Le général Watrin, au général Berthier.

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Spinetta, 26 prairial an 8 (15 juin 1800).

L’ennemi ayant attaqué le corps de troupes aux ordres du général Victor, sur les 8 heures du matin, j’ai reçu ordre du lieutenant général Lannes de quitter la position que j’occupais en avant de San-Giuliano pour me porter sur le point d’attaque, près de la Bormida. J’ai formé ma division en bataille, entre Spinetta et Marengo, la droite vers Castel-Ceriolo et la gauche, un peu sur la gauche de la route d’Alexandrie à Tortone. La 28e et la 40e sont restées en réserve à la hauteur et sur la gauche de Spinetta.

La 6e légère et la 22e de bataille, en se déployant entre Marengo et Castel-Ceriolo, ont repoussé avec impétuosité un corps nombreux d’infanterie et de cavalerie ennemi qui avait déjà fait de rapides progrès dans cette partie, et l’ont forcé de repasser le ruisseau entre Marengo et la Bormida. Quoique accablées par un feu terrible de mousqueterie et d’artillerie, elles ont longtemps maintenu, dans cette position, l’ennemi, à qui elles ont tué et blessé beaucoup de monde. M’apercevant que l’ennemi se présentait en force à Castel-Ceriolo et lui voyant déployer une forte colonne sur ma droite, j’ai fait porter un bataillon de la 22e vers Castel-Ceriolo pour soutenir la 6e légère qui allait être tournée par le corps ennemi qui débordait en entier notre droite. Le général Lannes fit seconder ce mouvement par la 28e, qu’il porta de suite sur ce point, tandis que la 40e soutenait avec vigueur plusieurs charges de cavalerie que l’ennemi lui faisait sur la grande route de Marengo.

Les troupes ont pris et repris ces positions et se sont longtemps maintenues, quoique criblées par l’artillerie ennemie. Alors, le général Lannes m’envoya l’ordre de me replier en ordre et toujours à la même hauteur de la gauche de l’armée qui opérait le même mouvement de retraite. Vous avez été vous-même, mon Général, témoin de la bravoure avec laquelle les troupes ont soutenu et repoussé les diverses charges que l’ennemi a souvent tentées contre elles jusqu’à San-Giuliano, où elles se sont réunies au corps de troupes du général Desaix.

Vous-même, mon Général, avez conduit à l’ennemi les troupes à qui vous avez de suite fait reprendre l’offensive, et vous connaissez les succès éclatants qu’elles ont obtenus. Je ne pourrais vous dire le nombre de prisonniers qui a été fait par la division; les troupes les laissaient en arrière et ne s’occupaient que de repousser l’ennemi avec impétuosité. Trois pièces de canon et plusieurs caissons d’artillerie sont tombés en notre pouvoir, ainsi que deux drapeaux, dont l’un, enlevé par le citoyen Lignère, hussard au 12e régiment, d’ordonnance auprès de moi, vous a été remis, et l’autre vous a été porté par un officier de l’état-major du général Lannes. La déroute de l’ennemi a été on ne peut plus complète, et la nuit nous a empêchés de le poursuivre plus avant.

Les 6e légère, 22e, 40e et 28e de bataille ont soutenu leur réputation bien connue d’audace et de sang-froid. Les généraux de brigade Malher et Mainoni, se battant avec intrépidité à la tête de leurs troupes, ainsi que l’adjudant général Isard, ont été blessés. Leurs blessures ne sont pas dangereuses.

Le citoyen Valhubert, chef de la 28e, le général de brigade Gency, le chef de brigade Legendre se sont particulièrement distingués, ainsi que le chef de bataillon, mon aide de camp, qui, quoique déjà blessé, est venu, malgré moi, à cette affaire, où il a eu deux chevaux tués sous lui. Tous les officiers du corps d’état-major se sont signalés par leur bravoure; il n’en est pas un de ces derniers qui n’ait eu plusieurs chevaux de blessés ou leurs habits percés de balles. Les chefs de bataillon Fertel et Soubières sont blessés. L’artillerie, dont une partie des pièces a été démontée, s’est couverte de gloire.

La division, d’après les rapports des chefs de corps, a eu 13 officiers tués, 83 blessés et près de 2,000 hommes tués ou blessés ou pris; elle a beaucoup souffert du feu de l’ennemi, à qui elle a pris ou blessé une immense quantité d’hommes.

Pardon, mon Général, du désordre qui règne dans mon rapport, mais il provient de la douleur que me cause la mort de mon frère, Lucien Watrin, capitaine-adjoint aux adjudants généraux, qui a été emporté d’un boulet en chargeant à la tête de la 22e de bataille. Ce bien brave officier faisait concevoir les plus belles espérances.

Salut et respect.

WATRIN.

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