Egypte, les Soldats Dromadaires.

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 La campagne d’Egypte, fut l’occasion d’employer pour la première fois des dromadaires, destinés aux combats dans un corps spécifique.

 

Pourquoi employer des dromadaires de combats?

Pourquoi et comment en est-on arrivé là? 

Fin décembre 1798, Bonaparte se trouvant à Suez, remarqua l’emploi que les arabes font des dromadaires dans cette région desertique.

L’officier Devernois nous relate:  » Il (Bonaparte) rencontre une caravanne escortée par des autochtones montés sur ces animaux et s’étonne de l’adresse de leurs conducteurs autant que de l’agilité des bêtes. »

A cette vision Bonaparte conçoit de suite l’idée de les utiliser, en effet le 6 janvier 1799, Bonaparte rentré au Caire publie trois jours plus tard, un arrêté stipulant la création du Régiment de Dromadaires.

Il est évident que le dromadaire constitue une réplique au manque de bêtes de charge, de trait et de monte auquel se trouve confrontée l’Armée depuis son occupation de l’Egypte. Cela est dû à l’insuffisance des moyens de transport maritime de cette armée de 30 000 soldats en direction de l’Egypte. Le grand commandement militaire a renoncé à prendre en France les chevaux nécessaires à cette armée d’Orient.

La cavalerie, 3000 hommes environ, sont embarqués sans leurs montures,

 Ils emportent avec eux que leur sellerie. Les attelages d’artillerie eux sont réduits au minimun même pas suffisant pour assurer le débarquement des pièces et des caissons.

Le faît de ne pas embarquer de chevaux, peut sembler une erreur de logistique, mais ceci est excusé parce que l’on prétend que là bas Mamelouks et Arabes montent de très belles et nombreuses montures:  » dans le pays où nous allons, écrit Bonaparte au Directoire, on peut compter facilement sur la réquisition de 10 000 à 12 000 très bons chevaux ».

 Hélas cette belle perspective va se montrer comme une des nombreuses illusions dont se sont bercés les organisateurs de cette expédition. La réalité est bien différente, car les chevaux sont en Egypte en nombre relativement restreint, car les Mamelouks les ont entraînés avec eux dans leur exode vers la Syrie. Quant à certaines bêtes que les français récupèrent après les combats, ce ne sont que des chevaux fourbues, fatigués ou blessés.

L’ approvisionnement devient difficile devant l’hostilité des Arabes qui cachent leurs chevaux, ceux-ci étant un bien des plus précieux, dans certainent occasions, s’ils acceptent de vendre, mais c’est à un prix très fort et avec paiement immédiat.

La remonte de la cavalerie devient quasiment impossible, c’est donc à pieds que chasseurs, dragons et hussards se dirigent vers le Caire depuis leur débarquement, en transportant sur leur dos leur équipement équestre, hormis les officiers ou assimilés et membres de l’état major, qui contrairement aux ordres, ont pu introduirent dans les transports leurs montures. Ces bêtes seront réquisitionnées et distribuées à la troupe et ainsi deux mois après le débarquement, huit cent cinquante cavaliers trouvent enfin une remonte, mais toute-fois, plus de deux mille cavaliers restent encore à pieds.

Les chevaux meurent de fatigue; très vite ces chevaux s’acclimatent très mal au climat du Moyen-Orient et à la nourriture locale. Presque tous les chevaux qui tirent les pièces d’artillerie et une grande partie des montures cédées par le corps des officiers à la troupe meurent de privation et de fatigue. Après de radicales réquisitons, Bonaparte se procure enfin de bons chevaux locaux enlevés aux indigènes et aux  tribus arabes. Malheureusement un autre problème se pause, les selles sont difficilement utilisables sur des chevaux minces et fragiles et qui s’en trouvent donc  bléssés. Tous les harnachements doivent être refaits, en plus ces montures sont incapables de porter de lourdes charges, alors les lourdes pièces seront transportées par mulets ou par voie d’eau lorsque possible.

A chaque rencontre l’ennemi et repoussé avec des pertes sévères,

La victoire qui semble acquise s’avère en faite partielle par manque de cavalerie et  l’écrasement total s’avérant ainsi impossible.

Au ledemain des combats de Sediman, Desaix, dispose que d’un effectif de seulement vingt-deux chevaux, aussi écrit-il à Bonaparte; «  Je dois me débarrasser des Mamelouks, mais mon Général, vous savez que les succès sont sans fruit sans cavalerie » . En effet, le commandement n’a pas manqué de constater qu’à chaque bataille où infanterie et artillerie se trouve confrontées aux Mamelouks, le succès est décisif, au contraire, lorsque l’affrontement oppose les cavaleries française et adverse, l’issue de l’engagement est longtemps restée indécise.

Au sujet de la bataille de Chobrakil, le colonel Vigo Roussillon écrit dans ses mémoires; « Cette première bataille nous fit connaître que nous aurions à faire en Egypte à la meilleure cavalerie du monde, que les Mamelouks étaient parfaitement montés et consommés dans l’art de conduire leurs excellents chevaux et de manier les armes ».

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 Constatation: La cavalerie française ne peut l’emporter qu’à effectif égal ou supérieur, une conduite s’impose: éviter le combat de cavalerie. L’infanterie seule a le devoir de faire basculer le sort des batailles, comme l’écrit le capitaine de la Greverie; « Quand l’ennemi est agresseur, comme à Chabrakit, aux Pyramides, à Sediman, pour ne parler que de la première phrase belliqueuse de la conquête, rien n’est plus aisé que de lui imposer les invulnérables carrés d’infanterie. Mais est-il en retraite ou en fuite? se dérobe-t-il? comment le joindre avec des colonies de piétons? ». Bonaparte va répondre à cette question en inaugurant une nouvelle tactique, le recours à l’infanterie montée. C’est à cette période ou les chevaux se font cruellement sentir que date la création du Régiment des Dromadaires, ainsi l’armée se trouve renforcée d’un excellent moyen d’intervention militaire et pouvoir remédier à la difficulté de remonte de la cavalerie.

Le dromadaire est-il apte à suppléer totalement au cheval?

A cette question, les généraux répondent négativement, les cavaliers, très affaiblis par la faiblesse de la remonte hippique, doivent garder le plus possible leurs montures habituelles et concerver les tactiques de combats qui leur sont propres, tandis que les corps équipés de dromadaires doivent répondrent aux necessités nouvelles et particuliaires à cette campagne.

Comme une troupe de fantassins ayant la faculté de se transporter très vite à destination.

Un dragon Dubois écrit;  » Bonaparte, vient de décider l’organisation d’un corps qui tiendra à la fois de l’infanterie et de la cavalerie, et que la rapidité de sa marche appelle à rendre de grands services »

Ce corps n’est pas fait pour charger l’ennemi, sa tactique est toute autre, le capitaine la Greverie nous dit; « Les effectifs du Régiment de Dromadaires s’approchent t-ils de l’ennemi qu’au lieu de l’attaquer du haut de leur montures ils s’empressent de mettre pied à terre, se forment en carré, tantôt plaçant au centre leur montures, tantôt les faisant coucher en cercle devant eux pour s’abriter des tirs adverses ».

Un autre Jomard précise; » Les soldats descendent des chameaux, se formrnt en carré, repoussent l’ennemi puis remontent sur leur dromadaires, les poursuivent à outrance. » 

Ils excellaient dans leur tactique,

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Capitaine de la Greverie; « car ces soldats-dromadaires pouvaient joindre la mobilité de la cavalerie à la solidité de l’infanterie. Désormais , nul besoin de craindre pour une troupe l’assaut brutal et l’attaque percutante des cavaliers orientaux. Non seulement les soldats-dromadaires sont en situation d’assurer leur propre défense, mais ils se trouvent encore capables de prêter leur appui à des forces plus vulnérables. En leur compagnie, des escadrons, des détachements, peuvent s’aventurer loin du gros des armées sans pour cela encourir des risques néfastes. D’autre part, si l’adversaire visé s’avère comme peu nombreux, il est loisible aus soldats-dromadaires de l’écraser à eux seuls. Se muant tour à tour de prompts assaillants en lutteurs opiniâtres, et opérant isolément, ils acquièrent alors une allure si rapide que les fuir devient impossible. Les services rendus à l’armée d’Orient par un pareil corps sont multiples et inappréciables. » . 

Bonaparte a très vite compris le rôle capital que pourrait tenir une pareille unité. il préconise à Kléber qui va lui succéder la création de six régiments de Dromadaires supplémentaires pour vaincre difinitivement les Arabes du désert. 

Desaix, responsable de la Haute-Egypte, partage le même opinion; il écrit à Bonaparte: « Je regarde l’armée d’egypte comme invincible, si à 12 000 fantassins et 4 000 cavaliers on adjoint 2 000 dromadaires.« 

On peut dons être étonné que ne soient pas immédiatement multipliées les unités de ce type nouveau.

Toutefois sans être régimentaires et sans calquer sur le Régiment de Dromadaire, des centaines de soldats sont affectés à la monte de dromadaires, sous l’impulsion du général Desaix.

 Grâce à lui l’utilisation des dromadaires fut non seulement étendu comme moyen de transport mais surtout comme moyen tactique. Sur les instructions de Desaix, les généraux Belliard (vers la mère rouge) Reynier (sur les confins de la Syrie) et Bayer (en Haute-Egypte) disposèrent de troupes montées sur dromadaires pour des missions d’éclairage ou expéditionnaires.  

 

Premières armes au cours de la campagne de Syrie.

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 Où le Régiment de Dromadaire remplit un rôle très actif de protection des convois et des colonnes en marche, il transporte les dépèches et les ordres tout en participant aux attaques et coups de main. 

Pendant que Bonaparte poursuit sa campagne , Desais s’efforce de soumettre et de pacifier la Haute-Egypte, avec ses dromadaires qu’il utilise avantageusement. 

Desaix, écrit à Kleber: »L’infanterie ne peut atteindre ces ennemis qui fuient toujours. J’ai imaginé de les combattre monté sur des dromadaires ».  

Toutefois, si Desaix n’est pas l’inventeur de cette nouvelle arme, il donne aux unités de dromadaires une ampleur considérable et un intérêt bien plus grand que n’en donnera Bonaparte à son Régiment de Dromadaires (qui comprend un effectif de 210 hommes, pour ensuite être porté à 236, puis 308 et pour arriver au chiffre final de 389 et 24 officiers et sous-officiers et à la tête de ce corps, Jacques Cavalier, un officier très estimé de l’armée).

 Desaix, presse ses subordonnés à requisitionner un maximum de dromadaires.

Ambulance volante installée sur le dos d'un chameau Mémoires de chirurgie militaire et campagnes

Ambulance volante installée sur le dos d’un chameau. Mémoires de chirurgie militaire et campagnes

 Il écrit à ses généraux; « Général, je tiens beaucoup à mon dessein sur les trois cents dromadaires, je vous prie de les réunir. Avec cela on peut aller partout et harceler l’ennemi. »

Ou encore; « Les Mamelouks sont sur les dents, mais nous échappent. Je l’ai dit et répété cent mille fois, on ne les détruira qu’avec des hommes d’infanterie montés sur des dromadaires. Au nom de ce qu’il y a de plus intéressant dans le monde, n’épargnez rien pour avoir des dromadaires, ni dépenses, ni peines. Pardon, mon cher Général, si je vous rappelle si souvent cet objet, mais il est si intéressant qu’il mérite toute notre attention. »

L’empressement de Desaix va donner des résultats,

Il écrit à Bonaparte;  » J’ai organisé des dromadaires. Il en part d’ici après-demain deux cents qui me donnent les moyens de détruire Mourad Bey. L e général Belliard aura sous peu à Syene et à Esnch trois cents hommes montés à dromadaires. A Siout, j’en aurai cinq cents. »

Les unités montées de Desaix vont sans cesse prouver leur efficacité, mais toutefois la résistance de Mourad Bey va durer encore de longs mois.

Lorsque, Bonaparte, à l’insu de tous, embarque pour la France, le général Kleber se trouve en charde de l’Armée d’Orient et Desaix, qui poursuit son effort en Haute Egypte lui écrit; » quant aux dromadaires, j’en ai levés huit cents et je viens d’ordonner qu’on en rassemble encore trois cents à Esnch ».

Deux colonnes sont constituées,

Kléber écrit au Directoire;  » l’une est commandée par le général Desaix, l’autre par le général Boyer. Le temps des poursuitent lentes, des poursuites vaines est enfin passé. »

Au premier contact avec cette armée, les Mamelouks et Arabes, terrifiés prennent la fuite et notre infanterie remontée sur les dromadaires se met à leur pousuite aussitôt l’ennemi est rejoint. Au contact des soldats-dromadaires, en carrés et par-dessus les dromadaires contraints à se coucher, lachent des tirs meurtriers. Arabes et Mamelouks, ont compris qu’il n’est plus possible de ce dérober et que leur retraite ne sera plus avantageuse que de coutume.

La preuve est faite de l’excellent stratagème si intelligemment mis en application par Desaix. 

Augmentez le nombre de vos dromadaires; écrirat Desaix, lorsqu’il quittera la Haute-Egypte; « Quand on a peu de troupes, la vitesse de marche y supplée, les dromadaires vous rendent ce service ».

Et ce conseil sera bien suivi, Belliard dans la région de Teneh et de Esnh et le général Friand dans celle de Béni Souef et de Sioul, ne cessent d’augmenter leurs colonnes de dromadaires.

Les actions de ces détachements seront bénéfiques jusqu’a l’évacuation de la Haute-Egypte qui suivra la signature d’El Arich.

Kléber est acquis à ces unités d’infanterie montées à dromadaires.

Il a à disposition le Régiment de Dromadaires cette unité d’élite, crée par Bonaparte, mais dans quel état! elle est presque devenue insignifiante suite à la pénurie. Les officiers n’ont plus habits militaire et ne sont plus payés depuis six mois, le corps de troupe n’est pas plus loti, ils sont en guenilles et leur sellerie en partie brisée et leur fusils en mauvais état. Beaucoup d’entre eux sont à terre, leurs montures n’ayant jamais été remplacées, ils réclament depuis longtemps des sabres et des pistolets pour chaque homme, sur ce corps, seulement un quart est en état d’entreprendre une campagne.

Sur ce régiment en ruine que lui a laissé Bonaparte, Kléber va reconstruire une unité digne de ce nom et l’augmentant même de deux à trois escadrons. Suite à la pénurie permanente de chevaux, qui laisse un nombre important de cavaliers démontés, Kléber va recruter ces cavaliers sans monture,  pour ses unités de dromadaires.

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Les arriérés de soldes sont tous payés, des armes et arnachements neufs sont distribués et enfin un rutilant uniforme de parade, est délivré à chaque soldats, dont Kléber a personnellement surveillé le moindre détails

La mort de Kléber, va avoir de funestes répercussions.

Au grand dam de la totalité du corps des officiers, le général Menou est désigné pour le remplacer. Tandis que les mois passent, le Régiment de Dromadaires, continue dans le désert sa surveillance et la destruction d’éléments hostiles, mais Menou va excercer son incompétence envers ce corps d’élite, en voulant le charger inutilement de pièces de canon, enlevant ainsi la mobilité et la rapidité d’éxécution, qualité première de cette unité, mais cette décision tombe très vite en désuétude et les canons regagnent les corps d’artillerie. 

Mais sur le terrain, la double invasion des Anglais,  Turcs et des Arabes, qui délivrés de toute contrainte, se mettent eux aussi à attaquer les forces française isolées. A partir de ce moment, les défaites et les revers vont se succéder et accumuler peu à peu l’armée française à une défaite générale. Le seul succés du drapeau français viendra, au jour néfaste de la bataille de Canope, du Régiment de Dromadaires, qui malgré la progression ennemie, le Régiment de Dromadaires multiplie ses interventions, protégeant les colonnes en mouvement, portant aux troupes isolées les instructions et assurant l’introduction de convois de subsistance dans les villes encerclées comme le Caire et Alexandrie. 

C’est lors d’une de ces missions de ravitaillement en blé et orge que le général Cavalier, suivit de 78 soldats-dromadaires d’élite, d’un bataillon à pied de 200 hommes, de quelquess dragons et de 600 chameaux de bât, est capturé par les Anglais, Cavalier cachant la faiblesse de son détachement, va négocier une reddition honorable (stipulant notamment le retour en France des unités rendues) et qui servira de modèles aux autres unités qui suivront.

Suite à la reddition de Cavalier, le général Menou, furibond; s’efforce de marquer d’infamie le chef du Régiment de Dromadaires et ses hommes, taxés de lâcheté inqualifiable. Il retire au Régiment de Dromadaires ses étendards et ne va cesser dès lors, même rentré en France, de tenter de desservir ce corps auprés de Bonaparte, devenu depuis premier Consul..

Pourtant le 31 août, il écrit à son tour sa propre reddition d’Alexandrie, dans des termes identiques, Belliard, ayant été poussé a cette extrémité avec sa garnison du Caire, deux mois auparavant.

Revenus en France, ce qui reste des corps et unités tentent de se reconstituer à Marseille, malgré l’action de Menou, Bonaparte décide que le Régiment de Dromadaires, considéré comme un corps d’élite, recevra une distinstion spéciale avant d’être officiellement dissous. Officiers, sous-officiers et hommes de troupes, soit 283 hommes au total sont par récompense, versés dans la gendarmerie.

 

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Le souvenir de cette unité d’élite restera gravé longtemps;  jusqu’en 1867,  ou à l’occasion de l’Exposition Universelle, on fit une reconstitution du Régiment de Dromadaires, qui obtint un grand succès.

Par la suite, le Régiment de Dromadaires servira de modèle un siècle plus tard à toutes les puissances coloniales européennes, qui l’emploieront, notamment en Afrique.

Sources: Histoire Militaire des Animaux. Martin Monestier.

 

 

 

Publié dans : Desaix. les Soldats Dromadaires. | le 22 janvier, 2008 |1 Commentaire »

A la poursuite de Mourad-Bey .

 

Opérations de Desaix vers Le Fayoum. 

Aprés la  bataille des pyramides, les Beys-Mourad et Ibrahim sont en fuite, Ibrahim en direction du delta du Nil et Mourad qui s’est replié vers le Sud en direction de la haute Egypte ou il pense se réfugier.

C’est notre héros Desaix, qui avec moins de 5.000 hommes va être chargé de poursuivre et de lutter contre Mourad Bey. 

DÉPART LE 25 AOUT 1798.

Desaix part sans Belliard atteint d’ophtalmie. Il n’a que Friant, pas de cavalerie et quelques canons, surtout deux pièces de cinq, petites mais maniables.

Le 31 août, il atteint Beni Souef où il attend des vivres, des munitions et des renforts.

Le 5 septembre, il est à Abou Girgeh et fait un raid vers Behneseh avec un seul bataillon de la légère avec le chef de brigade Robin. Les Mamelucks s’enfuient, mais douze barques sont capturées avec leur contenu.

Le 10 septembre, Minieh avec l’arrivée du ravitaillement. 

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Le 12 septembre Darout el Cherif où est l’entrée principale du canal de Joseph qui double le Nil sur sa rive gauche, descendant vers le Fayoum.

Le 15 septembre Desaix pousse vers Siout avec sa flottille sans succès.

Le 24 septembre, la division, que Morand vient de rejoindre, s’engage dans le canal de Joseph, le descendant avec des embarcations légères qui seules peuvent passer et encore difficilement. Les malades ont été renvoyés vers Le Caire.

Le 3 octobre, premier contact avec les ennemis à El Qiah.

Le 4 octobre, Desaix découvre le corps mené par Elfi Bey. Il faut débarquer les troupes et tirer le canon pour les repousser.

LE 7 OCTOBRE, SEDIMAN.

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L’armée de Mourad Bey est en bataille sur les hauteurs. Desaix fait débarquer ses hommes à 7 heures du matin et avance vers son adversaire. Il a formé un grand carré. Deux petits carrés sont de chaque côté: à droite, cent cinquante hommes, à gauche deux cents hommes. Les Mamelucks vont déferler contre ces fantassins. Le grand carré les repousse ainsi que le petit carré de gauche, mais le petit carré de droite finit par être enfoncé après avoir tué de nombreux ennemis. Les blessés et les survivants regagnent le grand carré. Les charges sont repoussées, mais Mourad Bey ouvre le feu avec cinq canons en position qui vont devenirent redoutables pour une formation serrée comme celle de Desaix. Mais notre général décide d’attaquer et les fantassins se ruent sur les pièces dont quatre sont prises. Dès lors les cavaliers de Mourad Bey s’enfuient poursuivis par les boulets français. Leurs pertes sont grandes. Desaix comptera quarante-quatre morts et plus de cent blessés parmi ses hommes et il rage de ne pas pouvoir poursuivre car il est sans cavalerie, mais sa victoire est brillante.

Le 12 octobre, Desaix s’installe dans le Fayoum.

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Il va laisser à Medinet el Fayoum, le général Robin, (nommé après Sédiman). Il commande près de sept cents soldats dont trois cent cinquante malades. Desaix va réduire les villages hostiles, mais pendant ce temps Mourad averti de son départ attaque Medinet el Fayoum. Robin laisse les ennemis pénétrer dans le village, puis lance deux colonnes, l’une avec Eppler, l’autre avec Sacrost qui font un carnage des assaillants qui laissent deux cents tués dans les ruelles. Les Français ont eu quatre morts et seize blessés. Belliard guéri, rejoint avec des renforts, les chevaux ramassés ont été dirigés sur Boulak où se forme la cavalerie si nécessaire.

Le 1er décembre, Desaix part pour Le Caire où il va compléter sa petite armée avec surtout la cavalerie, près de mille hommes sous les ordres du général Davout.

Le 6 décembre, ils partiront  pour Beni Souef où se met en place le corps qui va réaliser la campagne magnifique de la Haute-Égypte.

Pour garder le Fayoum, le général Veaux a un bataillon. Pour tenir Beni Souef,le général Boyer a aussi un bataillon. 

Publié dans : Desaix, l'expédition d'Egypte | le 22 janvier, 2008 |Commentaires fermés

La campagne de la Haute-Egypte .

Pour cette campagne, les aides de camp du général Desaix sont: Savary, Rapp, Clément. Les généraux sont: Friant, Belliard, Davout, Duplessis, Lasalle. Le chef d’état-major est Donzelot.

Cet ensemble représente environ quatre mille hommes qui vont remonter le Nil jusqu’aux cataractes. La flottille dispose de plusieurs djermes armées qui sont : la Brueys, la Casablanca, l’Italie, la Victoire et une autre djerme armée. Des canges les accompagnent armées de pierriers. Les djermes sont armées de quatre pièces de six plus deux pièces de deux. Ce sont les seul bâtiments capables de remonter le Nil. C’est Guichard qui commande la flottille. Le Copte Moallem Jacob, ancien intendant de Soliman Bey accompagne Desaix et son action sera précieuse.

CONQUETE DE LA HAUTE- ÉGYPTE, LA REMONTÉE.

Desaix remonte la rive gauche du Nil, mais les Mamelucks fuient devant lui, refusant le combat.

Le 21 décembre, il atteint Minieh. Le pays est très riche et l’on y trouve quatre barques armées et des canons abandonnés avec quatre chameaux chargés de poudre.

Le 25 décembre, il est à Girgeh. Le cheik de Beni Adin s’allie aux Français et il assurera l’escorte de la caravane qui vient du Darfour et se dirige vers Le Caire. La flottille est très en retard et Desaix doit l’attendre avant de poursuivre, elle n’arrivera que trois semaines plus tard. Cette halte va permettre à Mourad Bey de rassembler des forces lui permettant de livrer bataille. Il est vers Hou et reçoit des renforts. I1 tente aussi de susciter des révoltes sur les arrières de Desaix vers Tahtah. Davout est envoyé avec ses cavaliers pour aller réduire ces foyers dangereux.

Le 3 janvier 1799, il se heurte à un rassemblement devant Saouaqui. Il va le disperser et massacre mille cinq cents révoltés, n’ayant que quinze blessés. Averti que vers Tahtah, des forces plus nombreuses sont groupées, il s’y rend. Des masses importantes entourent la colonne française et l’attaquent en queue. Le 20e dragons aidé par le 15e de Pinon vont repousser les charges tuant cent cinquante cavaliers. Ils attaquent ensuite les hommes à pied et en tuent huit cents. Comme un village voisin participe, les cavaliers légers vont l’envahir et exterminer cinq cents révoltés. Ces deux exemples terribles vont ramener la tranquillité sur les arrières.

Le 19 Janvier 1799, la flottille est enfin arrivée. Desaix repart le lendemain en sachant que Mourad l’attend, enfin prêt au combat.

 

LA BATAILLE DE SAMHOUD, LE 21 JANVIER 1799.

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Mourad Bey a ses mille cinq cents Mamelucks plus quatre cents amenés par Hassan Bey descendu d’Esneh, sa capitale. Des fantassins sont arrivés de la Mesque par Kosseir. Ces fantassins sont environ deux mille et sont braves et fanatiques, des Arabes complètent cette force avec environ trois mille cavaliers et sept mille hommes à pieds, mais on sait qu’ils s’enfuient facilement. Les Mecquains sont à Samhoud, derrière un canal presque à sec qui rejoint le Nil, les Mamelucks sont plus à gauche vers le désert. Desaix avance vers eux avec trois carrés: en avant Belliard se dirige vers le village, Friant est en retrait vers le Nil et entre les deux, la cavalerie est formée aussi en carré. Belliard repousse les Mecquain, Rapp qui l’appuie est blessé. Les Mamelucks s’ébranlent alors, ils vont entourer le carré de Friant sans succès. Ils sont alors chargés par la cavalerie de Davout et s’enfuient vers le désert. Les Mecquains sont enfoncés et Desaix avance vers Farchout emporté, puis marche vers Hou occupé la nuit. La victoire est totale.

L’avance continue et le 26, Thèbes est dépassée.

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Le 27 Esneh est occupée, Friant y reste. Belliard continue avec la cavalerie vers Syène.

Le 1er février 1799, la cavalerie entre dans Syène et le lendemain Belliard arrive.  

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Il va occuper la place d’Assouan et s’y organiser.

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Il devra attendre le 18 pour s’emparer de l’île de Philae.

La cavalerie redescend sur les deux rives du Nil. Le retour de Philaë vers Le Caire fut un va-et-vient constant le long du Nil.

LE 11 FÉVRIER : BATAILLE DE REDECIEH.

Davout, qui redescend la rive droite du Nil, est surpris par les cavaliers d’Osman-Bey, là se livre un terrible combat de cavalerie. Les pertes sont lourdes et égales des deux côtés. Le chef d’escadron, Fontête est tué par Osman, Lasalle s’est démené comme un lion, mais trente-sept Français sont morts dont six officiers et il y a quarante-quatre blessés. Osman-Bey blessé est reparti dans le désert.

Le 13 février, attaque de Keneh, Conroux les repousse mais est blessé. Deux cents assaillants sont tués et Dorsenne, alors chef de bataillon, va les poursuivre. Pas de pertes chez les Français.

Le 14 février, Friant va attaquer ces ennemis, en majorité Mecquains.

Le 17 février, il les débusque à Aboumanah et les écrase, s’emparant aussi de leur camp. Il y a quatre cents ennemis tués et un butin considérable. 

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 Friant descend alors vers Girgeh où il laisse Morand avec un bataillon.

Le 2 mars, Desaix quitte Kous et atteint Farchout le 3 mars. Il atteindra Siout le 8 mars.

LE 3 MARS 1799, DÉSASTRE DE BENOUT. LA FLOTILLE ANEANTIE. 

Hassan- Bey, a reçu des renforts importants et il va attaquer au-dessus de Benout la flottille retardée par des vents contraires. Morandi commande la djerme armée l’Italie, suivie de nombreuses barques portant des blessés  et de nombreux malades. Les ennemis s’emparent des petites barques malgré le feu intense de l’Italie qui tue beaucoup de monde. Ils se lancent ensuite à l’abordage de la canonnière qui finit par s’échouer. Morandi assailli de toutes parts, met le feu aux poudres et meurt dans le fleuve. Tous les Français sont massacrés, deux cents matelots et trois cents malades ou blessés.

LE 8 MARS, BENOUT…. LA REVANCHE.

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Belliard s’est avancé pour venger ce désastre. Dans la plaine de Coptos, il repousse les Mecquains qui sont trois mille appuyés par quatre cents Mamelucks. Il les refoule vers Benout et encercle les fantassins. Il lui faudra trois jours de combat pour anéantir plus de six cents ennemis. Il va se placer à Keneh comme base principale. Desaix à Siout, a organisé ses bases le long du fleuve. Detrès est à Minieh, Lasalle à Tahtah. Morand à Girgeh. Pinon restera à Siout. Desaix regroupant ses hommes, forme une colonne mobile qui va de nouveau remonter le Nil vers Keneh où il arrive le 27. 

LE 2 AVRIL, 1799.  BIR EL BAR. 

Le 2 avril 1799, Desaix, arrête les Mamelouks dans le défilé de Byr el Bar. Là, afin de se rendre compte sur place de la situation, son intrépidité lui fait courir le risque d’être tué lors d’une reconnaissance avancée à cheval.
Ce fut au général Belliard qu’il confia le raid sur Koseir, à 150 kms de désert, avec cinq cents cavaliers sur dromadaires et quelques civils dont Vivant Denon. Belliard s’empara du fort le 29 mai et du port protégé par un banc de corail où des bateaux anglais débarquaient du matériel et des munitions. Donzelot y fut laissé avec deux compagnies de la 21e légère pour fermer aux Mamelouks l’accès à la mer Rouge.

Bataille de Byr el Bar.

La colonne de Desaix suit la rive droite du Nil, l’infanterie près du fleuve et la cavalerie sur les hauteurs. Les éclaireurs annoncent la présence des ennemis. Le général qui s’est avancé, se trouve chargé et ramené à toute allure avec l’avant-garde par de très nombreux Mamelucks.

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Duplessis lance alors ses hussards dans un combat furieux où il va trouver la mort. Le chef d’escadron Bouvatier qui vient à leur secours avec ses dragons, est tué, lui aussi. Les Mamelucks sont repoussés mais les pertes sont lourdes. Après ce combat Hassan se replie. Desaix va redescendre le Nil, laissant Belliard tenir la partie haute. Il va rester un moment à Girgeh, puis descendra vers Siout où il arrivera le 15 mai. Pendant ce temps de nombreux combats se sont livrés le long du Nil.

LE 16 AVRIL.  BENI ADIN. 

Partant de Siout, Davout va vers Beni Adin où une révolte s’est déclenchée. Il va écraser les révoltés dont deux mille restent sur le terrain avec un butin considérable. Les Beys tiennent toujours la campagne, mais l’essentiel est fait lorsque Bonaparte revient de Syrie.

Juillet 1799, Bonaparte remporte la victoire d’Aboukir , Desaix put lui rendre compte du succès de sa mission en Haute-Égypte et sur la mer Rouge. Bonaparte aurait bien voulu lui confier le commandement de l’armée, mais sous pretexte activer la susceptibilité de Kléber, il préféra charger Desaix d’assurer la protection d’une seconde campagne de découvertes en Haute-Égypte.. 

Mourad-Bey, jure amitiés et fidélité.

Desaix reprit la piste. Il avait appris que Mourad-bey était revenu à Giseh revoir son palais, qu’il regrettait cette guerre où il avait perdu ses meilleurs Mamelouks et qu’il s’était réfugié au Fayoum.Le 9 octobre, sur le canal Yousef qui est un bras du Nil, près de Sediman, les Mamelouks furent écrasés et Desaix proposa à leur chef de devenir l’allié de la France. Les deux hommes s’estimaient. Mourad-bey jura amitié et fidélité, il succéda à Desaix dans le gouvernement de la Haute-Egypte où il assura la sécurité de la mission scientifique jusqu’à sa mort de la peste en 1801.  

 Desaix, rappelé au Caire. 

Le 31 octobre 1799, Desaix fut appelé au Caire par Kléber devenu commandant du corps expéditionnaire. Il fallait arrêter les Turcs débarqués à Damiette. Desaix avec cent cinquante dragons à dromadaire réussit à aider la garnison assiégée qui obligea les Turcs au repli. 

Après cette mission, Desaix pensait qu’il allait alors rejoindre « son » général comme il le lui avait prescrit, mais Kléber pensait autrement,il l’envoya le 11 janvier 1800 à El Arich afin de négocier un armistice. Cet armistice qui allait compromettre Desaix dans l’esprit de Bonaparte.

En effet Bonaparte écrira à Desaix : « J’ai reçu il y a deux mois la capitulation d’El Arich, je n’y fais aucune objection puisque vous l’avez signée ».  Desaix répondra:  « Certes nous pouvions garder l’Égypte. Mais Kléber ne voulait plus y rester. Le lot d’un soldat est d’obéir à son chef, ce que j’ai fait« .

Puis Kléber, chargea Desaix de porter au gouvernement la convention d’El Arich qui comportait l’évacuation des troupes d’Égypte.

La triste fin du rêve Oriental.

Le 3 mars 1800, le général Desaix accompagné de Davout embarqua sur un navire marchand afin de regagner le sol de la Patrie.

 

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L’expédition scientifique

Mais le plus important est que Desaix, a ouvert la porte de la Haute-Egypte dans laquelle se précipitent une équipe d’une vingtaine d’élèves de Polytechnique accompagnant l’armée, encadrés par deux jeunes ingénieurs, Jean-Baptiste Jollois et Edouard de Villiers du Terrage, qui mènent, le plus souvent sans escorte, une exploration plus méthodique des monuments.

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Ils exécutent des centaines de relevés et des restitutions d’une qualité stupéfiante, sur lesquels s’appuieront les premiers égyptologues.  

Leur mission.

Inventorier les sublimes vestiges d’une civilisation de quarante siècles! On peut imaginer leur saisissement en découvrant les temples érigés par vingt cinq dynasties de Pharaons : Memphis, Abydos, Esné, Dendérah, Karnak, Louqsor, Kom Ombo, Edfou, les colosses de Memnon et Philae. La splendeur des monuments découverts leur fait oublier leurs très dures conditions d’existence..

Le Caire jardins de l'Institut Dutertre

Le Caire, les jardins de l’Institut.

L’œuvre scientifique.

Au milieu des combats, les savants ont travaillé comme des forcenés. Dans les premiers mois, il leur faut répondre en priorité aux besoins de l’armée. Le chimiste Jacques-Pierre Champy met sur pied une usine à poudre. Nicolas Conté, un inventeur autodidacte, se signale par une activité débordante, il est « la colonne de l’expédition », selon Berthollet. Il fait surgir de rien des ateliers de fonderie et de mécanique dans l’île de Roudah, résout le problème crucial du pain en élevant des moulins à vent, improvise une fabrique d’uniformes, lance une ligne télégraphique entre Alexandrie et Le Caire…

(c) Museums Sheffield; Supplied by The Public Catalogue Foundation

Bonaparte appelle aussi ses savants à créer des services publics modernes : Postes, Monnaie, Domaines.Les deux imprimeries apportées de France sortent deux journaux très appréciés : Le Courier de l’Égypte et La Décade égyptienne, des typographes égyptiens y sont formés.

Dans un esprit encyclopédique, savants, ingénieurs, artistes, économistes sont saisis d’une fièvre de mesures, de description, de recension.

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La découverte la plus importante est celle de la civilisation pharaonique. On étudie les pyramides de Gizeh sous toutes les coutures, le site de l’ancienne Tanis est exploré.

Bonaparte, a tenu à organiser la vie savante à l’image de celle de la France. D’où, le 22 août 1798, la fondation de l’Institut d’Égypte. L’honorable assemblée se réunit sous la présidence de Gaspard Monge. On y lira des communications très importantes, comme celle du 29 juillet 1799 relatant la fabuleuse découverte de la pierre de Rosette. Cette immense activité scientifique déployée en trois ans ne sera pas totalement perdue (pour l’Europe tout au moins). Elle fournit en effet la matière de la monumentale Description de l’Égypte..

Le grand choc de la Haute-Egypte. 

Le grand choc viendra de la Haute-Égypte, en fait, Desaix, a auprés de lui, depuis le mois de novembre, un compagnon de grande valeur, Dominique Vivant Denon.

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baron dominique vivant_denon

Entre ces deux hommes s’installe immédiatement une réelle amitié faite de curiosité intellectuelle, de savoir et d’amour de l’Orient.

Grâce à Desaix, la présence de Denon est mieux acceptée par les corps militaires qui n’aiment pas avoir des savants dans leurs jambes, tel celui qui avant une bataille, avait ordonné sous les rires:   » les ânes et les savants au centre! ».

Denon est stupéfait par la beauté des temples de Dendérah, Karnak, Louxor, Syène (Assouan), Philae.  

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Il publie une relation de son voyage en 1802 (Voyage dans la Basse et la Haute-Égypte), grand succès de librairie. 

Même le plus fruste des troupiers n’échappe pas à l’émotion.

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Le capitaine Duvernois, raconte le choc ressenti par ses soldats à la vue du temple de Karnak : « Sans qu’un ordre fût donné, les hommes formèrent les rangs et présentèrent les armes au son des tambours et des clairons.»  

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Les seules déprédations à déplorer sont des graffiti de noms dans la pierre.

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Un témoin raconte: Desaix et Denon, malgré le danger  » ils couraient aux monuments comme les soldats à la bataille « .

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Les deux hommes ne se lassent pas, comme le raconte Denon dans ses mémoires:  » Je brûlais d’aller à Hermopolis où je savais qu’il y avait un portique célèbre; aussi, qu’elle fut ma satisfaction lorsque Desaix me dit, nous allons prendre trois cents hommes de cavalerie et nous y courrons. Je soupirais de bonheur. C’était pour ainsi dire le premier fruit de mes travaux, les premières pierres qui eussent conservé leur première destination qui sans mélange et altération, m’attendaient là depuis quatre mille ans pour me donner une idée immense des arts et de leur perfection dans cette contrée. »

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Denon désire aller à Abydos, Desaix lui répond: « Je veux vous y conduire moi-même. Mourad Bey est à deux journées, il y arrivera après demain, il y aura bataille, nous déferons son armée, l’autre après demain, nous ne penserons plus qu’aux antiquités et je vous aiderai moi-même à les mesurer. » 

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L’attitude de la population de la vallée du Nil surprend agréablement les soldats. D’abord intriguée par les travaux des savants, elle en comprend vite le sens et l’intérêt. Elle se mêle à la troupe et coopère dans la mesure de ses moyens.

Edouard de Villiers du Terrage, a laissé un témoignage de l’aventure de Desaix en haute Égypte :   « A Esné, il y avait à l’extrémité septentrionale de la ville un magnifique jardin, planté à l’orientale, appartenant à Hassan Bey. Les Français l’avaient adopté comme lieu de promenade et de réunion. Pendant notre séjour à Esné, les principaux cheiks de la ville nous y donnèrent un repas que sa singularité et la franche gaîté qui y régnèrent m’empêcheront d’oublier. Il m’a rappelé très exactement les descriptions qui nous sont parvenues de ces sortes de fêtes chez les peuples anciens de l’Orient. Tous les officiers de la garnison et les principaux habitants de la ville furent convoqués dans le jardin. La grande allée, dans toute sa longueur, était couverte de tapis sur lesquels le dîner fut servi. Autour de ces tapis s’assirent à terre, pêle-mêle, les Français et les Musulmans, et, quelque peu instruits que fussent les Égyptiens de la langue française, et les Français de la langue arabe, la conversation ne languit à aucun moment. Les habitants d’Esné étaient naturellement doux. Une partie de la brave 21 ème demi-brigade légère, après avoir vaincu les Mameluks, jouissait à Esné de la paix qu’elle avait conquise et beaucoup de soldats trouvaient autant de plaisir que de profit à exercer leurs anciens métiers. Les jeunes Égyptiens se mettaient en apprentissage chez nos ouvriers. Les usages, les costumes, le langage se mêlaient à faire croire qu’ils seraient bientôt confondus.

Un autre témoin: « La nuit, les temples furent illuminés, et, jusqu’au lever du jour, on vit les cavaliers de Desaix, mêlés aux paysans thébains, danser la farandole autour des béliers d’Amon et des éperviers d’Horus… ».

L’équipe des chercheurs ne manque la visite d’aucun temple et en tire des descriptions précises avant d’achever ce périple à Philae, aux limites d’une Afrique inconnue.

Denon devant regagner le Caire, la séparation d’ avec Desaix est douloureuse comme il le raconte plus tard:  « J’ose dire avec orgueil que ce fut un chagrin pour nous deux. Nous avions passé ensemble des moments si doux, si répétés, marchant au pas côte à côte pendant douze à quinze heures de suite où nous ne causions pas. Nous rêvions tout haut et souvent, après ces séances si longues, nous nous disions combien de choses nous aurions à nous dire, le reste de notre vie. Que d’idées administratives, sages, philantropiques arrivaient à mon âme quand le son de la trompette ou le roulement des tambours cessaient de lui donner la fièvre guerrière! Que de notes intéressantes me fourniraient aujourd’hui son étonnante mémoire. » 

A quoi pense Denon en écrivant ce texte? sachant qu’il ne reverra plus  jamais Desaix, son ami, son général-guide en Haute Egypte.

En bref, à lui tout seul, Desaix a conduit en haute Égypte une épopée dans l’épopée.  Bonaparte lui témoignera sa vive admiration.  

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Devant l’ampleur des découvertes et l’enthousiasme de Denon, Bonaparte décide de renforcer la première équipe de savants par deux commissions. L’une est chargée de lever la topographie de la vallée du Nil. L’autre a pour tâche principale d’étudier les inscriptions murales, clés de l’égyptologie.

 La pierre de Rosette. 

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À l’été 1799, au cours de travaux menés près de Rosette, un lieutenant du génie, polytechnicien, Pierre Bouchard découvre une stèle de basalte de 1 mètre de haut.

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Elle porte trois inscriptions disposées en bandes horizontales : en hiéroglyphe, en démotique (caractères cursifs de l’ancien égyptien) et en grec. Bouchard comprend aussitôt qu’il s’agit de traductions du même texte. Le général Menou fait traduire la partie grecque, qui révèle  un décret sacerdotal en l’honneur du roi Ptolémée V (210-181 av. J.C.) La pierre est envoyée à l’Institut du Caire où son importance n’échappe à aucun des savants. Une triple empreinte de la pierre est réalisée, dont une est envoyée en mars 1800 à l’institut de France. Malgré les protestations de Menou, la stèle sera saisie par les Anglais en 1801. C’est en partie grâce à la pierre de Rosette que Jean-François Champollion donnera la clé des hiéroglyphes en 1822.

 

Conclusion:

Force est de reconnaître que l’expédition d’Egypte se solde par un échec militaire total. Les Français quittent l’Egypte en 1801, avec les honneurs de la guerre, mais vaincus. Or cet échec militaire reste un événement considérable dans l’histoire des connaissances car c’est la première fois qu’une expédition militaire s’est doublée d’une expédition scientifique. Une fois le fracas des armes terminé et oubliée l’amertume du retour, une autre aventure a commencé : la publication des travaux des savants. Jamais on avait mis autant de moyens financiers et techniques dans une édition scientifique, et l’oeuvre produite est un monument irremplaçable:

La Description de l’Egypte.

Le 18 février 1802, Chaptal, ministre de l’intérieur convoque les savants de retour d’Egypte pour nommer parmi eux une commission de huit membres, chargée de réunir et de publier tout le matériel scientifique de l’expédition. Un premier volume de gravures est présenté à l’empereur en janvier 1808 et les premiers volumes paraissent en 1809. D’abord publiés par ordre de l’empereur, les volumes successifs seront ensuite publiés par ordre du roi et les derniers, datés de 1823 mais édités en 1826 le seront simplement par ordre du gouvernement.  La qualité typographique des textes, la beauté des gravures et les formats ( les plus grands formats font 1 m x 0,81m ) font de la Description un ouvrage exceptionnel.

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Zodiaque circulaire de Dendérah

  

Zodiaque  de Dendérah

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Notes graphiques d’Antoniadi sur le zodiaque circulaire de Dendérah, découvert par le Général Desaix lors de la campagne d’Égypte et ramené par la suite au musée du Louvre.

 

 Vivant Denon, ayant certes l’habitude de s’attribuer tous les mérites, il est également entouré de brillants jeunes gens frais moulus des grandes écoles. Issus de Polytechnique, Jean Baptiste Prosper Jollois (22 ans en 1798) ou Edouard de Villiers du Terrage ( 18 ans) font, à Denderah, le relevé d’un immense zodiaque circulaire  » découvert par Desaix et Denon ». Ils en découvrent même un second.

Edouard de Villiers du Terrage raconte : «  Ce travail fut long et pénible, placé dans une petite chambre construite sur le haut du grand temple, le zodiaque se trouve dans une obscurité presque complète. Il nous fallut le copier, la plupart du temps avec de mauvaises lumières. Comme il est au plafond et très noirci par une sorte de fumée, pour bien discerner un signe il nous fallait souvent regarder de longs instants dans une position des plus incommodes. Nous avions commencé par le diviser en huit secteurs égaux par des fils tendus horizontalement au plafond«  (Marc de Villiers du Terrage. Journal et souvenirs sur l’expédition d’Egypte 1899)

Le dessin est jugé meilleur que celui de Vivant Denon. Plus tard, on ne relèvera que quelques erreurs de détail.

 

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correspondance militaire, expédition d’Egypte.

Desaix chargé du commandement du Caire ;

Troupes et munitions pour EL-Khânqah
Au général Berthier
Quartier général, au Caire, 20 thermidor an VI
(7 août 1798)
Vous donnerez l’ordre au commandant de la place de rendre compte de tous les mouvements extraordinaires qui arriveraient au Caire, au général de division Desaix, que le général en chef autorise provisoirement à prendre toutes les mesures que les circonstances pourraient exiger.Vous lui donnerez l’ordre de faire partir tous les jours 50 hommes, qui escorteront soit un officier de l’état-major, soit un de mes courriers, et me porteront ses lettres, celles de l’état-major, de l’ordonnateur, de la commission, et celles du général Desaix. Le piquet partira tous les jours à trois heures du matin.

Vous le préviendrez que, pour après-demain 22, il part 30 chasseurs du 22e et 30 hussards à pied, escortant 60 selles chargées sur quatre chameaux. Ils partiront avec les 50 hommes qu’il doit faire partir.

Vous ordonnerez à l’ordonnateur de profiter du départ de ces 100 hommes pour envoyer à El-Khânqah 8000 rations de pain. Vous donnerez l’ordre au général de cavalerie de faire partir lesdits 60 hommes avec 60 selles après-demain matin. Vous donnerez l’ordre à l’officier commandant le dépôt des guides, qui reste au Caire, de délivrer ces 60 selles, qui sont dans son dépôt. Vous donnerez l’ordre à l’ordonnateur de faire partir les 50 quintaux de riz qu’il doit envoyer à El-Khânqah, au plus tard à six heures du matin. Le général Bon laissera une compagnie pour l’escorter ; il y joindra, s’il est possible, quelques milliers de rations de pain.

Vous donnerez l’ordre au général d’artillerie de faire partir le 22, à quatre heures après midi, 100 hommes d’artillerie.

Vous donnerez l’ordre au général du génie de faire partir le même jour 100 sapeurs.

Ces deux corps se réuniront devant le quartier général. Ils prendront les ordres de l’adjudant général qui reste au quartier général, et prendront les paquets du commandant de la place, puis se mettront en marche pour nous rejoindre à El-Khânqah. Ils mèneront avec eux 100 000 cartouches et deux pièces de canon turques approvisionnées chacune de 100 coups.

Vous préviendrez de cet ordre le commandant de la place, l’ordonnateur en chef et le général Desaix, afin qu’ils en profitent pour m’écrire.

Vous ordonnerez à l’ordonnateur en chef de profiter de l’occasion du départ de ces 200 hommes d’artillerie pour nous envoyer 50 quintaux de riz. Vous lui direz que le rendez-vous pour le départ de ce détachement est devant le quartier général. Il nous enverra aussi, par la même occasion, 10 000 rations de pain.

Tous ces envois seront adressés au garde-magasin d’El-Khânqah.

Bonaparte
Dépôt de la guerre

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Instructions à donner à Desaix pour opérer
contre Mourad-Bey
Au général Berthier

Quartier général, au Caire. 18 fructidor an VI
(4 septembre 1798)

Vous donnerez l’ordre au général Desaix d’attaquer Mourad-Bey partout où il le trouverait, en tenant cependant toujours ses forces réunies ; mon intention n’est point qu’il divise ses forces dans l’idée d’envelopper l’ennemi, ces manœuvres étant trop incertaines dans les pays coupés de la nature de celui où il se trouve.

Mourad-Bey fera une des trois choses ci-après :

Ou il restera à Behnesé, et alors le général Desaix peut se porter sur lui avec toutes ses forces, soit par le canal d’Abou-Girgeh, soit en mettant pied à terre et profitant de quelques digues, soit enfin par Melâouy.

Si Mourad-Bey remonte le Nil, s’en allant toujours dans la haute Égypte, le général Desaix pourra le poursuivre devant lui jusqu’à Syont.

Si enfin Mourad-Bey, après avoir évacué Behnesé, se jette dans le désert, le général Desaix prendra possession de la province de Behnesé, jusqu’à ce que le général lui ait fait passer quelque cavalerie.

 Le général en chef autorise à conclure une convention avec les anciens beys retirés à Denderah.

Ils devront 1° ne pas sortir des limites où ils sont, 2° payer le myry, 3° fournir 300 chevaux.

Bonaparte

Dépôt de la guerre

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Ordre de marcher contre Mourad-Bey
et de le rejeter dans le désert
Au général Desaix

Quartier général, au Caire, 30 vendémiaire an VII
(21 octobre 1798)

L’on m’assure que Mourad-Bey est encore à Garâh. Je désire, Citoyen Général, que vous marchiez à lui, ce qui peut le décider à se jeter dans les oasis. S’il y était obligé, il serait à peu près détruit ; les Arabes ne manqueraient pas de l’abandonner, ainsi qu’une partie des Mameluks ; au lieu que, s’il parvient à se cantonner sur les bords du désert pendant quinze à vingt jours, la baisse des eaux lui permettra de se porter où il voudra.

Tâchez de lever quelques chevaux dans la province du Fayoum et de Beny-Soueyf. Notre cavalerie est encore bien loin d’être montée.

Bonaparte

Dépôt de la guerre

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Ordres pour l’éventualité d’un mouvement de la Haute Égypte vers le Caire
Au général Desaix

Quartier général, au Caire, 27 messidor an VII
(15 juillet 1799)

Mourad-Bey a été aux lacs Natroun, Citoyen Général ; il n’y a point trouvé le rassemblement de Bogachi et des Mameluks ; il est retourné. Il a couché la nuit du 25 au 26 aux Pyramides. Bertram, chef d’Arabes, lui a fourni ce dont il avait besoin ; il a disparu. Il est, à ce que me mande le général Murat, au village de Dahchour, à six ou sept lieues d’ici ; cela me contrarie beaucoup.Le 24, une flotte turque composée de 5 vaisseaux de ligne, 3 frégates, 50 à 60 bâtiments légers ou de transport, a mouillé dans la rade d’Aboukir. Je n’ai des nouvelles de Damiette que du 23.Ibrahim-Bey est à Gaza, où il menace. Le général Lagrange a nettoyé les ouâdys, pris le camp des Mameluks descendus de la haute Égypte, tué Osman-Bey el-Cherqâouy et chassé le reste dans le désert ; mais il occupe le reste de ma cavalerie. Ainsi il faut dans ce moment contenir Mourad-Bey, qui est sur la lisière de la province de Gyzeh, Osman-Bey, etc. et pourvoir au débarquement ; vous voyez qu’il est nécessaire de prendre des mesures promptes et essentielles.Je suis fâché que le général Friant n’ait pas suivi Mourad-Bey, ou du moins il ne devait pas, étant à portée du Caire, s’en éloigner sans savoir ce que j’en pensais.Il faut vous rapprocher de Beny-Soueyf, réunir toutes vos troupes en échelons, de manière à pouvoir, en peu de jours, être au Caire avec, la première colonne, et les suivantes à trente-six heures d’intervalle l’une de l’autre ; tenir à Qoseyr 100 hommes ; autant dans le fort de Qeneh.Si le débarquement est une chose sérieuse, il faudra évacuer toute la haute Égypte et mettre vos dépôts en garnison dans vos forts. S’il n’est composé que de 5 à 6 000 hommes, alors il suffira que vous envoyiez une colonne pour contenir Mourad-Bey, le suivre partout où il se rendra dans le Babyreh, le Delta, le Charqyeh on dans la province de Gyzeh.

Pour actuellement, mon intention est que vous vous prépariez à un grand mouvement et que vous vous contentiez de faire partir de suite une colonne pour poursuivre Mourad-Bey. Je pense que vous aurez fait partir tous les hommes des 7e de hussards, 14e et 15e de dragons. Nous en avons bien besoin ; je vais me porter dans le Bahyreh avec 100 de mes guides pour toute cavalerie ; je suis fâché que Détrès ne soit pas parti avec son régiment.

Bonaparte 

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 Ordre de se porter au Caire
Au général Desaix 

Quartier général, El-Rahmânyeh, 4 thermidor au VII
(22 juillet 1799)

L’ennemi a été renforcé de 30 bâtiments, Citoyen Général, ce qui fait 120 à 130 qui existent en ce moment dans la rade d’Aboukir. Il est maître de la redoute et du fort d’Aboukir depuis le 27 messidor.Je pars aujourd’hui pour aller reconnaître la position qu’il occupe, et voir s’il est possible de l’attaquer et le culbuter dans la mer ; car il me paraît qu’il ne veut pas se hasarder à cerner Alexandrie, et qu’il se contente, en attendant qu’il connaisse les mouvements d’Ibrahim-Bey et de Mourad-Bey, de se fortifier à la presqu’île d’Aboukir.Je désirerais bien avoir la cavalerie que je vous ai demandée ; si je reste en position devant lui, puisque sa position serait telle qu’il deviendrait impossible de l’attaquer, j’en aurai un besoin urgent.Le général Friant sera sans doute à la suite de Mourad-Bey ; vous vous serez réunis de manière à pouvoir promptement vous porter au Caire. Je désire que vous vous y portiez de votre personne, avec votre première colonne. Vous vous ferez remplacer à Beny-Soueyf par votre deuxième colonne.Arrivé au Caire, vous réunirez ce qui s’y trouve et la division Reynier, pour vous trouver à même de marcher à Ibrahim-Bey, s’il prenait le désert sans toucher à El-A’rych ni à Qatyeh. Il devrait avoir, dans cette hypothèse, un millier de chameaux avec lui ; et, dès l’instant qu’il aura touché aux terres d’Égypte, ce qui pourrait être entre Belbeys et Le Caire, il faudrait marcher à lui. La garnison du Caire trouvera dans les forts un refuge certain qui contiendra la ville, quelque événement qu’il puisse arriver.

Bonaparte

Comm. par M. Pauthier

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Reproche de l’inexécution d’un mouvement ordonné sur Le Caire
Au général Desaix

Quartier général, au Caire, 24 thermidor an VII
(11 août 1799)

J’ai été peu satisfait, Citoyen Général, de toutes vos opérations pendant le mouvement qui vient d’avoir lieu. Vous avez reçu l’ordre de vous porter au Caire, et vous n’en avez rien fait. Tous les événements qui peuvent survenir ne doivent jamais empêcher un militaire d’obéir ; et le talent, à la guerre, consiste à lever les difficultés qui peuvent rendre difficile une opération, et non pas à la faire manquer. Je vous dis ceci pour l’avenir.

 Bonaparte 

Collection  Napoleon

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 Ordre de prendre position pour maintenir Le Fayoum

 Au général Desaix

 

Quartier général, au Caire, 3 brumaire an VII
(24 octobre 1798)

Je reçois, Citoyen Général, votre lettre du 29 vendémiaire. Votre aide de camp vous donnera des détails de ce qui est arrivé au Caire ; la tranquillité se trouve actuellement parfaitement rétablie.

Prenez la position qui vous sera la plus commode pour reposer votre division et tenir en respect le Fayoum, la province de Beny-Soueyf et, si vous le pouvez, celle de Minyeh. Tâchez de lever des chevaux dans les trois provinces. Procurez-vous aussi des chevaux non seulement pour pouvoir atteler les trois pièces d’artillerie que vous avez, mais les trois autres que l’on est prêt à vous envoyer. Communiquez le plus souvent qu’il vous sera possible avec le quartier général. Il est essentiel que votre hôpital se trouve dans un point d’où il puisse communiquer facilement avec Le Caire ; il serait bon que ce fût sur le Nil.

Les trois dépôts de votre division vont vous envoyer tous les habits et pantalons qu’ils ont de faits. Ils ont reçu de quoi confectionner :

La 61e 800 habits 1 600 pantalons La 88e 600 habits 1 200 pantalonsLa 21e 900 habits 1 800 pantalonsFaites-moi envoyer par un officier du génie une reconnaissance, avec croquis, du Fayoum et de toute la partie que vous avez parcourue. Toutes les fois qu’il y aura au dépôt de votre division 50 hommes de disponibles, on vous les enverra.Donnez-moi le plus souvent possible des nouvelles des Mameluks.

Bonaparte

Collection Napoléon

 

Publié dans : Desaix, l'expédition d'Egypte | le 22 janvier, 2008 |2 Commentaires »

Passation de pouvoirs, Kleber commandant en chef de l’armée d’Egypte.

 

 

Commandement de l’armée d’Égypte laissé
au général Kléber ; Instructions et conseils
Au général Kléber

Quartier général, Alexandrie, 5 fructidor an VII
(22 août 1799)

Vous trouverez ci-joint, Citoyen Général, un ordre pour prendre le commandement en chef de l’armée. La crainte que la croisière anglaise ne reparaisse d’un moment à l’autre me fait précipiter mon départ de deux ou trois jours.

Je mène avec moi les généraux Berthier, Lannes, Murat, Andréossy et Marmont, les citoyens Monge et Berthollet.

Vous trouverez ci-joints les papiers anglais et de Francfort jusqu’au 10 juin ; vous y verrez que nous avons perdu l’Italie ; que Mantoue, Turin et Tortone sont bloqués. J’ai lieu d’espérer que la première de ces places tiendra jusqu’à la fin de novembre. J’ai l’espérance, si la fortune me sourit, d’arriver en Europe avant le commencement d’octobre. Vous trouverez ci-joint un chiffre pour correspondre avec le Gouvernement et un autre pour correspondre avec moi.

Je vous prie de faire partir, dans le courant d’octobre, Junot ainsi que les effets que j’ai laissés au Caire et mes domestiques. Cependant je ne trouverais pas mauvais que vous engageassiez à votre service ceux qui vous conviendraient.

L’intention du Gouvernement est que le général Desaix parte pour l’Europe dans le courant de novembre, à moins d’événements majeurs.

La commission des arts passera en France sur un parlemen­taire que vous demanderez à cet effet, conformément au cartel d’échange, dans le courant de novembre, immédiatement après qu’ils auront achevé leur mission. Ils sont, dans ce moment, occupés à ce qui reste à faire, à visiter la haute Égypte. Cepen­dant, ceux que vous jugeriez pouvoir vous être utiles, vous les mettriez en réquisition sans difficulté.

L’effendi fait prisonnier à Aboukir est parti pour se rendre à Damiette. Je vous ai écrit de l’envoyer en Chypre. Il est porteur, pour le grand vizir, de la lettre dont vous trouverez ci-jointe la copie.

L’arrivée de notre escadre de Brest à Toulon et de l’escadre espagnole à Carthagène ne laisse aucune espèce de doute sur la possibilité de faire passer en Égypte les fusils, les sabres, pistolets, fers coulés dont vous avez besoin et dont j’ai l’état le plus exact, avec une quantité de recrues suffisante pour réparer les pertes de deux campagnes. Le Gouvernement vous fera connaître alors, lui-même, ses intentions, et moi-même, comme homme public et comme particulier, je prendrai des mesures pour vous faire avoir fréquemment des nouvelles.

Si, par des événements incalculables, toutes les tentatives étaient infructueuses, et qu’au mois de mai vous n’ayez reçu aucun secours ni nouvelles de France, et si, cette année, malgré toutes les précautions, la peste était en Égypte et vous tuait plus de 1 500 hommes, perte considérable, puisqu’elle serait en sus de celle que les événements de la guerre vous occasionneraient journellement, je pense que, dans ce cas, vous ne devez point vous hasarder à soutenir la campagne prochaine, et que vous êtes autorisé à conclure la paix avec la Porte Ottomane, quand bien même l’évacuation de l’Égypte devrait en être la condition principale.

Il faudrait simplement éloigner l’exécution de cette condition, si cela était possible, jusqu’à la paix générale.

Vous savez apprécier aussi bien que personne, Citoyen Général, combien la possession de l’Égypte est importante à la France. Cet empire turc, qui menace ruine de tous côtés, s’écroule aujourd’hui, et l’évacuation de l’Égypte par la France serait un malheur d’autant plus grand que nous verrions, de nos jours, cette belle province en d’autres mains européennes.

Les nouvelles des succès ou des revers qu’aurait la Répu­blique en Europe doivent aussi entrer puissamment dans vos calculs.

Si la Porte répondait aux ouvertures de paix que je lui ai faites, avant que vous n’eussiez reçu de mes nouvelles de France, vous devez déclarer que vous avez tous les pouvoirs que j’avais, entamer la négociation, persister toujours dans l’assertion que j’ai avancée que l’intention de la France n’a jamais été d’enlever l’Égypte à la Porte, demander que la Porte sorte de la coalition et nous accorde le commerce de la mer Noire, et enfin six mois de suspension d’hostilités, afin que, pendant ce temps-là, l’échange des ratifications puisse avoir lieu.

Supposant que les circonstances soient telles que vous croyiez devoir conclure ce traité avec la Porte, vous ferez sentir que vous ne pouvez pas le mettre à exécution qu’il ne soit ratifié ; et, selon l’usage de toutes les nations, l’intervalle entre la signature d’un traité et sa ratification doit toujours être une suspension d’hostilités.

Vous connaissez, Citoyen Général, quelle est ma manière de voir sur la politique intérieure de l’Égypte ; quelque chose que vous fassiez, les chrétiens seront toujours nos amis. Il faut les empêcher d’être trop insolents, afin que les Turcs n’aient pas contre nous le même fanatisme que contre les chrétiens, ce qui nous les rendrait irréconciliables. Il faut endormir le fanatisme en attendant qu’on puisse le déraciner. En captivant l’opinion des grands cheikhs du Caire, on a l’opinion de toute l’Egypte et de tous les chefs que ce peuple peut avoir. Il n’y en a aucun moins dangereux pour nous que des cheikhs qui sont peureux, ne savent pas se battre, et qui, comme tous les prêtres, inspirent le fanatisme sans être fanatiques.

Quant aux fortifications, Alexandrie et El-A’rych, voilà les deux clefs de l’Égypte. J’avais le projet de faire établir, cet hiver, des redoutes de palmiers : deux depuis Sâlheyeh à Qatyeh, deux de Qatyeh à El-A’rych ; une de ces dernières se serait trouvée à l’endroit où le général Menou a trouvé de l’eau potable.

Le général de brigade Sanson, commandant le génie, et le général de brigade Songis, commandant l’artillerie de l’armée, vous mettront au fait chacun de ce qui regarde son arme.

Le Citoyen Poussielgue a été exclusivement chargé des finances ; je l’ai reconnu travailleur et homme de mérite. Il commence à avoir quelques renseignements sur le chaos de l’administration de ce pays.

J’avais le projet, si aucun événement ne survenait, de tâcher d’établir, cet hiver, un nouveau système d’imposition, ce qui aurait permis de se passer, à peu près, des Coptes. Cepen­dant, avant de l’entreprendre, je vous conseille d’y réfléchir longtemps ; il vaut mieux entreprendre cette opération un peu trop tard qu’un peu trop tôt.

Des vaisseaux de guerre français paraîtront indubitable­ment cet hiver à Alexandrie ou à Bourlos ou à Damiette. Faites construire une batterie ou une tour à Bourlos. Tâchez de réunir 5 ou 600 Mameluks que, lorsque les vaisseaux français seront arrivés, vous ferez arrêter dans un jour au Caire ou dans les autres provinces et embarquer pour la France. Au défaut des Mameluks, des otages d’Arabes, des cheikhs-el-beled qui, par une raison quelconque, se trouveraient arrêtés, pourraient y suppléer. Ces individus, arrivés en France, y seraient retenus un ou deux ans, verraient la grandeur de la nation, prendraient de nos mœurs et de notre langue, et, de retour en Égypte, nous formeraient autant de partisans.

J’avais déjà demandé à plusieurs fois une troupe de comédiens ; je prendrai un soin particulier de vous en envoyer. Cet article est très important pour l’armée et pour commencer à changer les mœurs du pays.

La place importante que vous allez occuper en chef va vous mettre à même de déployer les talents que la nature vous a donnés ; l’intérêt de ce qui se passe ici est vif, et les résultats en seront immenses sur le commerce et la civilisation ; ce sera l’époque d’où dateront de grandes révolutions.

Accoutumé à voir la récompense des peines et des travaux de la vie dans l’opinion de la postérité, j’abandonne l’Égypte avec le plus grand regret. L’intérêt de la patrie, sa gloire, l’obéissance, les événements extraordinaires qui viennent de s’y passer, me décident seuls à passer au milieu des escadres ennemies pour me rendre en Europe. Je serai d’esprit et de cœur avec vous ; vos succès me seront aussi chers que ceux où je me trouverais moi-même, et je regarderai comme mal employés tous les jours de ma vie où je ne ferai pas quelque chose pour l’armée dont je vous laisse le commandement, et pour consolider le magnifique établissement dont les fondements viennent d’être jetés.

L’armée que je vous confie est toute composée de mes enfants ; j’ai eu, dans tous les temps, même au milieu de leurs plus grandes peines, des marques de leur attachement dans ces sentiments ; vous le devez par l’estime et l’amitié toute particulière que j’ai pour vous, et pour l’attachement vrai que je vous porte.

Bonaparte

Dépôt de la guerre

Publié dans : Desaix, l'expédition d'Egypte | le 22 janvier, 2008 |Commentaires fermés

Journal de voyage en Suisse et Italie

 

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 Desaix avait coutume de noter ses impressions de voyage dans des cahiers dont la plupart sont perdus, c’est ainsi qu’il raconta son excursion de 1797.

Durant l’été, tandis qu’il traversait les cantons Suisse et visitait le nord de l’Italie, il tint un journal ou Desaix y retraça son voyage, de sa fine et presque illisible écriture il griffonne rapidement ses impressions.

 

Le journal disponible sur le lien ci-dessous.

Journal de voyage du général Desaix : Suisse et Italie (1797)  

 

 

 

DESAIX et Vivant DENON, les amis des Arts.

.

Dominique Vivant Denon, baron Denon, né à Givry ou Chalon sur Saône, le 4 janvier 1747 et mort à Paris le 27 avril 1825, est un graveur, écrivain, diplomate et administrateur français.  Il est le grand précurseur de la muséologie, de l’histoire de l’art et de l’égyptologie.

Placé à la tête de la section  » littérature et arts » de l’Institut d’Egypte, Denon était surtout connu pour son goût des antiques et comme auteur d’une commédie, Julie ou le Bon Père (1769), et d’un petit roman licencieux, Point  de lendemain (1777).

Homme des Lumières, attaché d’ambassade (Russie, Suède, Suisse, puis Naples, où il prit le goût de l’archéologie, écrivain, érudit, peintre et dessinateur. Membre de l’Académie royale de peinture et de sculpture, il est proche du peintre Jacques Louis David, qui le recommande à Robespierre. Au plus fort de la Terreur, il se réfugie à Venise. Sous le Directoire, il était un familier de Joséphine de Beauharnais, il participe à l’expédition d’Egypte, parcourant la Haute-Egypte à la suite de Desaix. Il admire Bonaparte qui le lui rend bien. Habile à la flatterie, il sait aussi prendre des risques malgré ses cinquante-deux ans.   

Il obtient sans peine de suivre la division Desaix lorsque celle-ci remonte la vallée du Nil à la recherche des mamelouks de Mourad Bey qui si sont réfugiés.

Son périple, qui le conduit sur le site de Thèbes, à Philae, Kôm Ombo et jusqu’à Assouan s’avère très inconfortable : » Les dessins, je les ai faits le plus souvent sur mon genou, ou debout, ou même à cheval, je n’ai jamais pu en terminer un seul à ma volonté, puisque, pendant toute une année, je n’ai pas trouvé une seule fois une table assez bien dressée pour y poser une règle ».

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Loin du mécénat tranquille des cours princières, la « protection » des sciences et arts reprend sur le terrain son sens premier. Républicain des lettres curieux d’antiquités, Desaix ne perd rien de la clairvoyance de l’homme de guerre ni de la parole de l’homme d’honneur.

Cette harmonieuse composition est bien illustrée par la réponse du général à l’impatience que Denon manifeste d’aller reconnaître les ruines d’Abydos, à al-‘Araba : « Je veux vous y conduire moi-même, Mourat-bey est à deux journées, il arrivera après-demain, il y aura bataille, nous déferons son armée, l’autre après-demain nous ne penserons plus qu’aux antiquités, et je vous aiderai moi-même à les mesurer. Nous passâmes vis-à-vis les antiquités, Desaix n’osoit pas me regarder. Tremblez, lui dis-je, si je suis tué demain, mon ombre vous poursuivra, et vous l’entendrez sans cesse autour de vous répéter, El-Araba.

Il se souvint de ma menace, car cinq mois après il envoya de Siouth l’ordre de me donner un détachement pour m’y accompagner. Avec lucidité, Denon ajoute :   » Il avait raison le bon Desaix le surlendemain, c’était la bataille de Samanhûd et quand sa raison n’auroit pas été bonne, il auroit bien fallu que je m’en accommodasse. »

Denon rédige en fait son Voyage à son retour en France, à partir de notes et croquis pris sur le vif.   

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Voyages dans la basse et haute Egypte, pendant les campagnes de Bonaparte. 

Il réussit dans son voyage à alimenter imaginaire glorieux et oriental, faisant oublier l’échec militaire de l’expédition.

Mémorialiste, il n’hésite pas à revisiter le passé à sa connaissance du futur, comme lorsqu’il quitte Desaix pour suivre Belliard qui remonte le Nil :   « Je devois rejoindre bientôt Desaix, nous avions fait la veille mille projets pour l’avenir, nos adieux furent cependant mélancoliques, cette fois, notre séparation me parut plus douloureuse. Devois-je penser que, si jeune, ce seroit lui qui me laisseroit dans la carriere, que ce seroit moi qui le regretterois? nous nous séparâmes, et je ne l’ai plus revu. »

et aussi:    » Le 4, Desaix partit avec la cavalerie pour aller chercher Elfy-bey, que nous avions laissé derrière nous à la droite du fleuve. Je n’avais pas encore quitté Desaix depuis que j’étais sorti du Caire : j’ose dire avec quelque orgueil que ce fut un chagrin pour tous deux ; nous avions passé ensemble des moments si doux et si répétés, marchant au pas côte à côte pendant douze à quinze heures de suite ; nous ne causions pas, nous rêvions tout haut; et souvent, après ces séances si longues, nous nous disions : Combien nous aurons de choses à nous dire le reste de notre vie ! Que d’idées administratives, sages, philanthropiques, arrivaient à son âme quand le son de la trompette ou le roulement du tambour cessaient de lui donner la fièvre guerrière. Que de notes intéressantes me fournirait aujourd’hui son étonnante mémoire ! avec quel avantage je le consulterais ! avec quel intérêt il verrait mon ouvrage, qu’il aurait regardé comme le sien ! En s’éloignant de moi pour quelques moments, il semblait qu’il voulût par degrés m’accoutumer à le quitter. »

Mais, pour les membres de l’Institut d’Égypte ou de la Commission des sciences et arts, le héros n’est pas seulement militaire et républicain. Ainsi, pour Denon, Desaix est un savant, un curieux, un ami des arts.

Membre de la mission envoyée en haute Égypte en mars 1799 sous les ordres de Girard pour en étudier le régime du Nil et le système d’irrigation, le jeune polytechnicien Devilliers rapporte que Desaix « fut assailli à coups de pierres par les sauvages habitants  » du village de Gournah, près de la Vallée des Rois à Thèbes.

Livré à son amour pour les arts, Desaix s’était distrait en allant parcourir les curiosités de l’ancienne capitale qu’il venait de conquérir.

Que de vainqueurs avant lui avaient passé sur ce sol avec des dispositions bien différentes, ne songeant qu’à porter le ravage et la ruine dans tous ces monuments que Desaix, lui eût voulu rendre à leur premier état et à leur antique splendeur!Ensemble, face aux vestiges de l’antique Oxyrhinchos, ils méditent encore sur le thème des ruines :    « Mon ami, me dit-il, ceci n’est-il point une erreur de la nature ? rien n’y reçoit la vie ; tout semble être là pour attrister ou épouvanter ; il semble que la Providence, après avoir pourvu abondamment les trois autres parties du monde, a manqué tout-à-coup d’un élément lorsqu’elle voulut fabriquer celle-ci, et que, ne sachant plus comment faire, elle l’abandonna sans l’achever. – N’est-ce pas bien plutôt, lui dis-je, la décrépitude de la partie du monde la plus anciennement habitée ? ne seroit-ce pas l’abus qu’en auroient fait les hommes qui l’a réduite en cet état ? Dans ce désert il y a des vallées, des bois pétrifiés ; il y a donc eu des rivieres, des forêts : ces dernieres auront été détruites ; dès-lors plus de rosée, plus de brouillards, plus de pluie, plus de rivieres, plus de vie, plus rien. »

 DESAIX et Vivant DENON, les amis des Arts. dans Desaix et Vivant Denon Denon-Egypte-Ernest-Bourdin

 Un autre épisode, est l’occasion pour Denon de préciser le caractère de Desaix :    « Nous approchions de Tintyra [Denderah]: j’osai parler d’une halte, mais le héros me répondit avec humeur, cette défaveur ne dura qu’un moment, bientôt, rappelé à son naturel sensible, il vint me rechercher, et partageant mon amour pour les arts, il se montra leur ami, et peut-être plus ardent que moi. Doué d’une délicatesse d’esprit vraiment extraordinaire, il avoit uni l’amour de tout ce qui est aimable à une violente passion pour la gloire, et à un nombre de connoissances acquises les moyens et la volonté d’ajouter celles qu’il n’avoit pas eu le temps de perfectionner, on trouvoit en lui une curiosité active qui rendoit sa société toujours agréable, sa conversation continuellement intéressante. »

Publié dans : Desaix et Vivant Denon | le 30 novembre, 2007 |1 Commentaire »

Un document signé Desaix

 

 

Desaix

Un document signé par Desaix  le 19 Decembre 1795

Ce document  présente le profil d’un nommé Jean François Figuier,  lieutenant en deuxième dans le 8ème régiment de chasseurs

Publié dans : Desaix. un document | le 30 novembre, 2007 |Commentaires fermés
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