NAPOLEON : MISE AU POINT

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Ses talents de tacticien et de propagandiste dissimulent mal un homme finalement assez ordinaire, assoiffé de gloire et de pouvoir personnel.

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NAPOLEON EN ITALIE 

Le 21 septembre 1794 , un nouveau représentant, Turreau de Linières, avait été désigné pour les fonctions de commissaire auprès de l’armée d’Italie. Turreau vient de se marier et cette nomination lui permet d’offrir à sa jeune épouse (Félicité, 24 ans, la fille d’un chirurgien de Versailles ) un voyage de noces sur la Côte d’Azur. Il arrive, et Bonaparte entreprend aussitôt auprès de Mme Turreau la campagne séductrice « à l’intention du mari » qu’il a déjà menée auprès de Mmes Carteaux et Ricord et qu’il reprendra plus tard auprès de Mme Carnot.  On ne se battait plus, sur les Alpes, et la charmante jeune femme s’en désolait, elle qui s’était attendue, frétillante, à voir de loin « parler la poudre ».  Afin de calmer sa déception, Bonaparte organise pour elle un petit spectacle de massacre. « Il en coûta la vie à quatre ou cinq soldats »,pas plus, racontera-t-il, bonhomme, à Bertrand, au mois d’octobre 1818. Dans le Mémorial de Sainte-Hélène, Napoléon dit de Turreau: « Représentant à l’armée de Nice, assez insignifiant. »

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A Pavie, se sont réfugiés dix mille paysans fuyant les horreurs de la conquête. Ils font mine de créer là une résistance, charges de cavalerie, le canon tire à mitraille dans les rues. La troupe demande qu’on lui livre la ville. Accordé ! Douze heures pour la mise à sac. Avis du 28 mai: «Tout village où sonnera le tocsin sera, sur-le-champ, incendié».  Massacres à Faenza, à Imola, à Vérone. Bien sûr que les envahisseurs trouvent des collaborations. Mais Bonaparte sait à quoi s’en tenir. Lettres à Paris des 26 septembre et 10 octobre 1797: «Ces peuples nous haïssent», «qu’on ne s’exagère pas l’influence des prétendus patriotes piémontais, cisalpins, gênois, si nous leur retirions, d’un coup de sifflet, notre appui militaire, ils seraient tous égorgés ».

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NAPOLEON EN EGYPTE 

Il a maté les Egyptiens par les moyens usuels, bombardement de la mosquée du Caire, exécutions persuasives en série (parfois seulement pour avoir mal parlé des Français), répression foudroyante d’un mouvement de fellahs.

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Révolte du Caire.

Il y a l’incident de route, près de Jaffa, des deux mille prisonniers que Bonaparte, plutôt que de les nourrir (on ne va surtout pas les relâcher !) trouve plus commode de les faire exterminer, dans les dunes, à l’arme blanche,afin d’économiser les munitions, et il y aura, au retour, encore à Jaffa, l’autre incident, les pestiférés. Les dévots de Napoléon ont longtemps maintenu la légende, et la peinture officielle s’en est mêlée, du général au grand coeur, touchant sans effroi les bubons de ses soldats mourants. Et que de cris pour protester contre l’infamie calomniatrice de la rumeur, mais non, Bonaparte n’a pas « touché les bubons », il les a fait tuer, ses malades!

 

NAPOLEON ET SES SOLDATS 

 Mais un million d’hommes, par sa grâce, mourront d’une autre manière, dans les carnages de sa ”gloire”. 

Napoléon n’est pas à l’origine du service militaire obligatoire, c’est une initiative de la révolution, mais il s’en est servi pour engloutir chaque année de nouvelles recrues et même des très jeunes  » les Marie Louise  »

Marie Louise

Les Marie-Louise étaient des enfants.

pour en faire de la chair à canon nécessaire à chacune de ses campagnes de plus en plus meurtrières. Toujours besoins de soldats à cause de ses pertes en jeunes conscrits,  il a eu recours à l’exportation de la conscription dans les régions qu’il a conquises, comme l’Italie du nord.

NAPOLEON : MISE AU POINT  dans IL Y A DEUX SIECLES. blesses

 L’épopée napoléonienne, gluante de sang, ne revêt toute sa dimension que si des chiffres l’accompagnent. Austerlitz! 23 000 morts, mais, quand on a le coeur bien placé, les cadavres d’Austerlitz disparaissent dans le soleil du même nom. Eylau! 50 000 hommes tombent. Wagram ! Napoléon y bat son propre record (55 000 tués), qu’il surpassera à Borodino, un gala qui coûte aux deux armées quelque 80 000 soldats. Sur les services sanitaires dans l’armée impériale, il faut lire le journal du chirurgien Percy, le matériel est dérisoire, le personnel presque inexistant, les amputations se pratiquent sans anesthésie, la gangrène s’installe, le blessé grave, dans la Grande Armée, est un condamné à mort. Napoléon a interdit, du reste, de relever, pendant l’action, les hommes qui s’écroulent, il se méfie des déserteurs, dont le nombre se multiplie.  La France, dit Napoléon Bonaparte, est  »un nid de soldats« , de soldats gratuits. Que pèse la vie de ces “c… » (encore un mot censuré, du vocabulaire de l’empereur)?  

(Georges Blond, La Grande Armée, 1804-1815, éd. Laffont)

Eylau, la boucherie

La bataille d’Eylau, une boucherie

Louis Mathieu Molé, son ministre de la justice,  dira de lui vingt ans plus tard :«Le fait est qu’à ses yeux la vie humaine  était une partie d’échecs et les hommes, les religions, la morale, les affections, les intérêts, autant de pions ou de pièces qu’il faisait avancer, et dont il se servait selon l’occasion.» 

 

NAPOLEON EN ESPAGNE 

LE CANCER ESPAGNOL, la conquête de trop, celle qui a entrainé toutes les catastrophes ultérieures.

Insurrection à Madrid à l’annonce de la tentative par les Français d’emmener l’infant don Francisco à Bayonne Murat dirige ses troupes depuis la porte San Vicente, dans le prolongement du palais royal. Quatre colonnes françaises venant des portes s’avancent en convergeant vers la Puerta del Sol. Des lanciers, des mameluks dévalent la calle de Alcala sous une pluie de tuiles, de pavés, on lance même des meubles, les insurgés tirent des fenêtres, des soupiraux au ras du sol.

2 mai 1808 le peuple de Madrid se soulève contre l'occupation française

2 mai 1808  le peuple de Madrid se soulève contre l’armée française.

L’ennemi le plus détesté, ce sont les mameluks, descendants des Maures, anciens maîtres de l’Espagne, ils ont de larges culottes rouges, un turban blanc, une ceinture chatoyante. Des grappes humaines s’accrochent a leurs étriers, a la queue des chevaux, crevant le ventre des montures, les cavaliers sont jetés à terre, poignardés. Ceux qui échappent a l’étreinte féroce chargent et chargent encore, manient avec une adresse incroyable leur cimeterre courbe, on voit voltiger des têtes. Les soldats français, exaspérés a la vue des cadavres de leurs camarades, ne font pas de quartier. Toute maison d’où l’on a tiré est envahie, saccagée, les habitants percés de baïonnettes, les moines d’un couvent devant lequel agonise un mameluk sont tous décapités, leurs têtes jetées par les fenêtres. 

 

 NAPOLEON EN RUSSIE 

1812 la-desastreuse campagne de Russie

C’est Ney, encore lui, qui, avec les survivants de la division Loison, encore eux, va défendre Kovno pour laisser à des bandes désespérées le temps de franchir le Niémen. Des 400 000 hommes qui l’ont traversé d’ouest en est entre le 24 et le 30 juin 1812, combien vont le repasser, partie sur les ponts, partie sur la glace? Les dénombrements précis faits plus tard dans des bureaux à quatre cents lieues du fleuve glacé sont illusoires. Disons que sur 400 000 hommes, il en revint 10 000, ou 20 000. Les Russes ont fait 100 000 prisonniers. Tout le reste est mort. La Grande Armée n’existe plus. Mais Napoléon est rentré en France pour chercher 300 000 soldats.

(Ref: Henri GUILLEMIN, Napoléon tel quel, 1969. Editions de Trévise, Paris.)  

 

Pourquoi le prestige de Napoléon a-t-il survécu à Waterloo? c’est grâce à l’impact du Code civil, formidable outil de modernité laïque. L’exceptionnelle intelligence de l’homme  n’a cessé d’éblouir les intellectuels, et son génie militaire a fait le reste. Mais celui-ci est fortement surévalué. L’empereur n’était pas à la hauteur de la stratégie et des atouts de l’Angleterre, il s’en fallait de beaucoup. 

(Ref: Edward Luttwak. The London Review of Books.)

waterloo

Lendemain de bataille, ici Waterloo.

18-juin-1815-PROTAIS-300x150 dans IL Y A DEUX SIECLES.

Watterloo. Le Bataillon carré en 1815, par Paul-Alexandre Protais.

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Le bilan catastrophique de l’épopée Napoléonienne.

Saint Domingue : échec !

Invasion de l’Angleterre : échec !

Campagne d ‘Egypte : échec !

Occupation de l’Espagne : échec !

Campagne de Russie : échec !

Les cents jours : échec !

 

Il se crut César, il ne fut  qu’un moderne Hannibal. Un extraordinaire brio militaire, une suite époustouflante de victoires, mais l’échec final était inéluctable. Le génie n’empêche pas l’aveuglement.

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L’affaire Johann Philipp Palm.

L’affaire  duc d’Enghien

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Malheureusement pour Napoléon, l’Histoire prouve que gagner des batailles ne suffit jamais.

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Publié dans : IL Y A DEUX SIECLES. |le 30 septembre, 2007 |Commentaires fermés

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