Retour sur la campagne de Haute-Egypte.

                                                                                          

En haute Egypte, le général Desaix, en plus de ses talents exceptionnels de chef de guerre, va montrer des qualités d’administrateur qui le placent au niveau de son chef, Bonaparte, ce qui n’est pas un mince compliment. En effet, les succès de Desaix ne sont dûs qu’à son propre talent, ils libèrent Bonaparte d’un souci de taille, car Bonaparte, l’a laissé se débrouiller seul, tout empêtré qu’il était dans la campagne de Syrie.

Cette campagne en Haute-Égypte fut unique en son genre et c’est le grand mérite du général Desaix de l’avoir conduite et réussie. Concilier le temps nécessaire aux relevés scientifiques et artistiques avec les impératifs militaires dévoilent les qualités exceptionnelles de ce chef. Il réalisa en outre la pacification du pays par des mesures exemplaires.  

L’étonnant Desaix, avec moins de 5.000 hommes, remontant le cours du Nil, battait Mourad-bey à Sediman (7.7.1798), puis à Samanhout (22.1.1799), prenait Siout dont il faisait son quartier-général, Thèbes, Karnak, Louksor, Assouan, atteignait la première cataracte, à 900 kilomètres du Caire, décidait enfin l’occupation de Koseïr, sur la Mer Rouge, pour empêcher l’arrivée des renforts d’Arabie. Les Mameluks, sans cesse refoulés soit chez les Noirs, soit dans le désert, étaient fort affaiblis. Pour mieux les atteindre, Desaix commençait à utiliser des dromadaires montés par des Français. 

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Un Copte, Jacob Youhana, ancien intendant de Soliman-bey, sert fidèlement ce dernier durant cette difficile campagne, organise ses réseaux de renseignements, assure son ravitaillement, perçoit les impôts pour son compte, au besoin combat vaillamment et obtient de ce fait un sabre d’honneur.

On connaît les talents de général en chef de Desaix, mais on ignorait qu’il était un excellent administrateur. Conformément aux instructions de ne pas asservir l’Indigène ni de le flatter par des privilèges, il pensait à créer une classe de petits propriétaires en distribuant la terre à ceux qui apportaient leur aide.

Desaix cherche appui auprès des cheikhs de village. Les réunissant en assemblées pour discuter de problèmes du gouvernement, de la production agricole, il s’interpose aussi dans les conflits villageois, tel que le rapporte Belliard dans son Journal : » Le général Desaix a réuni les cheiks, chacun a déduit ses raisons, on a pesé le pour et le contre dans la balance de la justice, et des hommes, qui une demi-heure avant voulaient se détruire, ont fini par goûter les sages réflexions, les avis ou les ordres du conquérant et se sont retirés bons amis « 

Il avait appris l’arabe pour parler aux autochtones et l’on a retrouvé la méthode de Volney qu’il utilisa.

Desaix, était épouvanté par la cruauté des peines égyptiennes, (la mort décidée par un père pour sa fille délurée, les yeux crevés de l’amant polygame dont les maîtresses sont noyées). Il ne condamnait qu’après avoir rendu la justice lui-même.

Il savait tempérer les horreurs de la guerre par des traits de générosité et de grandeur d’âme.

Nous en témoigne une lettre qu’il écrit à Victoire Lenormand:

« Vous frémiriez en nous voyant échapper avec peine à un Arabe agile à tout instant caché à quatre pas, vous assassinant au milieu de vos amis, nous enlevant nos camarades près de nous, les emmenant sans pouvoir les secourir et terminant leur vie par des supplices et des infamies. »

Il adorait l’Égypte que sa grande culture lui avait révélée dans son histoire, ses arts, ses techniques qu’il étudiait aux côtés des savants. Il avait inspiré aux soldats, aux scientifiques aux populations un sentiment d’attachement et d’admiration. Sur le plan militaire, la tâche du général Desaix ne fut pas facile. Il avait affaire à un ennemi différent des Autrichiens ou des Prussiens sur le Rhin. Les Mamelouks étaient avant tout des guerriers qui combattaient avec le courage des fanatiques.

Il avait su organiser un service de renseignements adapté au pays, il utilisait les services des Bédouins nomades.

Pour les instructions à transmettre aux postes échelonnés le long du Nil il se servait des fellahs.

Il est rapporté que se trouvant à Philaë et désireux d’annoncer à Siout son arrivée prochaine, il remit une lettre à un paysan égyptien, celui-ci joignit deux bottes de papyrus sur lesquelles il s’assit à la turque avec à ses côtés sa pipe, quelques dattes, une lance pour se défendre des crocodiles et une petite rame et on le vit s’éloigner de la berge et descendre le Nil sans effort.

Desaix avait introduit dans son état-major des « boîtes portatives » contenant des cartes collées sur carton et sur lesquelles au moyen d’épingles à tête de couleur, il savait chaque jour l’exacte position des troupes ennemies, (ce procédé, que lui indiquera Savary sera utilisé plus tard par Napoléon.)

Savary et Rapp, apportaient à leur chef un dévouement total dont ne s’étonne pas le général baron Thiébault, qui a écrit :

« Sa conversation était instructive, il avait avec profusion l’intelligence prête à tous les sujets, sa franchise et ses bontés le faisaient aimer de ses aides de camp ».

Publié dans : Desaix, l'expédition d'Egypte |le 22 janvier, 2008 |Commentaires fermés

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