La page sombre de l’épopée napoléonienne.

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 Les soldats oubliés de Napoléon..

Mais aussi et surtout de la mémoire collective.

 

Ceci est le récit d’un épisode oublié, d’un des événements les moins connus, tel qu’il fut noté dans les journaux de certains prisonniers ou consigné dans les documents de leurs geôliers. Les prisonniers étaient tous de simples soldats ou des sous-officiers; ils se contentèrent de raconter ce qu’ils avaient vu et vécu, ils n’avaient que leur propre histoire à raconter. Ceux qui survécurent y parvinrent grâce à leur ténacité, à leur ingéniosité, à leur bonne fortune et à la générosité occasionnelle de leurs gardiens.

Au large de l’Espagne, à moins de dix kilomètres de l’île de Majorque, se trouve l’île désertique de Cabrera (ou l’île de la chèvre), cet endroit fut le théâtre d’un des épisodes les plus tragiques des conquêtes de Napoleon, un épisode si tragique, qu’à Palma on ne l’évoquait qu’à voix basse tant la peur des démons endormis y restait grande.

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 Pendant cinq ans, de mai 1809 à mai 1814, cette île servit de prison, à près de 12000 soldats de l’empire, les meilleurs soldats de Napoleon, après la défaite de la bataille de Bailén.

Oubliés des autorités espagnoles qui les laissèrent croupir dans les pires conditions, ces soldats vaincus, déshonorés, furent totalement et volontairement oubliés par la France et surtout par Napoleon, qui, par son ambition démesurée excusait pas la défaite.

Cependant, Cabrera, ne fut qu’un désastre mineur parmi toutes les atrocités et horreurs de la guerre d’Espagne.

Le sort des prisonniers de Bailén, est né de quelques événements clés:

- La manière totalement inadaptée dont le général Dupont, commanda ses armées sur le champ de bataille.

- La décision cynique des Espagnols et des Anglais de violer les termes de la capitulation et de garder les Français sur le sol espagnol.

Ponton Bateau Prison

- Le transfert des prisonniers des pontons (ces bateaux prison) de Cadix, vers les Baléares, où les conditions de détention auraient en théorie dû être meilleures, et surtout le refus des habitants de Majorque et de Minorque de recevoir les prisonniers sur les deux îles principales.

- Le veto opposé par les britanniques à un échange de prisonniers lors des premiers temps de leur détention.

Dans l’épopée napoléonienne, jusqu’en 1812, la victoire est toujours au rendez-vous et les perdants n’ont pas de place, ils sont rejetés au ban de la nation, mieux vaut pour eux mourir au combat. Mais lorsque la défaite est suivie d’une capitulation, l’opprobre atteint le maximum. C’est ce qui advint en Espagne, suite à la défaite de Bailén où l’armée du général Dupont de l’Etang fut contraint de capituler devant les troupes du général Espagnol Javier de Castanos.

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Pour la première fois, une armée française était vaincue, qui de plus sans avoir véritablement combattu, Dupont s’est laissé pièger par mépris de l’adverssaire. Sa capitulation, livre 17000 hommes aux Espagnols. A cette nouvelle la colère de Napoléon fut à son comble. Mais les soldats que Dupont, avait entraînés dans cette capitulation en furent les principales victimes.

Leur sort devait être réglé par une convention qui prévoyait leur rapatriement dans un port français. Mais cette convention ne fut pas respectée et la plupart d’entre eux croupirent sur les pontons devant Cadix.  “Sur ces bâtimens, où l’on nous avait entassés par cinq ou six cents, on n’osait pas nous faire mourir de faim, mais on nous distribuait des vivres empoisonnés, c’était du pain de munition, noir et rempli de substances terreuses, du biscuit plein de vers, des viandes salées qui se décomposaient par vétusté, du lard rance et jauni, de la morue gâtée, du riz, des pois et des fèves avariés, point de vin, point de vinaigre; aucun moyen de préparer nos alimens  et pour comble de malheur, par une chaleur excessive et avec une nourriture si propre à exciter la soif, on nous refusait l’eau, ou du moins on nous en donnait en si petite quantité, qu’elle s’absorbait telle que des gouttelettes qui tomberaient sur un fer ardent”,  avant d’être envoyés dans les Baléares, sur l’île déserte de Cabrera, où allait se poursuivre leur terrible détention.

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C’est l’enfer qu’allaient découvrir les prisonniers français en arrivant sur cet îlot rocheux situé au sud de Majorque, Cabrera, fut le lieu de détention de plus de 6000 soldats français capturés en Espagne au cours de combats de 1808.

Les Espagnols, en guerre contre Napoleon, étaient très embarrassés par ces prisonniers, s’ils les renvoyaient en France, ils risquaient de les voir revenir combattre sur leur sol, mais en même temps, ils ne souhaitaient pas les garder sur le continent, où l’armée française pouvait intervenir à tout moment. On décida donc de les transférer dans les îles de Baléares, mais devant les protestations des habitants de Majorque, ne voulant pas être envahis par des soldats que l’on disait atteints de maladies, ils furent finalement débarqués à Cabrera, l’île inhospitalière où ils vécurent dans des conditions inhumaines.

Les soldats enfermés à Cabrera et surveillés par des navires croisant au large, furent les oubliés de l’Histoire, oubliés des autorités espagnoles qui les laissèrent croupir dans des conditions difficiles, leur assurant à peine un ravitaillement minimal, oubliés aussi par la France, qui n’avait que faire de ces soldats déshonnorés, oubliés aussi par la postérité, qui se désintéressa totalement des conditions de vie de ces hommes.

Cabrera

L’île de Cabrera, réserve aux survivants toutes les variétés de la souffrance humaine. Un désert presque entiè­rement dépourvu de terre végétale, pas une habitation, ni animaux, des rochers, des grottes, des précipices, des arbustes épineux et rabougris, un petit bois de pins, une seule source pour toute l’île. C’est là que le gouvernement espagnol abandonne 6000 soldats français qu’il condamne à se tirer d’affaire tout seuls.  On ne leur fournit rien, pas une pioche, pas une bêche, pas un outil. On les laisse  nus sur cette terre aride. C’est à eux de se débrouiller pour se construire des abris, pour s’entretenir le peu de lambeaux de vêtements qu’ils possèdent. On ne leur livre que quelques onces de pain et de légumes, apportés, tous les quatre jours, par une barque qui vient de Palma. Tant pis si la nourriture est insuffisante, si le gros temps retarde la barque, si l’on reste quelquefois jusqu’à neuf jours sans vivres, si les uniformes usés tombent en lambeaux, si la source unique tarit presque en été, s’il faut attendre pendant vingt-quatre heures son tour pour boire une gorgée d’eau ! Le gouvernement espagnol n’en a cure.

A Cabrera, les prisonniers n’ont pas de geôlier, leur gardien, c’est la mer et lorsque quelques-uns d’entre eux s’avisent de s’échapper, les autorités espagnoles réagissent en réduisant l’approvisionnement en eau. L’île de Cabrera, devient rapidement pour beaucoup un tombeau.

Affaiblis par plusieurs mois de captivité et de navigation depuis Cadix, malades, privés d’eau et de nourriture, beaucoup de soldats meurent en arrivant. Les survivants tentent de s’organiser, sous l’autorité de quelques officiers et sous-officiers détenus aussi, essayant de reproduire un semblant de discipline en reformant une unité.

prisioneros-franceses

Dessin de  Louis, François Gille,sergent fourrier.

Ces hommes construisent de petites maisons près du port, bâtissant ainsi une véritable ville, d’autres se réfugient dans des grottes de la montagne et vivent en ermites. Une distribution de vivres, tous les quatre jours, leur permet de survivre , mais ils doivent faire face au problème de l’eau, rare sur cet îlot.

      «Une fois en haut de la montagne, on pouvait, par un temps clair, distinguer l’entrée du port de Palma. Là, les yeux tendus, en proie à la plus grande anxiété, on voyait s’écouler les heures. Le premier qui apercevait une voile se dirigeant vers l’île, donnait le signal par un cri de joie. Voilà la barque au pain, la voilà !  Et ce cri, descen­dant de peloton en peloton, arrivait au camp, qui y répon­dait en masse par une longue exclamation, et quand elle entrait, cette barque, on se pressait pour la saluer, on dan­sait, on sautait, on chantait, on se livrait à mille folies, c’était du délire. On courait à la distribution, et chacun en recevant sa part ne manquait pas de dire avec un soupir, moitié contentement, moitié tristesse, car dans ce qu’il si­gnifiait, il y avait du lendemain : — Allons, nous ne mour­rons pas encore aujourd’hui !»

plan

 Une mini société s’organisa.

Président : sous lieutenant de Maussac, 4° légion de réserve.

Membres : lieutenants Avril, Carbonnel d’Hierville, Degain de Montagnac, Deschamps.

Chirurgiens : Cruzel, Fouque, Joly, Lepeltier, Thillaye, Vallin.

Très majoritairement masculine, elle compte tout de même une vingtaine de femmes et aussi des enfants, conçus par ces cantinières ou vivandières et filles à soldats, qui suivent les armées et en partagent les déboires de leurs compagnons.

Deux lettres fournissent l’unique liste des noms de ces femmes.

La petite Maria MURVIOSA, de Versailles.

Madame BELA, qui se prétend l’épouse de Monsieur de Guimé.

MARIA, qui se prétend l’épouse de Martin, sergent.

CRISTINA, qui se prétend l’épouse de Cosin, sergent.

CRISTIANA, allemande, qui se prétend l’épouse de Carvet, sergent grenadier

SOFIA, veuve allemande.

MARIA, qui se prétend l’épouse de Galiaco, sergent.

MARIA, qui se prétend l’épouse de Dionisio, sergent.

La GROSSE MARIA , qui se prétend l’épouse du sergent-major.

ROSA LA POLONAISE, concubine d’Antonio Bordange ( qu’elle abandonna pour s’unir à un autre prisonnier ).

LA JACQUETA, d’après un certain Jacquet ( qui fit de même et abandonna son mari pour vivre avec son premier amant).

La MARIE, une vendeuse d’eau de vie, vivait avec un sous-officier, tout en offrant ses attentions amoureuses à ses clients en échange de meilleurs vêtements. Mais elle était vieille et forte, et ne pouvait s’attacher aucun cœur, elle opta alors pour un travail dur et ingrat de blanchisseuse.

La JACQUETTE, était plus chanceuse, elle était jeune et jolie, vendait du vin et du café tout en étant également couturière. Elle distribuait généreusement ses affections à travers le camp.

La MARIE CULOTTES,  pas contente,  car son compagnon, un caporal, lui faisait porter des culottes de toile rêche, tandis que les autres femmes portaient des robes de coton. Elle quitta son caporal, pour un beau lieutenant des dragons Vidal, mais son caporal la désirait toujours et se rendait chaque jour aux quartiers de son amant pour accabler le dragon d’injures.

LA DENISE, une jolie brune qui vendait du vin et que son mari, le sergent Denis, gardait sous surveillance. Mais ses ventes de vin exigeaient parfois qu’elle sortit seule lorsqu’on lui faisait des propositions et elle finit par répondre à leurs avances, et à la suite de quoi elle fut régulièrement battue par son mari, elle dut en certaine occasion rester cachée durant deux semaines car elle était couverte de bleus.  » Ce qu’il y eut de plus beau dans son histoire, nous raconte Frossard avec mordant, c’est que le mari ne sut jamais ni le nom ni le nombre des amants de sa femme. »

Enfin et toujours selon le témoin Frossard, la plus belle négociante en vin de Cabrera, était ANGELIQUE, veuve d’un soldat d’infanterie qui avait péri sur les pontons de Cadix. Un sergent de l’artillerie, la prit sous sa protection et qui la traita bien, et considéra aussitôt comme sa femme. Le sergent ayant de l’argent alors la cantine d’Angélique, devient la plus populaire de Palais- Royal.

Finalement Angélique, fut vendue à Monsieur, le Baron de Schaunburg pour la somme de trois cents francs, payée comptant, plus une obligation de trois mille francs, payable à leur retour en France, moyennant quoi il pourrait épouser Angélique. Frossard ne sut jamais ce qu’il advint d’Angélique.

Cette société va se doter de règles, cherche à s’acclimater, à domestiquer la nature, contrôler les éléments à la manière de Robinson Crusoé, tel cet âne (Martin) découvert sur ce caillou et qui est ainsi nommé.

Les soldats lettrés apprennent à lire aux analphabètes, tandis que d’autres lancent un journal ou font du théâtre. Mais leur quotidien, c’est aussi la faim lorsque le ravitaillement n’arrive pas, l’enfermement, la chaleur et le froid, beaucoup n’ont plus de vêtements, certains que des guenilles,  mais enfin, quelques prisonniers parviennent a s’échapper de cet enfer.

Les oubliés de Cabrera furent au total près de 12000, l’île recevant régulièrement de nouveaux convois de prisonniers. Quelques centaines, principalement des officiers, furent transférés en Angleterre en 1810, mais la plupart restèrent sur place jusqu’en 1814, tout au moins ceux qui avaient survécu, car la mort frappa entre un tiers et 40 % de ces détenus. Par la suite, se posa pour eux, le problème de réinsertion dans la société, à cela près qu’ils n’obtinrent jamais la reconnaissance qu’ils attendaient de la France.

Il n’y avait pas de reporters de guerre à la bataille de Bailén, ni de journalistes sur les pontons de Cadix ou sur l’île prison de Cabrera, mais des documents militaires et des rapports parlementaires et surtout des témoins de première main.

Henri Ducor, s’enrôla comme cadet dans la marine en 1801, à l’age de 12 ans. Marin à bord du vaisseau français l’Argonaute, bloqué après la bataille de Trafalgar par la Royal Navy dans la rade de Cadix de 1805 à 1808, il fut fait prisonnier par les espagnols à Cadix en juin 1805.

Charles Frossard, fut enrôlé en 1798 à l’âge de 19 ans, vétéran des batailles de Marengo, d’Austerlitz, d’Eylau, de Friedland, sous-lieutenant dans le train d’artillerie de la garde impériale, il reçut la Légion d’honneur, il fut capturé à Bailèn en juillet 1808.

Louis Gille, étudiant, fut enrôlé à Paris en 1807 à l’âge de 17 ans et fit ses classes à Lille. Fourrier dans le 3° bataillon de la 1° légion de réserve, il entra en Espagne en décembre 1807 et fut capturé à Bailén en juillet 1808.

Robert Guillemard, fut enrôlé dans un régiment de ligne à Perpignan en 1805, à l’âge de 19 ans et participa à la bataille de Trafalgar à bord du vaisseau français Le Redoutable. Fait prisonnier, il fut rapatrié en France. Après avoir servi en Prusse et en Autriche, il rejoignit les armées d’Espagne en tant que fourrier et fut capturé par des irréguliers espagnols avant d’être transféré à Majorque, puis à Cabrera, en mars 1810.

Bernard Masson, sergent, se porta volontaire en juillet 1807 à l’âge de 18 ans et fut attaché au 67) régiment de ligne, qui entra en Espagne en Août 1808. Capturé en Catalogne, il fut transféré à Cabrera en mars 1811.

R.K.Amédée de Muralt, soldat de carrière et capitaine du 1° bataillon du 3° régiment suisse, fut fait prisonnier à Bailén en juillet 1808.

Louis-Joseph Wagré, apprenti dans la boulangerie de son père près de Compiègne, fut enrolé en 1807 à l’âge de 17 ans. Caporal dans la 1° légion de réserve, il suivit son unité en Espagne et fut capturé à Bailén en juillet 1808. Conseil des prisonniers, Cabrera, 1809-1810.

Jean Baptiste Calen,  marin, originaire de Hyères.

Des ouvrages relatant la vie des prisonniers furent écrits et publiés après leur libération par une poignée de ces captifs. Vu à travers les yeux de ces vétérans, le gouvernement espagnol, avec la complicité des anglais, pratiquait une politique cynique et inhumaine envers les détenus. En revanche les prisonniers regardaient leurs gardes britanniques avec plus de considération car les équipages de la Royal Navy se laissaient parfois aller à des actes de compassion à l’égard de ces malheureux.

Pourtant ceux-ci ne pouvaient se douter que la décision qui avait empêché leur rapatriement et donc leur internement à Majorque venait de Londres.

Même si l’histoire a souvent considéré l’Espagne comme seule fautive dans la tragédie de Cabrera, il faut rappeler que les réticences britanniques au rapatriement ont largement influencé la situation. Les militaires sont donc victimes à la fois de l’indifférence napoléonienne et de l’hostilité anglo- espagnole. Pourtant, les troupes du général Junot, victimes de l’offensive britannique du 21 août, parviennent quant à elles à bénéficier d’un rapatriement négocié de l’intégralité des vaincus grâce à la convention de Cintra du 31 août 1808, certes humiliante pour les Britanniques, mais qui privilégie les Français.

Le traitement des prisonniers de Bailén par les espagnols ne fut pas foncièrement différent de celui que les alliés de l’Espagne ou l’ennemi français faisaient subir aux leurs.

Au mois de mai 1814, plusieurs transports bat­tant pavillon blanc et commandés par un capitaine de frégate, arrivèrent à Cabrera pour ramener en France les survivants des prisonniers de guerre, qui débarquèrent peu de temps après à Marseille, où ils reçurent de la population l’accueil le plus fraternel.

 

Que les martyrs de Cabrera reposent en paix !

En 1847, écrit le colonel Titeux, le prince de Joinviile, passant à Palma avec l’escadre française d’évolutions, apprit que les ossements des soldats morts à Cabrera restaient sans sépulture. Il les fit réunir dans une même tombe sur laquelle on plaça cette inscription : A la mémoire des Français morts à Cabrera – L’escadre d’évolutions  de 1847. L’abbé Coquereau célébra avec toute la pompe possible un service funèbre auquel assis­tèrent le prince, son état-major et de nombreux détachements de matelots.

Cérémonie en hommage aux prisonniers de Cabrera.

Les brillantes campagnes de 1805 à 1807 avaient électrisé tous les cœurs. Austerlitz, Eylau, Iéna, victoires immortelles qui semblaient avoir à jamais fixé la fortune sous nos drapeaux, environnaient l’état militaire d’une auréole de gloire et de plaisir. La jeunesse se portait dans les camps avec la seule crainte de ne plus trouver assez de lauriers à cueillir, je cédai, comme tant d’autres, à ces pressantes aspirations et sans attendre l’âge auquel la loi devait m’appeler, je me fis soldats à dix-huit ans. Que d’illusions dans la tête d’un jeune homme! Gloire, plaisir, fortune, je voyais tout dans la carrière que j’allais parcourir, tout excepté les épines dont elle devait être semée. Mais aussi quelle nouvelle Cassandre aurait pu prévoir que l’étoile de ma patrie allait bientôt perdre de son éclat ! 

   Bernard Masson,  sergent, 67 ° régiment de ligne.

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Quelques prisonniers originaires du Nord et du Pas-de-Calais :

BARBAGE Henry, batellier d’Armentières
BREMOND Alexis, maréchal ferrand d’Avesnes
COMBET, maître charron de Lille
FROMENT Pierre Joseph, de Landrecies
GUITELLE, maître serrurier, de Lille
JOURNET, Joseph Marie, maître menuisier, de Douai
PIERRE Victor, cordonnier, de Maintenay
GUITELLE de Saint-Omer
PEUVRELLE C.A. Joseph, de Saint Omer
QUENTIN Jean Baptiste Joseph, de Saint Omer
PRUVOTT, de Saint Omer 

La triste histoire de l’âne Martin.

Dès les premiers jours de leur arrivée à Cabrera, les prisonniers y avaient trouvé, paissant en liberté et abandonné , un âne étique dont ils avaient pris possession , et qui bientôt, par son bon naturel et ses services, avait acquis toute l’affection de ces hommes privés de toute communication avec la société de leurs semblables. Ils l’avaient baptisé du nom de Martin , et s’en servaient pour transporter les vivres du lieu de débarquement au camp , aux diverses barraques, et les bois et les feuillages qui devaient servir à la construction des cabannes.

Martin élail l’ami de tous les prisonniers, et malheur à celui qui l’eut maltraité ; de nombreux vengeurs se fussent présentés pour sa défense. Mais on était dans un de ces moments de crise el de calamité où tous les sentiments , tous les liens même d’affection ou de parenté., disparaissent pour faire place à l’égoïste souci de la conservation personnelle.

l'anemartin

Le conseil s’assembla pour aviser aux moyens de porter quelque remède à cette affreuse situation , car la moitié des prisonniers étaient couchés dans leurs barraques, attendant la mort, d’autres erraient comme des spectres sur le rivage , regardant au large s’ils n’apercevaient pas une voile, et maudissant de grand coeur les anglais et les espagnols. Mais on était généralement convaincu que les prisonnniers avaient été condamnés à mort, et qu’il avait été décidé de les laisser mourir de faim.

Une voix se fit entendre dans le conseil , pour proposer un moyen extrême et affreux qui fut repoussé avec horreur, presque à l’unanimité ; mais au lieu d’un sacrifice homicide, pour prolonger de quelques instants encore l’existence de la colonie , un aulre membre proposa le sacrifice de Martin. Ce ne fut pas sans peine et sans une vive discussion que cette proposition fut acceptée. Martin trouva de chaleureux défenseurs dans le conseil. 11 était le serviteur et l’ami de tous les prisonniers. Mais de sa mort dépendait le salut de la colonie , et sa mort fut arrêtée.

On alla prendre le pauvre Martin sur les roches où il broutait quelques brins secs d’herbes aromatiques. Il crut qu’on venait lui demander sa corvée habituelle, le transport de quelques vivres ou de quelques broussailles. Il s’avança de lui-même et sans défiance, au devant des prisonniers, qu’il connaissait tous , et dont il recevait chaque jour les caresses, et tout-à-coup, frappé d’un coup de couteau à la gorge, il tomba, et fut à l’instant même, écorché et dépecé.

Dix minutes ne s’étaient pas écoulées depuis sa condamnation, que déjà sa chair distribuée aux prisonniers, qui préparait pour les uns un triste bouillon , et pour d’autres plus pressés , grillait sur des charbons. Il était revenu , à chaque prisonnier, après une distribution aussi scupuleusement faite que si on eut pesé de l’or , deux onces pour trois hommes , les os et les intestins compris.

 

Publié dans : IL Y A DEUX SIECLES. |le 10 novembre, 2007 |6 Commentaires »

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6 Commentaires Commenter.

  1. le 14 août, 2015 à 18:59 jplanas écrit:

    Pouvez vous me donner plus de renseignements sur ce que Jean Baptiste Calen a écrit sur les pontons? Je ne connais pas ses mémoires.
    Merci!

  2. le 22 août, 2014 à 13:14 DENIS écrit:

    POUR LA FRANCE
    QU’ILS REPOSENT EN PAIX

  3. le 22 juillet, 2014 à 11:41 de FAREINS écrit:

    Bravo et merci pour ce très intéressant article. L’histoire des déportés de Cabrera, que j’ai découvert il y a une vingtaine d’années grâce à un ami navigateur, me passionne. Ecrivain et conférencier, fondateur de l’association « Les Gloires napoléoniennes », je souhaiterais savoir où trouver une liste aussi complète que possible de ces malheureux, plus particulièrement de ceux originaires de l’Ain, du Jura ou de Saône et Loire; apparemment, ce n’est pas facile, il semblerait qu’il n’existe aucun registre mentionnant ne serait-ce que les rescapés.
    Si vous avez une piste à me conseiller, je vous en serai très reconnaissant. Merci d’avance.

  4. le 28 janvier, 2014 à 15:13 comment gagner sa vie écrit:

    Un tres grand merci

  5. le 30 mars, 2013 à 19:39 desaix écrit:

    Pour avoir des renseignements sur l’officier Carbonnel d’Hierville.

    Nous vous conseillons de consulter:
    gallica.bnf.fr
    Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables

  6. le 28 mars, 2013 à 17:49 Gicquiaud écrit:

    Très intéressant. Après avoir lu cet article, j’ai acheté quelques livres s’y rapportant. Je cherche à savoir comment identifier l’officier Carbonnel d’Hierville. Comment m’y prendre ?

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