Archive pour la catégorie 'Desaix. le procès de Soleyman êl Halaby'

Soleyman êl-Hhaleby, procés et jugement.

 

 Recueil des pièces relatives à la procédure et au jugement  de :

 Soleyman êl-Hhaleby,

«  assassin du général en chef Kleber. »

 

Soleyman êl-Hhaleby,  procés et jugement. dans SOLEYMAN EL-HHALEBY (Suleyman al-Halabi). KleberAssin-300x202

 

L’assassinat de Kleber, qui avait succédé à Bonaparte en tant que commandant en chef de l’armée française d’occupation lorsque ce dernier est retourné en Europe en 1800, continue de fournir des petits mystères à méditer.  L’identité de l’assassin, son motif dans la réalisation de l’assassiner, s’il devait être considéré comme un héros national, un moudjahid, ou un criminel de droit commun  tous ces points restent ouverts.  Si oui, a-t’il agit en son nom propre, ou s’il avait été envoyé par les représentants de la Sublime Porte pour une mission pour mettre fin à l’occupation française de l’Egypte ?

Il y a des incohérences intrigantes de détail : les méthodes utilisées par les Français pour extraire une confession de Soleyman êl-Hhaleby, sa torture et son exécution ( une affaire lente et extrêmement douloureuse sur ce point, au moins, il semble y avoir un certain consensus ), et la décapitation de ses trois complices , cheikhs azharite accusés d’avoir participé au complot visant à fomenter la sédition parmi les habitants du Caire : des points, aussi, ont donné lieu à des interprétations contradictoires . Etait-ce une justice éclairée, ou  un procès fantoche, destiné seulement à enseigner aux indigènes une bonne leçon en mettant des individus choisis au hasard sur la scène . Enfin, même le spectacle offert par la mort de Soleyman est une représentation assez peu glorieuse de la puissance française .  A t ‘il été assisté comme on aurait pu s’attendre.?

Larrey, le médecin militaire en chef récupéra la dépouille de Soleyman êl-Hhaleby pour sa collection. Le crâne de Soleyman, fut montré pendant des années aux étudiants de Médecine à Paris « pour leur faire voir la bosse du crime et du fanatisme avant de finir au Musée de l’Homme »  en tant que  criminel .

Pour être sûr, la peine infligée à Soleyman êl-Hhaleby a été destinée à fournir un exemple : à bon entendeur, salut.

Kleber lui même, aurait-il apprécié ?

 

Accès au compte rendu du procès.

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Procès-verbal et autopsie du cadavre du général en chef KIeber.

Premier interrogàtoire de Soleyman êl-Hhaleby.

Nouvel interrogatoire de Soleyman êl-Hhaleby et ses complices .

Déclaration des témoins .

Proclamations du Général  ABD. J. MENOU .

Réquisitoire et verdict.

Le terrible supplice de Soleyman.

Obsèques du général Kleber.

 

Publié dans:Desaix. le procès de Soleyman êl Halaby |on 21 septembre, 2007 |Commentaires fermés

Procès-verbal et autopsie du cadavre du général en chef KIeber.

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Procès-verbal de la visite du cadavre du général en chef KIeber.

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Procès-verbal et autopsie du cadavre du général en chef KIeber. dans SOLEYMAN EL-HHALEBY (Suleyman al-Halabi). mortuaire-de-kleber-183x300

Masque mortuaire moulé sur le visage de Kleber.

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Le Vingt-cinquième jour de prairial, l’an 8 de la République, nous soussignés, médecin en chef, et chirurgien de première classe, faisant par intérim fonction de chirurgien en chef, appelés vers les deux heures au quartier-général, place Ezbékyéh, au Kaire , par la générale qui battoit, et la rumeur publique qui annonçoit que le général en chef Kleber venoit d’être assassiné ; nous l’avons trouvé venant de rendre le dernier soupir. Un examen attentif a prouvé qu’il avoit été frappé d’un instrument aigu et tranchant; il avoit reçu quatre blessures; la première à la partie supérieure de l’hypocondre droit, et pénétrant dans l’oreillette droite du coeur; la seconde, cinq travers de doigt au-dessous de la première et donnant issue à une portion de l’épiploon ; la troisième, à l’avant-bras gauche, pénétrant d’une part à l’autre entre le radius et le cubitus ; la quatrième, à la partie moyenne et externe de la cuisse droite ; de quoi nous avons dressé procès-verbal en présence de l’ordonnateur des guerres Sartelon, qui a signé avec nous , pour remise dudit acte être faite au général chef de l’état-major général.

 Au quartier-général du Kaire , l’an et jour ci-dessus, à trois heures de l’après-midi ;

Signés  R. DESGENETTES, CASABIANCA et SARTELON.

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Procès-verbal sur les blessures du citoyen Protain.

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Cejourd’hui 25 prairial, an 8 de la République , à trois heures après midi , nous soussignés , médecin en chef, et chirurgien de première classe , faisant par interim fonction de chirurgien en chef, avons , sur la réquisition verbale de l’ordonnateur des guerres Sartelon , dressé procès-verbal de l’état des blessures du citoyen Protain , architecte , et membre de l’institut d’Egypte , assassiné aux côtés du général en chef Kleber, et en lui portant du Secours. Nous l’avons trouvé dans un des appartemens de l’état-major-général, frappé de six blessures, faites par un instrument aigu et tranchant ; savoir, la première à la région temporale gauche, a déchiré la peau , les parties charnues , et coupé la branche antérieure de l’artère temporale la seconde a écarté du reste du métacarpe celui de ses os qui correspond au petit doigt ; la troisième est à la partie postérieure et gauche du thorax, entre la sixième et la septième des vraies côtes ; la quatrième est dans la région lombaire gauche ; la cinquième , sur l’angle gauche de la màchoire ; la sixième a sillonné peu profondément le muscle pectoral gauche , en foi de quoi nous avons signé avec ledit commissaire-ordonnateur.

Au quartier-général du Kaire , l’an , jour et heure ci-dessus. Signés R. Desgenettes, Casabianca, et Sartelon.

 

(Sources: Pièces diverses et correspondances, relatives aux opérations de l’armée d’Orient en Egypte.)

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Publié dans:Desaix. le procès de Soleyman êl Halaby |on 21 septembre, 2007 |Commentaires fermés

Premier interrogàtoire de Soleyman êl-Hhaleby.

 

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Premier interrogatoire de Soleyman êl-Hhaleby.

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  Aujourd’hui 25 prairial, an 8 de la République française dans la maison du général de division Damas , chef de l’état- major général , a été conduit , par un sous- officier des guides , un homme du pays, prévenu d’avoir assassiné le général en chef Kleber ; lequel accusé a été reconnu par le citoyen Protain ingénieur , qui avec le général lors dudit assassinat , et qui a reçu lui-même plusieurs coups de poignard ; ledit accusé’ ayant d’ailleurs été remarqué à la suite du général depuis Gizeh , et ayant été trouvé caché dans le jardin où s’est commis ledit assassinat , dans lequel jardin on a aussi trouvé , à la même place il a été pris , le poignard duquel le général a été blessé, et divers haillons appartenant audit prévenu.

     De suite il a été procédé à son interrogatoire par le général de division Menou , le plus ancien de grade de l’armée , commandant au Kaire ; lequel interrogatoire a été fait par l’entremise du citoyen Bracewich , premier secrétaire interprète de l’état-major, et rédigé comme il suit par le commissaire-ordonnateur Sartelon , requis a cet effet par le général Menou.

Le dit prévenu interrogé de son nom , âge, domicile et profession , a répondu s’appeler Soleyman , natif de la Syrie , âgé de vingt quatre ans , être écrivain arabe de profession , et avoir été ci-devant domicilié à Hhaleb ( Alep ),

     Intérrogé combien il y a de temps qui il est au Kaire ;

     A répondu qu’il y est depuis cinq mois et qu’il est venu avec une karavanne , dont le conducteur est le cheykh arabe Soleyman Bourygy.

     Interrogé de quelle religion il est   ;

     A répondu être de la religion musulmane , avoir demeuré déja trois ans au Kaire et trois autres années à la Mekke et à Médine.

      Interrogé s’il connoît le grand-vizir , et s’il l’a vu depuis quelque temps ;

      Répondu qu’un Arabe comme lui ne connoit point le grand-vizir.

      Interrogé quelles sont ses connoissances au Kaire;

     Répond qu’il n’en a point ; mais qu’il se tient souvent près de la grande mosquée , dite Gamè-èl-Azard ; qu’il est connu de tout le monde, et que beaucoup de gens rendront compte de sa bonne conduite.

Interrogé s’il est allé ce matin à Gizeh ;

     Répondu que oui , qu’ il cherchoit de l’emploi pour écrire , mais qu’il n’en a point trouvé.

     Interrogé quelles sont les personnes pour lesquelles il a écrit le jour précédent ;

     Répondu qu’elles sont toutes parties.

     Interrogé comment il est possible qu’il ne connoisse aucun de ceux pour lesquels il a écrit ces jours passés , et qu’ils soient tous partis ;

     Répond qu’il ne connoissoit pas ceux pour qui il écrivoit , et qu’il est impossible de se rappeler leurs noms.

  Interrogé quel est le dernier pour lequel il a écrit ;

    Répond qu’il s’appelle Mohhammed Moghrebyès – Souéys vendeur d’eau de réglisse ; mais qu’il n’a écrit pour personne à Gizeh.

    Interrogé de nouveau sur ce qu’il alloit faire à Gizeh  ;

    Répond qu’ il y alloit pour demander à y être employé en sa qualité d’écrivain

    Interrogé comment il a été pris dans le jardin du général en chef ;

    Répond qu’il n’a pas été pris dans le jardin , mais dans le grand chemin,

    Représenté qu’il ne dit pas la vérité, puisque les guides du général l’ont pris dans son jardin ou il étoit caché , et ont même trouvé un poignard qui lui a été exhibé ;

    Répond qu’il est vrai qu’il étoit dans le jardin , mais qu’il n’y étoit pas caché; qu’il s’y étoit assis , parce que des cavaliers gardairent toutes les avenues , et qui il ne pouvoir pas aller au Kaire ; qu’il n’avoir point de poignard, et qui il ignore s’il y en avoit dans le jardin.

   Interrogé pourquoi il suivoit depuis le matin le général en chef;

     Répond que c’étoit pour avoir le plaisir de le voir.

     Interrogé s’il reconnoît une lisière de drap vert qui semble faire partie d’une semblable qu’il a sur lui , et qui a été trouvée dans le jardin à l’endroit où le général en chef a été assassiné;

     Répond que cela ne lui appartient point.

     Interrogé s’il a parlé à quelqu’un a Gizeh , et où est-ce qu’il a couché ;

     Répond qu’il n’a parlé à personne que pour acheter divers objets , et qui il a couché à Gizeh dans une mosquée.

     A lui représenté que les blessures qu’il a à la tête prouvent que c’est lui qui a assassiné le général , puisque le citoyen Protain , qui était avec lui , et qui le reconnoit , lui a donné des coups de bâton qui l’ont blessé ;

      Répond qu’il n’a été blessé que lorsqu’il a été pris.

      Interrogé s’il n’a pas parlé ce matin à Housseyn Kyachef, et à ses mamlouks ;

      Répond qu’il ne les a pas vus et qu’il ne leur a pas parlé.

  L’accusé persistant dans ses dénégations, le général a ordonné qu’il reçût la bastonnade , suivant l’usage du pays : elle lui a été infligée de suite, jusqu’à ce qu’il ait déclaré qu’il étoit prés à dire la vérité. Il a été délié et interrogé de nouveau de la manière qui suit :

     Interrogé depuis quand il est au Kaire ;

    Répond qu’il y est depuis trente-un jours , et qu’il est venu de Ghazah en six journées sur un dromadaire.

     Interrogé pourquoi il est venu ;

     Répond qu’il est venu pour assassiner le général en chef.

     Interrogé par qui il a été envoyé pour commettre le dit assassinat ;

     Répond qu’il a été envoyé par l’agha des janissaires ; qu’au retour de l’Egypte les troupes musulmanes ont demandé à Alep quelqu’un qui put assassiner le général en chef de l’armée française ; qu’on a promis de l’argent et des grades militaires , et qu’il s’est présenté pour cet objet.

    Interrogé quelles sont les personnes auxquelles il a été adressé en Egypte ; s’il a fait part à quelqu’un de son projet , et ce qu’il a fait depuis son arrivée au Kaire;

  Répond qu’il n’a été adressé à personne et qu’il est allé s’établir à la grande mosquée ; qu’il a vu les chefs de la loi Mohhammed él Ghazzy, Seyd Ahhmed èl-Oualy,Seyd A’bd-allah èl Ghazzy,  et Seyd A’bd-él-Qadyr él Ghazzy , qui logent dans ladite mosquée ; qu’ils lui ontconseillé de ne pas exécuter son projet , parce que cela seroit impossible , et qu’il seroit tué; qu’on auroit pu charger d’autres que lui de cette mission; qu’il les a entretenus tous les jours de son dessein , et qu’hier enfin il leur a dit qu’il vouloit terminer cela , et assassinerle général ; qu’il est allé à Gizeh pour voir s’il pourroit réussir ; qu’il s’est adressé aux matelots de la cange du général pour savoir s’il sortoit ; qu’on lui à demandé ce qu’il vouloit, et qu’ayant répondu qu’il désiroit lui parler, ils lui ont dit qu’il alloit tous les soirs dans le jardin ;  que ce matin il a vu le général aller au Meqyâs et au Kaire , et qu’il l’a suivi jusqu’à ce qu’il l’ait assassiné.

     Le présent interrogatoire fait par le général Menou , en présence des généraux de l’armée , des officiers de l’état-major , et des corps assemblés à l’état-major général , a été clos et signé par le général Menou , et le commissaire – ordonnateur Sartelon, soussignés,  les jour , mois , et an que des autres parts ; l’accusé après lecture , a pareillement signé. Signature de l’accusé en lettres arabes. Le général de division Menou , le général de division Friand, le général de division Régnier , le général de division Damas , l’adjudant-général Valentin, l’adjudant général Morand , l’adjudant-général Martinet , Leroy , Sartelon, Baptiste Santi Lhomaca , drogman ; Jean Renuo , interpréte du général en Chef ; Damien Bracevich.

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   Premier interrogàtoire de Soleyman êl-Hhaleby. dans SOLEYMAN EL-HHALEBY (Suleyman al-Halabi). menou--206x300

Général Menou.

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Interrogatoire des trois cheykhs accusés.

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       Cejourd’hui 25 prairial , an 8 de la République française , à huit heures du soir, ont été conduits dans la maison du général Menou , commandant l’armée , les nommés Seyd A’bd – Allah él-Ghazzy, Mohhammed él – Ghazzy , et Seyd Ahhmed èl-Oualy, tous les trois accusés de complicité dans l’assassinat du général en chef Kleber.

      Le général Menou ayant ordonné leur interrogatoire, il a été procédé en présence de divers généraux réunis à cet effet , par l’entremise du citoyen Lhomaca , interprète , de la manière qui suit ;

   Le nommé Seyd A’bd-Allah él-Ghazzy a été interrogé le premier , séparément , comme ci-après ;

     Interrogé de ses noms, âge et profession ;

     Répond s’appeler Seyd A’ bd- Allah él-Ghaz7y , natif de Ghazah, domicilié au Kaire , où il exerce depuis dix ans l’emploi de lecteur du koràn à la grande mosquée dire Gamè – èl – Azhar, et ne pas savoir son âge , qu’il croit être environ trente ans.

     Interrogé s’il demeure à la mosquée et s’il a connoissance des étrangers qui viennent y loger;

     Répond qu’il reste nuit et jour dans la mosquée , et qu’il est à portée de connoître les étrangers qui il remarque.

     Interrogé s’il a connu des hommes arrivant de la Syrie il y a un mois ;

     Répond que  depuis cinquante jours il n’a vu arriver personne de la Syrie.

    A lui représenté qu’un homme , arrivé de l’armée du vizir depuis trente jours , déclare le connoître , et qu’il ne paroît pas dire la vérité ;

   Répond qu’il s’occupe uniquement de son emploi , qui il n’a vu personne de la Syrie , mais qu’il a entendu dire qu’il étoît arrivé une karavanne de l’Orient.

     A lui représenté de nouveau que des hommes arrivés de la Syrie soutiennent lui avoir parlé et le connoître ;

     Répond que cela est impossible, et qu’on peu  le confronter avec ceux qui l’accusent.

     Interrogé s’il ne connoît pas un nommé Soleyman, écrivain arabe , venu d’Alep depuis trente-un jours ;

      Répond que non.

     A lui représenté que cet homme assure l’avoir vu , et lui avoir communiqué divers objets importans  ;

     Répond qu’il ne l’a pas vu , que cet homme a menti et qu’il consent à périr s’il est convaincu de ne pas dire la vérité.

      De suite le général ayant fait appeler  Mohhammed él-Ghazzy également prévenu de complicité dudit assassinat, il a été procédé à son interrogatoire comme il suit :

      Interrogé de ses noms , âge , demeure et profession

 Répond s’appeler Cheykh Mohhammed êl-Ghazzy âgé d’environ vingt-cinq ans, natif de Ghazah, et domicilié au Kaire , il exerce l’état de lecteur du koran à la grande mosquée dite él- Azhar , depuis cinq ans , et d’où il ne sort que pour prendre des vivres.

      Interrogé s’il connoit les étrangers qui viennent loger à la mosquée ;

      Répond qu’il en vient quelquefois mais que le portier seul a affaire à eux ; que pour lui il couche quelquefois à la mosquée ou chez le cheykh Cherkaoui.

       Interrogé s’il ne connoit pas un nommé Soleyman , venu de la Syrie il y a environ un mois ;

      Répond qu’il ne le connoit pas , qu’il ne peut voir tous ceux qui arrivent , parce que la mosquée est grande.

      Interrogé de déclarer ce que lui a dit Soleyman , attendu qu’il a assuré lui avoir parlé à la mosquée  ;

     Répond  qu’il le connoit depuis trois ans , qu’ il sait qu’il a été à la Mekke,  mais que depuis cette époque il ne l’a pas vu,  et que s’il est revenu c’est à son insu.

      Interrogé si Seyd A’bd-Allah èl-Ghazzy l’a connu aussi ;

Répond que oui.

      A lui représenté qu’il est sûr qu’il a causé long-temps hier avec ce Soleyman , et qu’il y a des preuves à cet égard  ;

      Répond que cela est vrai.

      Interrogé de dire pourquoi il a commencé de dire qu’il ne l’a point vu  ;

      Répond qu’il ne croit pas l’avoir dit ,  et que les interprètes se sont trompés.

      Interrogé si ce Soleyman ne lui auroit pas parlé d’une chose très-criminelle, ce qui est d’autant plus vrai qu’on sait qu’il a voulu l’en empêcher ;

      Il répond qui il ne sait rien de cela ; que Soleyman a fait différens voyages au Kaire, et qui il y est depuis un mois.

      A lui représenté qu’il y a des preuves que ce Soleyman lui a dit qu’il vouloit tuer le général en chef, et qui il a voulu l’en empêcher ;

Répond qu’il ne lui en a pas parlé ; que hier seulement il lui a dit qu’il s’en alloit , et qu’il ne reviendroit plus.

      De suite le nommé Seyd A’bd-Allah èl-Ghazzy a été reconduit pour être interrogé de nouveau ainsi qu’il suit  :

     Interrogé pourquoi il a dit qu’ il ne connoissoit pas le nommé Soleyman d’Alep, lorsqu’on a des preuves que depuis trente – un jours il l’a vu souvent , et lui a parlé tous les jours  ;

      Répond qu’il est vrai qu’il ne le connoit pas.

      Interrogé s’il ne connoît pas le nominé Mohhammed èl-Ghazzy, qui est comme lui lecteur à la grande mosquée dite èl-Azhar  ;

      Répond que oui.

      Et de suite lesdits cheykhs ont été confrontés de la manière qui suit   ;

     Interrogé ledit Mohhammed èl-Ghazzy s’il n’a pas dit que Seyd,A’ bd-Allah connoissoit ledit Soleyman ;

 Répond que oui.

     Interrogé ledit Seyd A’bd-Allah pourquoi il a nié la vérité  ;

    Répond qu’on lui  a mal expliqué la demande , et que maintenant qu’on lui a parlé de Soleyman d’Alep , il avoue qu’ il le connoit.

      A lui représenté qu’on sait qu’il a vu Soleyman plusieurs fois et qu’il lui a parlé souvent ;

     Répond qu’il y a trois jours qu’il ne l’a pas vu.

     Interrogé s’il n’a pas voulu l’empécher d’assassiner le général en chef ;

    Répond qu’il ne lui a jamais parlé de ce projet , et que , s’il l’avoit fait , il l’auroit empêché de tout son pouvoir.

    Interrogé pourquoi il ne dit pas la vérité, puisqu’il y a des  preuves ;

    Répond que cela ne peut pas étre , et qu’il n’a vu ledit Soleyman que pour se saluer réciproquement lorsqu*ils se sont rencontrés.

Interrogé si Soleyman ne lui avoit pas dit ce qui il venoit faire au Kaire ;

     Répond qu’il ne lui a jamais dit.

    Les deux prévenus ont été reconduits ; et le nommé Seyd Ahhmed él-Oualy a été amené pour être interrogé à son tour sur les faits ci-après  ;

     Interrogé de ses noms , âge , demeure et profession ;

     Répond s’appeler Seyd Ahhmed êl – Oualy , natif de Ghazah ;  être lecteur du koran à la grande mosquée depuis environ dix ans , et ne pas savoir son âge.

      Interrogé s’il a connoissance des étrangers qui arrivent à la mosquée  ;

      Répond que son état est de lire le koran à la grande mosquée , qu’il ne s’occupe pas des étrangers.

      A lui représenté que des étrangers arrivés depuis quelque temps, disent l’avoir vu à la mosquée ;

  Répond qu’il n’a vu personne.

      Interrogé s’il n’a pas vu un homme arrivé de Syrie , et envoyé par le grand-vizir , lequel homme assure le connoitre ;

      Répond que non , et qu’on peut faire venir cet homme pour le confronter avec lui.

      Interrogé s’il connoît le nommé Soleyman d’Alep  ;

     Répond qu’il connoît un nommé Soleyman qui alloit étudier chez  un effendy, que cet homme étoit postulant pour entrer dans les mosquées ; qui lui a dit être d’Alep ; qu’il I’a vu il y a vingt jours , que depuis il ne l’a pas rencontré ; qu’il !ui a dit que le vizir étoit à Jaffa , et que ses troupes étoient mal payées , et le quittoient.

      Interrogé s’il n’est pas le protecteur de ce Soleyman qui s’est réclamé de lui ;

      Répond qu’il ne le connoît pas assez pour en répondre.

      Interrogé si les deux prévenus d’autre part ne sont pas de sa connoissance , et si tous les trois ensemble n’ont pas parlé à Soleyman depuis peu de temps et notamment hier;

Répond que non ; que cependant il sait que ce Soleyman est venu faire des  invocations dans la mosquée , qu’il y a placé des papiers dont le contenu étoit qu’il avoit confiance dans son créateur.

        Interrogé si hier il n’étoit pas venu aussi placer de ces papiers ;

        Répond qu’il n’en sait rien.

        Interrogé s’il n’a pas voulu empêcher Soleyman de commettre une action criminelle ;

        Répond qu’il ne lui a jamais parlé de cela ; que cependant il lui a raconté qu’il vouloit faire des folies , dont il a cherché à le détourner.

        Interrogé quelles étoient les folies dont il lui a parlé  ;

        Répond qu’il lui a dit qu’il vouloit entrer dans le combat sacré et que ce combat consiste à tuer un infidèle , sans cependant qu’il lui ait nommé personne ; qu’il a voulu l’en détourner , en lui disant que Dieu avoit donné le pouvoir aux Français , et que rien ne pouvoit les empècher de gouverner le pays.

 Ledit accusé a été reconduit , et le présent interrogatoire a été clos en présence des officiers généraux assemblés , et signé tant par le général Menou que par le commissaire-ordonnateur Sartelon qui a rédigé ce présent interrogatoire , requis à cet effet par le général Menou. Lecture faite aux accusés , ils ont persisté , et ont signé.

          Au Kaire , les jour , mois et an que dessus.

         Suivent trois signatures en arabe.

         Signé   le général de division AB. J. MENOU , SARTELON B. SANTI  LHOMACA , DROGMAN.

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(Sources: Pièces diverses et correspondances, relatives aux opérations de l’armée d’Orient en Egypte.)

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Publié dans:Desaix. le procès de Soleyman êl Halaby |on 21 septembre, 2007 |Commentaires fermés

Nouvel interrogatoire de Soleyman êl-Hhaleby et de ses complices .

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Nouvel interrogatoire de Soleyman èl-Hhaleby.

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Nouvel interrogatoire de Soleyman êl-Hhaleby et de ses complices . dans SOLEYMAN EL-HHALEBY. SOLEYMAN-193x300·

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Cejourd’hui vingt-six prairial , an huit de la République française, moi soussigné , conimissaire-ordonnateur, remplissant  les fonctions de rapporteur près la commission chargée de juger les assassins du général en chef Kleber,  ai fait traduire devant moi le nommé  Soleyman d’Alep, prévenu dudit assassinat, pour l’ interroger de nouveau sur les  faits ci-après ; auquel intérrogatoire j’ai procédé , assisté du citoyen Pinet , greffier nommé par la commission , et par l’entremise du citoyen Bracewich , premier secrétaire interprète du général en chef.

       Interrogé de nouveau sur les faits résultans dudit assassinat;

      A répondu qu’il était venu sur un dromadaire faisant partie d’une karavanne arabe , chargée de savon et de tabac ; que cette karavanne craignant d’entrer au Kaire, s’en est allée directement au village de Ghayttah , province d’Attfiéhhly ; que là il a pris un âne pour se rendre au Kaire ; qu’il avoit loué cet âne à un paysan qu’il ne connoît pas ;

      Qu’il a été chargé d’assassiner le général par Ahhmed , agha et Yassyn , aga des janissaires d’Alep; que ces deux aghas lut avoient bien défendu de s’en ouvrir à qui que ce fût, parce que c’étoit une chose délicate  ;  qu’on l’a envoyé , parce qu’il connaissait beaucoup le Kaire où il avoit resté trois ans ; qu’on lui a dit d’aller à la grande rnosquée , de bien prendre son temps et ses mesures , et de ne pas manquer de tuer le général ;

      Qu’il s’est ouvert cependant aux quatre cheykhs qu’il a nommés parce que sans cela ils n’auroient pas voulu le loger à la mosquée ; qu’il leur a parlé tous les jours de son projet , dont ils ont voulu le détourner , en lui disant que cela était impossible; qu’il ne les avoit pas priés de lui aider , parce qu’ils sont trop poltrons ;

      Que le jour où il s’est déterminé à consommer ledit assassinat, il n’a trouvé des quatre cheyks qu’il a nommés que Mohhammed él -Ghazzy , à qui il a dit qu’il alloit à Gizeh pour cet objet ; qu’il étoit seul pour assassiner le général , et qu’il croit qu’il étoit fou depuis qu’il avoir fait ce projet , puisque sans cela il ne serait jamais venu de Ghazali pour consommer l’assassinat auquel il s’est porté ;

      Que les papiers qu’il a mis dans la mosquée n’étoient que des versets du koran, l’usage des écrivains arabes étant d’y en mettre souvent;

      Qui il n’a reçu d’argent de personne au Kaire ; que les aghas lui en avoient donné ;

      Que I’effendy chez qui il a étudié s’appelle Mustapha effendy, chez qui il alloit, suivant l’usage, tous les lundi et jeudi ;mais qu’il n’a pas osé lui en parler, parce qu’il craignoit d’être trahi ;

      Mais qu’il a dit aux quatre cheykhs qu’il a nommés quels étoient ses projets , parce qu’ils étoient Syriens comme lui ; qu’il leur a communiqué l’intention où il étoit  d’entrer dans le combat sacré, et qu’il l’a réellement dit à tous les quatre.

      Interrogé où il étoit lorsque le vizir est venu de l’Egypte au commencement du mois de germinal dernier , correspondant au mois turk appelé dou-I-qa’déh ;

       A répondu qu’il étoit à Jérusalem où il faisoit un pélerinage , et où il étoit même auparavant lorsque le vizir a pris él-A’rych.

       Interrogé  où  est-ce qu’ il a vu Ahhmed ,  agha , qu’il assure lui avoir proposé cet assassinat, et quel jour il l’a vu  ;

      Répond que lorsque le vizir a été battu,  il s’est retiré vers êl-A’rych et Ghazah , à la fin du mois turk chaoual, ou au commencement du mois dou-l-qa’déh , qui, correspond au mois de germinal de l’ère française; que Ahhmed agah faisait partie de cette armée ; qu’il étoit , depuis la prise d’él-A’ryh , détenu à Ghazah par l’ordre du vizir ; que cet agha a été transféré à Jérusalem dans la maison du Montsellem ou gouverneur de la ville ; que lui Soleyman étoit à cette époque à  Jérusalem ; qu’il est allé voir Ahhmed agha , le premier jour de son arrivé, pour se plaindre à lui de ce que son père, nommé Hhagy Mohhamed Amyn,  marchand de beurre à Alep , éprouvoit toujours des avanies par Ibrâhym , pâchâ dudit Alep ; qu’il lui en avoit fait une assez considérable avant, le départ du vizir de Damas pour Venir en Egypte ; que cette avanie avoit été payée;  que craignant qu’elles ne se renouvelassent , il lui avoit demandé sa protection ;

       Qu’il étoit retourné le jour suivant chez ledit Ahhmed agha ;  que ce jour là  l’agha lui avoit dit qu’il étoit l’ami d’Ibrâhim pâchâ , et qui il lui rendroit service auprès de lui s’il vouloit se charger de tuer le général de  l’armée  française ;

      Que le troisième et  le quatrième jour il lui avoit  fait les mêmes propositions, et qu’alors il l’avoit adressé à Yassyn agha , qui étoit à Ghazah , pour le défrayer ; qu’il étoit parti de Jérusalem  trois ou quatre jours après pour se rendre au village Khalil ,  sans qu »il eût reçu aucune lettre d’Ahhmed agha , qui avoit envoyé un domestique à Ghazah pour instruire de tout Yassyn  agha.

       Interrogé combien il a demeuré de temps à Kalil ;

       Répond qu’il y a demeuré vingt jours.

       Interrogé  pourquoi il a demeuré vingt  jours dans ce village , et s’il n’a reçu aucunes lettres des deux aghas ;

       Répond que non ; qu’ils lui ont , seulement offert la leur en cas qu’il parvint a réussir.

       Interrogé si le vizir a fait des proclamations contre les Français pour les faire assassiner ;

       Répond qu’il n’en sait rien ; qu’il sait seulement que le vizir avoit envoyé Trahir pàchâ pour secourir les insurgés du Kaire , et que ce pâchâ est rentré lorsqu’il a trouvé les osmanlis qui se retiroient.

       Interrogé s’il est le seul qui ait été chargé de cette mission

       Répond qu’il le croit , et qui il étoit seul dans le secret avec les deux aghas.

       Interrogé comment il devait informer les deux aghas de cet assassinat ;

        Répond qu’il devoit les aller trouver ,  ou leur envoyer promptement un exprès.

        Le présent interrogatoire a été clos par moi rapporteur soussigné, et il a été signé par l’accusé après lecture , et par le greffier et l’inferprête.

       Au Kaire ,  les jour , mois et an que d’autre part.

        Suit la signature de l’accusé en arabe.

                           Signé    Sartelon  ,  Damien Bracewich  ,  Pinet , greffier.

 

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Confrontation des accusés.

 

        Cejourd’hui 26 prairial an 8 de la République française , moi soussigné , rapporteur de la commission chargée de juger les assassins du général en chef Kléber, ai fait appeler le chcykh Mohhammed – èl – Ghazzy , prévenu de complicité dans ledit assassinat , pour l’interroger de nouveau et le confronter avec Soleyman d’Alep , prévenu d’être l’auteur dudit crime, auxquels interrogatoire et confrontations, j’ai procédé de la manière qui suit , conjointement avec le citoyen Pinet , greffier de ladite commission.

        Interrogé  ledit cheykh Mohhammcd él-Ghazzy s’il connoît le nommé Soleyman d’Alep ici présent ;

       Répond que oui.

       Interrogé ledit Soleyman d’Alep  s’il connoît le nommé Mohhammed él-Ghazzy ici présent ;

       Répond que oui.

       Interrogé   le nommé Mohhammed èl-Chazzy si Soleyman d’Alep ici présent ne lui a confié , depuis trenre-un jours qu’il était au Kaire , le dessein où il étoit de tuer le général en chef ; s’il ne lui a pas dit qu’il était venu de la Syrie pour cet objet ,  de la part des aghas Ahhmed et Yassyn ; s’il ne les en a pas entretenus à peu-près tous les jours ; et enfin si , la veille du jour où il a assassiné le général en chef, il ne lui a pas dit qu’il partait pour aller à Gizeh dans le dessein de le tuer ;

      A répondu que tout  cela est faux ; que lorsqu’ils se sont vus ils se sont seulement salués , et que la veille du jour où il est parti poup Gizeh , il lui a apporté du papier et de l’encre , et lui a dit qu’il ne reviendrait que le lendemain.

      A  lui représenté qu’il ne dit pas la vérité , puisque Soleyman qui est ici présent soutient qu’il lui a parlé tous les jours , et notamment la veille de l’assassinat , du dessein où il étoit de tuer le général;

      Répond que cet homme ment.

      Interrogé s’il ne va pas coucher souvent chez le cheykh Cherkaoui , et s’il n’y a pas été coucher ces jours derniers ;

      Répond que depuis l’arrivée des Français il n’y a jamais couché , et qu’il y alloit coucher quelquefois auparavant.

      A lui représenté qui il ne dit pas la vérité , puisque dans son interrogatoire d’hier il a déclaré qu’il alloit souvent coucher chez le cheykh Cherkaoui ;

      Répond qu’il ne l’a pas dit.

      Interrogé le nommé Soleyman de déclarer s’il persiste à soutenir au cheykh Mohhammed ici présent qui il lui a parlé tous les jours du projet où il étoit d’assassiner le général , et notamment la veille dudit assassinat ;

      Répond que oui ; qu’il a dit la vérité , et que le cheykh Mohhammed  èl-Ghazzy a peur.

      Le cheykh Mohhammed èl-Ghazzy persistant dans ses dénégations ,  j’ai jugé convenable, vu les preuves acquises , de lui faire infliger la bastonnade , suivant l’usage du pays , pour qu’il déclare ses complices : elle lui a été donnée jusqu’à ce qu’il ait promis de dire la vérité ; après quoi il a été délié et interrogé de nouveau , ainsi qui il suit :

      Interrogé si Soleyman lui a fait part de son projet d’assassiner le général en chef ;

      Répond qu’il lui a dit souvent qu’il étoit venu de Ghazah pour entrer dans le combat sacré contre les infidèles français ; qu’il  l’en a détourné en lui disant que cela aurait une mauvaise fin ;. que ce n’est que la veille de l’assassinat qu’il lui a dit qu’il vouloit  tuer le général en chef.

      Interrogé pourquoi il n’est pas venu dénoncer ledit Soleyman ;

      Répond que c’est parce qui il n’avoit  jamais cru qu’un homme de sa façon pùt tuer le général en chef, lorsque le vizir n’avoit pu le faire.

      Interrogé s’il n’a pas fait part  de ce que lui a dit Soleyman à plusieurs personnes de la ville , notamment au cheykh Cherkaoui ;

      Répond qu’il n’en  a parlé à personne , et  que quand on le  tueroit il ne le diroit pas.

      Interrogé s’il sait qu’il y ait au Kaire  d’autres personnes chargées d’assassiner les Français, et où elles sont ;

      Répond qu’il n’en a point connoissance , et que Soleyman ne lui en a jamais parlé.

      Interrogé ledit Soleyman de déclarer également où sont ses complices ;

      Répond qu’il n’en a point au Kaire , et qu’il ne croit pas qu’il y ait d’autres personnes que lui pour assassiner les Français.

      De suite ledit Mohhammed  él Ghazzy a été conduit à sa prison , et Soleyman est resté pour  être confronté avec Seyd Ahhmed  él-Oualy , qui a été amené pour cet objet.

      Interrogé s’il connoit Soleyman d’Alep ici présent ;

      A  répondu que oui.

     Interrogé ledit Soleyman s’il connoit le nommé Seyd Ahhmed èI-Oualy ici présent ;

     A répondu également que oui.

     Interrogé le cheykh Seyd Ahhmed él-Oualy si Soleyman lui a fait part d’assassiner le général français, notamment la veille dudit assassinat;

     Répond que Soleyman à sort arrivée , il y a environ trente jours , lui a dit qu’il venoit pour entrer dans le combat sacré contre les infidèles; qu’il l’en a détourné en lui disant que cela n’étoit pas bien fait ; mais qu’il ne lui a pas dit qu’il voulût assassiner le général en chef.

     Interrogé ledit Soleyman de déclarer s’il a dit à Seyd Ahhmed  él-OuàIy qu’il vouloit  assassiner le général en chef , et combien avant l’assassinat il y avoit  de jours qui en avoit  parlé ;

    Répond que les premiers jours de son arrivée il lui a dit qu’il venoit pour entrer dans le combat sacré , ce qu’il a désapprouvé , que six jours après il lui a fait part de son projet d’assassiner le général  ; que depuis il ne lui en a plus parlé ; et qu’il  y avoit  quatre jours qui il ne l’avoit  pas vu lors dudit assassinat.

    Représenté à Scyd Ahhmed èI-Oualy qu’il n’a pas dit  la vérité , en assurant que Soleyman ne lui a pas fait part de son projet d’assassiner le général ;

    Répond que maintenant que Soleyman le lui a rappelé il s’en souvient.

    Interrogé  pourquoi  il n’a pas dénoncé ledit  Soleyman  ;

    Répond que c’est pour deux motifs; le premier , parce qu’il croyoit qui il mentoit ; et le second , parce qu’il le méprisoit trop pour le croire capable d’une pareille action .

    Interrogé si Soleyman lui a dit qu’il eût quelque complice , et si lui Seyd Ahhmed èl-Oualy en a parlé à quelqu’un , notamment au cheykh de la grande mosquée, à qui il doit rendre compte de tout ce qui s’y passe ;

     Répond que Soleyman ne lui a point dit qu’il eût des complices qu’il n’a pas cru qu’il fût deson devoir d’en prévenir le cheykh  de la mosquée , et qu’il n’en a parlé  lui- même à personne.

    Interrogé s’il avoit connaissance d’un ordre du général en chef, qui ordonne de dénoncer tous les osmanlis qui arrivent au Kaire ;

    Répond qu’il n’en a pas connoissance.

    Interrogé de déclarer s’il n’a pas logé Soleyman à la mosquée parce qui i! a déclaré qu’il venoit  pour assassiner le général ;

    Répond que non ; que tous les musulmans peuvent loger à la Mosquée.

    Interrogé Soleyman s’il n’a pas dit qu’on ne l’auroit pas-reçu , s’il n’avoit pas déclaré quel étoit le motif qui l’amenoit au Kaire ;

    Répond que les arrivans sont obligés de le dire , mais qu’il doit à la vérité de déclarer qu’aucun des cheykhs n’a approuvé son projet .

    Ledit Seyd Ahhmed èI-Oualy a  être reconduit , et Soleyman est resté pour être confronté à Seyd  A’bd-Allah êl-Ghazzy  qui a été amené pour cet objet.

     Interrogé ledit Seyd A’bd.-Allah él-Ghazzy s’il  connoit  ledit Soleyman ici présent ;

     Répond que oui.

     Interrogé le nommé Soleyman s’il connait ledit Seyd A’ bd- Allah él- Ghazzy ici présent ;

     Répond que oui.

     Interroge Seyd A’bd – Allah éI-Ghazzy s’il n’avoit pas connoissance du projet de Soleyman pour assassiner le général en chef ;

     Répond et avoue qu’à son arrivée il lui a fait part de son dessein de combattre les infidèles et de tuer le général en chef, et qu’il a voulu l’en détourner.

     Interrogé pourquoi il n’a pas dénoncé ledit Soleyman .

     Répond qui il croyoit  qu’il serait allé trouvez les grands cheykhs du Kaire qui l’en auroient détourné , et qu’il  le fera à l’avenir.

     Interrogé s’il a parlé de ce projet à qhelqu’un , et s’il sait que Soleyman en ait également fait part à quelques personnes du Kaire ;

     Répond qu’il n’en sait rien,

     Interrogé s’il sait qu’il y ait au Kaire d’autres personnes chargées d’assassiner les Français ;

     Répond qui n’en sait rien et qu’il ne le croit pas.

     Lecture faite du présent procès-verbal de confrontation à Soleyman accusé , à Mohhammed él-Gliazzy,  à Seyd Ahhmed él-Oualy, et à Seyd A’bd-Allah él-Ghazzy , ils ont déclaré que leurs réponses contiennent vérité , qu’ils n’ont rien à ajouter ni diminuer , qu’ils persistent ; et ont signé avec nous , Braceswich et Lhomaca , interprètes , et le greffier.

        Au Kaire , les jour , mois et an que d’autre part.

        Suivent les signatures des accusés en arabe.

        Signé Baptiste Santi  Lhomaca , drogman ; le premier secrétaire – interprète du géniral en chef,  Damien

                    BRACEWICH ; SARTELON ;  Pinet  ,  greffier.

      Et  après avoir clos ledit interrogatoire , moi , commissaire rapporteur , ai demandé aux quatre prév enus s’ils vouloient se choisir un ami pour défenseur ; et nous ayant déclaré qu’ils ne pouvoient en désigner aucun , nous avons fait choix du nommé Lhomaca  interprète , pour remplir cet objet.

        Au Kaire , les jour , mois et an que dessus.

                                Signé  SARTELON ;  Pinet  ,  greffier.

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Interrogatoire de Mustapha effendy.

 

Aujourd’ hui , 26  prairial , an 8 de la République française moi  soussigné ,  rapporteur de ladite commission nommée pour juger les assassins du général en chef Kleber , ai fait  appeler devant moi Mustapha effendy  pour l’interroger sur les faits résultans dudit assassinat ; auquel interrogatoire j’ai procédé , assisté du citoyen Pinet,  greffier de la commission.

         Interrogé de ses noms , àge , domicile et profession.

         Répond  s’appeler Mustapha efFcndy , natif de Brouze en Bithynie , âgé de quatre-vingt-un ans , et être maitre d’école.

         Interrogé s’il a vu depuis un mois le nommé Soleyman d’Alep;

        Répond que cet homme a été son élève il y a trois ans;  qui il l’a vu  il y a dix ou vingt jours ; qu’il est venu coucher chez lui,  mais que comme il est pauvre il lui a dit de chercher un asyle ailleurs.

        Interrogé si le nommé Soleyman ne lui a pas dit qu’il étoit venu de Syrie pour assassiner le général en chef ;

        Répond que non, qu’il est venu seulement chez lui pour le saluer comme son ancien maître.

Interrogé si Soleyman ne lui a pas parlé des motifs qui l’avoient  amené , et si lui-même ne s’en est pas informé ;

       Répond qu’ il n’a  été occupé que de le renvoyer , parce qu’il est pauvre ; qui il lui  a cependant demandé ce qu’il venoit faire , et qu’il lui a dit qu’il venoit se perfectionner dans la lecture.

      Interrogé s’il ne sait point qu’il soit allé voir quelqu’un au Kaire, notamment des cheykhs considérables ;

        Répond qu’il n’en sait rien , parce qu’il l’a vu très-peu de temps et que d’ailleurs , vu son âge et ses infirmités , il sort peu de chez lui.

Interrogé s’il n’enseigne pas le qoran à ses élèves ;

Répond que oui.

Interrogé si le qoran ordonne les combats sacrés et prescrit de tuer les infidèles ;

Répond qu’il connoît les combats sacrés , et que le qoran en parle.

Interrogé s’il enseigne de pareils principes à ses élèves ;

     Répond qu’ un vieillard n’a rien à faire dans tout cela ; mais qu »il est vrai que le qoran parle des combats sacrés , et que celui qui tue un infidèle est dans le chemin de la direction.

      Interrogé s’il a appris d’aussi belles choses à Soleyman ;

Répond qu’ il ne lui a appris qu’à écrire.

      Interrogé s’il sait qu’un musulman a tué hier le général en chef de l’armée française , qui n’étoit pas de sa religion , et ni , d’après les principes du qoran , cette action est louable et approuvée par le prophète ;

     Répond que celui qui tue doit être tué ; que, quant à lui , il croit que l’honneur des ‘Français est aussi l’honneur des musulmans ; et que si le qoran dit autre chose , ce n’est pas sa faute.

     De suite ledit Soleyman a été confronté avec ledit Mustapha effetidy.

     Interrogé s’il a vu plus d’une fois l’effendy Mustapha , et s’il lui a fait part de son projet ;

Répond qu’il ne l’a vu qu’une fois comme son ancien martre qu’il est venu seulement pour le saluer , que cet homme est vieux et infirme , et qu’il ne lui convenoit pas de lui faire part de son projet.

Interrogé s’iI n’est pas de la secte des combats, sacrés , et si les cheykhs de la ville ne l’ont pas autorisé à tuer au Kaire les infidèles pour gagner les bonnes graces du prophète Mohhammed ;

     Répond qu’il a parlé des combats sacrés seulement aux quatre cheykhs qu’il a nommés.

     Interrogé s’il n’en a pas parlé au cheykh Cherkaoui ;

     Répond qu’il ne voit  pas ce cheykh , parce qu’ils ne sont pas musulmans du même rite ; que le cheykh Cherkaoui est de la secte de Chafe ‘ y , et lui de la secte de Hhanefy.

     Lecture faite à Soleyman et à Mustapha de leurs réponses , ils ont déclaré qu’elles contenoient vérité, qu’ils n’avoient rien à ajouter ni à diminuer ; et ils ont signé avec nous , le greffier, et le citoyen Lhomaca , interprète.

      Au Kaire , les jour , mois et an que d’autre part.

      Suivent les signatures des accusés arabe.

                  Signé   B. Santi Lhomaca ; Sartelon ; Pinet , greffier.

 (Sources: Pièces diverses et correspondances, relatives aux opérations de l’armée d’Orient en Egypte.)

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Déclaration des témoins .

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Déclaration des témoins.

 

 Le-KaireDescription-Vue-du-jardin-du-palais-dElfy-Bey-quartier-général-de-larmée

 Palais d’Elf-Bey, quartier général de l’armée Francaise

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      Cejourd’hui vingt-six prairial an huit de la République française , pardevant moi commissaire-ordonnateur soussigné , chargé par !’arrêté du général Menou , commandant l’armée , des fonctions de rapporteur près la commission nommée pour juger les assassins du général en chef Kléber, a comparu pour donner ses déclarations sur ledit assassinat , à quoi j’ai procédé , assisté du citoyen Pinet , greffier , nommé conformément audit arrêté , Joseph Perrin, maréchal-des-logis, chef des canonniers des guides , qui a déclaré que lui et le citoyen Robert , maréchal-des-logis , ont arrêté le turk Soleyman , accusé d’avoir assassiné le général; qu’ils l’ont trouvé dans le jardin des Bains-français, attenant à celui de l’état-major; qu’ il y étoit caché entre de petites murailles à moitié démolies , et que lesdites murailles étoient couvertes de sang en différens endroits ; que ledit Soleyman étoit également ensanglanté ; qu’ils l’ont arrêté dans cet état , et ont été obligé ensuite de lui donner des coups de sabre , pour le .faire marcher.  Ledit Perrin déclare qu’il a trouvé une heure après un poignard caché dans la terre au même endroit où il a arrêté  Soleyman, et qu’il l’a remis à l’état-major ; ledit poignard étoit ensanglanté.                 Lecture a lui faire de sa déposition , a déclaré ne savoir rien autre chose n’avoir rien à ajouter à sa déclaration, ni rien à y diminuer et a signé avec nous et le greffier.

Signé Perrin , maréchal- des – logis , chef ; Sarte!on , Pinet , greffier.

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        A comparu aussi le citoyen Robert , maréchal-des-logis dans l’artillerie des guides , lequel a déclaré qu’étant occupé à la recherche de l’assassin du général , il s’est rendu dans un jardin attenant à celui de l’état-major, et appartenant à la maison des Bains-français; qu’il y a trouvé, avec le maréchal-des-logis Perrin , son camarade , le nommé Soleyman d’Alep, caché dans un coin entre des murailles démolies; qu’il étoit tout ensanglanté, n’ayant rien sur la tête qu’un morceau de lisière de drap verd ; que dans ce costume il l’a reconnu pour être l’assassin du général ; que les murailles sur lesquelles il avoit passé étoient également ensanglantées ; que cet homme a montré de la frayeur, et qu’une
heure après son arrestation il a trouvé , avec le citoyen Perrin , à la même place où il étoit caché , un poignard rempli de sang, qu’il a apporté à l’état – major : ce poignard étoit enfoui dans la terre.

        Lecture faîte de sa déposition, il a déclaré qu’elle contenait vérité ; qui il n’avoit rien à ajouter ni à diminuer ; et a signé avec moi et le greffier.

        Au Kaire,  les jour , mois et an  que d’autre part.

        Signé Robert ,marécal-des-logis; Sartelon , Pinet , greffier.

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        Moi , dit commissaire rapporteur , me suis de suite transporté dans la maison du citoyen Protain , où il est détenu dans son lit par suite de ses blessures , et ai reçu sa déclaration ainsi que suit :

       Jean – Constantin Protain , architecte , membre de la commission des arts et de l’institut, a déclaré qu’étant à promener dans la grande galerie du jardin dit quartier-général, qui donne sur la place , avec le général en chef ,  un homme vêtu à la turke sortit du fond de la gallerie où se trouve un puits à roues ; qu’étant à quelques pas de distance du général et tourné du côté opposé , il entendit le général crier à la garde; qu’il se retourna pour connoître la cause ; qu’il vit alors ledit homme lui porter des coups de poignard ; qu’il courut à son secours , et voulut le défendre ; qu’il reçut plusieurs coups du même poignard qui le mirent à terre , et le firent rouler plusieurs pas : ayant entendu de nouveau crier le général, il se rapprocha de lui ; il vit ledit homme le frapper , et il reçut lui-même de nouveaux coups ; il perdit enfin connaissance , et ne peut donner d’autres détails ; il sait seulement que , malgré leurs cris répétés , ils sont restés plus de six minutes sans secours.

       Lecture faite au citoyen Protain de sa déclaration , il a dit qu’elle contient vérité , qu’il y persiste , qu’il ne veut y ajouter ni diminuer ; et a signé avec moi et le greffier.

      Signé  Protain , Sartelon , Pinet , greffier

       Après avoir signé, le citoyen Protain a déclaré vouloir ajouter que , lorsque Soleynian d’Alep , accusé d’avoir assassiné le général en chef et lui, lui fut présenté quelques instans après ledit assassinat, il le reconnut pour être le même qui , dans le jardin de la maison du quartier-général , porta au général en chef des coups de poignard qui le terrassèrent, et auquel il donna lui- même plusieurs coups de bâton , pour tâcher de défendre le général ; a la suite desquels il reçu,  lui-mème plusieurs coups de poignard de Soleyman d’Alep , qui lui firent perdre connoissance.

       Lecture faite au citoyen Protain de la présente addition , il a dit qu’elle contient la vérité , qui il y persiste , ne veut y ajouter ni diminuer ;  et a signé avec nous et le greffier.

        Signé  Protain,  Sartelon,   Pinet , greffier.

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        Aujourd’hui vingt-six prairial, an huit de la République française, moi soussigné, rapporteur de la commission nommée pour juger les assassins du général en chef Kleber, ai fait appeler les aides-de-camp dudit général, et ai reçu leur déclaration, assisté du citoyen Pinet, greffier de la commission, de la manière qui suit :

        Le citoyen Fortuné Devouges , âgé de 24 ans, lieutenant au vingt-deuxième régiment de chasseurs à cheval aide-de-camp du général en chef Kleber, a déclaré que le 25 prairial , ayant accompagné le général en chef dans la visite qu’il fit à son quartier-généraI du Kaire , où il avoit ordonné des réparations, un homme à turban verd, vêtu d’une mauvaise casaque , ne cessa de marcher à la suite du général pendant qu’il parcourut ses appartements , et chacun le prenant pour un ouvrier , on le laissa librement aller et venir; mais le général en chef ayant traversé son jardin pour aller dans celui du général Damas, le citoyen Devouges s’appercevant que le même homme se méloit toujours dans la suite du général , lui demanda ce qu’il vouloit ,  et  le fit chasser par un domestique : cet homme disparut en effet.

        Deux heures après, lorsque le général fut assassiné, le citoyen Devouges reconnut à côté du général le vêtement qu’avoit laissé l’assassin pour être le même que celui de l’homme dont il vient de parler , et peu de temps après on amena un homme couvert de sang qu’il reconnut parfaitement pour celui qu’il avoir précédemment fait chasser.

         Lecture à lui faite de sa déposition , le citoyen Devouges a déclaré qu’elle contenoit vérité ,  et qu’il n’avoit rien à y ajouter ni diminuer ; et a signé avec moi et le greffier .

         Au Kaire,  les jour , mois et an que d’autre part.

       Signé   Devouges ,  Sartelon , Pinet , greffier.

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(Sources: Pièces diverses et correspondances, relatives aux opérations de l’armée d’Orient en Egypte.)

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Proclamations du Général ABD. J. MENOU .

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ABD. J. MENOU.  général de division , commandant en chef

 l’armée d’Orient par interim, à l’armée.

39960-9 

 

Au quartier-général du Kaire , le 26 prairial an 8 de la République française.

Soldats ,

    Un horrible attentas vient de vous enlever un général que vous chérissiez et respectiez. Un ennemi qui ne mérite que le mépris et l’indignation du monde entier, un ennemi qui n’avoit pu vaincre les Français commandés par le brave Kléber , a eu la lâcheté de lui envoyer un assassin !  Je vous dénonce ,  je dénonce au monde entier le grand-vizir , chef de cette armée que vous avez détruite dans les plaines de Matariéh et d’Héliopolis . C’est lui qui , de concert avec son agha des janissaires , a mis le poignard à la main du nommé Soleyman èl-Hhaleby , qui parti de Ghazah depuis trente-deux jours , nous a enlevé hier , par le plus noir des assassinats , celui dont la mémoire doit être chère à tout bon Français.

     Soldats , Kléber avoit dissipé , en marchant à votre tête , cette nuée de barbares qui de l’Europe et de l’Asie étoient venus fondre sur l’Egypte.

    Kléber , en dirigeant vos invincibles cohorttes , avoit reconquis l’Egypte entière en dix jours de temps .

     Kléber avoit tellement restauré les finances de l’armée , que tout l’arriéré étoit payé , et la solde mise au courant .

    Kléber , par les réglements les plus sages , avoit réformé une grande partie des abus , presque inévitables dans les grandes administrations .

     Le plus bel hommage que vous puissiez rendre à la mémoire du brave Kléber est de conserver cette attitude fière et imposante qui foit trembler vos ennemis par-tout où vous portez vos pas ; c’est de vous astreindre vous-mêmes à cette discipline qui fait la force des armées .

     C’est de vous rappeler sans cesse que vous êtes des républicains , et que par-tout  vous devez donner l’exemple de la moralité et de l’obéissance à vos chefs , comme vous donnez par-tout celui du courage et de l’audace dans les combats .

     Soldats , l’ancienneté de grade m’a porté provisoirement au commandement de l’armée . Je n’ai à vous offrir qu’un attachement sans bornes à la république , à la liberté , et à la prospérité de la France .

     J’invoquerai les mânes de Kleber , j’invoquerai le génie de Bonaparte , et marchant au milieu de vous , nous travaillerons tous de concert pour l’intérêt de la République.

     L’armée connoîtra incessamment tous les détails de l’horrible assassinat , ainsi que de la procédure qui a lieu pour la recherche et punition de l’assassin et de ses complices.

                                                                     ABD. J. MENOU .

 

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 MENOU.  général de division , commandant en chef

 l’armée d’Orient par interim.

 

1°.  Il sera formé une commission pour juger définitivement l’horrible assassinat commis dans la journée du 25 prairial sur le général en chef Kleber.

2°.   Elle sera composée de neuf personnes :  savoir  ;

Le général de division Regnier ;

Le général de division Friant;

Le général de brigade Robin;

L’adjudant-général Morand;

Le chef de brigade Goguet;

Le chef de brigade  Faure ( artillerie) ;

Le chef de brigade Bertrand ( génie);

Le commissaire des guerres Rerniér;

Le commissaire-ordonnateur Leroÿ ( marine ) ;

Rapporteur , le commissaire-ordonnateur Sartelon;

Le commissaire du pouvoir exécutif , le citoyen Lepère , commissaire des guerres.

3°.  La commission choisira le greffier.

4°.  La commission. ordonnera les arrestations , les mises en prison , généralement enfin tout ce qu’ elle jugera nécessaire pour découvrir les auteurs et complices du crime.

5°. Elle décernera le genre de supplice qu’elle jugera convenable pour l’assassin qui a commis le crime ainsi que ses complices.

6°. Elle s’assemblera aujourd’hui 26 , et continuera ses séances jusqu’à ce que le procès soit terminé.

Signé  AB. J. MENOU.

Pour copie conforme ,

L’adjudant-général, sous-chef de l’état-major général.

           Signé RENÉ

 

( Suit le procès-verbal d’installation de la commission ).

       L’an 8 de la République française et le 26 prairial , en vertu de l’arrété en date de ce jour du général de division Menou , commandant l’armée d’Orient par interim , se sont assemblés dans la maison du général de division Regnier,  le général de brigade Robin , l’ordonnateur de la marine Lerov , l’adjudant- général Martinet , en remplacement du général de division Friant , ensuite de l’ordre du général Menou , l’adjudant-général Morand , le chef de brigade d’infanterie Goguet , le chef de brigade, d »artillerie Faure , le chef de brigade du génie Bertrand ,  le commissaire des guerres Regnier , le commissaire ordonnateur Sartelon , rapporteur , et le commissaire Lepère , faisant fonction de commissaire du pouvoir éxécutif, pour procéder au jugement définitif de l’assassinat commis dans la journée d’hier sur la personne du général en chef Kléber.

       Ladite commission réunie sous la présidence du général Regnier, , il a été fait lecture de l’arrèté du général Menou , ci-dessus rappelé : elle a , conformément à I’article III dudit arrêté , nommé pour son greffier  le commissaire des guerres Pinet , qui a prêté serment et pris ses fonctions.

       Elle a autorisé le général de division Rcgnicr, et le commissaire-ordonnateur Sartelon , rapporteur , à ordonner, en conformité de l’article IV de l’arrêté , toutes arrestations et mises en prison , et faire tout ce qu’ils jugeront nécessaire pour découvrir les auteurs et complices dudit assassinat ; elle a ordonné que le poignard trouvé sur le prévenu lors de son arrestàtion sera déposé au greffe pour être représenté en temps et lieu comme pièce de conviction ; elle s’est ajournée à demain huit heures du matin  ; et ont les membres de la commission signé avec le greffier .

Signé , le commissaire des guerres de première classe Régnier ; le chef de brigade du génie Bertrand ; le chef d’artillerie Faure ; le chef de la vingt-deuxieme demi-brigade d’infanterie légère Goguet ; l’adjudant-général Morand; l’adjudant-général Martinet ; l »ordonnateur de marine Le Roy ; le général de brigade Robin; le général de division Régnier ; Pinet , greffier.

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Publié dans:Desaix. le procès de Soleyman êl Halaby |on 21 septembre, 2007 |Commentaires fermés

Réquisitoire et verdict.

 

 

Réquisitoire et verdict.

 

  

     Rapport  fait le 27 prairial an 8 , par le commissaire-ordonnateur Sartelon , à la commission

chargée de juger l’assassin du général en chef Kleber , et ses complices.

 

    Citoyens,

     Le deuil général et la douleur profonde dont nous sommes environnés nous annoncent assez la grandeur de la perte que l’armée vient d’éprouver. Au milieu de ses triomphes et de sa gloire , notre général nous est tout-à-coup enlevé par le fer d’un assassin dont la trahison et le fanatisme ont stipendié la main parricide et mercenaire. Chargé de provoquer contre cet homme exécrable et ses complices la vengeance des lois , qu’il me soir permis d’unir un moment mes pleurs et mes regrets à ceux dont sa victime est parmi nous le triste , mais honorable objet : mon cœur sent vivement le besoin de lui rendre ce tribut justement mérité; ma tâche m’en semblera plus facile ; et j’entrerai avec moins de dégoût dans les détails dont  cet affreux événement se compose.

     Vous venez d’entendre la lecture de l’information , de l’interrogatoire des prévenus, et des autres pièces de la procédure. 

    Jamais crime ne fut mieux prouvé que celui dont vous allez juger les perfides auteurs ; les déclarations des témoins , l’aveu de l’assassin , et de ses complices ; tout en un mot, se réunit pour jeter une clarté horrible sur cet infame assassinat.

     Je vais parcourir rapidement les faits , et retenir , s’il est possible, l’indignation qu’ils inspirent. Que l’Europe , que le monde entier apprenne que le ministre suprême de l’empire ottoman, que ses généraux , que son armée, ont eu la lâcheté d’envoyer un assassin au brave et malheureux Kleber qu’ils n’avoient pu vaincre , et qu’ils ont ajouté à la honte de leur défaite celle du crime atroce dont ils se sont souillés aux yeux de l’univers.

    Vous vous rappelez tous cet essaim d’osmanlis accourus, il y a trois mois , à la voix du vizir , de Constantinople et du fond de l’Asie , pour s’emparer de l’ Egypte , qu ils prérendoient nous forcer de quitter en vertu d’un traité dont leurs alliés empêchoient eux – mêmes, l’exécution.

    A peine les restes de cette horde barbare , vaincue dans les plaines de Matariéh et d’Héliopolis, ont repassé honteusement : le désert , que les cris de rage et de désespoir se font entendre de toutes parts dans leurs rangs.

    Le vizir inonde l’Égypte et la Syrie de proclamations provoquant au meurtre contre les Français qui l’ont vaincu. 

    C’est sur-tout contre leur général qu’il cherche à assouvir sa vengeance. 

   C’est au moment où les habitans d’Égypte, égarés par ses manœuvres, éprouvent la clémence et la générosité de leur vainqueur ; c’est au moment où les prisonniers de son armée sont accueillis , et ses blessés reçus dans nos hôpitaux , qu’il met tout en usage ponr consommer l’affreux attentat qu’il médite depuis Long-temps.

    Il se sert pour l’exécuter d’un agha disgracié ; il attache au crime qu’il lui propose le retour de sa faveur , et a conservation de sa tête déja proscrite.

    Ahhmed agha , emprisonné à Ghazah depuis la prise d’êl-A’rych , se rend à Jérusalem après la déroute du vizir , dans les premiers jours de germinal dernier ; il a pour prison la maison du moutsellem , et il s’occupe dans cet asyle du projet atroce dont il a eu la barbarie de se charger.

     Une fatalité inconcevable semble avoir tour préparé pour l’exécution de la vengeance du vizir.

     Soleyman d’Alep , jeune homme de vingt-quatre ans , déja sans doute souillé par le crime , se présente chez l’agha le jour même de son arrivée à Jérusalem , et réclame sa protection pour soustraire son père marchand d’Alep , aux avanies périodiques d’Ibrâhim,  pâchâ de cette ville.

     Il y revient le lendemain. Des informations ont été prises sur le caractère de ce jeune fanatique : il est reconnu qu’il se prépare à être reçu lecteur du koran dans une mosquée ; qu’il est à Jérusalem pour un pèlerinage; qu’il en a déjà fait deux autres à la  Mekke et à Médine , et que le délire religieux est porté au plus haut degré dans sa tête troublée par de fausses idées sur la perfection de l’islamisme , dont il croit que ce qu’il appelle les combats sacrés , et la mort des infidèles, sont le gage le plus précieux et le plus assuré.

     Dès, ce moment Ahhmed agha n’hésite plus à lui parler de la mission qu’il desire lui confier , il lui promet sa protection et des récompenses; il l’adresse à Yassyn agha , qui commande à Ghazah un détachement de l’armée du vizir, et l’envoie quelques jours après pour recevoir de lui les instructions et l’argent qui lui sont nécessaires.

     Soleyman , déja plein de son crime , se met aussitôt en route ;  il demeure vingt jours au village de Khalil , dans la Palestine ; il y attend une karavanne pour passer le désert ; et , rempli d’impatience, il arrive à Ghazah dans les premiers jours de floréal dernier.

     Yassyn agha le loge dans une mosquée pour entretenir son fanatisme ; il le voit souvent en secret, soit de jour , soit de nuit , pendant les dix jours qu’il passe dans cette ville ; il lui donne des instructions , et quarante piastres turkes, et le fait enfin partir sur un dromadaire avec une karavane qui le conduit en six jours en Egypte.

     Muni d’un poignard , il arrive vers le milieu du mois de floréal au Kaire, où il a déja passé trois ans ; il se loge , suivant ses instructions , à la grande mosquée, et se prépare au crime pour lequel il y est envoyé, par des invocations à l’Etre Suprême , et des prières écrites qu’il place sur les murs de la mosquée.

      Il y est reçu par quatre lecteurs du koran , nés comme lui dans la Syrie;  il leur fait part de sa mission , les en entretient à chaque instant , et n’en est détourné que par la difficulté de l’entreprise et le danger qu’ils trouvent à l’exécuter.

      Mohhammed él-Ghazzy , Seyd Ahhmed èl-Oualy , A’bd-Allah él-Ghazzy, , et A’bd-êt-Qadyr él-Ghazzy , reçoivent la confidence de ce projet sans rien faire pour empêcher de le consommer , et s’en rendent complices par leur silence constant et soutenu.

     L’assassin attend au Kaire sa victime pendant trente-un jours; il se détermine enfin à partir pour Gizeh, et confie, le jour de son départ , l’objet de son voyage à Mohhamed él – Ghazzy , l’un des prévenus.

     Il semble que tout concoure à favoriser son crime : le général part de Gizeh le lendemain de son arrivée pour se rendre au Kaire ; Soleyman le suit pendant toute la route ; on est obligé plusieurs fois de l’éloigner; mais il poursuit toujours sa victime , et parvient enfin , le 25 de ce mois , à se cacher dans le jardin du général : il l’aborde pour lui baiser la main; son air de misère intéresse , il n’ est point repoussé, et il profite de ce moment d’abandon pour lui porter quatre coups de poignard. En vain le citoyen Protain , architecte et membre de l’Institut,  se dévoue généreusement pour lui sauver la vie ; son courage est inutile , et il reçoit lui-même six blessures qui le mettent hors de combat.

     C’est ainsi qu’est tombé sans défense sous les coups d’un assassin celui qui , dans une carrière militaire remplie de gloire et de dangers , fut respecté par les hasards de la guerre , qui le premier passa le Rhin à la tète des armées républicaines , et conquit glorieusement une seconde fois l’Egypte envahie par une nuée d’osmanlis.

    Que pourrai-je ajouter à la douleur profonde dont il est l’objet ?  les larmes des soldats dont il fut le père , les regrets des généraux qui furent les compagnons de ses travaux et de sa gloire , le deuil et la consternation de l’armée sont le seul éloge digne de lui.

    L’assassin Soleyman n’a pu  éviter les recherches des troupes indignées;  le sang dont il étoit couvert , son poignard , son air égaré et farouche , ont découvert son crime ;  il l’avoue , et nomme ses complices; il semble s’applaudir du meurtre infame qu’il vient de commettre.  Dans les interrogatoires qu’il subit , et à la vue des supplices qui l’attendent , il conserve un calme inaltérable , qui devroit être le fruit de l’innocence , mais qui trop souvent aussi est  le partage du  fanatisme.

    Les complices avouent également la confidence qui leur a été faite du projet de l’assassinat qu’ils ont laissé consommer par leur silence.

    En vain ils prétendent qu’ils n’ont jamais cru Soleyman capable de ce crime ; en vain ils assurent qu’ils l’auroient révélé s’ils avoient pu penser qu’il eût eu réellement l’intention de le commettre : les faits parlent contre eux ; ils ont reçu l’assassin , ils l’ont accueilli , ils ne l’ont détourné de son projet qu’à raison du danger personnel qu’il couroit : ils sont donc ses complices , et rien ne peut les excuser.

    Je ne parle point de Mustapha effendy ; il n’existe contre ce vieillard aucune preuve qui puisse le faire regarder comme complice.

    Le genre de supplice à prononcer contre les prévenus est laissé entièrement à votre choix par l’arrêté qui vous charge de leur jugement définitif , je crois devoir vous engager à n’en adopter aucun qui ne soit en usage dans le pays ; mais la grandeur de l’attentat. exige qu’il soit terrible celui de l’empalement  me paroît convenable ; que la main de cet homme infame soit brûllée avant tout ;  qu’il expire ensuite sur son pal , et que son corps y reste exposé  jusqu’à ce qu’ il soit dévoré par les oiseaux de proie.

    Quant aux complices , quoique  leur délit soit grand , il semble que leur supplice doit être moins sévère  que celui de l’assassin ; la simple peine de mort ; telle qu’elle est adoptée en Egypte doit suffire, et je crois devoir vous la proposer.

    Que le vizir , que les féroces osmanlis qu’il commande, apprènnent en frémissant le châtiment du monstre qui osa se charger de leur vengeance atroce. Leur crime prive, il est vrai , l’armée d’un chef qui sera toujours l’objet de nos regrets et de nos larmes : mais qu’ils n’espèrent point abattre nos courages ; le successeur du général que nous avons perdu , déjà connu par ses  talents , par sa bravoure , et par les qualités brillantes qui l’ont distingué dans sa carrière politique et militaire , saura nous conduire aussi à la victoire ; et les lâches qui ne rougirent pas de se venger de leur défaite par un assassinat dont l’histoire  n’offrit jamais d’exemple ne retireront de cet acte de barbarie d’autre fruit que de s’être déshonorés inutilement, àux yeux de l’univers.

    C’est sur les considérations développées dans ce rapport que  je motive  mes conclusions,  qui rendent;

      1°.  A  ce que le nommé. Soleyman – d’Alep soit déclaré convaincu d’avoir assassiné le général en chef  de l’armée , Kleber ; qu ‘il soit condamné  à  avoir la  main droite brûlée , à  être empalé , et à expirer ensuite sur son pal , où il restera jusqu’à ce que son cadavre soit dévoré par les oiseaux de proie ;

     2°. A ce que les trois cheykhs  Mohhammed, A’bd-Allah, et Ahhmed él-Ghazzy, soient déclarés complices dudit assassinat, et comme tels condamnés  à avoir la tête tranchée ; 

      3°.   A ce que le cheykh  A’bd êl-Qadyr , contumace, soit aussi condamné à la même peine ;

      4°.  A ce que l’exécution ait lieu au retour du cotège funéraire , en présence de l’armée et des gens du pays rassemblés à cet effet ;

     5°.  A ce que Mustapha effendy soit déclaré non convaincu de complicité , et mis en liberté ;

     6°. Enfin à ce que le jugement et les pièces du procès soient imprimés et affichés au nombre de cinq cents exemplaires , et traduits en langue turke et arabe , pour être placardés , dans les différentes provinces de l’Egypte, aux lieux accoutumés et désignés à cet effet.

                    Au Kaire, le  27  prairial, an 8 de la République française.

Signé SARTELON.

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    Jugement rendu par la  commission militaire, établie par ordre du général Menou , contre l’assassin ‘du général en chef Kleber, et ses complices.

( Salle ouverte ,  et scéance publique. )

 

    Au nom du peuple Français, 

     L ‘an 8 de la République française et le 17 prairial . dans la maison occupée  par le général de division Régniér se sont-assemblés, en vertu de l’arrêté du général Menou ,  commandant l’armée d’Orient par interim , du jour d’ hier ,  le général de division Régnier ;  le général de brigade Robin  ;  l’ordonnateur de la marine Le R0y ;  l’ adjudant général Martinet ;  l’ adjudant général Morand ; le chef’ de brigade d’infanterie  Goguet  ;  le chef de brigade d’artilleri Faure  ;   le chef de brigade du génie Bertrand ; et  le commissaire des guerres Régnier  ;  le commissaire-ordonnateur Sartelon faisant  fonction de rapporteur ; commissaire des guerres  Le Pere  faisant  fonction de commissaire du pouvoir exécutif  ;  écrivant le commissaire des guerres Pinet ,greffier de ladite commission, pour procéder au : 

      Jugement définitif de l’assassinat commis , dans la journée du 25 de ce mois , sur la personne du général en chef Kleber. 

      La commission assemblée , le général de division Régnier, président , a. fait déposer devant lui sur le bureau un exemplaire dudit arrété du général Menou , dont lecture a été faite ; le  rapporteur : a ensuite fait lecture du procès  verbal d’information , et c’elle des.pièccs à charge et à décharge envers les prévenus Soleyman êl-Hhaleby , Seyd A’bd él-Qadyr él-Ghazzy , Mohhammed él-Ghazzy A’bd él-Ghazzy , Ahhmed él- Oualy , et Mustapha effendy. 

     La lecture finie , le président à ordonné que les ‘prévenus seront amenés devant la commission , libres et sans fers , accompagnés de leurs défenseurs; les portes de la salle ouvertes , et la séance publique . 

     Le président ainsi que les membres de la commission ont fait différentes questions aux prévenus , par  l’ entremise du citoyen Bracewich , interprète , auxquelles  ils ont répondu en persistant dans l’aveu de leur crime consigné dans leurs précédens interrogatoires. 

      Le président leur a demandé  s’ils’ n’ont rien à ajouter pour  leur défense : leur défenseur nonmé d’office a pris la parole ; et n’ayant plus rien à dire , le président a ordonné que les accusés seront reconduits dans leur prison par leur escorte. 

      Le président a demandé aux membres de la commission s »ils n’avoient pas d’observations à faire ; sur leur réponse négative , il a ordonné que tout le monde se retirât pour opiner à huis clos. Il a posé la première question ainsi qu’il suit : Soleyman  él-Hhaleby , âgé de 24 ans , domicilié à Alep , accusé d’avoir assassiné le général en chef Kléber , et le citoyen Protain , architecte dans le jardin du quartier-général , le 25 du courant, est-il coupable.? 

       Les voix ont été recueillies en commençant par le grade inférieur ; la commission a déclaré à l’unanimité que ledit Soleyman èl-Hhaleby est coupable . 

       Sur la seconde question ;  Seyd A’ bd èl Qadyr  èl-Ghazzy , lecteur du qoran à la grande mosquée dite êl- Azhar , natif de Ghazali , domicilié au Kaire , accusé de complicité d’avoir été le dépositaire du projet d’assassiner le général en chef , de ne l’avoir pas révélé, et d’avoir fui ; est-il coupable ? ;

       La commission a déclaré à l’unanimité qu’il est coupable . 

       Il a ainsi posé la troisième question : « Mohhammed él-Ghazzy , âgé de 25 ans , lecteur de la grande mosquée , natif de Ghazah, accusé d’avoir été le dépositaire du secret d’assassiner le général en chef, d’en avoir été instruit dans le moment où l’assassin se mettoit en route pour l’exécuter , et de ne l’avoir pas révélé , est-il coupable ? ; 

       La commission a déclaré à l’unanimité qu’il est coupable. 

       La quatrième question a été ainsi posée  :  A’bd Allah él-Ghazzy , âgé de 3o ans , natif de Ghazah , lecteur à la grande mosquée , accusé d’avoir reçu la confidence du projet d’assassiner le général en chef , et de ne l’avoir pas révélé , est-il coupable ? ; 

       La commission a déclaré à l’unanimité qu’il est coupable. 

      La cinquième question a été ainsi posée : Ahhmed él-Oualy, natif de Ghazah , lecteur du qoran à la grande mosquée , accusé d’avoir eu connoissance du projet d’assassiner le général en chef , et de ne l’avoir pas révélé , est-il  coupable ? ;

      La commission a déclarée à l’unanimité qu’il est coupable.

      La sixième question a été ainsi posée : « Mustapha effendy, âgé de 81 ans , natif de Brouze , prévenu de complicité , est-il coupable ? ;

      La commission a déclaré à l’unanimité qu’ils n’est pas coupable , et a ordonné. sa mise en liberté.

      Le commissaire du pouvoir exécutif a requis l’application de la peine aux accusés ci-dessus déclarés coupables.

      La commission est allée aux voix sur le genre de supplice à infliger aux coupables ; elle a fait lecture de l’article V de l’arrêté du général Menou , du jour d’hier , conçu en ces termes :  » La commission décernera le genre de supplice qu’elle jugera convenable pour punir l’assassin qui a commis le crime , ainsi que ses complices «    . Elle a décidé , à l’unanimité , de choisir un genre de supplice en usage dans le pays pour les plus grands crimes, et proportionné à la grandeur de l’attentat ; et a condamné Soleyman él-Hhaleby à avoir le poignet droit brûlé , être ensuite empalé , et rester sur le pal jusqu’à ce que son cadavre soit mangé par les oiseaux de proie .  Cette exécution aura lieu sur la butte du fort de l’Institut , aussitôt après l’enterrement du général en chef Kleber , en présence de l’armée et des habitants réunis pour ledit enterrement . Elle a prononcé la peine de mort contre Seyd A’bd-èl Qadir èl-Ghazzy , contumace ; ses biens seront confisqués et acquis à la république française ;  son jugement sera affiché au poteau destiné à recevoir sa tête . Elle a condamné Mohammed èl-Ghazzy , A4db-Allah èl-Ghazzy , et Ahhmed èl-Oualy à avoir la tête tranchée , et exposée sur le lieu de l’exécution ; leurcorps sera brûlé sur un bucher dressé dans ledit lieu à cet effet . Lesdits condamnés seront exécutés dans l’ordre suivant ; savoir A’ bd-Allah èl-Ghazzy , Ahhmed èl-Oualy , Mohhammed èl-Ghazzy , et Soleyman èl-Hhaleby le dernier . Le présent jugement et les conclusions du rappoteur seront imprimés en langues turke , arabe et française , et seront affichés au nombre de 500 exemplaires .

     Le rapporteur demeure chargé de faire ses diligences pour que le présent jugement soit mis à exécution .

      Fait au Kaire , les jour , mois et an que dessus ;  et ont les membres de la commission signé avec  le greffier.

    Signé à l’original , le commissaire des guerres de première classe Régnier ; le chef de brigade d’arrillerie Faure ; le chef de brigade du génie Bertrand ; le chef de la vingt-deuxième demi-brigade d’infanterie lé- gère Goguet ; l’adjudant-général Morand  ; l’adjudant-général Martinet,; l’ordonnateurn de la marine Leroy ; le général de brigade Robin ; le général de division Régnier ; et Pinet , greffier.

              Pour copie conforme.   PINET.

(Sources: Pièces diverses et correspondances, relatives aux opérations de l’armée d’Orient en Egypte.)

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Le terrible supplice de Soleyman.

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Le terrible supplice de Soleyman.

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Son exécution est décrite en ces termes par Claude Desprez,témoin des faits:

L’homme fut condamné, par le conseil de guerre français, à avoir les poings brûlés puis à être empalé vif. Le bourreau Barthèlemy coucha sur le ventre Soliman, tira un couteau de sa poche, lui fit au fondement une large incision, en approcha le bout de son pal et l’enfonça à coups de maillet. Puis il lia les bras et les jambes du patient, l’éleva en l’air et fixa le pal dans un trou préparé. Soliman vécut encore durant quatre heures, et il eut vécu plus si, durant l’absence de Barthèlemy un soldat ne lui eut donné à boire, à l’instant même il expira.

martyre

 Les trois hommes de religion ont été décapités, tandis que Soleyman,  devait avoir le bras droit   » fautif «   brûlé jusqu’au coude, après quoi , il devait être empalé. (Les missionnaires de la Révolution, qui en France avait introduit la guillotine prétendument humanitaire, avaient  fait valoir que seuls les châtiments traditionnels allait enseigner la leçon nécessaire.)

 Le bourreau Barthélémy Serra (un grec de Chio, ancien artilleur d’Al-Alhi Bey,  tristement célèbre depuis l’arrivée des Français pour sa cruauté qui avec sa bande de sauvages parcourait les campagnes et décapitait à tout va au nom du nouveau pouvoir en place) a donc versé du  goudron brûlant sur l’avant-bras du jeune homme. Avec une présence extraordinaire Soleyman a montré une détermination et un courage à la peine .  Ensuite au cours de son empalement , il a crié qu’il avait soif . Un officier français, incapable de supporter la vue, s’élança avec un verre d’eau, à la  première gorgée,  Soleyman a expiré . Son supplice venait de s’achever , mais avant d’en arriver à cette délivrance , il lui aura fallu plusieurs heures de souffrances .·

crane halaby

Le crâne et l’arme de Soleyman el-Halabi sont exposés au Musée de l’Homme à Paris, sous le titre, « criminel ».·

Sources Desmond Stuart dans son Grand Caire: Mère du Monde .·

 

Le courage et le sang froid avec lequel Soleyman se laissa brûler la main droite et empaler étonnent l’homme sensible, et prouvent combien la ferme volonté de l’individu influe sur les sensations physiques. Il vécut environ quatre heures, au milieu des plus cruelles souffrances, sans faire entendre une seule plainte. La brûlure de la main s’était portée jusqu’aux os ; et le pal, après avoir dilacéré les viscères du bas-ventre, les nerfs et les vaisseaux, avait fracturé l’os sacrum, deux vertèbres lombaires, et s’était implanté dans le canal vertébral. Je me suis convaincu de ces faits par l’inspection que je fis, quelques temps après, de son cadavre, quoique déjà desséché : j’en ai déposé le squelette au muséum d’histoire naturelle.

 Sources  Larrey :Mémoires

 

 

Le terrible supplice de Soleyman. dans Desaix. le procès de Soleyman êl Halaby dans Desaix. le procès de Soleyman êl Halaby

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Obseques du général Kleber.

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Obsèques du  général Kléber.

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Obseques du général Kleber. dans SOLEYMAN EL-HHALEBY. Kleber-gloire-nationale

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Le canon tiroit de demi-heure en demi-heure depuis l’instant où le général en chef Kléber avoit cessé de vivre. Le 28 prairial au matin , des salves d’artillerie de la citadelle , répétées  par tous les forts , annoncèrent que l’armée alloit lui rendre les honneurs funèbres.

        Le convoi partit du quairier général Ezbékyéh au bruit d’une salve de cinq pièces de canon , et d’une décharge générale de mousquererie , pour traverser la ville dans l’ordre suivant , et aller déposer  les restes du général dans le camp retranché , désigné sous le nom d’ Ibrâhim-bey .

        Un détachement de cavalerie formant l’avant garde ;

        Cinq pièces d’artillerie de campagne ;

        La vingt-deuxième demi-brigade d’infanterie légère ;

        Le premier régiment de cavalerie de l’armée ;

        Les guides à pieds ;

       Les différentes musiques de la garnison exécutant tour à tour des morceaux analogues à cette triste cérémonie .

       Le corps du général Kléber ; renfermé dans un cercueil de plomb , était porté sur un char funéraire d’une belle forme , recouvert d’un tapis de velours noir , parsemé de larmes d’argent , entouré de trophées d’armes , surmonté du casque et de l’épée du général , et traîné lentement par six chevaux drapés eu noir et panachés en blanc.

      Le général en chef Menou , précédé des guidons du corps des guides , ornés de crêpes , marchoit immédiatement après le char , qui étoit environné des généraux et de l’étal-major général , et précédé des aides-de-camp du général Kleber.

      Venoient ensuite le général commandant de la place , et son état-major ;

Le corps du génie ;

Les membres de l’Institut ;

Les commissaires des guerres ;

Les officiers de santé ;

Les administrations ;

Le corps des guides à cheval ;

Hussein kyachef, commissaire de Mouràd-bey accompagné de ses mamloùks ;

Les aghas , le qâdy , les cheykhs , et u’lemas ;

Les évêques , prêtres , et moines grecs ;

Les cophtes et catholiques ;

Les différentes corporations de la ville ;

La neuvième demi-brigade ;

La treizième demi-brigade ;

La marine ;

Les sapeurs ;

Les aérostiers ;

Les dromadaires ;

L’ artillerie à pied ;

Le bâtaillon grec ;

Les milices cophtes ;

Les corps de  cavalerie ;

Les mamloùks et Syriens à cheval ;

Un détachement de cavalerie française fermoir la marche .

Le convoi arriva à onze heures sur  l’esplanade du fort de l’Institut : les troupes s’y développèrent en exécutant plusieurs manoeuvres qui furent suivies d’une décharge de cinq pièces de canon , et de toute la mousqueterie.

Le char , suivi , environné et précédé comme ci-dessus , s’avança vers le camp retranché.

      On avoit ouvert une brèche sur la face du bastion nord de la couronne d’lbrâhim-bey , pour pénétrer plus directement dans la gorge du bastion , au centre de laquelle on avoit élevé un tertre dont le sommer, planté de cyprès , étoit entouré de draperies funéraires.

     Ce fut au milieu de cette enceinte que l’on déposa le corps du général sur un socle entouré de candélabres de forme antique.

      L’ état-major général mit pied à terre pour saluer les restes du général. Des militaires de toutes les armes et de tous les grades, s’avancèrent spontanément en foule, et jetèrent sur le tombeau des couronnes de cyprès et de lauriers , accompagnant ce dernier hommage des accens vrais et flatteurs de leurs regrets.

     Alors le citoyen Fourier , commissaire français près du dyvân , chargé par le général en chef d’exprimer dans ce jour la douleur commune , alla se placer , environné de l’état-major général et des grands officiers civils et militaires du Kaire , sur un bastion qui dominoit l’armée rangée en bataille , et , d’une voix émue par la sensibilité il prononça le discours suivant :

       F RANÇAIS ,

     Au milieu de ces apprêts funéraires témoignages fugitifs mais sincères de la douleur publique , je viens rappeler un nom qui vous est cher , et que l’histoire a déja placé dans ses fastes. Trois jours ne se sont point encore écoulés depuis que vous avez perdu Kleber , général en chef de l’armée française en Orient. Cet homme que la mort a tant de fois respecté dans les combats, dont les faits militaires ont retenti sur les rives du Rhin;  du Jourdain et du Nil vient de périr sans défense sous les coups d’un assassin.

       Lorsque vous jetterez désormais les yeux sur cette place dont les flammes ont presque entiérement dévoré l’enceinte , et qu’au milieu de ces décombres qui attesteront long-temps les ravages d’une guerre terrible et nécessaire , vous apercevrez cette maison isolée où cent Français ont soutenu pendant deux jours entiers , tous les efforts d’une capitale révoltée , ceux des mamloùks’ et des ottomans ; vos regards s’arrêteront malgré vous sur le lieu fatal où le poignard a tranché les jours du vainqueur de Maestrick et d’Héliopolis ; vous direz : C’est là qu’a succombé notre chef et  notre ami ; sa voix tout-à-coup anéantie , n’a pu nous appeler à son secours. Oh ! combien de bras en effet se seroient levés pour sa défense , combien de vous eussent aspiré à l’honneur de se jeter entre lui et son assassin ! Je vous prends à témoin intrépide cavalerie qui accourûtes pour le sauver sur les hauteurs de Coraïm , et dissipâtes en un instant la multitude d’ennemis qui l’avoient enveloppé : cette vie qu’il devoit à votre courage , il vient de la perdre par une confiance excessive qui le portoit à éloigner ses gardes et à déposer ses armes.

       Après qu’il eut expulsé de l’Egypte les troupes de Yousef pâchâ , grand-vizir de la Porte, il vit fuir ou tomber à ses pieds les séditieux , les traîtres ou les ingrats. C’est alors que , détestant les cruautés qui signalent les victoires de l’Orient , il jura d’honorer par la clémence le nom francais qu’il venait d’illustrer par les armes ; il observa religieusement cette promesse, et ne connut point de coupables. Aucun d’eux n’a péri :  le vainqueur seul expire art milieu de ses trophées. Ni la fidélité de ses gardes , ni cette contenance noble et martiale , ni le zele sincère de tant de soldats qui le chérissaient , n’ont pu le garantir de cette mort déplorable. Voilà donc le terme d’une si belle et si honorable carrière ! c’est là qu’aboutissent tant de travaux , de dangers, et de services éclatans !

       Un homme agité par la sombre fureur du fanatisme est désigné dans la Syrie par les chefs de l’armée vaincue pour commettre l’assassinat du général français ; il traverse rapidement le désert , il suit sa victime pendant un mois ; l’occasion fatale se présente , et le crime est consommé !

      Négociateurs sans foi , généraux sans courage , ce crime vous appartient ; il sera aussi connu que votre défaire. Les Français vous ont livré leurs places sur la foi des traités  ; vous touchiez aux portes de la capitale lorsque les Anglais ont refusé d’ouvrir la mer. Alors vous avez exigé des Français qu’ils exécutassent un traité que vos alliés avoient rompu ; vous leur avez offert le désert pour asyle.

      L’honneur , le péril , l’indignation ont enflammé tous les courages ; en trois jours vos armées ont été dissipées et détruites ; vous avez perdu trois camps et plus de soixante pièces de canon ; vous avez été forcés d’abandonner toutes les villes et les forts depuis Damiette jusqu’au Saïd : la seule modération du général français a prolongé le siège du Kaire , ville malheureuse où vous avez laissé répandre le sang des hommes désarmés . Vous avez vu se disperser ou expirer dans les déserts cette multitude de soldats rassemblés du fond de l’Asie ; alors vous avez confié votre vengeance à un assassin !

    Mais quels secours , citoyens, nos ennemis attendent-ils de ce forfait ? en frappant ce général victorieux , ont-ils cru dissiper les soldats qui lui obéissoient ? et si une main abjecte suffit pour faire verser tant de pleurs , pourra – t – elle empêcher que l’armée francaise ne soit commandée par un chef digne d’elle ? non , sans doute ; et s’il faut dans ces circonstances plus que des vertus ordinaires , si , pour recevoir le fardeau de cette mémorableentreprise , il faux un esprit relevé qu’aucun préjugé ne peut atteindre , un dévouement sans réserve à la gloire de sà nation , citoyens , vous trouverez ces qualités réunies dans son successeur. Il possèdent l’estime de  Bonaparte et de Kleber ; il leur succède aujourd’hui. Ainsi il n’y aura aucune interruption ni dans les honorables espérances des Français, ni dans le déspoir de leurs ennemis.

       Armée , qui réunissez les noms de l’Italie, du Rhin et de l’Egypre , le sort vous a placée dans des circonstances extraordinaires ; il vous donne en spectacle au monde entier , et , ce qui est plus encore , la patrie admire votre sublime courage ; elle consacrera vos triomphes par sa reconnoissance . N’oubliez point que vous êtes ici même sous les yeux de ce grand homme que la fortune de la France a choisi pour fixer la dcstitiée de l’État ébranlé par les malheurs publics : son génie n’est point borné par les mers qui nous séparent de notre patrie ; il subsiste encore au milieu de vous ; il vous aime , il vous excite à la valeur , à la confiance dans vos chefs  sans laquelle la valeur est inutile, à toutes les vertus guerrières dont il vous a laissé tant et de si glorieux exemples. Puissent les douceurs d’un gouvernement prospert couronner les elforts des Français ! c’est alors , guerriers estimables que vous jouirez des honneurs dus aux vrais citoyens ; vous vous entretiendrez de cette contrée lointaine que vous avez deux fois conquise , et des armées innombrables que vous avez détruites , soit que la prévoyante audace de Bonaparte aille les chercher. jusque dans la Syrie , soit que l’ invincible courage de Kleber les dissipe dans le cœur même de l’Égypte . Que de glorieux et touchans souvenirs vous aurez à reporter dans le sein de vos familles ! Puissent-elles jouir d’un bonheur qui adoucisse l’amertume de vos regrets ! Vous mêlerez souvent à vos récits le nom chéri de Kleber ; vous ne le prononcerez jamais sans être attendris, et vous direz : Il était l’ami et le compagnon des soldats , il ménageait leur sang , il diminuait leurs souffrances.

         Il est vrai qu’il s’entretenoit chaque jour des peines de l’armée , et ne songeoit qu’aux moyens de les faire cesser. Combien n’a-t-il pas été tourmenté par les retards alors inévitables  de la solde militaire , des contributions extraordinaires , objet des seuls ordres sévères qu’il ait jamais donnés , il s’est appliqué à régler les finances , et vous connoissiez les succès de ses soins.  Il en a confié la gestion à des mains pures et désignées par l’estime publique. Il méditait une organisation générale qui embrassât toutes les patries du gouvernement. La mort l’a interrompu brusquement au milieu de cet utile projet. Il laisse une mémoire chère à tous les gens de bien : personne ne desiroit plus et ne méritoit mieux d’être aimé . Il s’attachoit de plus en plus à ses anciens amis , parce qu’ils lui offroient des qualités semblables aux siennes. Leur juste douleur trouvera du moins quelque consolation dans l’estime de l’armée et  l’unanimité de nos regrets.

Réunissez donc tous vos hommages , car vous ne coimposez qu’une seule famille , guerriers que votre pays a appelés à sa défense ; vous tous, Français, qu’un sort commun rassemble sur cette terre étrangère, vos hommages s’adressent aussi , dans cette journée , aux braves qui , dans les champs de la Syrie , d’Aboùqyr , et d’Héliopolis, ont tourné vers la France leurs derniers regards et leurs dernières pensées.

Soyez honoré dans ces obsèques , vous qu’une amitié particulière unissoit à Kleber , ô Caffarelli , modèle de désintéressement et de vertus , si compatissant pour les autres , si stoïque pour vous-même.

Et vous, Kleber , objet illustre , et dirai-je infortuné, de cette cérémonie qui i n’est est suivie d’aucune autre , reposez  en paix , ombre magnanime et chérie , au milieu des monuments de la gloire et des arts ! Habitez une terre depuis si longtemps célèbre ; que votre nom s’unisse à ceux de Germanicus , de Titus, de Pompée, et de tant de grands capitaines et de sages , qui ont laissé , ainsi que vous , dans cette contrée d’immortels souvenirs.

Un recueillement religieux succéda un instant aux émotions vives et profondes qu’avoit produites l’orateur.

Les troupes défilèrent ensuiie, par peloton , s’arrêtèrent devant le sarcophage , firent une troisième décharge de mousqueterie , pendant que l’artillerie de campagne  celle de la citadelle , des forts , et du camp retranché  tiroient également ; et , en sortant par la porte de la demi-lune , elle se rendirent sur l’esplanade pour y reprendre l’ordre de marche et rentrer dans la ville.

Les plans , les décorations , l’exécution de ces funérailles , aussi pompeuses que lugubres , avoienr été con- fiés à une commission composée des citoyens  Lepère , directeur et ingénieur en chef des ponts et chaussées , Conté , chef de  brigade des aérostiers ,  directeur des ateliers mécaniques et directeur du parc du génie.

 Sa dépouille  est rapariée en 1818 à Strasbourg , après une dizaine d’années passées dans le chateau d’If . En 1840 une statue en son honneur est dréssée sur la place centrale, déboulonnée par les nazis en 1940 et restaurée en 1945.

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(Sources: Pièces diverses et correspondances, relatives aux opérations de l’armée d’Orient en Egypte.)

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Publié dans:Desaix. le procès de Soleyman êl Halaby |on 21 septembre, 2007 |Commentaires fermés

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