Les Alpes pour piedestal.

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Incroyables destins.

 

Deux grands généraux disparaissent au même moment.

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Le fer heurtant le fer,
La Marseillaise ailée et volant dans les balles
Les tambours, les obus, les bombes, les cymbales
Et ton rire, ô Kléber.

 

Le même jour presque à la même heure, à des milliers de kilomètres de là, au Caire, Kléber, le commandant en chef de l’armée d’Egypte, s’effondre et meurt sous les coups de poignards de Soleyman un étudiant fanatique à la mosquée d’Azhari. Drôle de destin qui au même moment, vient de prendre la vie des deux meilleurs généraux français.

 

Torré-Garofoli, quartier général de Bonaparte. 

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Le corps du général Desaix a été transporté à Torré-Garofoli, quartier général de Bonaparte. C’est ici que le capitaine Coignet, décrit le spectacle poignant des bléssés de la garde, au lendemain de la bataille de Marengo.

Joseph Petit grenadier à cheval de la garde consulaire, nous dit:  « Je me rappellerai toute ma vie, les impressions si pénibles que fît dans mon âme, lorsque je fus le lendemain de la bataille au quartier général, le spectacle de la voiture qui portait le corps de ce général enveloppé d’un drap et couvert de son manteau. J’avais beau me le figurer, comme quelques heures auparavant, commandant l’incomparable neuvième demi-brigade qui fit de si belles manoeuvres sous le feu le plus terrible et dans les dangers les plus imminents, mes yeux mouillés de l’armes étaient toujours ramenés sur un corps sanglant et inanimé. » 

Cependant, la perte de Desaix provoque peu d’émoi dans l’armée, en dehors du cercle des intimes. Elle reste encore mal connue au lendemain de la bataille.

Le 15 juin, le général de brigade Bonnamy écrit au général de division Lorge:   «la victoire a été indécise jusqu’à la nuit. Elle a été fixée par la division du général Desaix qui a fait 5 000 prisonniers. Ce général, blessé dans le combat, est mort ce matin ».

Dans les rangs subalternes, préoccupés de trouver de l’eau, du repos et de la nourriture, car l’intendance ne suit pas, la disparition de ce chef passe, dans un premier temps et comme sur le champ de bataille, presque inaperçue au sein d’une troupe qui le connaît peu.  Ni la correspondance du dragon Piffard, ni celle de Maurice Dupin ne l’évoquent. Pourtant, nul à l’armée n’ignore longtemps le rôle décisif de Desaix. L’adjudant général Dampierre, fait prisonnier par les Autrichiens dans l’après-midi du 14 juin et qui n’a pu assister à la fin de la bataille, se renseigne : «Mais d’après tout ce que j’entends dire, il me paraît qu’il était bien temps que le brave Desaix se dévouât pour le salut de l’armée; il ne pouvait pas mieux finir sa glorieuse carrière qu’en ramenant la victoire un moment infidèle aux Français».

 Le corps de Desaix, embaumé. 

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Le 15 juin, le corps de Desaix, accompagné d’un escadron du 12e chasseur est conduit à Milan afin d’être embaumé, après que le sculpteur Pizzi eut pris le moule du visage. Puis la dépouille est déposée dans un double cercueil à la chapelle San Angelo. Là, il y restera jusqu’au 17 juin 1805.

.Les Alpes pour piedestal. 

 La pompe funèbre de Desaix a été programmée par le Tribunat pour la fête du 14  juillet, dans la séance du 3 messidor an VIII (22 juin 1800), c’est-à-dire à la réception des rapports officiels de la victoire de Marengo.

Dans le premier bulletin de victoire, rédigé par Berthier, ne mentionnait même pas la mort de Desaix.

Le deuxième bulletin, daté du 25 prairial, au soir de la victoire, reste laconique : « Le général Desaix est atteint d’une balle mortelle, la mort de cet officier distingué dont la France pleurera longtemps la perte, enflamme d’une nouvelle ardeur les braves qu’il commandait.» 

La version officielle de la mort de Desaix est contenue dans le troisième rapport de Berthier, du 26 prairial (15 juin). C’est ce dernier qui parvient à Paris le 3 messidor :  Le général en chef Berthier a eu ses habits criblés de balles. Plusieurs de ses aides de camp ont été démontés, mais une perte vivement sentie par l’armée, et qui le sera par toute la République, ferme notre cœur à la joie. Desaix a été frappé d’une balle au commencement de la charge de sa division ; il est mort sur le coup. Il n’a eu que le temps de dire au jeune Lebrun, qui était avec lui : « Allez dire au Premier consul que je meurs avec le regret de n’avoir pas assez fait pour vivre dans la postérité »

Bonaparte, voulut pour son ami, décerner un hommage grandiose. Le tombeau du général Desaix, aura les Alpes pour piédestal et pour gardiens les religieux du Saint-Bernard.

Le 17 juin 1805, le capitaine Auguste Sarraire, se fit remettre la dépouille du général et par les chemins escarpés des Alpes gagne le Grand Saint-Bernard, depuis Etroubles, le corps de Desaix est porté par des grenadiers qui se relaient toutes les heures. Le 19 juin à l’aube, la messe est célébrée par l’abbé Murith ainsi qu’une marche funèbre, composée spécialement par Lesueur, puis le corps est descendu dans une fosse creusée dans la chapelle, le général Berthier, ministre de la guerre, prononce l’oraison funèbre et dépose une branche de laurier sur la tombe.

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Puis vinrent les jeux funèbres organisés autour du lac par Vivant Denon, le grand maître de la cérémonie.

Une déception pourtant, l’absence de Bonaparte, qui retenu à Paris, s’est fait représenter par Berthier.

Et pour conclure ces funérailles, restait à attendre, le mausolée en marbre blanc de Carrare (symbole de pureté) commandé au célèbre sculpteur Moitte, par le futur Empereur des français, ce qui est fait le 31 octobre 1806.

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On n’attend plus que l’inscription promise par Napoléon pour y être gravée :

« Le tombeau de Desaix aura les Alpes pour piédestal et pour gardiens les moines du Saint-Bernard. Napoléon ».

On attendra en vain. Le nouvel empereur ne daigna pas apposer sa griffe sur le superbe mausolée, il demeura tel quel.

Les éloges ensuite ne manquèrent pas. Le futur maître de l’Europe signala, dans les bulletins, la mort de Desaix comme une perte irréparable; il adopta Savary et Rapp comme aides de camp. Le Tribunat adressa aux consuls, le 22 juin 1800, un message conçu en ces termes :

«l’armée s’est couverte d’une gloire nouvelle, mais elle a perdu un de ses héros. La mort de Desaix est un deuil public, au sein des plus éclatants triomphes.»

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Dans ses mémoires Napoléon raconte :

«Desaix était l’officier le plus distingué de l’armée, actif, éclairé, aimant la gloire pour elle-même. Il était de petite taille, d’un extérieur peu prévenant, mais capable à la fois de combiner une opération et de la conduire dans les détails de l’exécution. Il pouvait commander une armée comme une avant garde. La nature lui avait assigné un rôle distingué, soit dans la guerre, soit dans l’état civil. Il eut su gouverner une province aussi bien que la conquérir. Il était d’un caractère simple, actif, cultivé , son intelligence de la guerre, son application à ses devoirs, son désintéressement, en faisait un modèle accompli de toutes les vertus guerrières, et tandis que Kléber , indocile, insoumis, ne pouvait supporter aucun commandement, Desaix était obéissant comme s’il n’avait pas su commander. Sous des dehors sauvages, il cachait une âme vive et très susceptible d’exaltation. Quoique, élevé à la sévère école de l’armée du Rhin, il s’était enthousiasmé pour les campagnes d’Italie, et avait voulu voir de ses yeux les champs de bataille de Castiglione, d’Arcole et de Rivoli. Il parcourait ces champs, théâtre d’une immortelle gloire, lorsqu’il rencontra, sans le chercher, le général en chef de l’armée d’Italie, et se prit pour lui d’un attachement passionné.»

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 Le général Bonaparte estimait Kléber pour ses grandes qualités militaires, mais ne plaçait personne ni pour les talents, ni pour le caractère à coté de Desaix. Il l’aimait d’ailleurs, entouré de compagnons d’armes qui ne lui avaient point encore pardonné son élévation tout en affectant pour lui une soumission empressée, il chérissait dans Desaix un dévouement pur, désintéressé, fondé sur une admiration profonde. Toutefois, gardant pour lui seul le secret de sa préférence, feignant d’ignorer les fautes de Kléber, il traita pareillement Desaix et Kléber, et voulut confondre dans les mêmes honneurs deux hommes que la fortune avait confondus dans une même destinée.

 Il était le préfèré des généraux de Napoleon, qui voulait lui faire épouser une de ses soeurs ou Hortense, pourtant celui-ci ne s’est même pas déplacé pour assister à ses funérailles. 

 

Brave Desaix.

« Je n’oublie pas qu’à la fin de toutes les charges, des emplois et des honneurs, Veygoux, ses champs et ses bruyères seront ma récompense ».

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Quel charme opérait donc Napoléon sur Desaix pour que celui-ci lui offrit sa vie ?

Aveuglé par l’admiration sans borne qu’il portait à Bonaparte, Desaix ce général d’une honnêteté exemplaire, ne vit pas qu’il était déjà un simple pion, un objet manipulé sans scrupule, par un personnage avide de sang et d’honneurs, ébloui par ses victoires et sa notoriété soudaine, qu’était le futur empereur des français. Ces français qui l’admiraient, qui le portaient en triomphe malgré le nombre de leurs enfants morts dans les nombreuses batailles que cet individu jamais rassasié provoquait sans cesse.

Tandis que Desaix dans la haute Egypte était surnommé le Sultan Juste, Bonaparte,  » il n’est peut-être pas inutile de le rappeler  »  faisait massacrer la garnison de Jaffa qui s’était aussi rendue contre la promesse de la vie sauve.

Publié dans : Desaix, bataille de Marengo |le 2 février, 2008 |Pas de Commentaires »

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