Archive pour la catégorie 'IL Y A DEUX SIECLES.'

Profanation des tombes royales.

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Profanation des tombes Royales.

Basilique de Saint-Denis.

ou

Le vandalisme révolutionnaire.

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« Il y a dans la Révolution française un caractère satanique qui la distingue de tout ce qu’on a vu et peut-être de tout ce qu’on verra…il n’y a plus de prêtres, on les a chassés, égorgés, avilis; on les a dépouillés. Et ceux qui ont échappé à la guillotine, aux buchers, aux poignards, aux fusillades, aux noyades, à la déportation, reçoivent aujourd’hui l’aumône qu’ils donnaient jadis. Les autels sont renversés, on a promené dans les rues des animaux immondes sous des vêtements des pontifes. Les coupes sacrées ont servi à d’abominables orgies. Et sur ces autels que la foi antique environne de chérubins éblouis, on a fait monter des prostituées nues.»  (Joseph de Maistre. Considérations sur la France.1796.)

Afin de fêter la prise des Tuileries du 10 août 1792, le conventionnel, Barère, propose au nom du Comité de Salut Public, de détruire les tombes royales. Dom Poirier (ancien bénédictin de l’abbaye de Saint-Denis, est nommé commissaire de l’Institut, et à ce titre, chargé d’assister à l’exhumation)  a été le principal témoin oculaire de l’exhumation et de la profanationdes tombeaux royaux (ainsi qu’ Alexandre Lenoir). Il a assisté à l’exhumation, une première fois le 6 le 7 et 8 août 1793. Mais, c’est lors de la seconde vague de profanation en octobre 1793, qu’ont été véritablement réalisées les exhumations.

.Un témoin:

Parmi les profanateurs des sépulcres on reconnaissait un grand nombre d’ouvriers des Carmes, de la Force, et de l’abbaye, mais ici il manquait une grande joie aux septembriseurs, ils n’avaient à frapper que des rois, que des reines, que des princes et princesses de pierres, ici point de douleur, point de cris, pas d’agonie et surtout pas de sang. Le bruit que l’on entendait dans les souterrains de la mort, n’était que celui des pics de fer contre le granit et le marbre des tombes, mais les cris des victimes manquaient, ceux qu’on immolaient restaient muets dans leur cercueils. Si des voix s’élevaient c’étaient celles des profanateurs, les éclats de rire, les jurements,les blasphèmes étaient hideux à entendre sous ces voûtes consacrées au repos de la mort.

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Journal d’extraction des cercueils Royaux..

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..Cliquez sur les dossiers pour les agrandir.

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Alexandre Lenoir, défendant les monuments de l’abbaye de Saint-Denis.,

 Quand les témoins se copient les uns les autres.

Publié dans:IL Y A DEUX SIECLES. |on 9 novembre, 2007 |3 Commentaires »

Un métier d’autrefois.

Les marchands de rêves.

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Nous sommes fascinés par cet inconnu, sans âge, buriné par l’air des grands chemins, qui sortait de sa hotte ou de son grand sac les menues merveilles. Patriarche d’un autre temps déjà, presque sorcier. Son air rustique, son langage imagé et direct, fait de formules mi-savantes, mi-paysannes, lui attirait auprès des campagnards un certain respect.

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Les colporteurs.

 

Le marchand de jouets - David Henry Friston

Le marchand de jouets et de rêves.

L’histoire du colportage est liée à la difficulté de vivre dans les pays de montagnes, les colporteurs viennent le plus souvent des Alpes, (Savoie, val d’Aoste, etc )…les plus célèbres de ces personnages venaient des hauts pays de l’Oisans où le colportage a été pendant des siècles un phénomène typique de cette région montagneuse. Mais dans leur grande majorité ils sont montagnards et souvent frontaliers. Qu’ils soient vosgiens, savoyards ou gascons, ils sont tous issus de cantons peu alphabétisés.

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Ces pittoresques personnages qui sillonnaient les villages et les hameaux, la « balle au dos ».

On trouve des colporteurs oeuvrant un peu dans toutes les contrées du pays, Vosgiens, Savoyards, Bretons, Alsaciens, Picards, Normands, Gascons, il y en avait aussi en Suisse et en Italie.

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Gerard Portielje The Itinerant Vendor

Ces errants sont aussi issus du petit commerce, souvent essence rurale. Il s’agit de très petits commerçants mal achalandés et à la merci de défaut de clientèle. Mais alors, le hasard ou la malchance transforme alors le colporteur en vagabond.

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Le colporteur d’oiseaux et de volailles.

Ces colporteurs tombent parfois dans la mendicité et le vagabondage, du fait d’accidents de toute sorte, maladies, vols, qui conduisent à la perte de leur cargaison. Le colportage ne serait-il donc finalement qu’un avant-vagabondage, notamment en ce qui concerne les merciers vendant des objets de menue valeur, telles que des images saintes.  

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 Le marchand d’oublies. (petite pâtisserie) 

Ces petits marchands au détail ont un travail particulièrement pénible puisqu’ils transportent fréquemment, à dos d’homme, des balles de plusieurs dizaines de kilos. 

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Le colporteur de bijoux.

Les colporteurs partaient à pied, ou en charrette pour les plus fortunés, pendant la période hivernale. Le colporteur parcourait énormement de kilomètres, se rendant même dans les fermes les plus isolées. Il préférait aller directement chez le client, plutôt que s’installer sur la place des villages. Peu à peu, il arrivait ainsi à avoir une clientèle fidèle, y retournant chaque année à la même époque.

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Le repos du colporteur.

Il dormait à la belle étoile ou dans des granges. Les colporteurs étaient donc des marchands ambulants,  ils transportaient leurs marchandises dans des « balles en bois », dans ces « balles », ils rangeaient leur marchandise achetée chez un marchand en gros ou en règle générale, la marchandise se payait au retour, grâce à l’argent gagné lors du voyage. .

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Le colporteur marchand d’images..

Le colportage de librairie.

La presse écrite est d’abord apparue sous différentes formes, les nouvelles qui étaient manuscrites, les occasionnels, les libelles, les placards, les almanachs. Souvent il s’agissait de simples feuilles volantes. Cette presse plus ou moins clandestine était vendue en librairie et par colportage. En plus des almanachs, les images et les recueils de chansons, apparaissent de façon régulière dans les balles des marchands ambulants. 

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Le libraire ambulant.

En 1602, Jacques Oudot, imprimeur à Troyes, lance une série de livrets  imprimés sur du papier bon marché, avec des caractères usagés et illustrés d’anciennes gravures sur bois  qu’il fait vendre par des colporteurs (merciers ou crieurs) dans toute la France. De petits formats (14 x 7 ou 21 x 15 cm), ils étaient présentés sous une couverture de papier bleu qui servait habituellement à emballer les pains de sucre.

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La marchande de dentelles.

. Les colporteurs étaient aussi des marchands ambulants qui vendaient un large éventail de produits, dont du fil, des boutons,

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des lunettes, des tissus, des livres, des bulletins, des journaux, des toiles, des estampes, des objets de fer, de bois ou de verre, encre, plumes, enfin presque de tout, car l’on manquait de tout dans les zones rurales les plus reculées..

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 La mercerie sont les produits préférés du colporteur.

Le colporteur diffuse d’abord des produits de l’industrie locale, puis il offre un assortiment de tissus nécessaire à la famille, à la maison, toutes sortes de coton, du coutil, du droguet, de la serge, de la flanelle, de la toile, de la moleskine. Il propose aussi quelques vêtements de travail et du linge de maison.

 

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Le marchand de plâtres ambulant, colporteur de figurines napoléoniennes.

Ils sont des personnages connus et attendus qui, toute à la fois, amènent les outils de la distraction et les nouvelles de la ville.

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Le marchand de chansons.

Je suis le vagabond, le marchand d’oublies,
je n’ai que des chansons à mettre dans les cœurs.

 Ils étaient des marchands ambulants qui parcouraient les chemins en annonçant à voix haute leurs marchandises ou leurs services pour attirer la clientèle. 

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Colporteur avec une boite obscure.

 ..Le grand nombre de colporteurs voyageant à travers la France et les pays étrangers, n’était pas sans inquiéter les autorités, le colportage est très sévèrement réglementé car le Directoire craint qu’il ne propage une propagande contre-révolutionnaire. C’est ainsi que le 15 décembre 1815, une circulaire du ministre de la Police obligea chaque colporteur ou marchand ambulant à se munir d’un livret délivré dans l’arrondissement de son domicile habituel. Ce livret devait être visé par chacune des autorités locales où le colporteur passait.

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Le colportage a aujourd’hui disparu de nos vallées, sa mémoire subsiste encore auprès des derniers marchands ambulants.

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Publié dans:IL Y A DEUX SIECLES. |on 9 novembre, 2007 |14 Commentaires »

Bérézina. La bataille de Bolchoï-Stakhov.

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         Où sont les grands, les intrépides soldats de la Grande Armée?… la neige des steppes russes a gardé le secret de leur mystérieuse sépulture… ils dorment!… leur lance gît à leur coté, leur bon cheval repose étendu à leurs pieds, la faim a tué le coursier comme le froid a saisi le cavalier. Tous ont subi patiemment leur destinée, tous sont tombés sur le chemin de la retraite comme une longue suite de victimes, tous ont subi la même destinée, la mort les a enveloppés à la fois.

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       C’est l’histoire de tous les isolés, trainards, qui ont souffert un supplice de si longue durée, soit fugitifs et se cachant au fond des bois, soit prisonniers des Russes et livrés à la garde des Cosaques. 

      Ils étaient plus de quatre cent mille, leur marche ressemblait à la course sans frein d’un torrent, c’était une immense ligne d’acier éclatante aux rayons du soleil. Dans leurs rangs on eût entendu les dialectes de tous les peuples, c’était Babel en mouvement.

      Parmi ces courageux soldats prêts à courir au canon pour exécuter la pensée suprême d’un conquérant et ses rêves de civilisation par la guerre et qui les a conduit dans l’immense déroute de Moscou, il y avait des Espagnols, des Portugais, des Allemands, des Italiens, des Belges, des Suisses, des Croates, des Tyroliens, des Egyptiens (restes de la garde consulaire) des Prussiens, des Autrichiens, des Polonais, etc…

     On ignore encore le nombre immense de Français qui allèrent peupler la Sibérie. Marcher et ne pouvoir se roposer, souffrir et ne pouvoir expirer, voilà le résultat de cette pitoyable odyssée.

 

 

14 Décembre 1812.

La Grande Armée n’existe plus.

Cette désastreuse campagne de Russie, se ferme sur une page de gloire: 

Le passage de la Bérézina

 

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De juin à décembre 1812, la Grande Armée compta jusqu’à 647 000 combattants, de ceux-ci, pas plus de 100 000 arrivèrent jusqu’à la Bérézina, dont seulement 36 000 sous les armes. Le reste n’étant plus qu’une foule sans organisation.

Pour Napoléon l’essentiel était de sauver les troupes régulières encore valides, le corps des officiers généraux, l’artillerie, la trésorerie, c’est-à-dire tout ce qui lui était indispensable pour continuer à se battre contre la coalition européenne.

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Il lui fallait ordonner que les troupes en parfait état traversent la Bérézina d’abord, ce qui nécessitait de faire préserver leur accès aux ponts et d’en tenir à l’écart la foule s’y amassant. Quand, dans son entourage, on se risqua à lui faire remarquer les blessés, les malades, les soldats sans affectation et les civils qui attendaient patiemment leur tour de traverser, Napoléon aurait répondu, dit-on;   « Qu’ai-je à faire de ces gueux, qu’ils se débrouillent ! » (Joseph de Maistre. Moscou. La défaite de Napoléon, dans Rodina/la Patrie, N°6-7/1992, p.163.)

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Sur les blessés agonisant le long de la route, le magnétisme n’agissait plus, le contraire eût été surprenant. Peu avant Borissov, gisait sur la neige un employé de l’administration de l’armée qui venait d’avoir les deux jambes brisées par un chariot. Comme Napoléon passait à cheval à la tête de l’escadron sacré, cet homme se souleva sur ses bras: « Voilà, s’écria-t-il, ce misérable pantin qui nous mène depuis dix ans comme des automates! Camarades, il est fou, méfiez-vous de lui, il est devenu cannibale! Le monstre vous dévorera tous! »  L’Empereur passa sans paraître le voir ni l’entendre. 

 

La bataille de Bolchoï-Stakhov.

28 Novembre 1812

 

 Ney m’a pris à part et quand nous sommes sortis, m’a dit en allemand: «Notre position est inouïe, si Napoléon se débrouille aujourd’hui, c’est le diable qui vit en lui.» (Général Rapp)

 

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  .Pendant ce temps, dans les bois du village de Stakhov bordants la rive droite de la Bérézina, le 28 novembre, vont se réaliser les pires craintes, la bataille va faire rage, il faut protéger les abords des ponts lieu de passage des survivants l’armée française. 

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Pour le 100ème anniversaire du passage le 29 novembre 1912 on a commencé la construction du monument près du village de Brili, où les cendres de deux mille combattants russes de l’armée du Danube reposent sous des tertres funéraires dans les fosses communes. Avec l’argent recueilli par la souscription des officiers et des soldats, la construction a été conduite et finie en six mois.

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Les auteurs du monument sont le peintre I. Misko et l’architecte S.I. Samtsévitch. La solution est simple et expressive: une plaque commémorative est fixée sur un immense bloc de granit. Nous pouvons lire l’inscription en français et en biélorusse : « Ici l’Armée de Napoléon a franchi la Bérézina 26-29 novembre 1812. Hommage aux soldats qui disparurent alors ». Actuellement le mémorial est érigé sur les terres d’un kolkhoze portant le nom de Koutouzov, ex-champ de Brili. Il est surveillé par les pompiers du centre Républicain de formation cantonné dans le village de Svetlaya Rochtcha.  Il est consacré aux Français péris ici dans la région des villages de Stoudianka et de Brili en novembre 1812.   Au fond nous apercevons la Bérézina et le village de Stoudianka. . 

L’amiral Tchitchagov trompé par les manoeuvres des français, se tenait près de la ville de Borisov, il avait enfin compris la situation, Napoléon allait franchir la rivière au passage de Studianka.

Dés le matin il dépêche la 9ème et la 18ème division d’infanterie en renfort aux généraux Kornilov et Tchaplits, car ceux-ci avaient déjà commencé les hostilités avec les effectifs existant sans attendre l’arrivée de renforts. Les Russes vont attaquer simultanément sur les deux rives, à Brilli (rive droite), et à Studianka (rive gauche). Dès la pointe du jour, le canon annonça par son tonnerre que, sur la rive gauche, Wittgenstein, arrive par la route de Borisov avec ses 40.000 hommes, et sur la rive droite c’est Tchitchagov avec ses 27.000 hommes, marchant contre les entrées des ponts. Heureusement, le terrain boisé sur lequel se déroulent les combats, de la rive droite, sont peu propices au déploiement en ligne et les Français résistent désespérément, en de violents combats de tirailleurs.

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 Témoignage du soldat suisse Bussy :  « Nos rangs s’éclaircissent. On n’ose plus regarder à droite et à gauche, de crainte de ne plus voir son ami, son camarade. Nos rangs se resserrent, notre ligne se raccourcit et le courage redouble. Horrible carnage ! Pour arriver devant nos ponts, il faut qu’ils nous passent dessus, qu’ils nous écrasent tous jusqu’au dernier. On ne sent pas le froid. » 

Oudinot est blessé, Ney le remplace et repousse les Russes sur Borisov. 

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Témoignage du Baron de Bausset :   »Le maréchal Oudinot, atteint d’une balle dans le côté, fut obligé de se retirer. Le général Legrand, l’un de nos plus habiles généraux, y fut aussi blessé. Alfred de Noailles y fut tué. ».

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Sur la rive gauche, les troupes de Victor, qui a, depuis 9 heures du matin, toute l’armée de Wittgenstein a combattre, tiennent tête à un ennemi largement supérieur en nombre, continuant de protéger les ponts aux abords desquels se presse une horde de traînards et une masse de voitures et de bagages. Pendant des heures, cette foule va entendre siffler les boulets que l’on tire d’une rive à l’autre, par-dessus leurs têtes.   

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Sur la rive gauche en couverture de Studianka, dans une magnifique action, 800 cavaliers, conduits par le colonel von Laroche, repoussent ceux de Wittgenstein (34e chasseurs), qui sont pourtant cinq fois plus nombreux. Mais ils vont être bientôt contraints d’abandonner le terrain. 

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            La confusion est intense, Éblé et ses pontonniers essayant en vain de canaliser cette foule désespérée. 

Témoignage du général Rapp :  « Je vis des charges d’infanterie et de cavalerie très brillantes ; celles que conduisait le Général Fournier (en fait, le colonel Fournier promu général le 11 novembre 1812, a quitté le champ de bataille, blessé gravement à la jambe) surtout étaient remarquables par leur ensemble et leur impétuosité. »

L’amiral Tchitchagov, ne sachant pas commander des troupes sur terre, demanda au général Ivan Vasilievich Sabanéev de diriger les forces Russes sous son commandement, mais aussitôt celui-ci fit la faute de déployer plus de la moitié des ses tireurs en une large chaîne avant d’arriver jusqu’au lieu des combats. Le maréchal Ney ayant remarqué cette erreur avait déjà jeté de la cavalerie à l’attaque, les cavaliers français se sont frayé a coups de lances et de sabres un chemin à travers la première chaîne et ensuite ont visé la colonne trop étendue des tireurs de Sabanéev, alors la position des Russes s’est avérée critique. C’est à ce moment que Tchaplits a jeté à l’assaut les deux escadrons des hussards de Pavlodar et ont enfoncé les rangs de la cavalerie française. Sur la gauche des Russes existaient des petites plaines ou se trouvait une partie de la 18é division d’infanterie Russe en réserve et commandée par le général Sherbatov. C’est contre cette division Russe que le général Doumerc vint faire une charge avec ses deux régiments de cuirassiers, une charge tout à fait inattendue. Surprise par cette attaque furieuse qu’elle n’avait pas imaginée, car les cuirassiers de Doumerc débouchant entre les arbres et les broussailles avec rapidité, cette division Russe fut sabrée et enfoncée, malgré les dragons de Saint-Petersbourg qui survinrent en secours.  

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Charge des cuirassiers de Doumerc, le sabre haut levé, peut-être le colonel Dubois commandant le 7e cuirassiers.

« toute l’affaire fut glorieuse pour les Français qui étaient en nombre très inférieur. » (Langeron)

Toile du peintre Edouard Detaille, cette toile nous montre des cuirassiers très rutilants, aucune trace des stigmates de privations ni de souffrances enfin de vrais soldats de Napoléon bien repus et en pleine forme, la réalité est autre, ce sont des soldats en guenilles transis de froid, montés sur des chevaux mal nourris qui ont étés les héros de cette charge, pour cette raison les soldats de Detaille sont « faux ». 

 Ce qui est confirmé par un témoin nommé Labaume (Eugène, géographe et officier d’ordonnance d’Eugène de Beauharnais)  « Ces braves cuirassiers, exténués par l’excès des fatigues et des privations en tout genre, firent des prodiges de valeurs… »

Le général comte de Langeron, émigré français servant dans les rangs russes, écrira que la charge de la poignée de cavaliers français est  » un bien beau fait d’armes, qui fit un grand honneur au général Doumerc et à ses cuirassiers… »   venant d’un ennemi le compliment a son prix.

 La route de Stakhovo et de Borissov était un chemin forestier étroit qui ne permettait d’installer seulement deux pièces d’artillerie près de la sortie de la forêt avant le village de Brilli, mais chaque paire de canons était incapable de tenir sous le feu continu ennemi plus d’une heure, les gens et les chevaux tombaient, c’est pourquoi on tirait par équipe, en changeant les canons et les canonniers. Pendant six heures leur feu fut continuel et terrible. Les artilleurs du capitaine Arnoldi ont fait un exploit sans pareil, sans épargner leurs vies ils ont défendu ce chemin qui était la seule voie à travers les bois impénétrables de la rive droite de la Bérézina.

Langeron (émigré français au service de l’armée Russe) reconnaîtra que, pendant tout le temps du combat, jamais les batteries russes ne purent maîtriser celles des Français. Il reconnaît aussi que le 12e et 22e régiments de chasseurs Russes placés près de la Bérézina furent presque entièrement détruits. Les combats furent très sanglants, nous y perdîmes 7000 de nos meilleurs soldats. Il écrira au sujet de l’Amiral Tchitchagov; « il ne se donna pas la peine de venir donner des ordres ou des conseils et resta, très philosophiquement dans une maison du hameau (Stakhov) situé en arrière des bois et je l’y trouvai, le soir, prenant tranquillement le thé. » 

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Rive droite, le village de Stakhov, la route qu’empruntèrent les soldats Russes, afin de stopper à Brilli la retraite des Français. C’est ici, que l’Amiral Tchitchakov avait son quarier général.. 

Les combats les plus sanglants ont eu lieu dans les bois de Stakhov, toute la journée du 28 novembre jusqu’à 11 heures du soir. La bataille fut chaude, malgré un froid très vif. La charge des cuirassiers du général Doumerc fut déterminante et la maitrise du champ de bataille resta aux Français, mais cependant la bataille de Bolchoï-Stakhov fut une victoire française chèrement acquise sur la route de la retraite.

Dans ce terrible affrontement du 28 novembre, les pertes des deux parties furent élevées, elles témoignent de l’acharnement de la bataille, cependant les pertes Russes furent plus importantes que celles des Français.

La route de Zembin, la route de la retraite était ouverte.

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A la nuit, entre neuf heures et minuit, Victor et ses hommes passèrent la rivière, profitant de l’inattention de l’ennemi. Aussitôt sur la rive droite Victor fait mettre en batterie les restes de son artillerie malgré des soldats épuisés de fatigue, il a perdu près de 3.000 hommes, les Russes le double. Héroïquement les Français ont pu conserver la rive gauche et l’accès aux ponts.

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Éblé et Victor, repassèrent la rivière et s’efforcèrent de faire bouger pour éviter qu’ils ne restent sur la rive gauche, cette foule inerte de milliers d’hommes abrutis par le froid et qui attendent, de façon incompréhensible la levée du jour, pour passer eux aussi les ponts, alors que la route est libre. Cette nuit là, les ponts sont encore présents, mais l’aube, apportera l’ordre donné par l’empereur, ils doivent être détruits!. 

 

D’Eblé, brûle les ponts.

Le 29 novembre à huit heures et demi, le général d’Eblé, apercevant les cosaques sur les talons de l’extrême arrière garde française (la division Girard), Éblé ne pouvant plus reculer, la mort dans l’âme, donna l’ordre fatidique, qu’il avait retardé d’une heure ou deux, sauvant ainsi encore quelques centaines de malheureux, de couper les ponts et d’y mettre le feu. C’est alors, l’ultime ruée, accompagnée d’une immense clameur, la foule stationnée sur la rive gauche de la Bérézina offrit un spectacle de désarroi, hommes, femmes, enfants, poussaient des cris de désespoir. Certains voulurent passer sur la rive droite en se jetant dans le pont enflammé, d’autres essayèrent de traverser la rivière à la nage au milieu des glaçons ou en se hasardant sur la glace qui céda sous leur poids et les engloutit.

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.Le sergent Bourgogne : «  Nous avions passé une mauvaise nuit. Beaucoup d’hommes de la Garde impériale avaient succombé. Il pouvait être 7 heures du matin. C’était le 29 novembre. J’allai encore auprès du pont, afin de voir si je rencontrerais des hommes du régiment. Ces malheureux, qui n’avaient pas voulu profiter de la nuit pour se sauver, venaient, depuis qu’il faisait jour, mais trop tard, se jeter en masse sur le pont. Déjà l’on préparait tout ce qu’il fallait pour le brûler. J’en vis plusieurs qui se jetèrent dans la Bérézina, espérant la passer à la nage sur les glaçons, mais aucun ne put aborder. On les voyait dans l’eau jusqu’aux épaules, et là, saisis par le froid, la figure rouge, ils périssaient misérablement. J’aperçus, sur le pont, un cantinier portant un enfant sur sa tête. Sa femme était devant lui, jetant des cris de désespoir. Je ne pus en voir davantage ; c’était au-dessus de mes forces. Au moment où je me retirais, une voiture dans laquelle était un officier blessé, tomba en bas du pont avec le cheval qui la conduisait, ainsi que plusieurs hommes qui accompagnaient. Enfin, je me retirai. On mit le feu au pont ; c’est alors, dit-on, que des scènes impossibles à peindre se sont passées. Les détails que je viens de raconter ne sont que l’esquisse de l’horrible tableau.  »

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Des scènes horribles se déroulent.

Le comte de Ségur : «  Comme dans toutes les circonstances extrêmes, les cœurs se montrèrent à nu, et l’on vit des actions sublimes! et des actions infâmes. Suivant leurs différents caractères, les uns, décidés et furieux, s’ouvrirent le sabre à la main un horrible passage. Plusieurs frayèrent à leurs voitures un chemin plus cruel encore ; ils les faisaient rouler impitoyablement au travers de cette foule d’infortunée qu’elles écrasaient. Dans leur odieuse avarice, ils sacrifiaient leurs compagnons de malheur au salut de leurs bagages. D’autres, saisis d’une dégoûtante frayeur, pleurent, supplient et succombent, l’épouvante achevant d’épuiser leurs forces. On en vit, et c’étaient surtout les malades et les blessés, renoncer à la vie, s’écarter et s’asseoir résignés, regardant d’un oeil fixe cette neige qui allait devenir leur tombeau ! …

On aperçut des femmes au milieu des glaçons, avec leurs enfants dans leurs bras, les élevant à mesure qu’elles enfonçaient, déjà submergées, leurs bras roidis les tenaient encore au-dessus d’elles ! Ces flots de misérables roulaient les uns sur les autres, on n’entendait que des cris de douleur et de rage ! Parmi eux des femmes, des mères, appelèrent en vain d’une voix déchirante leurs maris, leurs enfants, dont un instant les avait séparées sans retour, elles leur tendirent les bras, elles supplièrent qu’on s’écartât pour qu’elles pussent s’en approcher, mais emportées çà et là par la foule, battues par ces flots d’hommes, elles succombèrent sans avoir été seulement remarquées. Dans cet épouvantable fracas d’un ouragan furieux, de coups de canon, du sifflement de la tempête, de celui des boulets, des explosions des obus, de vociférations, de gémissements, de jurements effroyables, cette foule désordonnée n’entendait pas les plaintes des victimes quelle engloutissait . » Aucune plume ne peut décrire la désolation qui s’offrit à nos yeux lorsque les Russes prirent possession de la rive gauche. »..

Les Cosaques massacrent un nombre de survivants estimé à entre 5000 et 10000. Beaucoup d’enfants, dont les parents avaient péri dans la traversée, furent recueillis par les villageois. Incapables de les nourrir, ils vendirent les orphelins aux hobereaux de la région qui payaient deux roubles pour une fillette de 6-7 ans et encore moins pour un garçon. En grandissant, les enfants oublièrent leur langue maternelle, leur famille et leur origine et se crurent biélorusses. Il y eut, d’ailleurs, des cas exceptionnels, tel celui de la petite Maria Sola, fille de l’Intendant principal de la pharmacie de l’armée française, que le juge L.Soutovitch, de Borisov, ramena à moitié gelée des bois de Stoudianka. Il la donna à la comtesse Sophie Tyszkiewicz, qui éleva l’orpheline avec ses filles puis l’aida à rechercher sa famille. En 1824, Maria, rentra en France où elle retrouva dans la société la place qui était la sienne.

Ce fut aussi une catastrophe pour les populations locales. Pour préparer la traversée, les sapeurs français détruisirent complètement les habitations des villages de Stoudianka et Bitcha et utilisèrent leurs rondins pour construire les ponts. Les paysans durent se réfugier dans les forêts, où ils devinrent vite des proies faciles pour les maraudeurs. Plus de la moitié de la population de ces villages périt et les survivants durent abandonner, pendant plusieurs années, ces lieux ravagés.

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Ayant ramassé prisonniers et trophées, les armées Russes continuèrent à poursuivre l’ennemi. Elles n’eurent pas le temps d’enterrer les corps des soldats de la Grande Armée abandonnés autour des ponts et dans les forêts voisines. Les recherches à Stoudianka ont commencé sur les deux bords de la rivière. Les autorités locales ont ordonné de nettoyer les champs de bataille et la rivière. On a rassemblé les paysans de tout le district. On a découpé la glace. On a découvert des équipages entiers congelés. On tirait de la neige des biens jetés. On ramassait dans les bois aux environs une multitude de Français gelés. Des dizaines de milliers de cadavres français ont été enterrés dans les immenses fosses communes autour de Stoudianka. On a aussi recueilli beaucoup de biens pillés et récupérés de Moscou par les Français, des statues de marbre, des tableaux, des services de très belle qualité de porcelaine et de cristal, de l’argenterie de table, des objets en or. Ce n’est qu’en février-mars 1813 que le gouverneur civil de Minsk donna l’ordre d’enlever les cadavres. Pendant deux mois les paysans ramassèrent, enterrèrent ou brûlèrent 40 296 cadavres dans le seul district de Borisov, dont 8 052 à Stoudianka même. Les chiffres ne sont qu’approximatif car de nombreux cadavres avaient déjà été enterrés par les locaux qui redoutaient des épidémies. D’après des sources sérieuses, une énorme fosse commune ou plusieurs, fut construite à l’orée sud de Stoudianka. Là, des représentants de presque tous les pays d’Europe qui avaient participé à la campagne de 1812 trouvèrent leur dernière demeure. 

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On a encore ouvert un monument sur le Champ de Brili la veille du 150ème anniversaire de la Guerre nationale. C’est une stèle de fonte ornée d’un haut-relief aux sujets militaires et historiques (œuvre du lauréat du prix d’Etat N.A. Ryzhenkov ayant gagné le concours républicain en automne 1961). Les reliefs en fonte ont été coulés à Minsk à l’usine de construction de machines-outils. La construction du monument a commencé au milieu de 1962 et l’ouverture a eu lieu le 18 octobre 1962.  Après le meeting d’ouverture on a tiré des salves d’artillerie pour cet évènement. Le monument porte une inscription en relief: « Pendant le passage de l’armée napoléonienne à travers la Bérésina le 26-28 (14-16) novembre 1812 les troupes russes ont détruit les restes de l’armée des envahisseurs napoléoniens pendant les batailles prés de la ville de Borisov et des villages de Stoudianka et Stakhovo ».

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 Dans le bois de la rive droite proche des monuments qui sont voisins, se trouvent plus d’une dizaine de Kourgans (tumulus), qui correspondent probablement à des ensevelissements en masse de février-mars 1813, des morts de la bataille de 28 novembre 1812, sur cette rive, dont beaucoup de soldats russes, car leurs pertes furent aussi très importantes.En 1813, on a entrepris le nettoyage du lit de la Bérésina près de Stoudianka sur l’ordre du gouvernement, des valises, des coffres remplis d’argenterie, des lingots d’argent et d’or, des pierres précieuses et beaucoup d’autres objets ont été retrouvés dans la rivière. Des recherches seront encore faites plus tard dans l’espoir de retrouver le trésor de Napoléon. L’imagination allait bon train. Tout avait été pillé et emporté de Moscou par les soldats Français, on pensait qu’ils avaient caché leur butin avant d’être achevé par le terrible hiver russe. Cette idée agite l’esprit des hommes encore de nos jours, de nombreuses publications à ce sujet continuent dans les journaux et les revues, mais le trésor reste introuvable. Le nombre de trouvailles à Stoudianka et ses environs diminuent rapidement avec le temps, il ne faut pas compter encore récupérer quelques restes, mais le lieu de ce désastre n’a pas encore entièrement ouvert tous ses secrets.

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Un grand groupe de Français dont les parents sont restés à jamais sur les bords de Bérésina est arrivé pour l’ouverture du monument. Le groupe français était présidé par M. Fernand-Emile Beaucour, Directeur du Centre d’Etudes Napoléoniennes à Paris. L’ambassadeur de France en Biélorussie monsieur Bernard Fassier dans l’intervention au sujet de l’ouverture du monument a déclaré: »Dans la conscience du peuple français la Bérésina s’associe à une série de malheurs qui poursuivaient la campagne de l’armée napoléonienne… J’incline la tête devant le souvenir des soldats français et russes qui ont fait la guerre ici. J’incline la tête devant la terre biélorusse, qui est devenue le refuge pour ces soldats. »

C’est sur le site de la bataille victorieuse de Bolchoï-Stakhov, où l’armée française, une armée de fantômes et quelques soldats valides, réussit à déjouer l’encerclement des trois armées russes a sa poursuite, celle de Koutouzov, de Tchitchagov, de Wittgenstein, que nous les Français, avons érigé notre monument à la traversée de la Bérézina par l’armée française, une armée en lambeaux.

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Le misérable Amiral.

Qui a laissé Napoléon gagner la bataille et s’échapper de Russie.

Cependant Napoléon lui-même, et ses dix maréchaux, tous les généraux de corps d’armée et même divisionnaires, à l’exception de Partouneau, toute la garde, plus de deux mille officiers et presque sept mille soldats les plus combatifs ont échappé à l’encerclement et sont partis.  L’aigle français a été grièvement blessé mais pas tué et n’a pas été capturé, de plus il s’est sauvé. Ce fait a été reconnu par Koutouzov affligé.

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L’Amiral Tchitchagov, chassé de Russie

Le misérable Amiral, c’était le nom que donnaient les Russes à l’Amiral Tchitchagov, après le passage de la Bérézina, et la fuite des français. L’épouse même du Feld-Maréchal Koutouzov disait haut et fort a qui voulait l’entendre que « Wittgenstein avait sauvé Saint-Petersbourg, que son mari avait sauvé la Russie, mais que l’Amiral Tchitchagov avait sauvé Napoleon ».

On peut comprendre, pourquoi non seulement les Français, mais aussi un nombre des sommités de l’historiographie européenne, russe et soviétique (Karl von Clausewitz, M.Bogdanovitch, Е.Tarlé) en sont venus à la conclusion, que « le passage de Berezina représente le succès napoléonien remarquable », car « l’armée française a pleinement sauvé ici l’honneur et même s’est couvert d’une nouvelle gloire ».

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Le 5 décembre 22h, à Smorgoni, Napoléon quitte cette armée de vagabonds qui ne l’intéresse plus.

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« Eh bien, le brigand est donc parti! – Oui, il vient de partir à l’instant. Il nous a déjà fait le coup en Egypte. » Étonné de cette expression de brigand, j’appris avec surprise par la suite de la conversation qu’il s’agissait de Napoléon. Peu de temps après, l’armée fut instruite officiellement de ce départ.
(René Bourgeois, chirurgien-major du régiment Dauphin-Cuirassier)

Le 19 décembre 1812.

Murat, le major général Berthier et les maréchaux avaient atteint Koenigsberg, où ils établirent leur quartier général. La Vieille Garde les avait rejoint le même jour, et selon le rapport des effectifs que le maréchal Lefebvre remit à l’état major le lendemain, elle ne comportait plus que 1471 hommes debout, sur les 7000 du début de la campagne, 500 seulement pouvaient tenir une arme. Toute la Jeune Garde avait été détruite, 10000 malades ou blessés s’entassaient dans les hôpitaux de la ville. Parmi ces malades atteints d’une maladie contagieuse que les médecins appelaient la « fièvre de congélation » se trouvaient les généraux Lariboisière et Eblé. Le général Lariboisière, commandant en chef de l’artillerie, mourut de cette maladie le 21 décembre, il ne s’était pas consolé de la mort de son fils, tué à la bataille de la Moskowa.

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Le général Eblé, nommé à sa place, ne survécut que dix jours à son chef, la fatigue les eaux glacées de la Bérézina eurent raison de sa santé.

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Avec lui, pour les mêmes raisons, succombe la presque totalité de la centaine de pontonniers qui s’étaient mis à l’eau pour sauver l’armée. De ceux-là, il n’en restait que douze, quant aux trois cents autres pontonniers, un quart seulement avait survécu.

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Le  «coucou » y a laissé des plumes, mais il n’est pas mort. (Aigle Impérial, Musée de Borisov) 

Pendant que les débris de la Grande Armée, superbe de puissance et d’orgueil six mois plus tôt arrivaient tant bien que mal, les uns à Koenigsberg, les autres sur la Vistule, Napoléon, lui, arrive à Paris, le 18 décembre,  le terrible 29e bulletin  l’avait précédé de deux jours. A onze heures trente du soir, il entrait aux Tuileries pour embrasser Marie-Louise et son fils, lui il était sauvé et indemne, tout au moins physiquement. 

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Armée française arrivant à Vilnius.

L’histoire de la campagne de Russie, commencée par des victoires à la « Pyrrhus » suivie d’une désastreuse retraite, avait une page de gloire, grâce au Général Elbé et à ses pontonniers qui, accompagnés d’un exceptionnel courage, allaient permettre d’être sauvé à ce qui restait de la Grande Armée.

Saluons aussi le courage et la bravoure des divisions des maréchaux Victor, Oudino, et Ney qui, sur les deux rives, repoussaient toutes les attaques de Wittgenstein et de Tchichagov.

Napoléon: « Au bout du compte, dit-il à Narbonne, qu’est-ce que tout ceci m’a couté? 300000 hommes et encore, il y avait beaucoup d’Allemands là dedans. »  

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Un spectacle horrible et surprenant, une vaste surface de marbre blanc  sur laquelle auraient été  déposées les têtes de centaines de chevaux.

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La Bérézina à Brili et Stoudianka, en aval de 300 mètres du lieu de passage. Aujourd’hui sur ses rives tout est calme, les clameurs de frayeur, de haine et de désespoir se sont tues. Ici la Bérézina était gorgée de corps raidis par la glace, d’hommes, de femmes, d’enfants et de chevaux, piétinés, écrasés, éventrés ou noyés.

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Epilogue.  

Cette habitude du succès nous a couté bien cher en Russie. La glorieuse habitude d’aller toujours en avant avait fait de nous de vrais écoliers en fait de retraite. On n’a jamais plus mal combiné une retraite. Jamais convois ne marchèrent plus mal. La fortune lui avait si souvent souri qu’il ne put jamais la croire tout à fait infidèle. (Armand Augustin Louis de Caulaincourt)

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Napoléon et Alexande, les faux amis.

 Les événements de l’époque 1812 depuis longtemps appartiennent au passé. Mais le passage de la Bérézina, ne fût-il pas une nouvelle page glorieuse de l’histoire impériale?

Le général Major VAN VLIFMEN, membre de la Chambre des Pays-Bas, a écrit, en 1908 à ce sujet: « il fût un chef d’oeuvre de tactique, un exploit sans pareil dans les fastes militaires »..

Etrangement les habitants de Borisov ne connaissent pas ou ne veulent pas connaître le lieu de cette bataille pourtant célèbre autour de la Bérézina, ni les monuments commémorant cette affaire, ils sont seulement à une quinzaine de kilomètres de Brili, après de vaines demandes à différentes personnes, enfin,  un habitant nous a indiqué la route à prendre. Ayant demandé un jour à un ami Bielorusse la raison de cette lacune des gens de Borisov et en général du peuple Biélorusse, (à part quelques érudits d’histoire nationale), la réponse a été la suivante, « Vous les Français connaissez mieux l’histoire de notre pays que nous même », mais pour les Bielorusses cet affrontement n’est pas une victoire, du moment que Napoléon avait pu s’échapper, alors ils préfèrent occulter ces évènements de leur mémoire..

Mais cependant dans le fond de leur coeur, les Bielorusses se rappellent les batailles grondant ici en 1812 et qui ont été la cause de nombreux malheurs. Les réquisitions des troupes aussi bien russes que napoléoniennes ont ruiné des centaines de villages biélorusses. Les denrées alimentaires et le fourrage ont été saisis par les uns et les autres. Des dizaines de milliers d’hommes ont été recrutés aux armées russes et françaises. La guerre a emporté presque 1.000.000 de vies de la population civile biélorusse ce qui signifie, qu’un Biélorusse sur quatre est mort de la famine et des maladies. Certes, les couches de la population qui vivaient sur ces terres avaient une attitude différente par rapport à cette guerre. Les Polonais voyaient en Napoléon et dans sa campagne l’espoir de la renaissance de la République Polonaise. Ce qui explique la participation et le rôle dans cette guerre des détachements polonais. Ils ont, par tous les moyens, aidé Napoléon. . 

 

Quand les soldats de la Grande Armée deviennent des sujets du Tsar! 

 

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 Ecoutez ce chant Bielorusse.

Régulièrement, Bielorusses et Bielorusses d’origine française, viennent se recueillir sur le bord de la Bérésina. Ils déposent des couronnes dans le silence et la prière et les lancent dans la rivière en chantant des hymnes anciens. Depuis cette terrible époque, les cérémonies rappellent à la mémoire les pertes de tous ces hommes morts pour cette guerre inutile qui a contribuée à l’histoire commune de deux peuples.

 

 

 

Publié dans:IL Y A DEUX SIECLES. |on 30 septembre, 2007 |4 Commentaires »

NAPOLEON : MISE AU POINT

NAPOLEON EN ITALIE 

Le 21 septembre 1794 , un nouveau représentant, Turreau de Linières, avait été désigné pour les fonctions de commissaire auprès de l’armée d’Italie. Turreau vient de se marier et cette nomination lui permet d’offrir à sa jeune épouse (Félicité, 24 ans, la fille d’un chirurgien de Versailles ) un voyage de noces sur la Côte d’Azur. Il arrive, et Bonaparte entreprend aussitôt auprès de Mme Turreau la campagne séductrice « à l’intention du mari » qu’il a déjà menée auprès de Mmes Carteaux et Ricord et qu’il reprendra plus tard auprès de Mme Carnot.  On ne se battait plus, sur les Alpes, et la charmante jeune femme s’en désolait, elle qui s’était attendue, frétillante, à voir de loin « parler la poudre ».  Afin de calmer sa déception, Bonaparte organise pour elle un petit spectacle de massacre. « Il en coûta la vie à quatre ou cinq soldats »,pas plus, racontera-t-il, bonhomme, à Bertrand, au mois d’octobre 1818. Dans le Mémorial de Sainte-Hélène, Napoléon dit de Turreau: « Représentant à l’armée de Nice, assez insignifiant. »

A Pavie, se sont réfugiés dix mille paysans fuyant les horreurs de la conquête. Ils font mine de créer là une résistance, charges de cavalerie, le canon tire à mitraille dans les rues. La troupe demande qu’on lui livre la ville. Accordé ! Douze heures pour la mise à sac. Avis du 28 mai: «Tout village où sonnera le tocsin sera, sur-le-champ, incendié».  Massacres à Faenza, à Imola, à Vérone. Bien sûr que les envahisseurs trouvent des collaborations. Mais Bonaparte sait à quoi s’en tenir. Lettres à Paris des 26 septembre et 10 octobre 1797: «Ces peuples nous haïssent», «qu’on ne s’exagère pas l’influence des prétendus patriotes piémontais, cisalpins, gênois, si nous leur retirions, d’un coup de sifflet, notre appui militaire, ils seraient tous égorgés ».

NAPOLEON EN EGYPTE 

Il a maté les Egyptiens par les moyens usuels, bombardement de la mosquée du Caire, exécutions persuasives en série (parfois seulement pour avoir mal parlé des Français), répression foudroyante d’un mouvement de fellahs.

Il y a l’incident de route, près de Jaffa, des deux mille prisonniers que Bonaparte, plutôt que de les nourrir (on ne va surtout pas les relâcher !) trouve plus commode de les faire exterminer, dans les dunes, à l’arme blanche, afin d’économiser les munitions, et il y aura, au retour, encore à Jaffa, l’autre incident, les pestiférés. Les dévots de Napoléon ont longtemps maintenu la légende, et la peinture officielle s’en est mêlée, du général au grand coeur, touchant sans effroi les bubons de ses soldats mourants. Et que de cris pour protester contre l’infamie calomniatrice de la rumeur, mais non, Bonaparte n’a pas « touché les bubons », il les a fait tuer, ses malades!

 

NAPOLEON ET SES SOLDATS 

 Mais un million d’hommes, par sa grâce, mourront d’une autre manière, dans les carnages de sa ”gloire”. 

NAPOLEON : MISE AU POINT  dans IL Y A DEUX SIECLES. blesses

 L’épopée napoléonienne, gluante de sang, ne revêt toute sa dimension que si des chiffres l’accompagnent. Austerlitz! 23 000 morts, mais, quand on a le coeur bien placé, les cadavres d’Austerlitz disparaissent dans le soleil du même nom. Eylau! 50 000 hommes tombent. Wagram ! Napoléon y bat son propre record (55 000 tués), qu’il surpassera à Borodino, un gala qui coûte aux deux armées quelque 80 000 soldats. Sur les services sanitaires dans l’armée impériale, il faut lire le journal du chirurgien Percy, le matériel est dérisoire, le personnel presque inexistant, les amputations se pratiquent sans anesthésie, la gangrène s’installe, le blessé grave, dans la Grande Armée, est un condamné à mort. Napoléon a interdit, du reste, de relever, pendant l’action, les hommes qui s’écroulent, il se méfie des déserteurs, dont le nombre se multiplie.  La France, dit Napoléon Bonaparte, est  »un nid de soldats« , de soldats gratuits. Que pèse la vie de ces “c… » (encore un mot censuré, du vocabulaire de l’empereur)?  

(Georges Blond, La Grande Armée, 1804-1815, éd. Laffont)

 

NAPOLEON EN ESPAGNE 

Insurrection à Madrid à l’annonce de la tentative par les Français d’emmener l’infant don Francisco à Bayonne Murat dirige ses troupes depuis la porte San Vicente, dans le prolongement du palais royal. Quatre colonnes françaises venant des portes s’avancent en convergeant vers la Puerta del Sol. Des lanciers, des mameluks dévalent la calle de Alcala sous une pluie de tuiles, de pavés, on lance même des meubles, les insurgés tirent des fenêtres, des soupiraux au ras du sol.

L’ennemi le plus détesté, ce sont les mameluks, descendants des Maures, anciens maîtres de l’Espagne, ils ont de larges culottes rouges, un turban blanc, une ceinture chatoyante. Des grappes humaines s’accrochent a leurs étriers, a la queue des chevaux, crevant le ventre des montures, les cavaliers sont jetés à terre, poignardés. Ceux qui échappent a l’étreinte féroce chargent et chargent encore, manient avec une adresse incroyable leur cimeterre courbe, on voit voltiger des têtes. Les soldats français, exaspérés a la vue des cadavres de leurs camarades, ne font pas de quartier. Toute maison d’où l’on a tiré est envahie, saccagée, les habitants percés de baïonnettes, les moines d’un couvent devant lequel agonise un mameluk sont tous décapités, leurs têtes jetées par les fenêtres. 

 

 NAPOLEON EN RUSSIE 

C’est Ney, encore lui, qui, avec les survivants de la division Loison, encore eux, va défendre Kovno pour laisser à des bandes désespérées le temps de franchir le Niémen. Des 400 000 hommes qui l’ont traversé d’ouest en est entre le 24 et le 30 juin 1812, combien vont le repasser, partie sur les ponts, partie sur la glace? Les dénombrements précis faits plus tard dans des bureaux à quatre cents lieues du fleuve glacé sont illusoires. Disons que sur 400 000 hommes, il en revint 10 000, ou 20 000. Les Russes ont fait 100 000 prisonniers. Tout le reste est mort. La Grande Armée n’existe plus. Mais Napoléon est rentré en France pour chercher 300 000 soldats.

(Ref: Henri GUILLEMIN, Napoléon tel quel, 1969. Editions de Trévise, Paris.)  

18-juin-1815-PROTAIS-300x150 dans IL Y A DEUX SIECLES.

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Publié dans:IL Y A DEUX SIECLES. |on 30 septembre, 2007 |Commentaires fermés

Fournier Sarlovèse ou une légende tenace…

 

  Fournier Sarlovèse… 

Faut-il croire les Mémoires ?)

Un sabreur extravagant, mais fascinant. 

 Un intrépide soldat, indiscipliné, caractériel, qui fut le démon de l’Empire et le cauchemar de Napoléon. 

Ce général d’Empire serait le plus mauvais sujet de l’armée ?

 

  L’Histoire gardera de lui que ses frasques, ses éternels et interminables duels, dont les plus célèbres seront identifiés au général Dupont, oubliant l’ardeur, la valeur et la générosité de cet officier dans les combats sanglants de l’Empire. 

 Oublions les fautes de l’homme et inclinons-nous devant l’héroïsme du soldat dans la journée du 28 décembre 1812. Sans lui, de l’aveu même du duc de Bellune (maréchal Victor), la Grande Armée eût eu pour linceul les eaux glacées de la Bérézina.

 François Fournier (1772-1827) qui était vraiment cet officier de cavalerie du premier Empire, ce chef de cavalerie hors pair, connu pour ses charges tant en Espagne qu’en Russie et dont la littérature et le cinéma en ont dressé un portrait peu flatteur, de séducteur brutal, de duelliste effréné, de pilleur sanguinaire. Reprise par de nombreux «historiens», cette légende s’est développée en se déformant au fur et à mesure du temps, chacun voulant apporter son coup de pinceau pour mieux noircir le personnage.

Un caractère entier, des colères soudaines et un tempérament orgueilleux, ont fait de lui un personnage excentrique que ses contemporains ont peu apprécié et à qui les historiens n’ont su rendre justice.

En confrontant les témoignages des uns avec les autres, alors on découvre un homme élégant cavalier, un tireur incomparable, courageux et cultivé, est peu ressemblant à l’image qu’on a voulu lui donner.

Fidèle aux convictions républicaines de sa jeunesse, opposant à Napoléon, il a gardé toute sa vie durant une constance remarquable, sachant cultiver ses amitiés. (Pierre-Henri Zaidman)

 

Un personnage de roman.

De Fournier est inspiré le roman de Joseph Conrad « Le duel » rendu célèbre par l’adaptation cinématographique qu’en a fait Ridley Scott en 1977 sous le titre « Les duellistes. »  L’œuvre de Conrad est le récit du plus célèbre duel livré par le général Fournier.

Fournier Sarlovèse  ou  une légende tenace... dans IL Y A DEUX SIECLES. fournier

 Au passage des ponts de la Bérezina, des actions déterminantes sur les armées Russes, afin de rendre aveugle les canons de Wittgenstein.

  Son nom aurait pu être inscrit sur l’Arc de Triomphe.  

 

Une adolescence mouvementée.

Fils d’un aubergiste de Sarlat, François Louis Fournier, né en 1772, est l’aîné de sept enfants,  il révèle trés tôt des dispositions pour le chant religieux et se fait remarquer aux offices du dimanche.  Il possède aussi des prédispositions exceptionnelles pour l’étude, et  se mit à étudier le Latin qu’il finit par parler aussi bien que le Français En classe il se montre studieux et attentionné, mais à l’extérieur, il révèle un égal penchant pour les jeux violents.

 A l’annonce de la Révolution, il sert dans la Garde nationale de sa ville puis,  il vient à Paris pour s’employer à l’étude de procureur d’un de ses parents, d’où il s’engage dans la Garde constitutionnelle au milieu de fils de nobles qu’il méprise.  Gagné par les idées révolutionnaires, il la quitte très vite et obtient un brevet sous Montesquiou, de sous-lieutenant au 9e hussards. 

Affecté à l’armée des Alpes en (1792-1793), il se fait remarquer pour son talent de parole qui font de lui un orateur apprécié et pour ses prises de position ultra jacobines, ce qui lui vaut d’être emprisonné à Lyon. Il parvient à s’évader et a se faire réintégrer dans l’armée du Nord, puis dans celle de Sambre-et-Meuse. Toujours Jacobin, il est destitué pour de prétendues indélicatesses financières (détournement de fonds de la caisse du régiment). 

Il revient à Sarlat où il multiplie les actions spectaculaires contre la réaction thermidorienne et les bons bourgeois de sa ville, d’autant qu’ ils doivent renoncer à une réparation par les armes, Fournier étant d’ une force  redoutable au sabre et au pistolet, ne laissant aucune chance à ses adversaires.  Poursuivi, il retourne à Paris.

 

Il se met au service d’Augereau. 

Il devient l’aide de camp d’Augereau avec lequel il participe au coup d’Etat du 17 fructidor, manœuvré par Barras, puis à la campagne d’Allemagne en qualité de président du conseil de guerre. De passage à Paris en 1798, il est mêlé à l’affaire du café Garchy où se bagarrent des gardes nationaux et des royalistes. Il ne suit pas Augereau dans sa disgrâce et obtient malgré son manque d’expérience et, après un subterfuge, le commandement (colonel) du 12e hussards qui est vacant depuis l’expédition d’Irlande.

 

La rencontre avec Dupont(pas celui de la honteuse réédition de Baylen  et de sa participation à la condamnation du Maréchal Ney)

En 1794 il s’était déjà taillé une solide réputation de querelleur et duelliste. Déjà, pour des raisons futiles, on se querellait facilement dans l’armée, mais les hussards étaient les plus craints et Fournier le plus terrible de tous. Se trouvant à Strasbourg il provoqua et tua en duel le jeune Blumm, un strasbourgeois, soutien de famille nombreuse. L’affaire fit grand bruit dans la ville. Le soir même le général Moreau devant donner un bal et, craignant le scandale, chargea son aide de camp, le capitaine Dupont, de lui barrer la route. Mais Fournier qui n’était pas homme à se laisser barrer le chemin, provoqua Dupont en duel, ainsi  commençèrent les fameux duels avec Dupont, une affaire qui dura plus de 19 ans.

Lorsqu’il fut obligé de s’en retourner à Sarlat, qu’adviendrait-il de son duel avec Dupont ?  Alors usant de ses talents de juristes il proposa à Dupont une charte ainsi libellée : 

- Article 1er. Chaque fois que MM. Dupont et Fournier se trouveront à trente lieues de distance l’un de l’autre, ils franchiront chacun la moitié du chemin pour se rencontrer l’épée à la main ;
- Article 2. Si l’un des deux contractants se trouve empêché par son service, celui qui sera libre devra parcourir la distance entière, afin de concilier les devoirs du service et les exigences du présent traité ;
- Article 3. Aucune excuse autre que celles résultant des obligations militaires ne sera admise ;
- Article 4. Le traité étant fait de bonne foi, il ne pourra être dérogé aux conditions arrêtées du consentement des parties.

   

 L’Italie fut le terrain de ses premiers exploits. 

 Le 12e hussards est intégré à l’armée de réserve basée à Dijon, chargée d’appuyer Masséna en difficulté en Italie.  Fournier s’illustre à plusieurs occasions. Le 18 mai 1800, à l’attaque des ennemis à Châtillon, il charge à la tête de 100 hommes de son régiment. Il brille ensuite à Chiusella, Chivasso, Montebello, Casteggio et  à  Marengo où le 12e hussards et le 21e chasseurs défont la cavalerie ennemie à Castel-Ceriolo. Il combat brillamment à Ala et Bassano.

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 Marengo,  charge du 12e hussards.

L’antipathie de Napoléon vis-à-vis de Fournier, a fait que ses faits d’armes, comme ici à Marengo, ne seront pas récompensés.

 

Les premiers différends avec Napoléon.

Fournier n’aime pas Bonaparte, il est républicain et le déclare… Il n’hésite pas devant le Premier consul en personne à critiquer son goût pour l’autorité lui préférant la «République romaine». Malgré des citations élogieuses dans les rapports et dans les bulletins de l’armée, il est ignoré par Bonaparte qui se rattrape en lui décernant avec retard des pistolets d’honneur. Néanmoins il lui refuse le grade de chef d’escadron en raison de son manque d’ancienneté.

 

 Il est très bel homme, il chante et danse a ravir. 

 Fournier était un homme  bien bâti et le haut du corps bien formé, puissant, une taille mince et des jambes musclées. Il avait aussi un beau visage, les cheveux noir de jais, courts et ondulés, les yeux bleu vif. (Laure Junot, duchesse d’Abrantès, mémoires)

Au moins un soldat, le maréchal Michel Ney, détestait Fournier et le considérait comme une petite brute, probablement en raison de la façon dont il s’y prenait pour provoquer des duels, qu’il savait en sortir vainqueur.

De retour provisoire à Paris pour demander le retour de son régiment, il mène une vie mondaine avec la belle Fortunée Hamelin  dont il ignore qu’elle est aussi la maîtresse de Savary et une indicatrice de Fouché, alors ministre de la Police, tout en exprimant ouvertement, y compris devant Bonaparte, ses opinions fortement empreintes des idées républicaines.

Fortunée Hamelin par Appiani musée Carnavalet

Madame Hamelin, née Jeanne Geneviève Fortunée Lormier-Lagrave (1776-1851)

Fournier promis de faire passer Bonaparte sous le ventre de son cheval  et il en vient à se vanter: «Vous connaissez ma force au pistolet, eh bien, je me charge de descendre ce jean-foutre à vingt pas, d’une balle au front.» 

La conspiration  Polangis.

Les anciens camarades et connaissances de Fournier se nommaient Mortier, Junot, Augereau, Lefebvre, Davout, Masséna, Bernadotte, Delmas et Donnadieu. 

Gabriel Donnadieu

Gabriel Donadieu (qui deviendra lui aussi général et qu’on appelait aussi parfois Donne au diable) fit la même promesse d’assassiner le nouveau maître à la première parade.

Mais les murs avaient de grandes oreilles, celles de Fouché. 

Le 2 mai, Antoine Delmas fut intimé de s’éloigner d’au moins 30 lieues de la capitale. Delmas qui avait osé dire à Bonaparte: « Il ne reste plus qu’à changer vos dragonnes en chapelets. Quant à la France elle n’a plus qu’à se consoler de la perte d’un million d’hommes, qu’elle aura inutilement sacrifiés pour mettre fin aux pasquinades que vous ressuscitez. » 

Donadieu fut arrêté le 3 mai. 

Mêlé à un supposé complot, Fournier est mis en arrestation, au moment où la proposition de consulat à vie du Premier consul est soumise au vote de l’armée. Après avoir été enfermé au Temple pendant quelques temps, un ordre d’exil le confine en Périgord.

Fouché l’a dit dans ses mémoires: « cette conspiration des Généraux n’était pas bien méchante ni dangereuse .»

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Maison natale d’Etienne de La Boétie, né le 1er novembre 1530.

Après la Révolution elle devient la propriété du général- comte Fournier-Sarlovèze.

 

 Dans l’incertitude. 

La disgrâce dure trois longues années, il ronge son frein et tente de réintégrer l’armée tout en continuant à maudire Napoléon.  Un ordre l’envoie bientôt après en Amérique, sur les vaisseaux de l’expédition commandée par l’amiral Villeneuve. Mais débarqué, il est à nouveau remis à la disposition du ministre de la Guerre, qui lui prescrit de rejoindre Orléans.

 

 Une carrière relancée en Italie. 

Après avoir reçu de multiples courriers et demandes d’intervention, Napoléon fléchit et le 15 mai 1806, Fournier est nommé à l’armée de Naples avec le titre d’adjudant commandant à l’état-major de Reynier, sous les ordres de Masséna, pour lutter contre les insurgés de Calabre. L’expérience de guérilla dans les montagnes ne lui apporte aucune gloire mais Masséna est satisfait de son comportement.

 

 Un hussard en Pologne. 

Protégé par le célèbre général Lasalle qui trouve en Fournier un bon alter ego prêt à toutes les frasques, il devient chef d’état-major de ce dernier juste avant la bataille d’Eylau et se distingue en 1807 dans plusieurs charges de cavalerie à Guttstadt. Il sert brillamment pendant toute la campagne de Pologne et, malgré son opposition ouverte à l’Empereur, il obtient la Légion d’honneur et le commandement de la 5e division de dragons,  cantonnés en Silésie.

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 En Espagne. 

Avec la 5e division de dragons, il est ensuite envoyé en Espagne sous les ordres de Lorge. Il participe à la campagne du 2e corps de Soult dans le nord du pays et contribue, en réserve, à l’évacuation des Anglais et à leur embarquement à la Corogne.

Fournier rejoint le 6e corps de Ney, il est aux ordres du général Maurice Mathieu et, après plusieurs batailles de guérilla, il est affecté à la défense de Lugo où il résiste entre les 18 et 23 mai 1809 avec seulement 1500 hommes contre 20 000 assiégeants. 

Contre son gré, il se trouve au milieu de la querelle entre Ney et Soult et ayant pris le parti du premier, il est victime de son retrait et de la  victoire  du second. Il est encore faussement accusé de malversations mais continue de servir courageusement. En décembre 1809, victime collatérale de la rivalité entre Soult et Ney, il est à nouveau mis en disponibilité et retourne à Sarlat. 

 

 De retour en Espagne. 

Ses talents de cavalier le rendent indispensable et il repart avec le 9e corps de l’armée d’Espagne sous Drouet D’Erlon, il s’illustre encore dans des opérations de lutte antiguérilla à la frontière du Portugal. Seule force intacte, sa cavalerie est utilisée par Soult dans son évacuation, et Fournier a encore l’occasion de briller par sa charge du 5 mai 1811 à Fuentes-de-Oñoro, où, avec sa brigade, il avait réussi ce qui était tenu pour un impossible exploit, a enfoncer et sabrer trois carrés de fantassins anglais et en anéantir un complètement. 

C’est cette qualité suprême de cavalier exceptionnel qui lui avait valu l’amitié et la protection jamais démenties du plus célèbre des hussards, le général Lasalle.

Sa brutalité et son efficacité redoutable dans les opérations de lutte antiguérilla lui valent d’être surnommé El Demonio par les espagnols.

Pendant cette seconde campagne, Fournier, toujours aussi hostile à la personne de Napoléon, devient néanmoins légitimiste, laissant de côté ses anciennes valeurs jacobines et républicaines. Il adopte le comportement prévaricateur et intéressé de nombreux officiers supérieurs, pillant et rançonnant les villages traversés, maltraitant ses hôtes forcés, ce qui ajouté à son caractère provocateur, contribue à une réputation peu flatteuse.

 Des actions déterminantes pour protéger les ponts de la Bérézina. 

« Arrière tout autre souvenir qui viendrait se placer entre le nom de Fournier et celui de la Bérézina » (Général Thoumas) 

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« Passage de la Bérézina 28 novembre 1812  Auteur: attribués a  Fournier-Sarlovèze François »

  Au cours de la campagne de Russie, il commande la 31e brigade de cavalerie légère composée de hussards badois, de chevau-légers hessois et de Westphaliens, dans le 9e corps de Victor. Au fur et à mesure de la campagne et de la retraite, ses talents font merveilles et il mène plusieurs charges contre un ennemi supérieur en nombre. Promu général de division le 11 novembre 1812, il se distingue quelques jours plus tard à la bataille de la Bérézina en écrasant 5000 cavaliers russes en trois charges menées avec 800 chasseurs hessois et badois au prix de 500 d’entre eux, permettant ainsi le passage du gros de l’armée.  Atteint gravement au mollet par un boulet, il est remplacé par le colonel von Laroche qui exécutât de très brillantes charges déterminantes, Fournier blessé rejoint l’avant-garde de protection du prince Eugène de Beauharnais.

Mais, sur le champ de bataille, il redevenait ce qu’il était: ce chef de cavalerie hors pair. Il n’y avait plus à ce moment, ni séducreur, ni joueur, ni bretteur. Il n’y a que le général François Fournier, l’homme de Montbello et de Marengo, de Fuentes-de-Oñoro. Ses charges précises et violentes étaient foudroyantes.

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  Témoignage du général Rapp :  « Je vis des charges d’infanterie et de cavalerie très brillantes ;  celles que conduisait le général Fournier  surtout étaient remarquables par leur ensemble et leur impétuosité ».

La Bérézina franchie, la Grande Armée poursuivit sa course  sans cesse harcelée par les armées russes, semant sur sa route ses derniers canons, égrenant son chapelet de morts. La brigade de cavalerie du 9ème corps combattit encore, réduite à la valeur d’un escadron, à Malodczna et à Kowno,  dans ce dernier engagement, Fournier eut encore un cheval tué sous lui, le quatrième depuis le début de la campagne. Puis les restes de la valeureuse troupe se dispersèrent, fondirent dans la débâcle finale.

Fournier parvient,  fin décembre 1812, seul, bléssé, les deux pieds gelés, a  grand-peine à atteindre Dantzig. La gangrène s’était mise dans le pied droit. Celui-ci fut sauvé grâce à un traitement énergique, des incisions pratiquées dans la chair et dans lesquelles on introduisait du camphre.

 

 Campagne de Saxe et ultime querelle avec Napoléon 

A nouveau en semi disgrâce, il obtient son affectation comme chef de la 6e division à la cavalerie légère du 3e corps d’armée de cavalerie sous les ordres du général Arrighi nommé par la suite commandant supérieur de Leipzig. Le 17 juin 1813, il met en déroute le groupe de francs-tireurs du major Lützow mettant hors de combat plus de 500 hommes. 

Le 15 juillet, à Leipzig, il reçoit la croix de commandeur de la Légion d’honneur. Fournier sert encore une fois brillamment à Gross Beeren et à Leipzig. Il est destitué le 26 octobre suivant, suite à une altercation verbale avec Napoléon relative à la viabilité du régime. 

Arrêté et conduit à Mayence, des Cosaques russes, paraissent sur la route, menaçant l’escorte, Fournier profite de cette circonstance pour retrouver sa liberté. Il se rend volontairement à Mortier. Napoléon ordonne sa mise en surveillance illimitée. Après plusieurs demandes, il est autorisé à se rendre en toute liberté à Sarlat pour y attendre les ordres du ministre de la Guerre et il est rétabli dans le cadre des lieutenants-généraux.

 Les dernières années de sa vie. 

Il est exilé à Sarlat, lorsque la première restauration, en 1814, vient le rendre à la liberté et à son emploi militaire. Il envoie un courrier de ralliement à Talleyrand, sans ambiguïté mais prétexte une blessure pour ne pas servir immédiatement. 

En 1815, pendant les Cent-Jours, il refuse de remplir des fonctions civiles ou militaires.

A la seconde Restauration, il est employé au licenciement des corps de cavalerie dans les (11e et 20e divisions), placé en non activité en 1816, promu inspecteur général de cavalerie la même année puis d’infanterie en 1817, affecté à la cavalerie en 1819, employé à la rédaction du code militaire le 1er janvier 1820.

Il devient haut fonctionnaire sans perdre son caractère de hussard frondeur, répétant les incidents et étant mis aux arrêts plusieurs fois. Malgré cela, Louis XVIII veut lui conférer en 1819 le titre de comte de Lugo pour récompenser sa participation à la défense héroïque de la ville. Fournier refuse et demande simplement l’autorisation d’ajouter à son nom celui de Sarlovése en référence à la fois à sa ville natale et aux noms des anciens défenseurs de la Gaule (Bellovèses, Sigovèses etc…).

 Ses incartades nombreuses lui valent d’être mis en disponibilité en 1820, il retourne à Sarlat et multiplie les querelles avec les notables. Il se présente aux élections législatives de 1822 comme candidat libéral, son programme soigneusement mesuré, réaffirme sa fidélité aux idées de la Révolution. 

Il ne se marie jamais, bien qu’il eu de nombreuses occasions. La jeune Aspasie Vedrenne d’une famille qui étaient proches de Fournier voulait l’épouser quand elle avait 16 ans, mais il la considérait comme une enfant.

Il prend en charge l’éducation d’un mineur en tutelle dont il est vraisemblablement le père. Il meurt à Paris en 1827 en laissant une dotation de 1500 Francs de rente aux trois plus anciens cavaliers de l’armée, il laissera aussi une immense fortune que les héritiers auront du mal à se partager.

Publié dans:IL Y A DEUX SIECLES. |on 23 septembre, 2007 |1 Commentaire »

La Drogue, un jeu de cartes oublié.

 

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Cette gravure ancienne nous rappelle qu’il existait autrefois un jeu de cartes que les militaires et les matelots appréciaient, c’était le jeu de la « Drogue ».

« La drogue est une sorte de jeu de cartes, aux complications très simples, assez semblable à la bataille, et fort en usage chez les soldats et les matelots.

Ce jeu a plusieurs avantages: d’abord on ne peut pas y avanturer d’argent; ensuite il adoucit l’humeur et fait comprendre la plaisanterie.

Le perdant, à chaque partie, est obligé de se mettre sur le nez un morceau de bois fourchu, pareil aux épingles des blanchisseuses, appelé drogue, qu’il garde jusqu’à ce qu’il ait gagné à son tour.

Mais s’il perd plusieurs parties de suite, les drogues superposées lui édifient sur le nez une espèce de télégraphe bizarre très embarrassant, surtout quand on est camus, ce qui égaye vivement les spectateurs. L’armée française cultive ce jeu avec passion.

Atout ! aout ! ratatout ! je me fends de tout ! la drogue au camarade ! s’écrie avec joie le grenadier héroïque, attends un peu dit le zouave intrépide, je viens de te cueillir un laurier, mais c’est pour t’en faire une drogue et venger l’ami. ”     (Léo de Bernard) 

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C’est après la bataille de Magenta que M.Armand Dumaresq a fait, d’après nature, ce tableau .

La drogue, est une jeu de cartes, il tire son nom  d’un pièce de bois en forme de fourche, que les joueurs fabriquaient eux-mêmes et destinée à coiffer le nez des perdants qui devaient supporter cette pénitence tant qu’ils ne gagnaient pas leur tour.

Des gravures anciennes nous montrent qu’il pouvait être pratiqué par deux ou davantage de joueurs et qu’il pouvait y avoir plusieurs perdants portant chacun une ou plusieurs drogue.

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L’intérieur d’une salle de police de cavalerie, le noble jeu de la drogue.

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« Ce jeu se joue à quatre, deux contre deux; les valets sont les maitres ou Mandrin, celui de trêfle est le gros Mandrin. On ne peut compter de cartes sans valets.Ceux qui perdent, portent sur le nez un morceaux de bois nommé « la drogue », ceux qui trichent portent deux drogues. Celui qui n’a pas de Mandrin perd. On peut y ajouter les coups de tampon. Ce jeu a de l’action et divertie beaucoup les soldats. »

Ce jeu n’est plus pratiqué de nos jours et les règles sont oubliées.

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Celui qui triche lors d’une partie est condamné à porter deux drogues.

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Les vieux soldats de garde à la porte d’Allemagne fumaient leur pipe, et jouaient tranquillement à la drogue comme d’habitude.    (Erckm- Chatr, Histoire paysan)

Deux ou trois jouaient à la drogue, le canonnier avait un bout de bois à cheval sur le nez, tous buvaient.    (Pourrat, Gaspard)

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Assis à la table de jeu, le visage caché derrière les cartes tenues en éventail d’où les pointes de la moustache débordaient, le colonel ne pipait mot. Il essayait de deviner l’intention forcément malveillante de ces deux gaillards. Son œil vif et interrogateur allait de droite à gauche. Il espérait un avis de ses trois partenaires de jeu, mais en vain. A dire vrai chacun, une pince sur le nez, n’en avait cure. Ils étaient bien plus préoccupeés de gagner la partie en cours afin de se débarrasser de leur gage.

Les hussards se mordaient la joue afin de garder leur sérieux tant l’air soupçonneux du colonel dénotait entre les nez pincés.

Contrarié que le colonel puisse être distrait de la partie par la galéjade de ces hussards, un des joueurs abattit son jeu sur la table et posa trois valets qui lui restaient en main.

Colonel, trois mandrins! j’ai gagné! fini la drogue. Il arracha la pince en bois de son nez.  ( Les Loups de l’Empereur Gilles de Becdelièvre)

 

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C’est le jeu de ceux qui n’ont ni argent ni crédit, ou qui, du moins, ne se soucient pas de les risquer sur une carte.

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Dans un poèmes sur les jeux, Joseph Méry, nous signale que la drogue en tant que fourche était aussi utilisée comme  pénitence au jeu du Tric-Trac : Mais nos jeunes soldats, taillent, devant la table où fume la chandelle, ces chevalets de bois, à la serre cruelle, qu’au milieu des conscrits, les vétérans malins, amassent, en riant, sur les nez aquilins.

 

Mais toutes les parties ne finissaient pas aussi bien que nous content les témoins.

Les effets nocifs du jeu de la drogue. 

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Tudieu de nom de Dieu! Trois mandrins d’un coup… Comment Est-ce possible?

Colonel, il a triché, je l’ai vu…

A cette révélation inattendue et brusquement rattrapé par la partie, le colonel oublia aussitôt la présence des intrus. Preuve de la tension qui régnait autour de la table, Maupoint se mit à vitupérer et le ton monta d’un coup entre les joueurs. Devant l’imminence d’une empoignade, les hussards sentirent leur cause perdue.  ( Les Loups de l’Empereur Gilles de Becdelièvre)

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Il semble que la partie se soit terminée en bagarre.

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fichier pdf Règle du jeu de la drogue.

Ref: Le Monde Illustré 1857.  L’arbitre des jeux,Gabriel de Gonet, 1847. Galicia.  Les mémoires du lieutenant Chevalier

Publié dans:IL Y A DEUX SIECLES. |on 22 septembre, 2007 |Commentaires fermés

29ème Bulletin de la Grande Armée

 

29e Bulletin de la Grande Armée, Molodetchna, 3 décembre 1812

Jusqu’au 6 novembre, le temps a été parfait, et le mouvement de l’armée s’est exécuté avec le plus grand succès. Le froid a commencé le 7 ; dès ce moment, chaque nuit nous avons perdu plusieurs centaines de chevaux, qui mouraient au bivouac. Arrivés à Smolensk, nous avions déjà perdu bien des chevaux de cavalerie et d’artillerie. L’armée russe de Volhynie était opposée à notre droite. Notre droite quitta la ligne d’opération de Minsk, et prit pour pivot de ses opérations la ligne de Varsovie. L’empereur apprit à Smolensk, le 9, ce changement de ligne d’opération, et présuma ce que ferait l’ennemi. Quelque dur qu’il lui parût de se mettre en mouvement dans une si cruelle saison, le nouvel état des choses le nécessitait. Il espérait arriver à Minsk, ou du moins sur la Berezina, avant l’ennemi ; il partit le 13 de Smolensk ; le 16 il coucha à Krasnoï. Le froid qui avait commencé le 7, s’accrut subitement et du 14 au 15 et au 16 le thermomètre marqua 16 et 18 degrés au-dessous de glace. Les chemins furent couverts de verglas ; les chevaux de cavalerie, d’artillerie, de train, périssaient toutes les nuits, non par centaines mais par milliers, surtout les chevaux de France et d’Allemagne. Plus de trente mille chevaux périrent en peu de jours ; notre cavalerie se trouva toute à pied ; notre artillerie et nos transports se trouvaient sans attelages. Il fallut abandonner et détruire une bonne partie de nos pièces et de munitions de guerre et de bouche.
Cette armée, si belle le 6, était bien différente dès le 14, sans cavalerie, sans artillerie, sans transports. Sans cavalerie, nous ne pouvions pas nous éclairer à un quart de lieue ; cependant, sans artillerie, nous ne pouvions pas risquer une bataille et attendre de pied ferme ; il fallait marcher pour ne pas être contraint à une bataille, que le défaut de munitions nous empêchait de désirer ; il fallait occuper un certain espace pour ne pas être tournés, et cela sans cavalerie qui éclairât et liât les colonnes. Cette difficulté, jointe à un froid excessif subitement venu, rendit notre situation fâcheuse. Des hommes que la nature n’a pas trempés assez fortement pour être au-dessus de toutes les chances du sort et de la fortune parurent ébranlés, perdirent leur gaieté, leur bonne humeur, et ne rêvèrent que malheurs et catastrophes ; ceux qu’elle a créés supérieurs à tout conservèrent leur gaieté et leurs manières ordinaires, et virent une nouvelle gloire dans des difficultés différentes à surmonter.
L’ennemi, qui voyait sur les chemins les traces de cette affreuse calamité qui frappait l’armée française, chercha à en profiter. Il enveloppait toutes les colonnes par ses cosaques, qui enlevaient, comme les Arabes dans les déserts, les trains et les voitures qui s’écartaient. Cette méprisable cavalerie, qui ne fait que du bruit et n’est pas capable d’enfoncer une compagnie de voltigeurs, se rendit redoutable à la faveur des circonstances. Cependant l’ennemi eut à se repentir de toutes les tentatives sérieuses qu’il voulut entreprendre ; il fut culbuté par le vice-roi, au-devant duquel il s’était placé, et il y perdit beaucoup de monde.
Le duc d’Elchingen (Ney), qui avec trois mille hommes faisait l’arrière-garde, avait fait sauter les remparts de Smolensk. Il faut cerné et se trouva dans une position critique ; il s’en tira avec cette intrépidité qui le distingue. Après avoir tenu l’ennemi éloigné de lui pendant toute la journée du 18 et l’avoir constamment repoussé, à la nuit il fit un mouvement par le flanc droit, passa le Borysthène et déjoua tous les calculs de l’ennemi. Le 19, l’armée passa le Borysthène à Orcha, et l’armée russe, fatiguée, ayant perdu beaucoup de monde, cessa là ses tentatives.
L’armée de Volhynie s’était portée, dès le 16, sur Minsk et marchait sur Borisof. Le général Dombrowski défendit la tête de pont de Borisof avec trois mille hommes. Le 23, il fut forcé et obligé d’évacuer cette position. L’ennemi passa alors la Berezina, marchant sur Bobr ; la division Lambert faisait l’avant-garde. Le 2e corps, commandé par le duc de Reggio (Oudinot) qui était à Tchareya, avait reçu l’ordre de se porter sur Borisof pour assurer à l’armée le passage de la Berezina. Le 24, le duc de Reggio rencontra la division Lambert à quatre lieues de Borisof, l’attaqua, la battit, lui fit deux mille prisonniers, lui prit six pièces de canon, cinq cents voitures de bagages de l’armée de Wolhynie, et rejeta l’ennemi sur la rive droite de la Berezina. Le général Berkheim, avec le 4e de cuirassiers, se distingua par une belle charge. L’ennemi ne trouva son salut qu’en brûlant le pont, qui a plus de trois cents toises.

Cependant l’ennemi occupait tous les passages de la Berezina : cette rivière est large de quarante toises ; elle charriait assez de glaces, et ses bords sont couverts de marais de trois cents toises de long, ce qui la rend un obstacle difficile à franchir. Le général ennemi avait placé ses quatre divisions dans différents débouchés où il présumait que l’armée française voudrait passer.
Le 26, à la pointe du jour, l’Empereur, après avoir trompé l’ennemi par divers mouvements faits dans la journée d25, se porta sur le village de Stoudienka, et fit aussitôt malgré une division ennemie et en sa présence, jeter deux ponts sur la rivière. Le duc de Reggio passa, attaqua l’ennemi et le mena battant deux heures ; l’ennemi se retira sur la tête de pont de Borisof. Le général Legrand, officier du premier mérite, fut blessé grièvement, mais non dangereusement. Toute la journée du 26 et du 27 l’armée passa.

Le duc de Bellune, commandant le 9e corps, avait reçu ordre de suivre le mouvement du duc de Reggio, de faire l’arrière-garde et de contenir l’armée russe de la Dvina qui le suivait. La division Partouneaux faisait l’arrière-garde de ce corps. Le 27, à midi, le duc de Bellune arriva avec deux divisions au pont de Stoudienka.
La division Partouneaux partit à la nuit de Borisof. Une brigade de cette division, qui formait l’arrière-garde et qui était chargée de brûler les ponts, partit à sept heures du soir ; elle arriva entre dix et onze heures ; elle chercha sa première brigade et son général de division, qui étaient partis deux heures avant et qu’elle n’avait pas rencontrés en route. Ses recherches furent vaines : on conçut alors des inquiétudes. Tout ce qu’on a pu connaître depuis, c’est que cette première brigade, partie à cinq heures, s’est égarée à six ; a pris à droite au lieu de prendre à gauche, et a fait deux ou trois lieues dans cette direction ; que, dans la nuit et transie de froid, elle s’est ralliée aux feux de l’ennemi, qu’elle a pris pour ceux de l’armée française ; entourée ainsi, elle aura été enlevée. Cette cruelle méprise doit nous avoir fait perdre deux mille hommes d’infanterie, trois cent chevaux et trois pièces d’artillerie. Des bruits courraient que le général de division n’était pas avec sa colonne et avait marché isolément.

Toute l’armée ayant passé le 28 au matin, le duc de Bellune gardait la tête de pont sur la rive gauche ; le duc de Reggio, et derrière lui toute l’armée, était sur la rive droite.

Borisof ayant été évacuée, les armées de la Dvina et de Volhynie communiquèrent ; elles concertèrent une attaque. Le 28, à la pointe du jour, le duc de Reggio fit prévenir l’Empereur qu’il était attaqué ; une demi-heure après, le duc de Bellune le fut sur la rive gauche ; l’armée prit les armes. Le duc d’Elchingen se porta à la suite du duc de Reggio, et le duc de Trévise derrière le duc d’Elchingen. Le combat devint vif ; l’ennemi voulut déborder notre droite. Le général Doumerc, commandant la 5e division de cuirassiers, et qui faisaient partie du 2e corps resté sur Dvina, ordonna une charge de cavalerie aux 4e et 5e régiments de cuirassiers, au moment où la légion de la Vistule s’engageait dans les bois pour percer le centre de l’ennemi, qui fut culbuté et mis en déroute. Ces braves cuirassiers enfoncèrent successivement six carrés d’infanterie et mirent en déroute la cavalerie ennemie qui venait au secours de son infanterie : six mille prisonniers, deux drapeaux et six pièces de canon tombèrent en notre pouvoir.
De son côté le duc de Bellune fit charger vigoureusement l’ennemi, le battit, lui fit cinq à six cents prisonniers, et le tint hors de portée du canon du pont. le général Fournier fit une belle charge de cavalerie.
Dans le combat de la Berezina, l’armée de Volhynie a beaucoup souffert. Le duc de Reggio a été blessé ; sa blessure n’est pas dangereuse : c’est une balle qu’il a reçue dans le côté.

Le lendemain 29, nous restâmes sur le champ de bataille. Nous avions à choisir entre deux routes, celle de Minsk et celle de Vilna. La route de Minsk passe au milieu d’une forêt de marais incultes, et il eût été impossible à l’armée de s’y nourrir. La route de Vilna, au contraire, passe dans de très bons pays. L’armée, sans cavalerie, faible en munitions, horriblement fatiguée de cinquante jours de marche, traînant à sa suite ses malades et les blessés de tant de combats, avait besoin d’arriver à ses magasins. Le 30, le quartier général fut à Plechtchennitsy ; le 1er décembre, à Staïki ; et le 3, à Molodetchna, où l’armée a reçu ses premiers convois de Vilna.
Tous les officiers et soldats blessés, et tout ce qui est embarras, bagages, etc. ont été dirigés sur Vilna.

Dire que l’armée a besoin de rétablir sa discipline, de se refaire, de remonter sa cavalerie, son artillerie et son matériel, c’est le résultat de ce qui vient d’être fait. Le repos est son premier besoin. Le matériel et les chevaux arrivent. Le général Bourcier a déjà plus de vingt mille chevaux de remonte dans différents dépôts. L’artillerie a déjà réparé ses pertes. Les généraux, els officiers et les soldats ont beaucoup souffert de la fatigue et de la disette. Beaucoup ont perdu leurs bagages par suite de la perte de leurs chevaux ; quelques-uns par le fait des embuscades des cosaques. Les cosaques ont pris nombre d’hommes isolés, d’ingénieurs-géographes qui levaient des positions, et d’officiers blessés qui marchaient sans précaution, préférant courir des risques plutôt que de marcher posément et dans des convois.
Les rapports des officiers généraux commandant les corps feront connaître les officiers et les soldats qui se sont le plus distingués, et les détails de tous ces mémorables événements.

Dans tous ces mouvements, l’Empereur a toujours marché au milieu de sa Garde, la cavalerie commandée par le maréchal duc d’Istries, et l’infanterie commandée par le duc de Dantzig. Sa Majesté a été satisfaite du bon esprit que sa garde a montré : elle a toujours été prête à se porter partout où les circonstances l’auraient exigé ; mais les circonstances ont toujours été telles que sa simple présence a suffi et qu’elle n’a pas été dans le cas de donner.
Le prince de Neuchâtel, le grand Maréchal, le grand écuyer, et tous les aides de camp et les officiers militaires de la maison de l’Empereur ont toujours accompagné Sa Majesté.
Notre cavalerie était tellement démontée que l’on a dû réunir les officiers auxquels il restait un cheval pour en former quatre compagnies de cent cinquante hommes chacune. Les généraux y faisaient les fonctions de capitaine, et les colonels celles de sous-officiers. Cet escadron sacré, commandé par le général Grouchy, et sous les ordres du roi de Naples, ne perdait pas de vue l’Empereur dans tous ses mouvements.

 
La santé de Sa Majesté n’a jamais été meilleure

 

Publié dans:IL Y A DEUX SIECLES. |on 21 septembre, 2007 |Commentaires fermés

Rapport du Général Doumerc à Napoléon sur la Bataille de Bolchoï-Stakhov.

 

       1er Corps de Cavalerie.
       3e Division de Cuirassiers.

 

Sire,

Depuis trente ans que je sers, aucun reproche dans ma conduite militaire ne m’a été fait. Votre Majesté Impériale me dit, hier, après la Revue (Napoléon était alors à Dresde) ce que devint ma Division après la bataille de la Beresyna. Ceci me prouve qu’on ne fit point un rapport exact à Votre Majesté sur ce qui arriva dans cette affaire et celles qui l’ont suivie. Permettez, Sire, que je le fasse connaître à Votre Majesté le plus succinctement possible.

Pour maintenir la position qu’occupait l’armée sur ce point, Son Ex. le Prince de la Moscwa me dit qu’il fallait faire une charge ; ma réponse fut que j’en saisirai l’à-propos. Je visitai le terrain qui était devant moi ; c’était un bois continuel qui présentait divers obstacles, entre autres une grande quantité de gros sapins coupés. Je portai ma Division sur le point le plus propice ; j’aperçus alors qu’une nouvelle attaque se préparait de la part de l’ennemi, ayant en tête un carré que j’estimais fort de 4 à 5 mille hommes.

Je n’hésitai pas un instant de tomber dessus, ayant eu l’attention de faire passer le 4e Régiment de Cuirassiers sur la gauche de la route pour charger les tirailleurs et fis marcher directement sur le carré le 7e Régiment, ayant en réserve le 14e. La valeur du 7e Régiment surmonta tous les obstacles et le carré fut défait et pris. Je poussai l’ennemi jusque hors du bois, où je rencontrai une douzaine d’Escadrons de Dragons Russes qui se disposaient à charger la tête de colonne du 7e Régiment qui, par le terrain qu’il venait de parcourir, était devenu très faible ; alors je me mis à la tête du 14e Régiment auquel je fis exécuter quatre charges successives sur la cavalerie ennemie, ce qui donna le temps au 7e Régiment de se rallier et empêchai, par ce mouvement que les prisonniers ne fussent délivrés. Je vins ensuite prendre ma position, étant suivi par une nuée de tirailleurs en arrivant près de notre infanterie. Le Général de Division Merle me dit qu’il était nécessaire de l’appuyer par ma Cavalerie ; je me disposai de mettre derrière chaque Régiment un Escadron pour la soutenir. La division resta dans cette position pendant quatre heures, c’est-à-dire sous le feu de la mousqueterie, faisant faire de temps à autre des charges sur les tirailleurs ennemis.

Sire, dans la matinée du 28 novembre, j’avais douze cents hommes dans les rangs ; par suite de la charge faite sur le carré et l’obligation de rester sous le feu de la mousqueterie. C’est-à-dire par suite des hommes et chevaux tués, des hommes et chevaux blessés ou sortis des rangs pour conduire les blessés, il ne restait que la valeur de cinq escadrons.

Je continuai à couvrir la retraite sous les ordres du Prince de la Moscwa. Arrivé à Pleszcenichouï j’étais suivi de très près par trois mille cosaques. Il se trouvait dans cette ville environ 36 à 40 mille hommes de la colonne de mon armée. L’ennemi me tourna sur ma droite ; je n’hésitai pas, malgré mon infériorité en nombre, de marcher sur lui et, par cinq à six charges successives faites par échelons, je parvins à sauver les 36 à 40 mille hommes qui étaient restés dans Pleszcenichouï. Cette affaire dont sans doute, il ne fut pas rendu compte à Votre Majesté, diminua beaucoup les cinq Escadrons qui m’étaient restés.

Je fis tous mes efforts pour rallier autant de monde que possible et j’eusse conservé encore quelques hommes en ligne et en ordre si j’eusse été secondé, mais le manque de force d’âme et de caractère fit qu’une grande quantité d’officiers, même d’officiers supérieurs suivirent le torrent et Messieurs les Colonels me déclarèrent à Smorgoni qu’ils n’avaient plus un seul homme à mettre en ligne. Ce fût de ce moment qu’il me fût impossible de rallier un seul peloton malgré tous mes efforts. Ce dont je rendis compte à son Ex. Monsieur le Maréchal Duc de Bellune.

Voilà, Sire, les causes pour firent que la division fut dissoute, ce qui peut être confirmé à Votre Majesté par son Excellence le Prince de la Moscwa. Je le répète, Sire, il a tenu à ma justification et à ma tranquillité de faire ce rapport à Votre Majesté. J’ose espérer qu’il détruira l’effet fâcheux de tout autre qui aurait laissé, dans l’esprit de Votre Majesté, une impression défavorable sur mon compte.

Sire, il a toujours répugné à mon caractère de parler de moi ; mais la circonstance m’impose le devoir de le faire connaître à Votre Majesté Impériale mon zèle et mon dévouement pour Son Service en lui disant que, malgré les affections qui m’appelaient en France, malgré une maladie grave que j’ai faite à Glogau, malgré une fièvre que j’ai eue pendant six semaines et dont il me reste quelques ressentiments, tout cela, Sire ne m’a point empêché de rester constamment à mon poste, de conduire et rallier le 3e Corps de Cavalerie dont j’ai eu le commandement jusqu’au 25 mars.

            J’ai l’honneur d’être, avec le respect le plus profond,
           Sire,
           De Votre Majesté Impériale et Royale,
           Le très humble, très soumis et fidèle sujet.
           Scheunen, ce 14 mai 1813.

          Le Général de Division, Baron de l’Empire Doumerc.

Source : La Bérézina une victoire militaire.

Publié dans:IL Y A DEUX SIECLES. |on 22 août, 2007 |Commentaires fermés

Quand les soldats de la Grande Armée deviennent des sujets du Tsar.

 

Le 21 décembre 1812, le général Koutouzov informait le Tsar Alexandre 1er, que la campagne se terminait par la destruction complète « de l’ennemi ». Depuis, les historiens russes et français se disputent et sur les chiffres des morts et sur le destin des rescapés de la Grande Armée.

En fait, tous les calculs sont teintés de chauvinisme, les Russes gonflent les pertes ennemies. Koutouzov lui-même, en écrivant aux siens, estimait qu’il avait fait prisonniers 150 000 hommes et récupéré 850 canons (presque tous les canons ont été conservés et se trouvent au Kremlin ou dans les musées consacrés à la campagne de 1812 à Borodino, Viazma, Maloïaroslavets, Smolensk, ect).

Ce chiffre de 150 000 prisonniers ne comprend pas les 50 000 à 60 000 soldats et officiers qui, malades, exténués ou légèrement blessés ne furent pas à même de suivre la Grande Armée battant en retraite le long du vieux chemin de Smolensk. Tous les auteurs de mémoires notent que lors du passage de la Berezina 25 000 à 30 000 restèrent sur la rive « russe ».

Quand les soldats de la Grande Armée deviennent des sujets du Tsar. dans IL Y A DEUX SIECLES. Berezina-300x178

Sur ces milliers d’hommes, un bon nombre essaya de trouver un abri, les officiers dans les châteaux et les soldats dans des maisons particulières. Les uns et les autres passèrent l’hiver rigoureux de 1812 – 1813 comme précepteurs ou valet de ferme.

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Certains s’attardèrent même en Russie. Par exemple, G.Capet, un officier de la garde de Napoléon, blessé, fut précepteur plusieurs années après la campagne de 1812 du futur grand poète russe Lermontov, lui ayant inculqué le culte de Napoléon, le  » génie de l’époque ». A la différence de Pouchkine et de Tolstoï, Lermontov, qui périt très jeune, resta un admirateur fervent de Bonaparte.

La guerre en Europe sévit en 1813 et 1814 et le gouvernement russe dut résoudre le problème des prisonniers de guerre (officiel et non officiel) ces derniers se cachaient chez des nobles et des paysans.

On trouva une solution. En juillet 1813 fut publiée une circulaire de K.Viazmitinov, Ministre de la Police, suivie en novembre 1813 d’une ordonnance (oukase) du Tsar d’après lesquelles les prisonniers de guerre de la Grande Armée pouvaient, à titre de colons étrangers, se faire naturaliser russes. Ils étaient libre de pratiquer leur culte, libérés du service militaire, exemptés d’impôts pour cinq à dix ans. En même temps, ils touchaient un subside pour « pouvoir établir une économie » et recevaient un lopin de terre en Ukraine ou en Sibérie.

L’ordonnance prévoyait une citoyenneté provisoire (de deux à trois ans) ou « éternelle », et exigeait de préciser l’appartenance à telle ou telle couche sociale, la noblesse (officiers), la bourgeoisie (la classe bourgeoise), comme disait l’ordonnance, le clergé (anciens aumôniers de la Grande Armée) ou la paysannerie (paysans libres ou ceux d’Etat).

Les artisans (classe bourgeoise) avaient le droit d’ouvrir des ateliers, ceux qui allaient travailler dans les usines et les fabriques concluaient un contrat individuel avec la patron de l’entreprise (en présence d’un fonctionnaire d’Etat) sur l’embauche et les conditions de travail (ce qui était inconnu des ouvriers serfs en Russie).

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En Août 1814, près d’un quart des prisonniers de guerre se fit sujet du Tsar, la majorité prit la citoyenneté russe provisoire. La guerre continuait toujours, on n’en voyait pas la fin, alors que le statut de citoyen russe provisoire était beaucoup moins contraignant que celui de prisonnier de guerre.

Dans toute l’histoire de la Russie depuis Pierre 1er, ce fut le projet le plus audacieux, qui prévoyait de verser un contingent de près de 20 000 ressortissants d’Europe occidentale (l’épuivalent de la population d’une ville comme Moscou ou Saint-Pétersbourg en 1812) dans l’industrie, le commerce et l’agriculture. Lorsque les royaliste avaient immigré en Russie, comme le duc de Richelieu, le comte Langeron, ect, ils avaient été affectés à l’armée ou à l’administration.

Pourtant cette expérience ne dura pas. Le Premier Empire s’effondra en 1814 et les Bourbons demandèrent à Alexandre 1er de rendre les prisonniers de guerre à la France. Les guerres avaient décimé les hommes aptes au travail, accentuant la chute démographique.

F.Glinka, officier décembriste, participant à la campagne de 1814 en France, nota sur son journal. « Partout où nous passions il n’y avait qu’enfants, femmes et vieillards, où sont donc les hommes, la fleur de l’adolescence ? ».

Le Tsar réagit rapidement à la demande de Louis XVIII. Le baron Morain, commissaire au rapatriement, « commissaire au roi au renvoi accéléré en France des prisonniers de guerre se trouvant dans l’Empire russe » comme le disait son mandat, arriva bientôt en Russie.

A partir de l’été 1814, dans les journaux russes, Morain commença à faire publier des annonces en français et en allemand sur le rapatriement des prisonniers de guerre.

Une majorité, y compris ceux qui avaient pris la citoyenneté russe provisoire, répondit à cet appel. En automne 1814, le premier transport maritime comprenant trois bateaux, avec 900 anciens prisonniers de guerre à bord, quitta Riga pour le Havre. Plus tard à la fin des années 1814 -1815 (après l’intervale des Cent-Jours), la majorité des prisonniers de guerre regagna la France soit par mer soit par terre.

Mais pas tous. Ceux qui n’avaient pas beaucoup servi ou, au contraire, les vétérans, ceux qui n’avaient pas de famille ou ceux qui avaient perdu leurs parents ne tenaient pas à revenir en France. Les rapports des généraux-gouverneurs de l’époque abondent en refus de partir.

Le 17 août 1814, le général-gouverneur de Novgorod nota. « Sur ces groupes de prisonniers de guerre voyageant à travers le gouvernement de Novgorod, il y en a qui, revenant dans leur pays, expriment le désir de rester, quittent leur groupe, uniquement pour prêter serment et acquérir la citoyenneté russe ». La pression de ceux qui ne voulaient pas s’en aller fut assez forte pour que le 29 août 1814, le Tsar fasse paraître un nouvel « oukase » le rapatriement est facultatif, il ne faut renvoyer personne de force en France.

Par ailleurs, jusqu’en 1816, les Bourbons firent paraître en français, dans les journaux russes, des annonces sur un retour immédiat de leurs sujets. le nombre de soldats et d’officiers de Napoléon restés en Russie àprès 1815 était donc considérable. Les Bourbons n’auraient pas déployé une telle activité pour quelques centaines de personnes.

Mais qui sont ceux qui restèrent en Russie ?   Jean Ariès de Liège. Capturé en Novembre 1812, il prêta serment pour une citoyenneté provisoire en 1813 et s’installa à Nijni-Novgorod. Ensuite il se décida à rentrer, mais après les Cent-Jours y renonça et, ayant acquis « une citoyenneté russe éternelle », se fixa à Nijni-Novgorod.

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Trois anciens de la Grande Armée furent capturés et depuis 1812 se trouvaient à Laroslavl (Haute Volga). Refusant le rapatriement le 27 janvier 1816, ils demandèrent la citoyenneté russe éternelle, devinrent paysans libres et obtinrent un lopin de terre chacun dans l’Altaï (Sibérie du Sud). Chacun d’eux reçut également 350 roubles (un serf russe payait 3 roubles d’impôts l’an) et fut exempté d’impôts pour une durée de cinq ans.

En Mai 1817, les trois Français arrivèrent dans l’Altaï, reçurent leur lopin de terre, se firent orthodoxes, se marièrent et restèrent à tout jamais en Russie.

En 1837 la police secrète recensa tous les anciens prisonniers de guerre fixés en Russie. La plus grande partie se trouvait à Moscou et dans le gouvernement de Moscou, sur 350 000 adultes l’on comptait 1557 Français anciens prisonniers ainsi que leurs enfants, nés en Russie. Socialement, ils se répartissaient ainsi, 710 ouviers, artisans ou propriétaires d’atelier, 213 commerçants, 654 précepteurs et domestiques.

Toutefois, tous les records furent battus par jean-Baptiste Savin, un ancien officier, chef du « convoi d’or » de Napoléon, c’est lui qui vécut le plus longuement en Russie. Fait prisonnier pendant la bataille de la Berezina, il se trouve bientôt à Laroslavl. Comme il n’avait aucun métier, il gagna sa vie en donnant des leçons d’escrime. Plus tard, il adopta une citoyenneté éternelle et se fit orthodoxe ;  Mikhaïl Andréevitch Savine.

Ensuite Savine se maria avec une jeune fille russe et partit pour Saratov où il enseigna l’escrime dans une école militaire. Ayant pris sa retraite, il fut professeur de français dans un des gymnases de la ville (lycée), ce qui lui valut le titre de fonctionnaire de 8è classe. Le petit Nicolas Tchernychevski, futur écrivain et révolutionnaire démocrate, fut son élève.

Une sombre journée de novembre 1894 vit presque toute la ville de Saratov sortir dans la rue pour assister à son enterrement. Bientôt un monument, érigé grâce aux dons des concitoyens, vint orner sa tombe, l’inscription, M.A.Savine, 1767-1894 (il aurait eu cent vingt-trois ans) du dernier vétéran de la Grande Armée était encore lisible dans les années 1920.

Sources:   Archives d’histoire de Leningrad.  Rapport du Gouverneur de Sibérie destiné à Pétersbourg 27.V.1817.  Correspondance des prisonniers de guerre de la Grande Armée (lettres en français et en allemand) . Recueil des documents de la commission des archives de Vitebsk v.1.1910.

 

Publié dans:IL Y A DEUX SIECLES. |on 21 août, 2007 |1 Commentaire »

Relation du passage de la Bérézina.

 

26, 27, 28, 29 novembre 1812

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Antoine Chapelle

et

Jean-Baptiste Chapuis

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     La division du général russe Langeron, qui faisait partie de l’armée de Moldavie, commandée par l’amiral Tchichagoff, s’était emparée, le 21 novembre, du pont de Borisov et de cette ville, située sur la rive gauche de la Bérésina.

      Le 23, le deuxième corps, commandé par le maréchal Oudinot, duc de Reggio, attaqua et battit cette division russe, qui repassa sur la rive droite de la Bérésina, et coupa, en se retirant, le pont de Borisov.

      25 novembre – Le 25, M. le général comte Éblé, commandant les équipages de ponts de l’armée, et M. le général comte Chasseloup, commandant du génie, qui avaient été chargés de se concerter pour construire les ponts de la Bérésina, arrivèrent vers quatre à cinq heures du matin à Borisow.

      M. le général Éblé avait avec lui sept compagnies de pontonniers, fortes d’environ quatre cents hommes, en bon ordre, et ayant tous conservé leur fusils.

                    Le matériel consistait :
                    1° en six caissons renfermant des outils d’ouvriers en bois ou en fer, des clameaux, des clous, des haches, des pioches et du fer ;
                    2° deux forges de campagne
                    3° deux voitures chargées de charbon.

       Ce matériel, indispensable pour une opération de laquelle dépendait le salut de l’armée, avait été amené entièrement par les soins de M. le général Éblé, qui avait eu la précaution de faire prendre à Smolensk, à chaque pontonnier, un outil, 15 à 20 grands clous et quelques clameaux que tous déposèrent fidèlement au lieu choisi pour faire les préparatifs du passage.

       M. le général comte Chasseloup avait sous ses ordres plusieurs compagnies de sapeurs, et les restes du bataillon du Danube (ouvriers de la marine).

      On laissa deux compagnies de pontonniers et une ou deux compagnies de sapeurs à Borisow pou attendre de nouveaux ordres et faire, auprès du pont rompu et au-dessous, des démonstrations de passage.

       Le restant de la troupe partit vers midi, avec les caissons d’outils et de forges, pour se rendre au village de Wésélowo, où le passage avait été résolu.

       Ce village est situé à quatre lieues environ, au-dessus de Borisow. On y arriva entre 4 et 5 heures du soir.

       Le roi de Naples, le duc de Reggio, le général comte Éblé et le général comte Chasseloup s’étaient aussi rendus sur ce point.

       Il fut convenu que l’on construirait trois ponts de chevalets, dont deux seraient exécutés par l’artillerie et un par le génie.

       Le 2e corps occupant le village de Wésélowo, depuis deux jours, on avait construit, près de ce village, une vingtaine de chevalets avec des bois beaucoup trop faibles, de sorte que ces préparatifs, surs lesquels on avait compté, ne furent d’aucune utilité. Napoléon, qui n’avait pu être informé de ce contretemps, ordonna de jeter un pont à 10 heures du soir ; mais il y avait impossibilité absolue de mettre cet ordre à exécution.

        A 5 heures du soir, rien n’était donc encore commencé, et il n’y avait pas un moment à perdre.
      
        On se mit à l’ouvrage : on abattit des maisons ; on en rassembla les bois pour servir, les uns à la construction des chevalets, les autres pour tenir lieu de poutrelles et de madriers. On forgea des clous, des clameaux ou crampons ; enfin, on travailla sans relâche, et avec une grande activité, toute la nuit.

Relation du passage de la Bérézina. dans IL Y A DEUX SIECLES. chevalets-berezina-300x210

       Afin de suppléer aux bateaux ou nacelles, dont on manquait, on construisit trois petits radeaux ; mais les bois qu’on fut forcé d’y employer, faute d’autres, étaient de dimensions si faibles que chaque radeau ne pouvait porter au plus que dix hommes.

        26 novembre -Le 26, à 8 heures du matin, Napoléon donna l’ordre de jeter les ponts ; on en commença aussitôt deux, éloignés l’un de l’autre d’environ 100 toises (environ 200 mètres).

       En même temps, quelques cavaliers passèrent la rivière à la nage, ayant chacun un voltigeur en croupe, et l’on passa successivement 300 à 400 hommes d’infanterie sur les radeaux.

        On s’attendait à une forte résistance de la part de l’ennemi, dont les feux avaient été très nombreux, pendant la nuit. Cependant les russes ne firent aucune disposition sérieuse pour s’opposer à la construction des ponts. Il n’y eut qu’une vive fusillade qui dura pendant 3 ou 4 heures. Des cosaques se présentèrent en assez grand nombre ; mais ils furent contenus par nos tirailleurs à pied et à cheval, et par le feu de l’artillerie qui était en batterie sur la rive gauche.

      Le général Éblé n’avait pu vérifier dans la nuit la largeur de la rivière, qu’on lui avait assuré être de 40 toises. Il reconnut, au jour, et pendant qu’on travaillait à l’établissement des deux ponts que cette largeur était de plus 50 toises.

      Alors, M. le général Chasseloup, qui avait déjà déclaré le matin qu’il était dans l’impossibilité de faire construire un 3e pont par le génie, mit à la disposition du général Éblé les sapeurs, ainsi que les chevalets qu’ils avaient construits.

      Le nombre de chevalets ne suffisant pas encore pour les deux ponts, et pour remédier aux accidents, on en continua la construction pendant toute la journée.

      A une heure après-midi, le pont de droite fut achevé. Il était destiné à l’infanterie et à la cavalerie seulement, parce qu’on n’avait pu employer, pour le couvrir, que de mauvaises planches de quatre à cinq lignes d’épaisseur.

       Le 2e corps, commandé par M. le général Oudinot, duc de Reggio, passa le premier.

       Napoléon qui, depuis le matin, n’avait pas quitté les bords de la Bérésina, se plaça à l’entrée du pont pour voir défiler le 2e corps, dont tous les régiments étaient parfaitement en ordre et montraient beaucoup d’ardeur. En prenant des précautions, on parvint à faire passer, sur le pont, une pièce de 8 et un obusier, avec leurs caissons de cartouches.

      Le duc de Reggio marcha droit au camp de la division russe. Cette division, vivement attaquée, ne tint qu’un moment sa position formidable. L’ennemi, qui paraît avoir été, une partie de la journée, incertain de notre véritable passage à cause des mouvements de troupes et des démonstrations faites auprès du pont de Borisow et au-dessous, reprit l’offensive dans la soirée ; mais le 2e corps le battit, et, malgré tous les efforts que firent les Russes les deux jours suivants, nos troupes conservèrent la position qui couvrait entièrement le défilé des ponts.

       Le pont de gauche, spécialement destiné pour les voitures, et dont on avait été obligé de suspendre la construction pendant deux heures, afin de pousser avec plus de vigueur celle du pont de droite, fut terminée à 4 heures. Aussitôt l’artillerie du 2e corps défila sur ce pont. Elle fut suivie par celle de la Garde, par le grand parc, et successivement par l’artillerie des quatre corps et les diverses voitures de l’armée.

       Au lieu de madriers ou fortes planches dont on manquait entièrement, on avait employé, pour le tablier de ce pont, des rondins de 15 à 16 pieds de longueur sur 3 ou 4 pouces de diamètre.

       Les voitures, en passant sur ce tablier raboteux, faisaient éprouver au pont des secousses d’autant plus violentes que toutes les recommandations étaient le plus souvent, inutiles, pour empêcher beaucoup de conducteurs de  voitures de faire trotter leurs chevaux. Les chevalets s’enfonçant inégalement sur un sol vaseux, il en résultait des ondulations et des inclinaisons qui augmentaient les secousses et faisaient écarter les pieds des chevalets. Ces graves inconvénients, que l’on n’avait eu ni le temps ni les moyens de prévenir, causèrent les trois ruptures dont il va être question.

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       A 8 heures, trois chevalets du pont gauche s’écrasèrent. Ce funeste événement consterna le général Éblé, qui, sachant combien les pontonniers étaient fatigués, désespérait presque de réunir sur-le-champ le nombre d’hommes nécessaires pour travailler avec promptitude à des réparations aussi urgentes. L’ordre s’était heureusement maintenu. Les officiers étaient établis à des bivacs avec leurs compagnies. On ne demanda que la moitié de la troupe ; mais ce ne fut pas sans peine que l’on parvint à tirer d’auprès du feu, où ils s’étaient endormis, des hommes harassés de fatigues. Des menaces eussent été bien infructueuses : la voix de la Patrie et celle de l’honneur pouvaient seules se faire entendre à ces braves qui étaient, aussi, fortement stimulés par l’attachement et le respect qu’ils portaient au général Éblé.

       Après trois heures de travail le pont fut réparé et les voitures reprirent leur marche à 11 heures.
 
       27 novembre – Le 27 à 2 heures du matin, trois chevalets du même pont se rompirent dans l’endroit le plus profond de la rivière. La seconde moitié des pontonniers, que le général Éblé avait eu la sage précaution de laisser reposer, fut employée à réparer ce nouvel accident. On y travaillait avec ardeur, lorsque M. le général comte Lauriston arriva sur le pont. Montrant une impatience bien naturelle, il se plaignait cependant de la lenteur d’un travail qu’on ne pouvait cependant pousser avec plus d’activité, et peignait vivement les inquiétudes de Napoléon. Pendant qu’on était occupé à déblayer le bois, à l’endroit de la rupture, le général Éblé faisait construire, sous ses yeux, des chevalets dont il avait lui-même choisi le bois. M. le général Lauriston se fit conduire près de lui ; il y resta jusqu’à ce que les 3 chevalets dont on avait besoin fussent prêt, et tous les deux les précédèrent, faisant face à la foule qui devenait déjà très grande.

        Après 4 heures du travail le plus pénible, la communication fut rétablie à 6 heures du matin.

       A 4 heures du soir, le passage fut encore suspendu pendant deux heures au pont de gauche, par la rupture de deux chevalets. Ce troisième accident fut, heureusement, le dernier.

      Au pont de droite, sur lequel il ne passait que des hommes et des chevaux, les chevalets ne se rompirent pas ; mais on fut constamment occupé à réparer le tablier formé par un triple lit de vieilles planches ayant servi à la couverture des maisons du village, et qui, n’ayant pu être fixées solidement, se dérangeaient à chaque instant. Les pieds des chevaux les brisaient et passaient quelquefois à travers ; en sorte qu’on était obligé de les remplacer souvent.

      Pour diminuer les fatigues des ponts, on avait couvert leurs tabliers avec du chanvre et du foin, qu’il fallait renouveler fréquemment.

      Malgré ces fâcheux contretemps, le passage s’effectua avec assez de promptitude par les troupes qui avaient conservé de l’ordre et marchaient réunies.

      Jusqu’au 27 au soir, il n’y avait pas encore eu d’encombrement, parce que les hommes isolés ne s’étaient encore présentés qu’en petit nombre. Ils arrivèrent en foule pendant la nuit du 27 au 28, amenant avec eux une grande quantité de voitures et de chevaux. Leur marche tumultueuse et confuse causa un tel encombrement, que ce n’était qu’avec des peines infinies et après avoir courus de grands dangers, qu’on pouvait arriver jusqu’aux ponts.

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       Le général Éblé, ainsi que d’autres officiers, tentèrent vainement, à plusieurs reprises, de rétablir l’ordre. Ils ne pouvaient se faire écouter par des hommes qui, ayant depuis plus d’un mois, secoué le joug de toute discipline, étaient  dominés par l’égoïsme, et livrés, pour la plupart, à un profond abrutissement. Les voitures arrivant aux ponts sur 30 à 40 colonnes, il s’établissait, aux culées, des discussions et de rixes pendant lesquelles le passage était interrompu.

        28 novembre.- Le 28 au matin, lors des attaques combinées des armées russes sur les deux rives de la Bérésina, le désordre fut porté à son comble près des ponts, et continua pendant toute la journée. Chacun voulait passer le premier, et, personne ne voulant céder, le passage, interrompu pendant de longs intervalles, n’eut bientôt plus lieu qu’avec une extrême difficulté.

        Les hommes, les chevaux et les voitures de la queue des colonnes, sur lesquels tombèrent les boulets et les obus, dès le commencement de la bataille serrèrent sur la tête et vinrent former, près des ponts, une masse de 6 à 700 toises de front sur 150 à 200 toises de profondeur, de sorte que la plaine, entre les ponts et le village de Wésélowo, était couverte par une multitude d’hommes à pieds et à cheval, de chevaux et de voitures qui, tournées dans tous les sens, ne pouvaient faire aucun mouvement.

        Le 9e corps, qui soutenait la retraite, combattait depuis le matin, avec une valeur admirable, contre des forces bien supérieures aux siennes ; mais son front n’ayant pas assez d’étendue, l’ennemi parvint vers une heure après midi, à placer plusieurs batteries qui découvraient les ponts. Les boulets et les obus, tombant alors milieu d’une foule serrée d’hommes et de chevaux, y firent un ravage épouvantable. L’action de cette mase, se portant elle-même vers la rivière, produisit de grands malheurs. Des officiers, ses soldats, furent étouffés ou écrasés sous les pieds des hommes et des chevaux. Un grand nombre d’hommes, jetés dans la Bérésina, y périrent, d’autres se sauvèrent à la nage ou atteignirent les ponts, sur lesquels ils montèrent en se cramponnant aux chevalets. Une grande quantité de chevaux furent poussés dans la rivière et restèrent pris dans les glaces. Des conducteurs de voitures et de chevaux les ayant abandonnés, la confusion fut sans remède ; les chevaux, errant sans guide, se réunirent, et, en se serrant, formèrent une masse presque impénétrable.

        Le feu cessa, de part et d’autre, vers cinq heures, à l’entrée de la nuit ; mais le passage, retardé par une succession continuelle d’obstacles, ne s’effectuait plus qu’avec une lenteur désolante. Dans cette situation vraiment désespérante, le Général Éblé fit faire un grand effort pour débarrasser les avenues des ponts et faciliter la marche du 9e corps, qui devait se retirer pendant la nuit. 150 pontonniers furent employés à cette opération : il fallut faire une espèce de tranchée à travers un encombrement de cadavres d’hommes et de chevaux, et de voitures brisées et renversées ; on y procéda de manière suivante :

       Les voitures abandonnées qui se trouvaient dans le chemin que l’on pratiquait étaient conduites sur le pont par les pontonniers qui les culbutaient dans la rivière. Les chevaux qu’on ne pouvait contenir sur le nouveau chemin étaient chassés sur le pont avec la précaution de n’en faire passer qu’un petit nombre à la fois pour éviter les accidents. On pratiqua, à droite et à gauche de la grande tranchée, des ouvertures pour faciliter l’écoulement des hommes à pied et des voitures qui étaient encore attelées. Il ne fut pas possible de détourner les cadavres des chevaux, le nombre était trop grand, et les hommes et les voitures qui devaient nécessairement passer par-dessus avant d’arriver aux ponts, éprouvaient de grandes difficultés.

      L e 9e corps quitta sa position vers 9 heures du soir, après avoir laissé sur la rive gauche des postes et une arrière garde pour observer l’ennemi. Il défila sur les ponts en très bon ordre, emmenant avec lui toute son artillerie.

        29 novembre.- Le 29, à une heure du matin, tout le 9e corps, à l’exception d’une faible arrière garde, était passé sur la rive droite, et personne ne passait plus sur les ponts.

       Deux batteries de 6 pièces de canon, commandées chacune par un colonel, (MM. Chopin et Serruzier), passèrent également la rivière avec leurs caissons dans la nuit de 28  au 29.

       Cependant, il restait encore sur la rive gauche des officiers et autres militaires blessés ou malades, des employés, des femmes, des enfants, des officiers payeurs avec leurs fourgons, des vivandières, quelques soldats armés, mais fatigués, enfin une foule d’isolés avec leurs provisions et leurs chevaux.

        Tout ce monde, hormis les blessés et les malades, pouvait facilement, en abandonnant chevaux et voitures, passer les ponts pendant la nuit ; mais lorsque le feu de l’ennemi eut cessé, les bivouacs se formèrent avec la plus incroyable sécurité. Le général Eblé envoya plusieurs fois dire autour des bivouacs, que les ponts allaient être brulés. Officiers, employés, soldats, etc. étaient sourds aux plus pressantes sollicitations et attendaient sans inquiètude, près du feu ou dans les voitures, qu’il fit jour pour se disposer à partir.

         M. le Maréchal Victor, Duc de Bellune, qui resta pendant une grande partie de la nuit au bivouac du Général Eblé, fit lui même des efforts inutiles  pour mettre en mouvement une foule indifférente et obstinée.

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       A 5 heures du matin, le Général Eblé fit mettre le feu à plusieurs voitures, afin de décider au départ les hommes qui les entouraient ; cette mesure produisit quelque effet.
 
      Vers 6 heures et demi, le Maréchal Victor retira ses avant-postes et leur fit passer les ponts : ce mouvement réveilla les insouciants ; convaincus enfin qu’ils allaient tomber entre les mains de l’ennemi, ils se précipitèrent sur les ponts avec leurs voitures et leurs chevaux et y produisirent un nouvel et dernier encombrement.

       Le Général Eblé qui avait reçu l’ordre de détruire les ponts à 7 heures du matin, attendit le plus longtemps qu’il lui fut possible  pour commencer  une opération dont il avait assuré le succès, par les préparatifs auxquels il avait donné  tous ses soins pendant la nuit ; son coeur sensible combattit longtemps avant de prendre la résolution d’abandonner  à l’ennemi  un aussi grand nombre de Français. Ce ne fut donc qu’a huit heures et demi, lorsqu’il n’y avait plus un moment à perdre, qu’il ordonna de couper les ponts et d’y mettre le feu.

       La rive gauche de la Bérézina offrit alors le plus douloureux spectacle : hommes, femmes, enfants, poussaient des cris de désespoir. Plusieurs tentèrent de passer, en se précipitant à travers les flammes des ponts ou en se jetant à la nage dans la rivière qui charriait de gros glaçons. D’autres se hasardèrent sur la glace qui s’était arrêtée entre les deux ponts, et qui n’étant pas encore assez consolidée, céda sous leurs pieds et les engloutit.

       Enfin, vers 9 heures, les cosaques arrivèrent et firent prisonnière cette multitude, en grande partie victime de son aveuglement. 
               
       Le travail de la destruction des ponts dura une heure. Il fut entièrement achevé à 9 heures et demi ; alors le Général Eblé fit réunir la troupe et se retira sur la route de Zembin que suivait l’armée.

       L’artillerie russe ne commença que dans ce moment à faire feu, mais on fut bientôt à l’abri de ses coups. 

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      La timidité avec laquelle l’armée russe s’approcha des ponts, dans la matinée du 29, prouve combien elle avait été maltraitée, la veille, par le 9e corps. Ainsi qu’on l’a dit, le feu avait cessé de part et d’autre, le 28, à 5 heures du soir ; depuis cet instant jusqu’au lendemain à 9 heures et demie, lorsque les ponts eurent été détruits et que les pontonniers se retiraient, il ne s’est pas tiré un seul coup de canon ni un seul coup de fusil. Les Cosaques qui furent les premières reconnaissances hésitèrent longtemps avant de s’approcher, quoiqu’on ne fasse pas feu sur eux ; enhardis enfin, ils vinrent se mêler parmi des gens sans défense, qu’ils n’eurent aucune peine à faire prisonniers. Le nombre de ces derniers fut de 4000 à 5000 y compris les femmes et les enfants. On laissa sur la riva gauche de la Bérésina 3000 à 4000 chevaux de toutes tailles, et 6 à 700 voitures de diverses espèces, mais toute l’artillerie passa, hormis quelques caissons isolés ou brisés et trois ou quatre canons qui se trouvèrent embarrassés au loin dans les autres voitures.

       L’arrière-garde de l’armée avait pris position à une lieue environ de la Bérésina, pour couvrir un défilé de deux lieues de long, dans une forêt marécageuse traversée par une chaussée étroite sur laquelle il ne pouvait passer qu’une voiture de front.

       Ce défilé, dont les côtés étaient presque impraticables pour les gens à pied et à cheval, était terminé par trois grands ponts en bois de sapins établis à la suite l’un de l’autre, sur des ruisseaux et des marais qui n’étaient pas entièrement gelés. Ces ponts avaient, ensemble, plus de 300 toises de longueur. Les deux intervalles qui les séparaient, d’environ 100 toises chacun, étaient remplis par une chaussée construite en fascines et en terre.

       Le maréchal Ney, prince de La Moskowa, qui avait pris le commandement de l’arrière-garde, attendait à l’entrée de la forêt le général Éblé, à qui il donna l’ordre, de la part de Napoléon, de brûler ces trois ponts dont on vient de parler, en lui disant que leur parfaite destruction était de la plus haute importance.

       Le général Éblé, étant arrivé près des ponts, fit tout disposer pour leur embrasement. Les pontonniers furent employés, le restant de la journée (du 29), aux préparatifs de cette opération qui commença à 10 heures du soir, aussitôt après le passage des dernières troupes de l’arrière-garde. Quelques cosaques et quelques tirailleurs se présentèrent à la culée du premier pont ; mais ils furent éloignés par la fusillade d’un bataillon d’arrière-garde.

       30 novembre.- Les pontonniers se retirèrent, le 30, à 4 heures du matin, après avoir détruits les trois ponts de manière à ne pouvoir être réparés par les Russes.

      On conçoit que si le général russe, dont la division avait occupé Zembin pendant les 3 ou 4 jours qui ont précédé notre passage de la Bérésina, eût fait détruire les trois ponts en question, l’armée française se fut trouvée dans un nouvel embarras bien pire que le premier.

      Observations.- La largeur de la Bérézina sur le point de Wésélowo, où s’est effectué le passage est de 54 toises. Sa plus grande  profondeur était de 6 à 7  pieds. Elle chariait des glaces.

      Cette rivière est peu rapide. Son fond est vaseux et inégal. A l’endroit du passage, la rive droite est très marécageuse, mais le froid avait durci le terrain ; autrement les voitures n’auraient pu être conduites à 100 pas des bords de la rivière.

      Les bois que l’on employa pour la construction des ponts provenaient, ainsi qu’on l’a fait observer, des maisons qui furent démolies dans le village de Wésélowo, pendant la nuit du 25 au 26 novembre.

       La hauteur des chevalets était de 3   jusqu’à 8 et 9 pieds, et la longueur des chapeaux de 14 pieds.

       Il y avait 23 chevalets à chacun des deux ponts et par conséquent 24 travées.
 
       La longueur d’une travée, c’est-à-dire la distance d’un chapeau de chevalet à l’autre était de 13 à 14 pieds.

       Les bois qui servirent en guise de poutrelles pour former les travées, avaient de 16 à 17 pieds de longueur, et 5 à 6 pouces de diamètre. On n’avait pas eu le temps de les équarrir, non plus que ceux des chapeaux et des pieds de chevalets.

       On a fait remarquer qu’on avait fait usage, pour le tablier du pont de gauche, de rondins de 15 à 16 pieds de longueur, sur 3 à 4 pouces de diamètre, et que celui du pont de droite était composé d’un triple lit de vieilles planches ayant servi à la couverture des maisons du village. Ces planches avaient 7 à 8 pieds de longueur, 5 à 6 pouces de largeur et 4 à 5 lignes d’épaisseur ; on en mit deux longueurs qui se croisaient sur le milieu du pont.

       Les détails dans lesquels on est entré donnent une idée des difficultés qu’on eut à surmonter pour, dans une seule nuit, et avec une troupe fatiguée par de longues marches de jour et de nuit, et privée de subsistances, abattre des maisons, en rassembler et choisir les bois, construire les chevalets, puis, avec la même troupe, jeter les ponts, ensuite les entretenir et les réparer pendant trois jours et trois nuits.

       Les pontonniers et les sapeurs ont travaillé à la construction des ponts avec un zèle et un courage au-dessus de tout éloge.

       Les pontonniers ont, seuls, travaillé dans l’eau ; malgré les glaces que charriait la rivière, ils y entraient souvent jusqu’aux aisselles, pour placer les chevalets, qu’ils contenaient, de cette manière, jusqu’au moment où les bois qui servaient de poutrelles étaient fixés sur les chapeaux.
       Animés et soutenus par la présence et l’exemple du général Éblé, les pontonniers ont montré une persévérance et un dévouement sans bornes dans les pénibles réparations des ponts, dont ils furent seuls chargés. Sur plus de 100 qui se sont mis à l’eau, soit pour construire, soit pour réparer les ponts, on n’en a conservé qu’un très petit nombre ; les autres sont restés sur les bords de la Bérésina, ou ne suivaient plus, deux jours après le départ, et on ne les a plus revus.

        Tant de peines, de fatigues, d’inquiétudes et de malheurs eussent été évités, si on avait eu les moyens de jeter un pont de bateaux. Ces moyens, on les possédait quelques jours avant d’arriver à la Bérésina… Et on les a détruits.

        En effet, il y avait à Orcha un équipage de ponts de soixante bateaux munis de tous ses agrès ; on y mit le feu le 20 novembre, six jours seulement avant d’arriver à la Bérésina.

        Il ne fallait que quinze de ces bateaux pour construire, en une heure, un pont à côté duquel on aurait pu en établir un autre en chevalets, pour rendre le passage plus prompt.

       Cet équipage de 15 bateaux eût été rendu très mobile en l’allégeant de moitié, c’est-à-dire en mettant deux voitures par bateau, savoir : une pour le bateau et une pour les poutrelles et les madriers.

       Ces 30 voitures eussent été lestement transportées avec moins de 300 chevaux qu’on eût trouvés facilement en laissant ou en brûlant, à Orcha, quelques unes de ces innombrables voitures qu’il fallut bien abandonner, peu de jours après.

        Si la proposition, qu’avait faite le général Éblé, d’emmener d’Orcha une portion de l’équipage du pont, eût été acceptée, le passage de la Bérésina aurait été, sous le rapport de la construction des ponts, une opération ordinaire dont le succès n’eût pas été un moment douteux ; et des malheurs qu’on ne saurait trop déplorer, mais qui auraient pu être bien plus grands , ne seraient pas arrivés. 

       On a dit qu’il n’était resté sur la rive gauche de la Bérézina que 3 ou 4 pièces de canon qui auront été embarrassées dans les autres voitures. Cette assertion dément ce que des ouvrages sur la campagne de 1812 en Russie rapportent d’une nombreuse artillerie  abandonnée à la Bérézina. Il est aisé de prouver que nous n’avons rien avancé que de vrai. En effet, il est incontestable que toute l’artillerie de la Garde ainsi que celle des 2e et 9e corps et le grand parc composé de près de 300 voitures dont 40 à 50 pièces de canon ont passé la rivière, qu’il en a été de même du peu qui restait aux autres corps, enfin 12 pièces avec leurs caissons appartenant à ces derniers corps ont encore passées dans la nuit du 28 au 29. 

       Au surplus les auteurs qui ont écrit l’histoire de la campagne de 1812 en Russie ont tous donné, sur le passage de la Bérézina, des détails inexacts et incomplets.

       Les erreurs de dates qu’ils ont commises et leur silence à l’égard du Général Eblé prouvent assez qu’ils ne se sont pas arrêtés auprès des ponts, où ils n’avaient d’ailleurs rien à faire. Ils n’ont donc pu voir qu’une faible partie des événements qui se sont succédés sur les bords de la Bérézina depuis le 25 novembre à 5 heures du soir jusqu’au 29 à 9 heures et demie du matin.

       N’ayant pas vu les choses en passant, et la nature de nos fonctions nous ayant fixés auprès de feu, M. le Général Eblé, nous avons pensé qu’il était de notre devoir de suppléer, autant que cela dépendait de nous, à la relation de cet officier général eût faite d’une opération qu’il a dirigé seul depuis le commencement jusqu’à la fin du passage, et dont le succès, en ce qui concerne la construction et la conservation des ponts pendant tout le temps qu’ils ont été necessaires, est dû à son active prévoyance, à son sang-froid et à son esprit d’ordre qui le distinguait éminemment. 

       M. le général comte Chasseloup a rendu, à cet égard, toute justice due à M. le général Éblé, au chef de l’état-major, le colonel Chapelle duquel il dit, au moment où on commençait à construire les ponts : « Je reconnais que c’est l’artillerie qui doit être chargées des ponts, à la guerre, parce qu’elle a, par son personnel, ses chevaux et son matériel, de si grandes ressources, qu’il lui en reste encore quand celles des autres services sont épuisées. Le génie et le bataillon du Danube (ouvriers militaires de la marine), sont entrés en campagne avec un parc considérable d’outils de toute espèce ; et cependant nous sommes arrivés ici sans une seule forge, sans un clou, dans un marteau. Si l’opération réussit, ce sera au général Éblé qu’on en aura l’obligation, puisque lui seul avait les moyens de l’entreprendre. Je le lui ai déjà dit et je vous le dis aussi, afin que vous le lui répétiez, quoiqu’il arrive. »

 

Eblé

        M. le Général Eblé mettait la construction des ponts de la Bérézina au premier rang des nombreux services qu’il avait rendus dans le cours de sa longue et glorieuse carrière militaire. Pendant et après le passage, il nous a fait plusieurs fois cette déclaration qui est d’un grand poids de la part d’un général dont la modestie égalait les lumières. 

         Le Général comte de Lariboisière étant tombé dangereusement malade, le Général Eblé qui était aussi très souffrant, le remplaça le 9 décembre à Vilna dans le commandement de l’artillerie de l’armée ; faisant, comme à son ordinaire, abnégation de lui-même, il remplit les fonstions importantes dont on le chargeait dans un moment bien critique avec l’ardeur et l’activité qui ne l’avaient jamais abandonné. 

        Succombant à tant de fatigues, il mourrut à Koenigsberg, le 30 décembre, peu de jours après M. le Général Lariboisière.

        Les grands talents, les vertus et l’austère probité de feu le Général comte Eblé sont connus de l’armée de la France ; son nom est révéré à l’étranger.

       Il commanda l’artillerie de plusieurs grandes armées, notamment de celles du Nord, du Rhin, du Danube et du Portugal.

       Il a été Ministre de la Guerre en Westphalie et Gouverneur à Magdebourg où sa mémoire sera toujours chérie et respectée.

       Le Général Eblé avait été nommé premier Inspecteur général de l’artillerie après le décès du Général Lariboisière. Il n’a pas connu cette nomination qui avait cependant eu lieu avant sa mort.

       Indépendamment des deux rédacteurs de la présente relation, les officiers d’artillerie employés à l’état-major de feu M. le Maréchal comte Eblé ou commandant les compagnies de pontonniers étaient :

        MM.Zabern et Delarue, chefs de bataillon ; Joffre et Boulanger, aides de camp du Général ; Preuthin et Drieu, capitaines-adjoints ; Braun, Busch et Baillot, capitaines commandant au premier 1er bataillon de pontonniers ; Gauthier, Dorimon, Pichon et Andrieux, capitaines au 2e bataillon de pontonniers.

 

            Le Colonel d’artillerie ayant été chef                                                       Le chef de bataillon d’artillerie ayant

            d’état-major de feu M. le Gal. comte Eblé                                              commandé le 2e équipage de ponts et le

             pendant la campagne de 1812 en Russie                                             2e bataillon de pontonniers pendant la 

                                                                                                                              campagne de 1812 en Russie

                      Baron A. CHAPELLE.                                                               Chevalier       J.B.   Chapuis.

 

 

Publié dans:IL Y A DEUX SIECLES. |on 20 août, 2007 |3 Commentaires »
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