Les pestiférés de Jaffa.

    Propagande et mensonges d’un tableau..

Au salon de 1804, entre la proclamation de l’Empire et le Sacre, Antoine-Jean Gros présente un tableau de sept mètres sur cinq au musée du Louvre, tout juste rebaptisé musée Napoléon. Le Premier Consul lui en a fait commande l’année précédente.

 Afin de faire oublier un épisode noir de la campagne d’Égypte, Jean Antoine Gros représente Bonaparte en thaumaturge courageux se préoccupant du sort de ses soldats.

Mais c’est bien le tableau, Les Pestiférés de Jaffa, qui assoit sa réputation d’artiste officiel. . 

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La mise en valeur du héros.

La scène se déroule dans un monastère arménien transformé en hôpital de fortune, et fait place à la cour d’une mosquée. La partie droite, où Bonaparte, entouré de son état-major, visite et réconforte les malades français touchés par l’épidémie, est baignée de lumière et renforce l’idée d’un Occident vainqueur. La partie gauche, où des médecins arabes sont impuissants à secourir des mourants, est placée dans la pénombre qui convient à un Orient vaincu. À l’arrière-plan, on voit la brèche ouverte par l’armée républicaine, des fumées rappellent la dureté des combats lors de la prise de la ville signifiée par un drapeau tricolore qui flotte au-dessus des murailles. Presque au centre de la composition, Bonaparte, le héros sans peur, touche la plaie d’un soldat demi-nu, quand le chirurgien en chef Desgenettes essaie de l’en dissuader. Il est habité d’un calme qui contraste avec l’anxiété de son entourage. Devant lui, agenouillée et disproportionnée, presque spectrale, est plantée une figure d’homme nu recevant des soins d’un médecin arabe chrétien. Cet homme jette au général un regard qui s’apparente à une supplique.

Une histoire tragique.

Le tableau présente un général guérisseur impassible, prêt à risquer sa vie pour réconforter des malades. La réalité historique est hélas tout autre. D’une part, la prise de la ville fut suivie d’une répression terrible et impitoyable. Les soldats turcs, qui s’étaient rendus contre la promesse d’être libérés s’ils acceptaient de ne plus porter les armes, furent massacrés, transpercés de coups de baïonnettes afin d’épargner les munitions. « Il se forma, puisqu’il faut le dire, une pyramide effroyable de morts et de mourants dégouttant le sang, et il fallut retirer les corps déjà expirés pour achever les malheureux qui, à l’abri de ce rempart affreux, épouvantable, n’avaient point encore été frappés » écrit François Yiot, commissaire adjoint des Guerres dans ses mémoires pour servir à l’histoire des expéditions en Égypte et en Syrie.

D’autre part, en ce qui concerne l’épisode de la visite aux pestiférés, un témoin oculaire, Fauvelet de Bourrienne, secrétaire de Bonaparte, écrit dans ses Mémoires: « Je marchais à côté du général, j’affirme ne l’avoir pas vu toucher à un pestiféré ».

Cette commande avait donc pour but de transformer l’ordonnateur d’un carnage en guérisseur, et du même coup de blanchir la réputation ternie du général meurtrier.

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 .« En Égypte, je me trouvais débarrassé du frein d’une civilisation gênante. Je rêvais toutes choses et je voyais les moyens d’exécuter tout ce que j’avais rêvé. »  Napoléon Bonaparte.

Campagne de Syrie, le premier massacre colonial.(lien.)

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Publié dans : IL Y A DEUX SIECLES. |le 11 novembre, 2007 |1 Commentaire »

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1 Commentaire Commenter.

  1. le 6 décembre, 2014 à 12:49 Patrick Fournier écrit:

    Les executions pour horrible qu’elles fussent ont été décidé après que les Turcs n’eurent pas respecte les lois de la guerre (décapitation de l’émissaire français envoyé pour négocier un armistice, non respect par les prisonniers faits à l’occasion d’un bataille précédente de ne pas rejoindre les rangs des combattants turcs) et l’impossibilité matérielle d’en assumer la garde et le rapatriement en Égypte. Quant au témoignage de Bourrienne il est contredit par plusieurs autres témoins. Pour tout cela voir le livre qui fait autorité de Patrice Guenifey page 404.

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