre de l’ennemi au pas de charge. La 9e demi-brigade légère, incomparable par sa bravoure, était en première ligne; le général Desaix marchait à sa tète.

Votre présence donnait à l’armée cette impulsion qui a, tant de fois, décidé la victoire. La charge a été battue; toute la nouvelle ligne s’est ébranlée, suivie des divisions qui s’étaient battues depuis le jour.

Le général Kellermann, qui avait soutenu le mouvement de retraite de notre gauche, saisit le moment où l’infanterie ennemie, après avoir été ébranlée, cherchait à attaquer de nouveau. Il charge avec impétuosité, fait plus de 6,000 prisonniers, prend dix pièces de canon et le général Zach, chef de l’état-major de l’armée.

La gauche de l’ennemi continuait à combattre avec ordre et opiniâtreté la division Watrin, appuyée des grenadiers à pied des Consuls, qui se sont signalés pendant toute la bataille. La garde à cheval des Consuls, commandée par le chef de brigade Bessières, et l’artillerie, se sont couvertes de gloire. La cavalerie, aux ordres du général Murat, a fait plusieurs charges décisives.

Le général Monnier a attaqué le village de Castel-Ceriolo, où était la gauche de l’ennemi, a culbuté plusieurs bataillons dans la Bormida. Des corps de cavalerie ennemie ont été coupés. Un escadron des dragons de Latour a été entièrement détruit par le feu des grenadiers de la garde des Consuls.

Le résultat de cette sanglante bataille a jeté les restes de l’armée du général Mélas au delà de la Bormida, sous le canon de la citadelle d’Alexandrie. Nous avons fait environ 7 ou 8,000 prisonniers, parmi lesquels le général Zach, chef de l’état-major général, et beaucoup d’officiers de marque. Nous avons pris beaucoup de canons; le nombre n’en est pas encore connu.

Le nombre des tués ou blessés de l’ennemi s’élève à 6,000 hommes. Jusqu’à ce moment, on m’a remis douze drapeaux. Il y en a d’autres dans les divisions.

Notre perte est d’environ 600 hommes tués, 1500 blessés et 500 prisonniers.

Je vous ferai connaître les détails de cette mémorable journée et les noms de ceux qui se sont distingués lorsque j’aurai les rapports des divisions.

Le général Murat a eu ses habits criblés de balles ; le général Lannes, son chapeau emporté par un boulet; les généraux Mainoni, Malher, Rivaud ont été blessés.

Alex. BERTHIER.

La République a fait aujourd’hui une grande perte. Desaix a été tué. Il était arrivé depuis deux jours. Sa mort a vivement affecté toute l’armée.

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Marengo. Bulletin de l’armée de réserve.

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Torre-di-Garofoli, le 26 prairial an 8 (15 juin 1800).

Après la bataille de Montebello, l’armée s’est mise en marche pour passer la Scrivia. L’avant-garde, commandée par le général Gardanne, a, le 24, rencontré l’ennemi, qui défendait les approches de la Bormida et les trois ponts qu’il avait près d’Alexandrie, l’a culbuté, lui a pris deux pièces de canon et fait 100 prisonniers.

La division du général Chabran arrivait en même temps le long du Pô, vis-à-vis Valenza, pour empêcher l’ennemi de passer ce fleuve. Ainsi, M. Mélas se trouvait cerné entre la Bormida et le Pô. La seule retraite de Gênes qui lui restait, après la bataille de Montebello, se trouvait interceptée. L’ennemi paraissait n’avoir aucun projet et très incertain de ses mouvements.

Le 25, à la pointe du jour, l’ennemi passa la Bormida sur ses trois ponts, résolu à se faire une trouée, déboucha en force, surprit notre avant-garde et commença, avec la plus grande vivacité, la célèbre bataille de Marengo, qui décide enfin du sort de l’Italie et de l’armée autrichienne.

Quatre fois, pendant la bataille, nous avons été en retraite, et quatre fois nous avons été en avant. Plus de soixante pièces de canon ont été, de part et d’autre, sur différents points et à différentes heures, prises et reprises. Il y a eu plus de douze charges de cavalerie, et avec différents succès.

Il était 3 heures après-midi; 10,000 hommes de cavalerie débordaient notre droite dans la superbe plaine de San-Giuliano. Ils étaient soutenus par une ligne de cavalerie et beaucoup l’artillerie. Les grenadiers de la garde furent placés comme une redoute de granit au milieu de cette immense plaine; rien ne put l’entamer. Cavalerie, infanterie, artillerie, tout fut dirigé contre ce bataillon; mais en vain; ce fut alors que vraiment l’on vit ce que peut une poignée de gens de coeur.

Par cette résistance opiniâtre, la gauche de l’ennemi se trouva contenue et notre droite appuyée jusqu’à l’arrivée du général Monnier, qui enleva à la baïonnette le village de Castel-Ceriolo.

La cavalerie ennemie fit alors un mouvement rapide sur notre gauche qui, déjà, se trouvait ébranlée; ce mouvement précipita sa retraite.

L’ennemi avançait sur toute la ligne, faisant un feu de mitraille avec plus de 100 pièces de canon. Les routes étaient couvertes de fuyards, de blessés, de débris; la bataille paraissait perdue. On laissa avancer l’ennemi jusqu’à une portée de fusil du village de San-Giuliano, où était en bataille la division Desaix, avec huit pièces d’artillerie légère en avant (100) et deux bataillons en potence, en colonne serrée, sur les ailes. Tous les fuyards se ralliaient derrière. Déjà l’ennemi faisait des fautes qui présageaient sa catastrophe. Il étendait trop ses ailes.

La présence du Premier Consul ranimait le moral des troupes.  » Enfants, leur disait-il, souvenez-vous que mon habitude est de coucher sur le champ de bataille « .

Aux cris de :  » Vive la République! Vive le Premier Consul! « , Desaix aborda au pas de charge et par le centre. Dans un instant, l’ennemi est culbuté.

Le général Kellermann qui, avec sa brigade de grosse cavalerie, avait, toute la journée, protégé la retraite de notre gauche, exécuta une charge avec tant de vigueur et si à propos, que 6,000 grenadiers et le général Zach, chef de l’état-major. général, furent faits prisonniers, et plusieurs généraux ennemis tués.

Toute l’armée suivit ce mouvement. La droite de l’ennemi se trouva coupée; la consternation et l’épouvante se mirent dans ses rangs.

La cavalerie autrichienne s’était portée au centre pour protéger la retraite. Le chef de brigade Bessières, à la tête des casse-cols et des grenadiers de la garde, exécuta une charge avec autant d’activité que de valeur, et perça la cavalerie ennemie; ce qui acheva l’entière déroute de l’armée.

Nous avons pris quinze drapeaux, quarante pièces de canon, et fait 6 à 8,000 prisonniers. Plus de 6,000 ennemis sont restés sur le champ de bataille.

La 9e légère a mérité le titre d’Incomparable. La grosse cavalerie et le 8e de dragons se sont couverts de gloire. Notre perte aussi est considérable: nous avons eu 600 hommes tués, 1500 blessés et 900 prisonniers.

Les généraux Champeaux, Mainoni et Boudet sont blessés.

Le général en chef Berthier a eu ses habits criblés de balles; plusieurs de ses aides de camp ont été démontés. Mais, une perte vivement sentie par l’armée, qui le sera par toute la République, ferme notre coeur à la joie. Desaix a été frappé d’une balle au commencement de la charge de sa division; il est mort sur le coup. Il n’a eu que le temps de dire au jeune Lebrun, qui était avec lui:  » Allez dire au Premier Consul que je meurs avec le regret de n’avoir pas assez fait pour vivre dans la postérité ».

Dans le cours de sa vie, le général Desaix a eu quatre chevaux tués sous lui et reçu trois blessures. Il n’avait rejoint le quartier général que depuis trois jours; il brûlait de se battre, et avait dit deux ou trois fois, la veille, à ses aides de camp:  » Voilà longtemps que je ne me bats plus en Europe. Les boulets ne nous connaissent plus; il nous arrivera quelque chose « . Lorsqu’on vint, au milieu du plus fort du feu, annoncer au Premier Consul la mort de Desaix, il ne lui échappa que ce seul mot:  » Pourquoi ne m’est-il pas permis de pleurer? « . Son corps a été transporté en poste à Milan  pour y être embaumé.

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Dupont, général de division, chef de l’état-major général de l’armée de réserve

Dupont, général de division, chef de l’état-major général de l’armée de réserve, au Ministre de la guerre.

Garofoli, le 28 prairial an 8 (17 juin 1800).

Le même champ de bataille devait servir, le lendemain, à l’un des plus grands événements qui puissent illustrer les armes françaises. M. de Mélas, voyant sa ligne de communication coupée et craignant d’être attaqué de front par le général Berthier, pendant que le général Masséna marcherait sur ses derrières, pour l’enfermer entre le Pô, le Tanaro et les deux armées, a pris le parti de tenter le sort d’une bataille générale, pour se frayer la route de Plaisance. La jonction de toutes ses forces s’est opérée, le 24, à Alexandrie, et le 25, il a passé la Bormida sur deux ponts, dont l’un a été jeté pendant la nuit.

La division Gardanne et la division Chambarlhac, composée des brigades des généraux Rivaud et Herbin, sous le commandement du général Victor, étaient placés, dès la veille, en avant de Marengo. Le corps du général Lannes, composé de la brigade du général Mainoni et de la division Watrin, où se trouvent les brigades des généraux Malher et Gency, s’est porté à leur hauteur à droite; la cavalerie, aux ordres du lieutenant général Murat, et composée des brigades des généraux Rivaud, Champeaux et Kellermann, a été placée sur les ailes et dans les intervalles; c’est dans cet ordre que la bataille s’est donnée.

L’ennemi, en débouchant dans la vaste plaine qui sépare Alexandrie et Tortone, a manoeuvré de manière à nous déborder par les deux ailes, et il avait, à son centre, trois divisions destinées à faire effort sur le village de Marengo. Une artillerie, composée de plus de 100 bouches à feu, couvrait tout son front. Sa supériorité numérique dans toutes les armes était considérable. Il n’avait cependant fait aucun progrès après six heures de combat. Le feu le plus violent régnait sur toute la ligne et des charges audacieuses se renouvelaient souvent; mais notre droite, se trouvant menacée par un corps qui se prolongeait du côté de Castel-Ceriolo, nous avons abandonné Marengo et pris position en arrière de ce village. Ce mouvement était nécessaire pour ne pas être débordé; le feu n’a pas été interrompu un instant.

La division Monnier, qui était campée à Garofoli, est alors arrivée sur le champ de bataille; la 19e légère et la 70e demi-brigade, aux ordres des généraux Carra-Saint-Cyr et Schilt, ont marché sur la droite, et elles ont repris une partie du terrain que nous y avions cédé. La garde à pied et à cheval des Consuls a beaucoup contribué à soutenir le combat de ce côté.

Cependant, l’ennemi, déployant les forces qu’il tenait en réserve, et enhardi par sa grande supériorité en artillerie, cherchait toujours à dépasser notre droite; il renouvelait en même temps ses efforts au centre, où il avait placé trois profondes colonnes, sur lesquelles il avait fondé l’espérance de pénétrer jusqu’à San-Giuliano.

Il était alors 5 heures du soir. Tous les généraux, avides de danger, parcouraient les rangs pour ranimer l’ardeur des troupes; rien ne pouvait l’exciter plus vivement que la présence du Premier Consul, bravant tous les hasards et opposant sa fortune à la confiance momentanée de l’ennemi. C’était l’instant décisif.

La division Boudet, composée des brigades des généraux Monnier et Guénand et faisant partie du corps commandé par le général Desaix, s’était dirigée de Ponte-Curone sur Rivalta; mais, ayant reçu l’ordre de se réunir à l’armée, elle est arrivée en ce moment, par une marche rapide, en avant de San-Giuliano.

Le général Desaix fait aussitôt ses dispositions avec cette habileté qui lui a acquis une si juste célébrité, et il aborde l’ennemi qui était alors à hauteur de Cassina-Grossa. Le combat se ranime avec une nouvelle chaleur; la 9e demi-brigade légère et les grenadiers des Consuls font des prodiges d’audace; tous les corps oublient les fatigues et les pertes de la journée; ils combattent avec une vigueur qui semble croître.

La victoire ne pouvait rester plus longtemps incertaine; le général Kellermann, à la tête du 8e régiment de dragons et des 2e et 20e de cavalerie, charge avec impétuosité un corps ennemi de six bataillons de grenadiers qui s’avançait vers la Cassine; il l’enveloppe et lui fait mettre bas les armes. Ce brillant succès est le signal, pour l’armée, d’une attaque générale; l’ennemi est ébranlé de toutes parts; il dispute encore un terrain qui lui avait coûté tant de sacrifices; mais il reconnaît enfin sa défaite, et il se met en pleine retraite. Nous le poursuivons jusqu’au delà de Marengo, sur les bords de la Bormida, et la nuit ne nous permet pas de le harceler plus longtemps.

Cette bataille a duré treize heures; il en est peu où l’audace et le talent aient plus évidemment fixé la fortune.

L’ennemi a perdu environ 12,000 hommes, dont 6,000 prisonniers, 4,000 blessés et 2,000 tués, huit drapeaux, vingt bouches à feu et des munitions de guerre. Il a eu 400 officiers de tous grades et huit généraux hors de combat. Les généraux Haddick et Bellegarde sont du nombre; le général Zach, chef de l’état-major, a été pris.

L’armée de la République a fait la perte irréparable du général Desaix; ses campagnes sur le Rhin et en Égypte rendent son éloge superflu. Son corps a été transféré à Milan, où il sera embaumé. Les généraux Rivaud (d’infanterie), Mainoni, Malher et Champeaux ont été blessés. Le général en chef Berthier a eu le bras légèrement atteint d’une balle; ses aides de camp Dutaillis et Laborde ont eu leurs chevaux tués sous eux à ses côtés. Le frère du général Watrin, officier d’état-major, a été tué. Je vous adresserai l’état des pertes de chaque corps, lorsqu’il m’aura été remis.

Le 26, le général Mélas, pour sauver les débris de son armée, s’est engagé à évacuer toutes les places qu’il occupe jusqu’à l’Oglio. Je vous rendrai compte, dans une autre lettre, des détails de cette évacuation, dont j’ai été chargé de déterminer les époques avec le général Mélas. Cet événement extraordinaire rend la victoire de Marengo la plus éclatante peut-être de toutes celles qui ont consacré la gloire du nom français.

L’héroïsme des officiers généraux, la valeur des chefs de corps et des officiers particuliers, l’intrépidité des troupes méritent tous les éloges de la nation qui n’a jamais été plus grande que dans cette journée.

DUPONT.

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Marengo. Rapport du général en chef Alex. Berthier.

Rapport du général en chef Alex. Berthier. sur la bataille de Marengo, le 25 prairial an 8.

S’emparer de Milan, opérer la jonction avec la division du général Moncey, couper les derrières de l’ennemi à Brescia, Orzinovi, Marcaria, Plaisance, prendre ses immenses magasins, fermer ses communications, enlever ses dépôts, ses malades et ses parcs: tels étaient les mouvements qui avaient été ordonnés à des partis, tandis que notre armée observait celle de l’ennemi, l’inquiétait sur le Pô et effectuait le passage de ce fleuve devant Stradella. L’activité de nos mouvements nous avait donné l’initiative des mouvements; le génie de Bonaparte en a profité.

L’ennemi, battu à Montebello, allait être renforcé successivement des troupes aux ordres de MM. les généraux Elsnitz et Bellegarde. J’étais instruit d’un autre côté que M. de Mélas avait rassemblé toutes ses forces à Alexandrie. Il était important de prévenir ses mouvements ultérieurs. Tout fut disposé pour atteindre ce but.

L’ennemi pouvait, ou se porter sur Gênes et de là pénétrer dans la Toscane, ou passer le Pô et le Tessin pour gagner Mantoue, ou se faire jour par la rive droite du Pô en combattant notre armée, ou enfin se renfermer dans Turin.

Les divisions Chabran et Lapoype reçoivent l’ordre de garder le Pô ; le détachement laissé à Ivrée observe l’Orco; le corps du général Moncey occupe Plaisance, observe Bobbio, garde le Tessin, la Sesia et l’Oglio, depuis le confluent de cette rivière jusqu’au Pô et pousse des reconnaissances sur Peschiera et Mantoue; la légion italique occupe Brescia. Le reste de l’armée, Bonaparte à la tête, marche à l’ennemi.

Le 24 prairial, à la pointe du jour, l’armée se dirige sur Tortone et Castel-Nuovo-di-Scrivia. Le corps du général Victor, qui forme l’avant-garde, passe la Scrivia à Ova, celui du général Lannes s’empare de Castel-Nuovo, où l’ennemi abandonne 1500 malades, parmi lesquels 600 convalescents prêts à grossir son armée. Le corps aux ordres du général Desaix prend position en avant de Ponte-Curone.

Le même jour, l’armée marche sur San-Giuliano que l’avant-garde de l’ennemi évacue pour aller prendre position à Marengo. Il y est attaqué par la division Gardanne, soutenue de la 24e légère, et est forcé de se retirer jusqu’à son pont sur la Bormida, après avoir perdu 2 pièces de canon et 180 prisonniers.

L’ennemi venait de refuser la bataille dans la plaine située entre San-Giuliano et Marengo, où il pouvait tirer un grand avantage de sa nombreuse cavalerie. Tout devait faire présumer qu’il ne nous attaquerait pas, après nous avoir laissés acquérir la connaissance du terrain et de sa position et qu’il avait le projet soit de passer le Pô et le Tessin, soit de se porter sur Gênes et Bobbio.

Des mesures sont prises pour lui opposer des forces sur la route d’Alexandrie à Gênes et sur la rive gauche du Pô, dont il pouvait tenter le passage à Casale ou à Valenza. Une division du corps aux ordres du général Desaix se porte sur Rivalta en tournant Tortone; des ponts volants sont établis à hauteur de Castel-Nuovo, pour passer rapidement le Pô et par un mouvement de flanc se réunir aux divisions d’observation sur la rive gauche de ce fleuve.

Mais le 25, à 7 heures du matin, la division Gardanne, qui faisait notre avant-garde, est attaquée. L’ennemi par le développement de ses forces fait connaître ses projets.

Les troupes aux ordres du général Victor sont aussitôt rangées en bataille; une partie forme le centre qui occupe le village de Marengo; l’autre forme l’aile gauche qui s’étend jusqu’à la Bormida. Le corps du général Lannes est à l’aile droite. L’armée, formée sur deux lignes, avait ses ailes soutenues d’un gros corps de cavalerie.

L’ennemi se déploie successivement et débouche par trois colonnes: celle de droite débouche sur Frugarolo en remontant la Bormida, celle du centre sur Marengo par la grande route, enfin celle de gauche sur Castel-Ceriolo.

Le général Victor me fait prévenir qu’il est attaqué par toutes les forces ennemies. Je fais aussitôt marcher la réserve de cavalerie et le corps du général Desaix dont je rappelle la division qui se dirigeait sur Serravalle.

Le Premier Consul se porte rapidement sur le champ de bataille: nous trouvons en y arrivant l’action engagée sur tous les points; on se battait de part et d’autre avec un égal acharnement.

Le général Gardanne soutenait depuis deux heures l’attaque de la droite et du centre de l’ennemi sans perdre un pouce de terrain, malgré l’infériorité de son artillerie. La brigade aux ordres du général Kellermann, composée des 2e et 20e régiments de cavalerie et du 8e de dragons, appuyait la gauche du général Victor. La 44e et la 101e de ligne soutenaient leur réputation.

Le général Victor envoie des ordres à la brigade de cavalerie du général Duvignau; mais ce général avait quitté sans autorisation le commandement de sa brigade, ce qui retarde l’exécution des mouvements. 200 hommes de ce corps sont commandés pour remonter la Bormida et observer le mouvement de la droite de l’ennemi. Le reste reçoit l’ordre d’appuyer la gauche de l’armée et se conduit avec valeur.

Le général Gardanne, obligé de quitter sa position d’avant-garde, se retire par échelons et prend une position oblique. La droite est au village de Marengo, la gauche sur les rives de la Bormida. Dans cette nouvelle position il prend en flanc la colonne qui marche sur Marengo et dirige sur elle une fusillade terrible. Les rangs de cette colonne sont éclaircis; elle hésite un instant; déjà plusieurs parties commençaient à plier, mais elle reçoit de nouveaux renforts et continue sa marche.

Le général Victor dispose successivement la 24e légère, la 43e et la 96e de ligne pour défendre le village de Marengo.

Tandis que ces mouvements s’exécutent, la brigade du général Kellermann soutient la gauche; le 8e de dragons charge et culbute une colonne ennemie, mais il est chargé. à son tour par des forces supérieures. Les 2e et 20e de cavalerie le soutiennent et font plus de 100 prisonniers.

La gauche de l’ennemi s’avance vers Castel-Ceriolo; son centre, recevant toujours de nouveaux renforts, parvient à s’emparer du village de Marengo où il fait prisonniers 400 hommes qui se tenaient dans une maison. Quelques-uns de nos tirailleurs, manquant de cartouches, abandonnent en désordre le champ de bataille et l’ennemi, encouragé par ce succès, charge avec plus d’impétuosité.

Le général Lannes le combat avec avantage. Sa ligne, découverte dans la plaine, résiste à l’artillerie et soutient la charge de la cavalerie; mais il ne peut pousser l’ennemi sans se trouver débordé par la gauche. Il envoie la 40e demi-brigade et la 22e renforcer la division Chambarlhac qui perdait du terrain.

L’ennemi, souvent repoussé au centre, revient toujours à la charge et finit par déborder le village de Marengo. Le général Victor ordonne un mouvement rétrograde sur la réserve.

Le général Lannes se voit alors attaqué par des forces infiniment supérieures: deux lignes d’infanterie marchent à lui avec une artillerie formidable. La division Watrin et la 28e sont inébranlables; sur le point d’être tournées par un corps considérable, elles sont soutenues par la brigade de dragons aux ordres du général Champeaux.

Le changement de position du général Victor oblige le général Lannes à suivre le même mouvement. Le Premier Consul instruit que la réserve du général Desaix n’était pas encore prête se porte lui-même à la division Lannes pour ralentir son mouvement de retraite. Cependant l’ennemi s’avançait.

Il ordonna différents mouvements à la 72e demi-brigade; il veut même prendre l’ennemi en flanc et charger à la tête de cette demi-brigade; mais un cri sort de tous les rangs:  » Nous ne Voulons pas que le Premier Consul s’expose « , et l’on vit alors une lutte intrépide du soldat qui, oubliant le danger, ne pensait qu’à celui que courait son chef.

Cependant l’on gagne du temps, la retraite se fait bientôt par échiquier sous le feu de 80 pièces d’artillerie, qui précèdent la marche des bataillons autrichiens et Vomissent dans nos rangs une grêle de boulets et d’obus. Rien ne peut ébranler nos bataillons, ils se serrent et manoeuvrent avec le même ordre et le même sang-froid que s’ils eussent été à l’exercice; le rang qui vient d’être éclairci se trouve aussitôt rempli par d’autres braves ; jamais on ne vit un mouvement plus régulier ni plus imposant.

L’ennemi se croyait assure de la victoire; une cavalerie nombreuse, soutenue de plusieurs escadrons d’artillerie légère, débordait notre droite et menaçait de tourner l’armée.

Les grenadiers de la garde du Consul marchent pour appuyer la droite; ils s’avancent et soutiennent trois charges successives. Au même moment arrive la division Monnier qui faisait partie de la réserve. Je dirige deux demi-brigades sur le village de Castel-Ceriolo, avec ordre de charger les bataillons qui soutiennent la cavalerie ennemie. Ce corps traverse la plaine et s’empare de Castel-Ceriolo après avoir repoussé une charge de cavalerie; mais notre centre et notre gauche continuant leur mouvement rétrograde, il est bientôt obligé d’évacuer ce village; en se retirant il suit le mouvement de l’armée, entouré de la cavalerie ennemie qu’il tient en échec.

L’armée arrive à la plaine de San-Giuliano où la réserve aux ordres du général Desaix était formée sur deux lignes flanquées à droite de 12 pièces d’artillerie commandées par le général Marmont et soutenues à gauche par la cavalerie aux ordres du général Kellermann. Le Premier Consul, exposé au feu le plus vif, parcourt les rangs pour encourager les soldats et fait arrêter ce mouvement rétrograde; il était 4 heures après-midi.

Le général Desaix, à la tête de la brave 9e légère, s’élance avec impétuosité au milieu des bataillons ennemis et les charge à la baïonnette. Le reste de la division Boudet suit ce mouvement sur la droite. Toute l’armée sur deux lignes s’avance au pas de charge.

L’ennemi étonné met son artillerie en retraite; son infanterie commence à plier. Le général Desaix est atteint d’une balle mortelle. La mort de cet officier distingué, dont la France pleurera longtemps la perte, enflamme d’une nouvelle ardeur les braves qu’il commandait. Tous brûlant de lè venger, ils se précipitent avec fureur sur la première ligne de l’infanterie ennemie qui résiste après s’être repliée sur la deuxième ligne. Toutes les deux s’ébranlent à la fois pour faire une charge à la baïonnette. Nos bataillons sont arrêtés un moment, mais le général Kellermann ordonne la charge avec 800 cavaliers qui culbutent l’ennemi et lui font 6,000 prisonniers, parmi lesquels le général Zach, chef de l’état-major de l’armée autrichienne, le général Saint-Julien, plusieurs autres généraux et presque tous les officiers de l’état-major.

L’ennemi avait encore une troisième ligne d’infanterie soutenue du reste de l’artillerie et de toute la cavalerie. Le général Lannes avec la division Watrin, les grenadiers à pied de la garde des Consuls et la division Boudet, marchent contre cette ligne et sont soutenus dans cette charge par l’artillerie que commande le général Marmont. La cavalerie aux ordres du général Murat, les grenadiers à cheval commandés par le chef de brigade Bessières chargent à leur tour la cavalerie ennemie, l’obligent à se retirer avec précipitation et la mettent en déroute. Son arrière-garde est taillée en pièces.

L’ennemi en désordre était arrivé sur le pont de la Bormida; on se battait depuis une heure dans les ténèbres. La nuit seule a sauvé les débris de l’armée autrichienne.

Cette journée a coûté à l’ennemi 12 drapeaux, 26 pièces de canon et 15,000 hommes dont 3,000 tués, 5,000 blessés et 7,000 faits prisonniers. 7 de ses généraux et plus de 400 de ses officiers ont été blessés.

Nous avons à regretter 7 à 800 tués, 2,000 blessés et 1100 faits prisonniers. Parmi les blessés se trouvent les généraux de brigade Rivaud, Champeaux, Malher et Mainoni.

Jamais combat ne fut plus opiniâtre, jamais victoire ne fut disputée avec plus d’acharnement; Autrichiens et Français admiraient respectivement le courage de leurs ennemis. Les deux armées se sont trouvées engagées pendant quatorze heures à portée de la mousqueterie.

Dans cette journée mémorable les troupes de toutes armes se sont couvertes de gloire. Pour citer tous les braves qui se sont distingués, il faudrait nommer tous les officiers et plus de la moitié des soldats.

Le général Victor rend hommage au sang-froid et aux talents qu’ont déployés le général Rivaud et les citoyens Ferey et Bisson, chefs des 24e et 43e demi-brigades.

Le général Lannes a montré dans cette journée le calme d’un vieux général.

Le général Watrin, qui l’a secondé partout, mérite les plus grands éloges. Son frère, qui était adjoint aux adjudants généraux, a été tué à ses côtés.

Le chef de brigade Valhubert de la 28e et le chef de bataillon Taupin, le général de brigade Gency, le citoyen Macon, chef de brigade de la 6e légère, le citoyen Alix, chef d’escadron au 2e régiment de cavalerie, se sont particulièrement distingués.

L’adjudant général Noguès a donné des preuves de bravoure.

Le général Murat, qui a rendu tant de services dans cette campagne, fait l’éloge du courage et des talents qu’a déployés le général Kellermann, qui a puissamment contribué à la victoire.

L’adjudant général César Berthier a montré talents, activité et bravoure. Le général Murat se loue des services qu’il a rendus dans cette campagne.

Le chef de brigade Bessières, commandant l’escadron de la garde à cheval des Consuls, a saisi avec précision tous les moments d’attaquer avec avantage. Les succès qu’il a obtenus en manoeuvrant devant l’ennemi avec des forces très inférieures lui assignent un rang distingué. Le citoyen Rignon, capitaine de la garde à pied des Consuls, a été blessé. Le chef d’escadron Colbert a mérité le grade d’adjudant général. Le citoyen Beaumont, aide de camp du général Murat, a contribué à la gloire dont se sont couvertes toutes les troupes à cheval. L’aide de camp Didier a été blessé.

Le cavalier Leboeuf a enlevé un drapeau; le capitaine Montfleury, Girardot et Terret, le chef de brigade Gérard du 20e de cavalerie, le capitaine Tétard qui s’est fait remarquer à la charge, les lieutenants Picquet, Courtois, Moraux, Gavory, Vergé, Poitel et Faure ont eu leurs chevaux tués. Le citoyen Frély et le lieutenant Fraunoux ont été blessés. Le maréchal des logis Velaine a déployé les talents d’un officier distingué.

Le citoyen Lamberty, capitaine à la suite du 2e de cavalerie, le sous-lieutenant Petitot et l’adjudant Jalland méritent de l’avancement.

Le citoyen Conrad, lieutenant du 2e régiment d’artillerie à cheval, a la jambe emportée d’un boulet; il se soulève pour observer le tir de sa batterie. Les canonniers veulent l’emporter, il s’y refuse:  » Servez vos batteries, dit-il, et ayez soin de pointer plus bas « .

Reynal, canonnier du 2e régiment; Mainerod, brigadier des canonniers de la garde des Consuls; Renaud, canonnier au 1er régiment, se sont distingués par la justesse du tir.

Le lieutenant d’artillerie de la garde des Consuls Marin a particulièrement mérité les éloges des généraux de l’armée; cet officier est d’un zèle et d’une bravoure remarquable. Le citoyen Digeon, lieutenant d’artillerie de la garde des Consuls, a montré du sang-froid et du courage.

J’ai été content de l’activité du général Dupont, chef de l’état-major général de l’armée. Mes aides de camp Dutaillis, chef de brigade, et Laborde, capitaine, ont eu leurs chevaux tués. Mon aide de camp Arrighi mérite de l’avancement. Mon aide de camp Berruyer a rallié un bataillon en plantant un drapeau près des rangs ennemis. Mon aide de camp Lejeune a montré du zèle;

Je demande le grade de sous-lieutenant pour le citoyen Jalland, adjudant au 2e régiment de cavalerie; pour le citoyen Velaine, maréchal des logis au même régiment; pour le citoyen Dubois, volontaire auprès du général Lannes; pour le citoyen Brunet, dragon au 9e régiment; une grenade d’or pour le citoyen Reynal, canonnier au 2e régiment d’artillerie légère; pour le citoyen Mainerod, brigadier de la garde des Consuls, et pour le citoyen Renaud, canonnier au 1er régiment d’artillerie.

Alex. BERTHIER.

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Publié dans : Desaix. Bataille de Marengo. les bulletins et rapports. | le 30 novembre, 2007 |Commentaires fermés

Journal de campagne l’adjudant-commandant Brossier.

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Extrait du Journal de la campagne de l’armée de réserve, par l’adjudant-commandant Brossier.

La  jonction de toutes ses forces de Mélas se fit le 24 à Alexandrie; et, le 25, il prit toutes ses dispositions pendant la nuit, et passa la Bormida sur les trois ponts qu’il avait établis à cet effet. Son armée était forte d’environ 40,000 hommes, et le général Zach la commandait sous ses ordres.

La première ligne marchait sous la conduite de plusieurs généraux-majors, sans être précédée de cette foule de tirailleurs qui accompagnent ordinairement les attaques des Autrichiens.

Une nombreuse artillerie légère précédait cette première ligne et en protégeait tous les mouvements.

La seconde ligne, commandée par le général Mélas en personne, était formée de l’élite de l’armée, tant en officiers qu’en soldats, et elle avait ordre de faire feu sur tous ceux de la première ligne qui oseraient faire un pas rétrograde.

Des effets d’habillement avaient été distribués la veille; la solde payée pour cinq jours, et l’eau-de-vie donnée abondamment le matin.

L’armée française, bien inférieure en nombre, n’était que d’environ 23,000 hommes d’infanterie et 2,00e de cavalerie, en comptant toutes les troupes qui ont combattu dans cette journée; mais, au commencement de l’affaire, elle n’était réellement que de 15,000 . . . . .

Les divisions commandées par le général Victor. . . . . enfoncées d’ailleurs sur leur centre, se virent obligées à faire une marche rétrograde. Quelques fuyards mirent un moment le désordre dans les rangs; mais la fermeté des chefs en contint la masse, et le général Kellermann, à la tête de sa brigade, protégea la retraite avec l’activité et le courage réfléchi qui lui sont familiers. L’impulsion de retraite une fois donnée dut être suivie par tous les autres corps qui allaient nécessairement être enveloppés, parce que l’ennemi, profitant de cette circonstance, poursuivait vigoureusement ses succès et marchait, avec la majorité de ses forces, sur San-Giuliano. . . . .

La division du général Monnier. . . . . parvint à se faire jour à travers la ligne autrichienne et à opérer, sous la protection de la brigade aux ordres du général Champeaux, sa retraite sur San-Giuliano, où la totalité de l’armée se réunissait à la division Boudet qui, conduite par le général Desaix, venait d’arriver sur ce point.

Le sort de la bataille était encore douteux à 6 heures du soir; tous les généraux, avides de danger, parcouraient les rangs pour ranimer l’ardeur des soldats; mais rien ne pouvait l’exciter davantage que la présence du Premier Consul, au milieu des plus grands dangers, bravant tous les hasards et opposant le calme de la constance aux caprices de la fortune. C’était l’instant décisif.

Le Premier Consul confère quelques instants avec le général Desaix et passe presque toute la ligne en revue; l’ordre d’une nouvelle attaque est donné.

Le lieutenant général Desaix se place au centre, sur la grande route, entre San-Giuliano et Cassina-Grossa, avec la division Boudet; la 9e légère occupant la gauche de la route sous les ordres du général Monnier, et la 30e et la 59e de ligne, commandées par le général Guénand, portées sur la droite; il avait sur son front: une pièce de 12, quatre de 8 et deux obusiers.

Les grenadiers de la garde des Consuls, conduits par le chef de bataillon Goulez, sont à droite entre ces corps et les troupes aux ordres du général Lannes. La division Gardanne occupe la gauche de la division Boudet et s’appuie à la droite de la brigade du général Kellermann. La division Monnier, un peu en arrière de la division Boudet, est prête à se porter où les événements nécessiteront sa présence, et la division Chambarlhac, avec le surplus de la cavalerie, forme la réserve.

L’ennemi, croyant la victoire assurée, avançait avec rapidité, et déjà il avait atteint la hauteur de Cassina-Grossa.

Desaix marcha à sa rencontre au pas de charge. La présence du héros avait réchauffé tous les courages et chacun brûlait d’impatience de suivre son généreux exemple. l’ennemi s’arrête et la fusillade s’engage à la petite portée de pistolet. La valeur, l’audace, la persévérance, toutes les vertus guerrières se font également admirer dans les deux armées. Une partie de la division Watrin marche par la gauche et court appuyer ce premier mouvement, laissant la 40e en ligne.

Le général Monnier, s’apercevant que la droite se trouvait dégarnie par la manoeuvre du général Watrin et qu’elle était déjà dépassée par plus de 2,000 chevaux, appuyés par une artillerie formidable, marche à la tête de la majeure partie de sa division et de la 40e. Les grenadiers de la garde consulaire s’ébranlent en même temps, se réunissent à lui et, tous ensemble, se présentent à l’ennemi.

Ce fut là qu’il s’engagea une, charge terrible et telle que cette journée mémorable n’en avait point encore vue d’aussi meurtrière.

Les troupes des demi-brigades semblaient disputer l’honneur du danger aux intrépides grenadiers.

La mort volait dans tous les rangs et frappait de tous les côtés; elle moissonna plus du tiers de ces braves, sans que leur masse en fût ébranlée.

Ils ont conservé, dans les plaines de San-Giuliano, au milieu du plus affreux carnage, le sang-froid et l’attitude qu’on admire en eux, lorsqu’ils défilent en parade au palais des Tuileries; enfin, leur héroïque résistance a contenu la gauche de l’ennemi et a préparé la victoire.

Au centre, le combat se continue avec un acharnement sans exemple et paraît se ranimer à tout instant avec une nouvelle ardeur.

La division Gardanne et deux bataillons de la 72e se réunissent aux divisions Boudet et Watrin.

Les deux armées se rapprochent encore, se serrent et s’attaquent à la baïonnette.

La cavalerie autrichienne se précipite dans les rangs de l’infanterie française qui se mesure corps à corps et la force à reprendre sa ligne. Mélas tente un dernier effort; il porte en avant un corps d’élite de 5,000 grenadiers hongrois sur lequel il fondait tout son espoir et qui devînt la. cause première de sa défaite.

La 9e légère, contre laquelle ce corps se trouve particulièrement dirigé, marche à sa rencontre au pas de charge.

Tant d’intrépidité en impose à l’ennemi, qui s’arrête et balance. . . . . La victoire ne pouvait rester plus longtemps indécise, et le général Kellermann la fixe par une charge aussi audacieuse que faite à propos.

A la tête du 8e de dragons et des 2e et 20e de cavalerie, il s’avance au grand trot en face de cette colonne; puis il se déploie habilement par sa droite, met sa troupe au galop, dépasse rapidement l’ennemi et le charge impétueusement de revers, pendant que la 9e légère l’attaque de front. Vainement il veut fuir; le désordre dans lequel il se trouve ne lui en laisse ni le temps ni les moyens; la frayeur s’en empare, et le seul parti qui lui reste est de mettre bas les armes.

Le premier coup était porté!

Un si brillant succès devient pour l’armée le signal d’une charge impossible à décrire.

L’ennemi est ébranlé de toute part; il veut disputer encore un terrain qui lui avait comité tant de sacrifices ; mais l’impétuosité française ne laisse point à sa tactique méthodique le temps de se rallier; la déroute gagne simultanément toutes ses colonnes; il est attaqué sur tous les points, chassé du village de Marengo, poursuivi sans relâche, battu et culbuté partout et obligé de repasser en désordre la Bormida, abandonnant une partie de son artillerie et laissant le champ de bataille couvert de morts et de blessés. Ce fut une charge dernière, exécutée par Kellermann à la tète d’un parti de 200 hommes réunis à la cavalerie de la garde consulaire qui mit fin au combat, et la nuit ne permit pas de harceler plus longtemps l’ennemi.

Les divisions Gardanne et Chambarlhac reprirent position sur le champ de bataille, en face de la tête du pont d’Alexandrie, à peu près sur le terrain qu’elles avaient occupé le matin.

Mort du lieutenant général Desaix. – Cependant, ce triomphe éclatant devenait, pour l’armée, une source de regrets éternels, puisqu’il fut acheté au prix du sang du général Desaix.

Le champ de l’honneur est devenu le tombeau de celui dont la vie tout entière fut consacrée à l’honneur.

Il a péri au sein de la victoire, frappé d’une balle à la poitrine, au moment où il conduisait la division Boudet à la reprise du village de Marengo.

Ses campagnes sur le Rhin et en Égypte rendent son éloge superflu; mais sa mort enlève un appui à la République, un père aux soldats et un modèle aux vertus sociales.

L’ennemi a perdu, dans cette journée, environ: 12,000 hommes, dont 6,000 prisonniers; 4,000 blessés et 2,000 tués; 8 drapeaux, 20 bouches à feu et des munitions de guerre considérables. Il a eu 400 officiers de tous grades et 8 généraux hors de combat des généraux Haddick et Bellegarde sont du nombre de ceux-ci) ; le général Zach, chef de l’état-major général, a été fait prisonnier.

L’armée française a souffert aussi très sensiblement; mais une bataille décisive qui a duré treize heures, pendant lesquelles il a fallu lutter sans cesse contre un ennemi bien supérieur et lui arracher la victoire, devait coûter de grands sacrifices. Elle a perdu environ 6,000 hommes, dont plus des trois quarts blessés ou prisonniers.

Honneur à la mémoire des braves qui ont péri dans les champs de Marengo! Honneur aux soldats qui ont fixé la victoire et aux chefs qui les conduisaient! La reconnaissance nationale écrira les noms de tous sur la colonne élevée à la victoire.

Le général en chef Berthier a ordonné tous les mouvements avec la précision qui caractérise le guerrier consommé, et a soutenu, à Marengo, la célébrité qu’il a si justement acquise en Italie et en Égypte sous les ordres de Bonaparte. Il a été atteint d’une balle au bras. Deux de ses aides de camp, Dutaillis et La Borde ont eu leurs chevaux tués.

Le général Dupont, chef de l’état-major général, s’est, pour ainsi dire, multiplie ; aussi profond militaire qu’administrateur habile, il unit à la théorie de la guerre l’art si difficile des dispositions et sait les exécuter avec autant de précision que d’intrépidité.

L’armée de réserve, organisée, dirigée et conduite tant de fois par lui à la victoire durant sa glorieuse campagne, n’oubliera jamais qu’elle lui doit une partie des succès qu’elle a obtenus à Marengo. Le citoyen Decouchy, son premier aide de camp, n’a pas cessé de combattre à ses côtés.

Les lieutenants généraux Victor, Murat et Lannes ont acquis de nouveaux droits à l’admiration générale des armées françaises.

Les généraux de division n’ont pas cessé de combattre à la tête de leurs colonnes. Leur exemple a été suivi par tous les autres généraux.

Le général Boudet a été atteint d’une balle qui s’est amortie sur l’argent qu’il portait dans sa poche.

Le même hasard est arrivé au général Guénand.

Les généraux de brigade Mainoni, Malher, Champeaux et Rivaud ont été blessés.

Le général Champeaux est mort de la suite de ses blessures.

La conduite héroique du général Kellermann se trouve consignée dans les détails de cette célèbre journée.

L’adjudant général Berthier, le chef de brigade Bessières, commandant la garde à cheval des Consuls, le chef de brigade du 8e de dragons et les citoyens Colbert, Beaumont et Didier ont mérité les suffrages du lieutenant général Murat.

L’adjudant général Léopold Stabenrath a chargé la cavalerie ennemie avec les grenadiers de la garde des Consuls.

L’adjudant général Pamphile Lacroix mérite une mention particulière par le zèle dont il a fait preuve et par les talents militaires qui le distinguent.

Les adjudants généraux Nogues, Isard, Delage, Pannetier, Girard et Dalton ont fixé, par leur bravoure, l’attention de toute l’armée. Le second a été blessé.

L’adjudant général Dampierre a été fait prisonnier au moment de la retraite, après s’être défendu opiniâtrement, avec 200 hommes, contre un corps entier de cavalerie autrichienne; il avait perdu la moitié de son monde.

Tous les officiers d’état-major se sont disputé l’honneur des dangers et ont singulièrement contribué à rallier les troupes et à les ramener au combat.

Les lauriers que Lucien Watrin avait cueillis à Montebello, le 20, ont été changés en cyprès, le 25, à Marengo. Ce jeune guerrier a été emporté d’un coup de canon au moment ne la retraite en chargeant à la tête de la 22e de bataille. Sa mort est une perte sensible pour la patrie qui avait lieu d’attendre beaucoup de ses talents et de sa valeur.

Le citoyen Soules, commandant des grenadiers de la garde consulaire, s’est couvert de gloire et s’est montré digne chef de cette troupe intrépide.

Le citoyen Rigaud, chef de brigade du 10e de hussards et commandant du quartier général, a eu deux chevaux tués.

Tous les corps, en général, ont honoré le nom français, et chacun d’eux en particulier s’est distingué par quelque action d’éclat. Un même sentiment les enflammait tous: la victoire! ou la mort!

Les chefs ont montré un dévouement et une intrépidité au-dessus de tout éloge, ainsi que les officiers de tous les grades.

Les rapports des généraux désignent plus particulièrement:

Les citoyens:

Legendre Chefs de brigade.

Valhubert, blessé

Maçon, de la 6e légère

Ferey de la 24e légère

Bisson, de la 43e de ligne

Lepreux, de la 96e de ligne

Le chef du 1er de dragons

Le chef de la 28e de ligne

Gérard, du 2e de cavalerie Chefs d’escadron

et de bataillon.

Fertel, –

Dauturre, –

Taupin, –

Blou, du 2e de chasseurs Capitaines.

Tétard, du 20e de cavalerie

Montfleury, du 2e de cavalerie

Girardot, –

Terre, –

Lamberty, –

Frely, –

Bigarne, du 1er de dragons

 Gavory, du 2e de cavalerie Lieutenants.

Vergé, –

Poitel, –

Picquet, –

Courtois, –

Moraux, –

Fraunoux, –

Decoux, – Sous-lieutenants.

Petitot, –

Renaud, du 11e de cavalerie

Jalland, adjudant au 2e de cavalerie.

Velaine, maréchal des logis au 2e de cavalerie.

Le citoyen Alix, chef d’escadron au 2e de cavalerie, a enlevé un drapeau.

Le citoyen Jolle, capitaine au 1er bataillon de la 59e, a eu le même honneur.

Les citoyens Leboeuf, cavalier au 2e, et Georges Amptil, conscrit à la 30e, en ont aussi enlevé chacun un.

Le citoyen Leriche, cavalier au 2e, a fait prisonnier le général Zach, chef de l’état-major de l’armée autrichienne.

Sur tous les points, l’artillerie des Consuls et celle des divisions se sont illustrées par leur activité et leur valeur.

Un boulet coupe une jambe au citoyen Conrad, lieutenant d’artillerie à cheval. Il tombe, et l’on s’empresse autour de lui pour le porter à l’ambulance; mais il s’était soulevé et observait froidement le tir de sa batterie.

 » Laissez-moi, dit-il, et allez ordonner aux canonniers de tirer plus bas  » . . . Généreux dévouement! Oubli sublime de soi-même, au-dessus de tout éloge et de toute récompense!

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Publié dans : Desaix. Bataille de Marengo. les bulletins et rapports. | le 30 novembre, 2007 |Commentaires fermés

Bataille de Marengo, rapport du Général Boudet

Le 25 (prairial an VIII, c’est à dire le 14 Juin 1800), à 2 heures du matin, le lieutenant général Desaix me fit parvenir l’ordre de faire une forte reconnaissance d’infanterie et de l’appuyer même d’une brigade jusqu’à Serra valle, si je croyais que cette force fût nécessaire. J’avais envoyé, dès le soir, un détachement de 30 cavaliers du 3e régiment, conduit par le capitaine adjoint à l’état-major de la division (L’Hérilier), et j’observai au lieutenant général Desaix que je croyais nécessaire d’attendre préalablement le rapport de ce détachement. Il m’approuva et changea l’ordre qu’il m’avait donné.

Au point du jour, l’eau ne permettait pas encore de passer à gué, mais une barque avait été établie avec le secours des bateliers qu’un détachement avait enlevés à Tortone pendant la nuit. La troupe passa promptement et vint prendre position à Rivalta. Vers les 10 heures du matin, l’eau était baissée, et l’artillerie put passer la rivière au gué.

Dans cet intervalle, le général Desaix avait envoyé au quartier général pour savoir quelles dispositions devaient suivre l’action de la veille. Il reçut l’ordre (heureusement très tard) de se porter à Pozzolo-Formigaro, position intermédiaire, d’où nous pouvions nous porter, il est vrai, mais avec trop de temps, sur Alexandrie ou sur les débouchés de Gênes, en cas que l’ennemi eût tenté sa retraite de ce côté.

Ma division n’était qu’à l mille de Rivalta, quand un aide de camp du général en chef, expédié par le Premier Consul, vint à la hâte me porter l’ordre de marcher sur San-Giuliano, et, de là, sur Marengo, où les deux armées ennemies étaient à se battre depuis le point du jour.

Ma division, précipitant sa marche, fut bientôt rendue à San-Giuliano. Elle y fut témoin du désordre qui commençait à régner dans l’armée, le désordre qu’occasionnaient, d’une part, la marche d’un grand nombre de blessés et de camarades qui les conduisaient en obstruant tout le passage et, de l’autre, l’encombrement des charrettes et la foule des domestiques, des vivandiers et des mauvais soldats qui se joignent communément à ceux-ci.

Je plaçai sur la gauche de la grande route ma première brigade, dont une partie déployée et l’autre en colonne serrée.

J’ordonnai aussi à ma deuxième brigade la même disposition sur la droite du chemin.

Le lieutenant général Desaix et moi, considérant la position de l’armée, nous décidâmes à faire porter en avant ma première brigade, composée de la 9e légère. L’ordre fut donc donné pour çe mouvement, dont l’exécution devait au moins rappeler le courage des troupes qui se retiraient, et par suite, les faire retourner. Je me portai donc en avant et jusque sous le front de l’ennemi, à portée de sa mousqueterie, laquelle se rapprochant sensiblement, m’obligea défaire jeter des tirailleurs en avant, afin de retarder sa marche. Cette brigade, commandée par le général Musnier, exécuta plusieurs mouvements à la vue de l’ennemi, et ses manœuvres se firent avec une fermeté et une sécurité assez grandes pour qu’il soit permis de leur attribuer cette confiance qui parut renaître parmi les troupes éparses qui fuyaient. La contenance vigoureuse que tint la brigade sous le feu de l’artillerie et de la mousqueterie de l’ennemi donna le temps à ma deuxième brigade, composée de la 30e et de la 59e demi-brigade, commandée par le général de brigade Guénand, de s’établir sur la droite, et aux autres corps de l’armée qui avaient combattu le matin et opéraient leur retraite, de venir prendre position derrière elle.

Pendant que je contenais, avec la 9e légère, l’ennemi sur son front, et que je protégeais le ralliement de l’armée, le Premier Consul tenait son conseil, où se trouvait le général en chef, le lieutenant général Desaix et autres généraux rassemblés sous le feu le plus fort de l’artillerie ennemie. Ils s’occupaient à préparer un grand mouvement, capable d’assurer la victoire.

Bonaparte harangua les troupes, et, dans cet intervalle, le général Desaix fit réunir toute l’artillerie de sa division en avant du front de ma deuxième brigade. Il s’engagea alors une canonnade dans laquelle l’ennemi avait une trop forte supériorité par le nombre de ses pièces pour que la partie pût être égale. Chaque instant voyait enlever des files de nos troupes, dont l’impatience augmentait pour en venir aux mains.

J’étais beaucoup plus avancé que le reste de ma ligne avec ma première brigade, et je n’aurais pas tardé à avoir un engagement sur tout le front de la 9e légère, lorsque le général Desaix m’envoya l’ordre de faire retirer mes troupes par échelons. Cette manœuvre devenait, à la vérité, indispensable, si l’attaque générale était retardée ; mais elle compromettait aussi les tirailleurs que j’avais en avant; j’ordonnai cependant le mouvement, en ne le faisant exécuter qu’à pas très lents, et je me rendis très promptement auprès du lieutenant général Desaix pour lui présenter mes observations. L’attaque allait commencer, et le général Desaix, connaissant les dispositions que j’avais faites sur le front de l’ennemi, me chargea alors d’arrêter la marche rétrograde, ce que je fis en me reportant sur le front de ma première brigade, qui s’était retirée de 200 pas au plus.

Je pourrais observer ici que ce mouvement rétrograde nous devint favorable, car l’ennemi, qui s’en aperçut, redoublant d’espoir, se porta en avant avec plus d’audace, et la surprise qu’il y éprouva en se voyant ensuite chargé, nous fut avantageuse.

Le lieutenant général Desaix se rendit à ma première brigade, formant la gauche de l’armée, et me dit de me porter à ma deuxième, qui occupait le centre, en me chargeant de percer celui de l’ennemi et de l’enfoncer avec assez de rapidité pour le séparer entièrement et déranger par là son plan d’opérations.

Toute la ligne se mit en mouvement au pas de charge, et ma division formait le premier front. Ma brigade de gauche, composée de la 9e légère, eut à combattre devant elle les grenadiers hongrois qui venaient d’être réunis par le général Mêlas, afin que ce corps d’élite pût poursuivre avec avantage la victoire qu’il regardait déjà comme assurée pour lui. Ce corps de grenadiers était soutenu d’une très forte cavalerie qui débordait les ailes de ma première brigade ; leur résistance fut très opiniâtre ; mais la valeur de la 9e légère la rendit nulle, et une heureuse charge de notre cavalerie couronna cette attaque.

L’habile et valeureux Desaix l’avait dirigée, et il n’eut pas le bonheur de jouir de nos succès. La mort venait d’enlever ce grand capitaine à ses frères d’armes. Il recommanda, par ses dernières paroles, de cacher son sort, dans la crainte que cette nouvelle produisît quelque alarme et ne nuisît à la victoire.

A différentes reprises, la cavalerie ennemie tenta de tourner et d’entourer la 9e légère; mais elle fut reçue de manière à être découragée.

C’est absolument à la contenance et aux actes de valeur de ce corps qu’on doit les avantages marquants qui ont été remportés sur la gauche et surtout la prise de l’artillerie et des prisonniers. La cavalerie y a également contribué avec beaucoup d’à-propos et de courage.

Ma deuxième brigade, composée de la 30e et de la 59e demi-brigade et dirigée par moi, enfonça avec une audace, une force et une rapidité étonnantes le centre de l’armée ennemie et la coupa en deux. Cette brigade eut continuellement à défendre à la fois son front et ses flancs et ses derrières contre l’artillerie et la mousqueterie et contre différents corps de cavalerie. Ces derniers particulièrement vinrent à la charge plusieurs fois pour attaquer nos derrières ; mais l’ordre parfait de colonnes serrées dans lequel s’étaient maintenus nos bataillons, quoique traversant des vignes et autres obstacles, non seulement rendit la tentative de la cavalerie inutile, mais encore lui occasionna une perte considérable.

La résistance de l’ennemi, dans certaines positions, fut terrible. On se fût amusé inutilement à vouloir le chasser par la mousqueterie. Les charges à la baïonnette purent seules le débusquer, et elles furent exécutées avec une prestesse et une intrépidité sans exemple. Assurément, on ne peut donner assez d’éloges à cette brigade, en partie composée de conscrits qui ont rivalisé de courage et de fermeté avec les plus anciens militaires.

Dans la charge à la baïonnette, deux drapeaux ont été pris, l’un par le citoyen Coqueret, capitaine de grenadiers de la 59e, et l’autre par le citoyen Georges Amptil, fusilier et conscrit de la 30e demi-brigade, lequel poursuivit et tua celui qui le portait et l’enleva à la vue d’un peloton qui cherchait à le ravoir.

Ainsi, je puis et je dois dire à la gloire de ma division que, par son extrême courage, elle a eu le bonheur de contrebalancer les avantages obtenus par nos ennemis jusqu’à son arrivée et de concourir de la manière la plus efficace à fixer de notre côté l’illustre victoire de Marengo, victoire qui doit tenir une première place dans nos annales, tant par la valeur plus qu’héroïque qui l’a arrachée que par les grands intérêts qui y étaient attachés.

Rapport du maréchal Mélas, à l’archiduc Charles.

.

Plaisance, le 19 juin 1800.

A Son Altesse Royale Monseigneur l’Archiduc Charles d’Autriche.

Lorsque j’eus la faveur de représenter à Votre Altesse Royale, dans mon humble rapport, du 5, combien il serait désirable, étant donnée la situation critique de l’armée stationnée ici, de pouvoir compter sur la chute de la place de Gênes, j’avais la conviction certaine que le rappel du corps qui assiégeait cette ville, ainsi que l’arrivée du corps commandé par le maréchal lieutenant Elsnitz, resté à Nice, sur le Var, m’auraient procuré des forces suffisantes pour m’opposer à la marche rapide de l’ennemi, et pour le repousser, s’il était possible, hors de la Lombardie.

Mais, depuis mon départ de Nice, les incidents survenus au corps du maréchal lieutenant Elsnitz ont été si nombreux et si divers, que les 19,000 hommes tirés du noyau de l’armée pour le composer ont été réduits à 6,000.

En outre, la garnison de Gênes enleva environ 10,000 hommes au corps de siège, et ainsi s’évanouit l’espoir de pouvoir réunir un corps de troupes considérable pour tenir tête à l’ennemi.

Ce dernier avait, sur ces entrefaites, déployé tous ses efforts pour réunir aux six divisions de l’armée dite  » de réserve  » qui se trouvaient déjà dans la plaine lombarde, les divisions qui, après les malheurs éprouvés par les troupes d’Allemagne, avaient été envoyées par le col du Splugen pour renforcer l’armée d’Italie.

L’ennemi, avec ces forces vraiment considérables, envahit la Lombardie jusqu’à l’Oglio si impétueusement et si rapidement que la division du maréchal lieutenant Vukassevich qui, depuis l’occupation de Milan et de Pizzighettone, ne comptait plus que 4,000 hommes, se trouva dans l’impossibilité d’opposer une résistance efficace en un point quelconque.

Une partie de l’armée ennemie se dirigea vers le Pô, et, comme le point important de Plaisance n’avait pas été pourvu de troupes dans la mesure où celà eût été nécessaire, l’ennemi s’empara, dès le 5, de la tête de pont, et, le 6, il poussa un nombre assez considérable de troupes sur la rive du Pô, près de Broni. Le 7, il attaqua Plaisance sur la même rive, et obligea le maréchal lieutenant O’Reilly à se retirer, avec ses faibles troupes, jusqu’à Voghera.

En raison de ce changement de situation, je décidai de rassembler sur la rive droite du Pô, près d’Alexandrie, toutes les troupes disponibles et d’attaquer avec elles les forces de l’ennemi, pendant qu’elles étaient encore séparées par le Pô.

Les divisions Kaim et Haddick, restées dans le Piémont, quittèrent, le 6, Turin, après que j’eus décidé qu’elles se joindraient au restant du corps d’Elsnitz, près d’Alexandrie.

Le maréchal lieutenant Ott s’était déjà mis en marche, le 5, avec le corps de siège, par Novi et Tortone, sur la route de Voghera; le 7, ce corps se heurtait à l’ennemi, pendant qu’il se disposait à occuper la bonne position de Casteggio, et, après un combat défavorable et acharné, il fut obligé de battre en retraite. Le maréchal lieutenant Ott se dirigea alors sur la Scrivia; mais, le 9, il dut aussi se retirer au delà de ce cours d’eau.

Enfin, le 11, toutes les divisions étaient arrivées de Turin et avaient campé sur la rive gauche de la Bormida, près d’Alexandrie. Le 12, l’ennemi passait la Scrivia et forçait le corps du maréchal lieutenant Ott à se porter, lui aussi, sur la rive gauche de la Bormida. Pendant que cette marche en avant de l’ennemi vers Alexandrie devenait de plus en plus menaçante, il se produisit un événement très grave et fort critique: le général Suchet (qui, après le départ de nos troupes de la Rivière, s’était porté, avec environ 12,000 hommes, vers Savone et Voltri et bloquait déjà Savone) avait expédié quelques détachements vers Acqui, dans la vallée de la Bormida, et le général Masséna lui-même s’était également rendu de ce côté, le 13, avec la majeure partie de son corps, composé de 10,000 hommes.

Les forces ennemies s’élevaient à 60,000 hommes, tandis que les troupes péniblement réunies par nous près d’Alexandrie pouvaient être estimées à 27,000 fantassins et 8,000 cavaliers.

Dans un pareil état de choses, pour décider de notre sort en Italie, il ne restait plus d’autre moyen que d’attaquer l’ennemi, dans le but de se frayer un passage vers les pays héréditaires, sur la rive droite du Pô, en portant en même temps secours aux forteresses menacées de Mantoue, Legnano et Vérone, et en couvrant le Tyrol occidental aussi en danger.

La valeur éprouvée de l’armée tant de fois victorieuse, la confiance dans la prépondérance et la supériorité de notre cavalerie et de notre artillerie, comparées à celles de l’ennemi, et le courage dont était animée toute l’armée, me parurent assurer une victoire certaine.

L’attaque avait donc été fixée au 14, dès le point du jour; mais elle dut être retardée de plusieurs heures, parce que l’ennemi, vers la fin de l’après-midi du 13, refoula nos avant-poste s jusqu’à la tète de pont sur la Bormida.

Le 14, toute l’armée passa par les d’eux ponts sur la rive droite de cette rivière.

L’attaque eut lieu en deux colonnes principales, dont l’une devait se diriger sur Marengo, en suivant la route de Tortone, tandis que l’autre devait couvrir le flanc gauche de la colonne marchant sur le centre et tenir en échec la colonne principale ennemie venant de Salé.

A peine la colonne de droite eût-elle dépassé la tête de pont, qu’elle se forma aussitôt sur trois lignes d’infanterie, sous la protection de la cavalerie, placée sur les ailes; les bataillons restants suivaient, en une seule colonne, comme réserve.

Le maréchal lieutenant Haddick commandait la première ligne; il avait derrière lui le corps du maréchal lieutenant  Kaim, ensuite les divisions de grenadiers de Morzin et enfin la division de cavalerie d’Elsnitz.

L’attaque fut menée avec tant d’impétuosité et de résolution que l’ennemi fut obligé de reculer partout de telle sorte que les trois lignes gagnèrent immédiatement du terrain. Toutefois, la première de ces lignes, en s’approchant du village de Marengo, fut contrainte de s’arrêter, à cause d’un fossé considérable, flanqué d’épais buissons, qui se trouvait devant cette localité, et elle fut accueillie, à cet endroit, par une fusillade meurtrière. Malgré cela, nos troupes ne se laissèrent pas ébranler; elles ouvrirent à leur tour un feu vif contre l’ennemi, et elles auraient certainement franchi rapidement l’obstacle difficile, si la cavalerie, pendant qu’elle s’efforçait de passer le fossé, n’avait été repoussée par la fusillade ennemie. Dans l’intervalle, arrivèrent les sapeurs, qui réussirent à jeter les ponts nécessaires pour permettre aux troupes de franchir le ruisseau. Cela détermina l’ennemi à abandonner sa position et à se retirer sur Marengo.

Tandis que la première colonne obtenait ce résultat, la seconde et la troisième passaient la tête de pont. La troisième, conduite par le maréchal lieutenant O’Reilly, dans la direction de Frugarolo, chassa l’ennemi de partout et arriva bientôt à la hauteur de la colonne principale, où elle se maintint toujours.

A une heure de distance de Frugarolo s’était déployé un bataillon ennemi qui, enveloppé par la cavalerie et attaqué de front par le bataillon d’Ogulin, fut obligé de se rendre.

La seconde colonne, sous les ordres du maréchal lieutenant Ott, qui s’était avancée à gauche de la colonne principale, vers Salé, ne rencontra, jusqu’à Castel-Nuovo-Scrivia, aucun détachement ennemi, et, comme le maréchal lieutenant ne réussit pas à découvrir la colonne ennemie qui était présumée venir de Salé, il résolut de faciliter à la colonne principale son attaque de front, en faisant une conversion à droite, de façon à mieux se relier avec le centre et à menacer en même temps les derrières de l’ennemi.

Ce mouvement habile et opportun amena les Français à abandonner Marengo.

La colonne principale exécuta son attaque, chassant l’ennemi de Spinetta jusqu’au delà de Cassina-Grossa.

La colonne du maréchal Ott continua à marcher vers le sud avec un succès toujours croissant contre le flanc droit de l’ennemi.

Ce dernier était très préoccupé de cette attaque de flanc, et, pour esquiver tout danger, il se jeta sur le flanc gauche de la colonne d’attaque, débanda les premières troupes et s’empara de nouveau du village de Castel-Ceriolo.

Un nouvel et décisif assaut du maréchal lieutenant Ott fut suffisant pour reprendre à l’ennemi la localité perdue. L’ennemi n’opposa dès lors que peu de résistance et se retira, sur toute la ligne, en hâte et en désordre.

Vers les 6 heures du soir, nous étions non seulement maîtres du terrain, mais encore les Français étaient obligés de laisser entre nos mains victorieuses dix canons et deux obusiers.

Mais le général en chef Bonaparte avait déjà, dès le début du combat, en prévision d’un échec, fait avancer ses divisions de réserve campées près de Ponte-Curone et, sous la protection d’une batterie de douze canons, les avait conduites sur la route de San-Giuliano, devant le village.

Après un feu violent et accéléré, qui eut pour effet de démonter notre artillerie, les troupes, demeurées victorieuses jusqu’à ce moment, commencèrent à hésiter.

Le général Zach fit avancer les trois bataillons du régiment Wallis, avec l’espérance de pouvoir, par ce moyen, rétablir l’ordre; mais ce régiment lui-même céda. Il restait encore un dernier espoir dans les deux bataillons de grenadiers demeurés en arrière, en soutien.

Ils s’avancèrent avec le plus grand élan et le plus grand courage à travers les files rompues du régiment de Wallis et renouvelèrent l’attaque. Mais, au moment où le feu des grenadiers était le plus intense, la cavalerie ennemie apparut, les contourna, et mit en désordre complet notre cavalerie, qui combattit comme d’habitude, avec une valeur admirable.

Ce brusque et terrible changement de fortune finit par briser complètement le courage des troupes; le désordre de la cavalerie, qui avait désorganisé les groupes, précipita la retraite de notre infanterie, qui, spécialement en cette journée, avait si vaillamment combattu. Et, avec la plus vive douleur, vers les 7 heures du soir, nous nous voyions ravir une victoire que jamais nous n’avions mieux ni plus chèrement gagnée.

Les pertes furent extrêmement graves, spécialement en officiers supérieurs et subalternes, et aussi en soldats, qui s’étaient précédemment distingués dans tant de campagnes et qui étaient doués des plus rares qualités. Le fait que les maréchaux lieutenants Haddick et Vogelsang et les généraux majors Belle-garde, Lattermann, Gottesheim et La Marseille sont parmi les blessés, et spécialement les pertes éprouvées par notre brave artillerie, sont la preuve trop claire que l’armée tout entière, ainsi que ses chefs, ont déployé la plus grande valeur et la plus inébranlable fermeté en affrontant l’ennemi, comme, d’ailleurs, c’était une stricte obligation dans une journée aussi mémorable.

J’ai eu moi-même deux chevaux blessés, et bien peu de gens de ma suite sont restés sains et saufs. Le quartier-maître général Zach est resté prisonnier entre les mains de l’ennemi avec l’infanterie qu’il conduisait. Et ainsi, l’armée, qui avait si longtemps combattu victorieusement, dut se retirer sur la tête de pont.

Les pertes de l’ennemi furent assez considérables; on lui fit 2,600 prisonniers; le général de division Desaix tomba mort sur le champ de bataille et de nombreux généraux furent blessés.

L’ennemi, profitant du changement de fortune de cette journée, faisait avancer encore dans la nuit, sur la rive droite de la Bormida, les troupes arrivées plus tard, et paraissait vouloir tirer parti immédiatement de sa victoire.

Au point du jour, son avant-garde se mit en marche et nos avant-postes commencèrent à se retirer.

Le maréchal MÉLAS.

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Publié dans : Desaix. Bataille de Marengo. les bulletins et rapports. | le 30 novembre, 2007 |Commentaires fermés

Rapport du 24 au 25. Le Général de brigade,CHAMPEAUX.

Bivouac près Tortone, le 25 prairial an 8 (14 juin 1800).

Les reconnaissances de la nuit n’ont rien produit de nouveau; celles du côté de Castel-Nuovo-di-Scrivia ont été sans rencontrer l’ennemi et celles du côté de la montagne sur notre gauche n’ont pu être poussées aussi loin qu’on le désirait, les chemins en rapprochant de la montagne étant tous coupés de fossés.

Un déserteur a été trouvé de ce côté sans pouvoir nous donner de renseignements.

Un dragon du 9e régiment a eu le bras cassé en allant à Tortone pour les distributions qui n’ont pu avoir lieu.

Le Général de brigade,

CHAMPEAUX.

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Publié dans : Desaix. Bataille de Marengo. les bulletins et rapports. | le 30 novembre, 2007 |Commentaires fermés
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