Une voix d’enfant… Anne Frank.

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Nombreux sont ceux qui connaissent le nom d’Anne Frank, mais combien sont-ils à avoir lu les journaux  d’Anne ?  cette jeune adolescente qui est rentrée dans l’Histoire par la grande porte.

Album de poésie

 Une petite fleur écrasée.

Son souvenir restera gravé a jamais dans notre mémoire !

           Une voix d’enfant.      Le hasard m’a mis entre les mains un journal écrit pendant les années de guerre. L’Institut national pour la documentation de guerre possède déjà quelque deux cents de ces journaux, mais je serais étonné s’il s’en trouvait dans le lot encore un autre qui fût aussi juste, aussi intelligent et pourtant aussi humain que celui-ci, que j’ai lu d’un trait, oubliant pour un soir le présent et ses contraintes.          Quand je l’eus fini, la nuit était tombée et je m’étonnai de constater que la lumière brûlait encore, qu’il y avait encore du pain et du thé, que je n’entendais pas le vrombissement d’avions dans le ciel ni le martèlement des bottes dans la rue, tant sa lecture m’avait captivé et ramené à ce monde irréel que nous avons quitté depuis près d’un an déjà.         Il a été écrit par une adolescente juive qui avait treize ans lorsqu’elle dut se cacher avec ses parents et sa soeur aînée et commença ce journal ; il se termine plus de deux ans après, quand la Gestapo par un jour funeste découvre le refuge de la famille. Elle est morte un mois avant la fin de la guerre, dans l’un des pires camps de concentration allemands ; elle n’avait pas encore seize ans. Comment. je ne veux pas m’y attarder. Mais, on peut le craindre, cela ne dut pas être très différent de ce qu’on peut lire dans tant de souvenirs de déportation, comme par exemple dans cette brochure récemment parue, « Entre la vie et la mort à Auschwitz ». même s’il s’agissait d’un autre camp.         D’ailleurs, les conditions de sa mort importent peu. Plus importante était cette jeune vie qui fut brisée sciemment par un système dont nous nous étions juré de ne jamais oublier ni pardonner la cruauté aveugle tant que nous la subissions, mais que, le temps aidant, nous commençons déjà sinon à pardonner du moins à oublier, ce qui finalement revient au même.         Pour moi, cependant, ce journal apparemment anodin d’une enfant, ce De Profundis balbutié d’une voix enfantine incarne toute l’horreur du fascisme, plus que tous les actes réunis du procès de Nuremberg. Pour moi, le sort de cette petite juive résume à lui seul le pire crime commis par l’esprit à jamais haîssable. Car ce crime n’est pas l’anéantissement de la vie et de la culture en soi : celles-ci peuvent également être sacrifiées à une révolution qui créera à son tour de la culture, mais c’est l’obstruction des sources de la culture, l’anéantissement de la vie et du talent par pur instinct de destruction. A moins que tous les signes ne nous trompent, cette petite fille serait devenue un écrivain de talent si elle était restée en vie.        Venue d’Allemagne à l’âge de quatre ans, elle écrivait dix ans plus tard un néerlandais d’une pureté et d’une sobriété enviables et faisait preuve d’un sens des faiblesses de la nature humaine, y compris de la sienne, si infaillible qu’il surprendrait chez un adulte, a fortiori chez un enfant. Mais elle montrait également les possibilités infinies de cette même nature humaine, possibilités offertes par l’humour, la compassion et l’amour, ce dont on doit peut-être s’étonner encore plus et qui pourrait même inspirer un mouvement de recul comme tout ce qui est très exceptionnel si, chez elle, rejet et acceptation n’étaient demeurés si profondément enfantins.        Que cette adolescente ait pu être enlevée et tuée constitue pour moi la preuve que nous avons perdu notre bataille contre la bête qui est en l’homme. Et nous l’avons perdue parce que nous n’avons rien su lui opposer de positif. Et c’est pourquoi nous la perdrons encore, sous quelque forme que l’inhumanité revienne nous attaquer, si nous ne sommes toujours pas en état de lui opposer rien de positif. La promesse de ne jamais oublier ni pardonner ne suffit pas. Il ne suffit même pas de tenir cette promesse. Une défense passive ou négative est insuffisante, elle n’est rien. Il n’y a de salut que dans une démocratie « totale », active et positive dans les domaines politique, social, économique et culturel : la construction d’une société où le talent ne sera plus anéanti, opprimé et refoulé, mais découvert, nourri et soutenu, où qu’il se manifeste. Et cette démocratie-là, en dépit de toutes nos bonnes intentions, nous en sommes encore aussi loin qu’avant guerre.        Jan. Romein. le 3 avril 1946  (quotidien  ‹Het Parool›)

Anne, écrivait souvent son désespoir dans son journal: 

Une voix d'enfant...  Anne Frank. dans LE SAVIEZ-VOUS ? Anne-300x225

    Le 30 Janvier 1943 :            Je bous de fureur et je ne peux pas le montrer, je voudrais taper du pied, crier, secouer maman un bon coup, pleurer, que sais-je encore, pour tous les mots méchants, les regards moqueurs, les accusations qui me transpercent chaque jour comme autant de flèches d’un arc tendu à l’extrème et qui sont difficiles à extirper de mon corps. Je voudrais crier à maman, Margot, V.P., Pf. et aussi papa : laissez-moi tranquille, laissez-moi enfin dormir une nuit sans tremper mon oreiller de larmes, sans que les yeux me brûlent et que la migraine me martèle la tête. «Laissez-moi partir, disparaître loin de tout loin du monde !»  Mais c’est impossible, je ne peux pas leur montrer mon désespoir, les laisser plonger un regard dans les plaies qu’ils m’ont infligées, je ne supporterais pas leur pitié et leur bonhomie moqueuse, elles aussi me feraient hurler.            Tout le monde me trouve prétentieuse quand je parle, ridicule quand je me tais, insolente quand je réponds, roublarde quand j’ai une bonne idée, paresseuse quand je suis fatiguée, égoïste quand je mange une bouchée de trop, bête, lâche, calculatrice, etc., etc.          Toute la journée, je m’entends dire que je suis une gosse insupportable, et même si j’en ris et fais semblant de m’en moquer, çà me fait de la peine, et je voudrais demander à Dieu de me donner une autre nature qui ne provoquerait pas l’hostilité des gens.          C’est impossible, ma nature m’a été donnée une fois pour toutes, et je ne saurais être mauvaise, je le sens. Je me donne beaucoup plus de mal pour satisfaire tout le monde qu’ils ne sont capables d’imaginer, j’essaie de garder un rire de façade parce que je ne veux pas leur montrer mes souffrances.          Plus d’une fois, après des reproches sans fondement, j’ai lancé à la tête de maman : Je n’en ai rien à faire de ce que tu me dis, tu n’as qu’à plus t’occuper de moi, de toute façon, je suis un cas désespéré.  Naturellement, je m’entendais répondre que j’étais insolente, on me boudait un peu pendant deux jours, puis on oubliait tout et on recommençait à me traiter comme les autres.           Il m’est impossible d’être tout miel un jour et de leur cracher ma haine au visage le lendemain, je choisis plutôt le juste milieu, qui n’a rien de juste, je tais ce que je pense et j’essaie de les mépriser autant qu’ils me méprisent. Ah, si seulement j’en avais la force.   Le 3 février 1944 :        J’en suis arrivé au point où cela m’est à peu près égal de mourrir ou de rester en vie , le monde continuera de tourner sans moi et, de toute façon, je ne peux rien contre ces événements.        Je laisse les choses se faire, mais si je suis sauvée, si j’échappe à l’anéantissement, je trouverais vraiment affreux que mon journal et mes contes soient perdus.   Le 25 mars 1944 :        « Oui, je ne veux pas, comme la plupart des gens, avoir vécu pour rien. Je veux être utile ou agréable aux gens qui vivent autour de moi et qui ne me connaissent pourtant pas, je veux continuer à vivre , même après ma mort !  Et c’est pourquoi je suis reconnaissante à Dieu de m’avoir donné à la naissance une possibilité de me développer et d’écrire, et donc d’exprimer tout ce qu’il y a en moi ! »     Le 31 mars 1944 :          Dieu ne m’a pas abandonnée et ne m’abandonnera pas.   Le 15 juillet 1944 ( trois semaines avant son arrestation) :        A part cela, j’ai un courage de vivre exceptionnel, je me sens toujours si forte et capable d’endurance, si libre et si jeune ! Quand j’en ai pris conscience, j’étais heureuse car je ne crois pas que je courberai vite la tête sous les coups que chacun doit subir.  ( Sept mois après ces lignes, montrant sa détermination, sa foi, et sa volonté de résister au destin et de vivre, Anne ne sera plus ! morte avec Margot sa soeur, dans la déchéance et la misère physique la plus totale. )

AFS_A_AFrank_III_055_141-297x300 dans LE SAVIEZ-VOUS ?

Mais son souhait s’est réalisé, ainsi, après sa mort, cruelle et inutile, Anne Frank avait conquis le monde.

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Deux petites fleurs,  parmis tant d’autres,  écrasées sans pitié par la machine nazi.

            Les Franks, qui sont juifs et qui sont entrés dans la clandestinité pour échapper aux déportations vers les camps de la mort, sont dénoncés et arrêtés le 4 août 1944. Après leur déportation par les Allemands, Miep Gies (une amie protectrice) conserve le journal qu’a tenu Anne Frank durant les années passées dans la clandestinité. Au lendemain de la guerre, elle remet le journal au père d’Anne Frank, Otto Frank, le seul des huit clandestins à avoir survécu à l’holocauste : 

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« Je me suis levée, j’ai ouvert le tiroir de mon bureau, j’ai pris tous les journaux et les feuilles volantes et je les ai remis à monsieur Frank… En disant : voilà l’héritage de votre fille Anne. »

 

          Anne Frank,  traduite à travers le monde entier et lue par des millions de personnes, avait tenu son fameux journal alors qu’elle était entrée dans la clandestinité à Amsterdam pour échapper aux persécutions antijuives des nazis. Après avoir été trahie avec les sept autres clandestins, elle est morte broyée comme tant d’autres, par la machine nazi,  dans le camp de concentration de Bergen-Belsen, en Allemagne. 

         Un camp qui à ses débuts était « un bon camp » mais qui est très vite devenu le camp de l’horreur avec le recul des armées allemandes. Ainsi le décrivrait le juriste néerlandais Abd Herzberg, qui fut déporté de Westerbork à Bergen-Belsen au début de 1944 :  Le sol du camp est aride, en hiver c’est la boue ou de la glace, en été du sable, de la poussière et du gravier. Pas un ver ne s’y faufile, pas un papillon n’y danse, pas une libellule n’y vole. Pas un moineau ne vient y chercher une graine, pas un oiseau ne songe à se poser sur un poteau ou une planche pour y pousser son « cui-cui ». Un assez bon camp cependant, même si on y a rapidement souffert de la faim. Les mauvais traitements y étaient relativement rares et les massacres systématiques inconnus. La plupart des baraques étaient mal construites, le vent s’y engouffrait et les traversait, les toits étaient percés, rendant des lits inutilisables et laissant des flaques d’eau sur le sol. En dépit de tous ces inconvénients, on échappait à la menace quotidienne de la mort. Et l’on pouvait se raccrocher à l’espoir d’un éventuel échange, dont dépendait l’autorisation d’émigrer en Palestine.

      Son triomphe a pris des proportions inouïes. Aujourd’hui, le livre a été vendu à quelque quinze ou seize millions d’exemplaires. En 1955 une adaptation théâtrale fut réalisée aux Etats-Unis, suivie deux ans plus tard par une version cinématographique. La pièce comme le film furent des succés.

         La maison où elle s’était réfugiée  ( l’Annexe )  aujourd’hui la Maison d’Anne Frank,  est l’un des musées les plus visités d’Amsterdam.

Anne et Margot dans l'Annexe.

La chambre où vécu Anne, pendant plus de deux ans. 

A lire absolument, les journaux d’Anne Frank, un témoignage émouvant de sincérité.

http://www.annefrank.org/fr/

Publié dans : LE SAVIEZ-VOUS ? |le 26 juillet, 2007 |1 Commentaire »

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1 Commentaire Commenter.

  1. le 18 août, 2015 à 17:19 Charles Destrée écrit:

    Bonsoir,
    à propos de Anna Frank je peux vous donner beaucoup
    de des détails.
    Vous assure Charles Destrée (1926)
    ancien résistant combattant
    et ancien volontaire de guerre,
    ayant très bien connu Bob Maloubier et Pierre Raynaud.

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