L’adjudant général Dampierre, au général Mathieu-Dumas.

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Alexandrie, le 27 prairial an 8 (16 juin 1800).

Mon petit détachement, qui était affaibli par le feu de l’ennemi, le fut encore plus par la désertion de 100 et quelques hommes de la 101e, qui allèrent rejoindre leur brigade. C’est avec 200 ou 300 hommes de la 44e demi-brigade que je fus chargé de défendre la gauche de l’armée, n’ayant d’autre aide qu’une seule pièce de canon, qui ne tirait point faute de munitions, et un peloton de chasseurs.

L’ennemi attaqua la droite vers les 9 heures et, une demi-heure après, le feu s’étendait sur toute la ligne. J’avais placé la moitié de ma petite troupe dans  une espèce de retranchement que forment les fossés d’une cassine sur le bord de la Bormida. L’autre moitié s’étendait sur la droite, dans des ravins qui couvraient les hommes jusqu’à la tête; j’étais à cheval entre ces deux corps.

L’ennemi vint se former à une très petite portée de fusil de nous; l’irrégularité du ravin nous procurant des feux de flanc pendant son déploiement, nous l’avons beaucoup incommodé: nous voyions tomber des hommes dans ses rangs à chaque décharge.

Nous tînmes dans cette position pendant la déroute de la droite, qui eut lieu à 3 heures; il était 7 heures du soir que nous tenions encore.

Enfin, battus par six pièces de canon ou obusiers à mitraille, entourés par tout le régiment des hussards de Nauendorf, par plusieurs régiments d’infanterie, sans cartouches, sans artillerie, n’entendant plus le feu de notre droite, nous avons été obligés de nous rendre au prince qui sert dans le régiment de Nauendorf. Voyant que nos soldats ne tiraient plus, il s’avança, et nous fimes une sorte de capitulation pour conserver les armes aux officiers.

Il n’a pas tenu qu’à ce prince autrichien qu’elle ne fût tenue, mais, pendant qu’il était occupé à distribuer des coups de plat de sabre à ses hussards, pour faire respecter un officier, on en pillait un autre. en de ces hussards est venu auprès de moi, m’a pris mon sabre qu’on m’avait laissé; un autre m’a tiré une épaulette; j’ai tellement tenu l’autre qu’ils n’ont pas pu l’avoir. C’étaient comme des filous; aussitôt qu’un officier paraissait, tous se sauvaient; mais il était impossible de retrouver ni le voleur ni les effets.

J’ai été au désespoir, en apprenant le succès de la journée, de ne pas avoir pu tenir une demi-heure de plus. J’aurais fait perdre beaucoup de monde à l’ennemi dans sa retraite précipitée et, quoique je puisse dire qu’il n’est pas un soldat de notre détachement prisonnier qui n’ait fait périr un ennemi, j’ai regretté de ne pas avoir pu doubler encore leur nombre sur les bords de la Bormida.

J’ai perdu la moitié de mon monde (d’après un relevé fait depuis, j’ai 194 hommes de blessés sur mes 300). Presque tous les officiers étaient blessés; j’en soutenais deux qui ne pouvaient plus se porter au moment de notre reddition. Mon cheval a été blessé à la cuisse et à l’oreille, et, par une bizarrerie inconcevable, les fuyards de l’armée française pillaient mes effets arrivés de la veille, tandis que les Autrichiens me dévalisaient.

DAMPIERRE.

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Publié dans : Desaix. Bataille de Marengo. les bulletins et rapports. |le 30 novembre, 2007 |Commentaires fermés

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